DERNIÈRE LIVRAISON
L'éditeur fait parvenir à ses souscripteurs un petit morceau de papier jaune sur lequel on lit ces mots :
" Vu le grand succès obtenu par sa publication, et désirant prouver à ses nombreux souscripteurs qu'il est disposé à tous les sacrifices pour leur être agréable, lédiiear de \a Publication à la mnde a l'honneur de prévenir le public que la fin de l'ouvrage ne paraîtra pas! ••
LE
PETIT-POUCET
rit.lDUCTIOA LUIRE [>K l'EKHAULT,
Par Cil A m.
Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne dont le ciel avait béni l'union, car il leur avait envoyé sept garçons.
L'aîné avait dix ans et le plus jeune sept , ce qui fait une
bénédiction de sept enfants en trois ans, ou deux moutards un tiers par an... fichtre!! quelle bénédiction!
Or, le bûcheron, trouvant que la Providence poussait très-loin ses bienfaits, commença à s'effrayer de la verve de son épouse ; d'autant plus que la chère femme n'y mettait pas le temps et lui confectionnait des enfants de pacotille... le cadet surtout était stupide comme un troupeau d'oies : telle était du moins l'idée que le pauvre bûcheron se faisait de cet enfant.
Mais le moutard qui paraissait si doublement bûche, était, au contraire, malin comme un singe et fin comme l'ambre.
Il vint une année très-fâcheuse , la famine fut si grande que ces bravfisgens résolurent de se défaire de leurs enfants. Un soir que les enfants étaient couchés et que le bûcheron se chauft'ait au coin du feu avec sa femme , il lui dit : Tu vois que nos enfants se périssent, qu'ils ont besoin de prendre quelque chose... demain , nous leur ferons prendre l'air de la campagne, nous les
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abandonnerons dans la forêt. . . Ah ! credié ! s'écria la bûcheronne, ah ! credié ! c'est du propre, ce que nous allons faire là! voilà le fruit de trois années de travaux perdu... elle était pauvre, mais elle était bonne mère et elle se confiait en la Providence qui pouvait encore rebénir son union, elle consentit...
Mais le Petit-Poucet (c'est ainsi qu'on appelait le jeune crétin, par ce qu'en venant au monde , il n'était guère plus gros que le pouce), le Petit-Poucet , qui flânait en chemise dans le salon de
son père, avait tout entendu ; il se recoucha sans rien dire, et le matin il courut au bord d'un ruisseau , ramassa des petits cailloux blancs et en remplit ses poches.
On partit, on alla dans une hideuse forêt où l'on ne voyait pas à dix pas de distance.
Le biicheron se mit à couper du bois et les enfants à ramasser des broussailles pour faire des fagots. Le bon père et la bonne mère les voyant occupés, s'enfuirent par un sentier détourné et les plantèrent là pour reverdir.
Les larmes coulèrent bientôt sur toutes les faces , Poucet seul conserva son sang-froid, se mit à la tête de ses frères, et suivant la trace marquée par ses petits cailloux blancs qu'il avait semés sur la route, il revint au logis paternel.
Ayant écouté à la porte, il reconnut que ses malheureux parents étaient plongés dans la plus atroce douleur , un seigneur avait mis le comble à leur infortune en leur envoyant dix écus qu'il leur devait. La mère regrettait ses sept crétins, le père avait une peur horrible que sa femme lui en fit immédiatement sept autres pour le dédommager, ce qui ferait quatorze au cas ou il retrouverait les sept premiers
Leur joie fut donc complète et sans arrière-pensée quand ils virent entrer leurs sept enfants. Les dix écus du seigneur firent les
frais de la fête. Mais
( Lu suite à itn prochain ?iiimpro.\