‹ Musée ou magasin comique de Philipon (volume 2)Chapitre 62 sur 70 · TROISIEME · texte numérisé non relu

TROISIEME

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MM. Aiibert ei C'*^ ont public, sous le tilre géntTÏque JeiVorrt/c en ima(jes ^ deux volumes escellenis au point tie vue Je la moralité, excellents aussi au point de vue de ramusemeni. Ces deux volumes portent pour lîirc particulier, le ])reinier : Cbnérv ((e la ^f.nn('iïwini«n; le deuxième:

Omtts du bon papa. Les ëditeur.s >— ; vont meure en vente le troi- ':' siéme, sous le litre de : Contes (le ma nicre. Ces trois volumes - { formeront un cliarmani ouvrage "-> el pourront, si I'od veut, se divi- ..,ï ser en trois, car cba({ue livre est S-.: complet et ue se rattacbe aux ; — aulres (|ue j»ar le titre généritjue. Ce nouveau volume parrtiira, comme les aulres, eu 40 livraisons .1 25 ceniimes; l;i jiremîère livraison ser.i publiée le 15 courant.

LE

PETIT-POUCET

TRAhVCTION LIBRE DE PERKAULT,

Par CHAIE DE M...

Poucet et ses crétins de frères prirent leurs jambes à leur cou et coururent ventre à terre, ce qui veut dire qu'ils s'enfuirent prodigieusement vite.

L'ogre s'étant réveillé dit à sa femme : •• Va-t'en là-haut préparer ces petits drôles d'hier au soir. •• L'ogresse monta ; mais elle fut bien surprise lorsqu'elle aperçut ses charmantes petites filles égorgées. •• Voilà du propre! s'écria- t-elle; tout est à

refaire ! » Et la malheureuse, effrayée de la besogne, s'évanouit. L'ogre ne tarda pas à monter aussi ; et trouvant sa femme pâmée et ses filles très-détériorées, il jeta une potée d'eau au nez de son épouse, prit ses bottes de sept lieues, et courut après les* petits scélérats qui avaient si indignement méconnu li'S devoirs de l'hospitalité.

■ Comme il ignorait la route qu'ils avaient prise, il se mit à errer par monts et par vaux, pasbsant par-dessus les montagnes, traversant les rivières, les fleuves, les forêts ; enjambant l'obélisque de Luxor, la colonne Vendôme et l'arc de l'Étoile, au grand ébahissement des populations qui n'avaient plus pour ciel qu'un fond de culotte, et ne comprenaient rien à cette singulière éclipse de soleil.

Les astronomes écarquiUaient les yeux, suivaient l'astre nouveau dans tous ses mouvements, et bâtissaient de magnifiques systèmes. Les uns prétendaient reconnaître la lune ; d'autres affirmaient que c'était une comète dont la queue devait avoir trente cinq millions neuf cent vingt-trois mille lieues et quart de longueur.

Vendant ce temps-là, Poucet et ses crétins de frè. es couraient

MUSÉE ET MAGASIN COMIQUES

toujours ; et ils étaient sur le point d'arriver chez leur papa, lorsque la comète vint planer sur leurs têtes...

Les malheureux se blottirent dans le trou d'un rocher. L'ogre, fatigué de sa course vagabonde, s'assit précisément sur le roc oii se cachaient les pauvres fugitifs, et s'endormit d'un profond sommeil. Ce monstre soufflait comme un buffle et ronflait comme un trombonne de Musard : les enfants n'étaient pas à la noce ! Poucet profita de l'engourdissement de son ennemi pour lui voler ses bottes.

Cet enfant était rempli d'intelligence! Non content de prendre les bottes de l'ogre, il les mit à ses pieds ; et comme ces bottes étaient fées, elles se prêtèrent à la circonstance, et se trouvèrent aussi justes à ses pieds et à ses jambes que si elles eussent été faites pour lui.

Poucet, on a pu le reconnaître, était pauvre , mais il était malhonnête ; aussi n'eut-il rien de plus pressé que de courir à la maison de l'ogre, où il trouva l'ogresse, sa bienfaitrice, qui se lamentait auprès des cadavres de ses petites filles.

" Madame, lui dit-il, votre cher mari est en grand danger; il a été pris par une troupe de voleurs, qui ont juré de le tuer s'il ne leur livre tout son or et son argent. Dans le moment oii ils allaient le c/iouri7ier {!) U m'a rencontré et m'a prié, en qualité

(1) Pour lexplication de ce mot, voir le dlclionuairc de M. Vidocq, le Joumiil dei VebaU, ou consi.llci les Mémoires de feu M. Lacen.iire.

d'ami, de venir vous demander tout ce qu'il a vaillant, sans en rien retenir ; et comme cela pressait un peu, il m'a ditde prendre ses bottes de sept lieues pour ariver plus vite.

La bonne femme lui donna aussitôt tout ce qu'elle avait ; car elle aimait beaucoup son mari, qui, malgré son défaut de manger les petits enfants, était un excellent homme, d'un caractère égal, enjoué, et d'une fort grande amabilité dans le tête-à-tête.

Le petit Poucet, étant donc chargé de toutes les richesses de

l'ogre, s'en revint chez son père, qui le reçut cette fois avec beaucoup déplaisir.

Poucet fit un noble usage de cette fortune acquise par son intelligence ; il se fit appeler M. le marquis de Poucet, vint à Paris , dépensa énormément d'argent dans les coulisses de l'Opéra , et, lorsqu'il fut vieux, cassé et presque ruiné, il épousa sa cuisinière.

MOR.'VLITK.

Ce conte doit inspirer aux enfants le respect et l'amour pour les auteurs de leurs jours, — la reconnaissance pour les bienfaits qu'on a reçus, — l'horreur du mensonge et de l'improbité, enfin l'amour du travail, qui seul peut honorablement enrichirl'artisan.

MUSÉE PHII.ZPOII.

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