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Nous manquons de renseignements bien précis sur la grandeur ou la décadence du pas chicard pendant les siècles qui se sont écoulés depuis Clovis jusqu'à Louis XIII ; — l'histoire ne nous disant rien à ce sujet, nous imiterons l'histoire.
Sous le gouvernement du cardinal Richelieu, les Français commencèrent à reprendre le goût de la danse ; mais ce divertissement devait nécessairement manquer d'entrain à une époque où les dames étaient costumées de longues robes traînantes , — les danseuses en étaient réduites à danser plutôt avec leurs bras qu'avec leurs jambes.
» Louis Quatorze vint , et le premier en France Fit sentir dans ses pas une juste cadence. »
Honneur à ce grand roi ! — Si sa gloire est immortelle, ce n'est pas pour avoir inventé Versailles, la porte St-Denis , ou les perruques gigantesques; — non pas vraiment : c'est pour avoir restauré en France l'art de la danse; — c'est surtout en fait d'entrechats et de jetés-battus que le grand monarque avait la légitime prétention de dire : — JVec pluribus impar I
Louis-le-Grand aimait à jouer son rôle dans les ballets représentés à Versailles , et toujours il y déployait cette grâce particulière qui s'alliait si heureusement avec l'aimable expression de sa physionomie et la noble distinction de ses traits !
Sous la régence et sous Louis XV, le menuet fut en grand honneur dans tous les bals oiilon tenait son quant à soi ; — mais en petit comité les dames étaient leurs paniers, et alors la danse était nécessairement beaucoup plus décolletée.
Du reste, le menuet lui-même ne manquait pas d'un certain charme et permettait une foule de poses agréables. — Or, qu'est-ce qu'on cherche d'ordinaire dans le cancan lui-même? — des poses , rien que des poses !
MUSEB ET mACASIM COMIQDES.
J'ai entendu dire à quelques-uns de mes aïeux que la Camargo dansait le menuet à ravir; — néanmoins je suis fort aise de n'avoir pas joui de ce coup d'œil , attendu que si j'avais existé à cette époque je serais aujourd'hui dans un état de vétusté bien déplorable , et bon tout au plus à être mis dans une boutique de marchand de bric-à-brac en regard avec de vieux trumeaux.
C'est ce qui vous explique pourquoi je préfère avoir vu danser M. Chicard plutôt que mademoiselle Camargo , quelque grâce qu'elle ait su déplo3'er dans sa profession.
Le professeur de menuet et de belles manières était un personnage de première nécessité , et un jeune homme qui se respectait un peu ne se serait jamais présenté dans le monde sans savoir préalablement sur quel pied il devait danser.
C'est ce que se chargeait de démontrer, à trois livres le cachet, un professeur qui avait fait de la pirouette l'étude de toute sa vie.
Sous l'Empire les fêtes publiques du Vauxhall et de Tivoli ranimèrent la passion des Français pour la contredanse, et le fameux Trènis inventa même à cette époque la figure qui porte son nom.
Les vieux grognards de la garde cultivaient aussi l'art des Vestris, mais d'une autre manière; ils se plaisaient surtout à faire danser les autres, notamment les Prussiens, les Autrichiens et autres kaiserlics, comme ils les appelaient.
Vers 1812 les traditions de la véritable trénis commencèrent à se perdre, et, les jours de grandes fêtes nationales, les jeunes bourgeois se permettaient la gigue, sorte de danse qui se rapprochait furieusement de la chaloupe de notre époque.
En 1815, l'apparition des Cosaques à Paris changea l'aspect des bals publics , et les sauvages enfants des bords du Dnieper apportèrent sur les rives de la Seine les différents pas de bourrée qu'ils avaient appris de leurs a'ieux, — lesquels aïeux étaient des Scythes, — lesquels Scythes avaient eu de fréquents rapports avec les Grecs qui leur avaient enseigné la danse pijrrhique, ou si vous aimez mieux le cancan du temps de ïhémistocle.
Et voilà par quelle suite d'enchaînements les badauds parisiens purent un jour contempler des Cosaques qui dansaient la pyrrhique tout comme si on leur avait appris le cancan.
Une fois les Cosaques sortis de France, ils semblèrent avoir emporté avec eux leurs traditions chorégraphiques; car, de 1815 à 1832, le cancan ne se manifesta plus dans les bals publics que par quelques rares symptôines. — On voyait bien de temps en temps quelques petits balancés insolites hasardés par des commis de nouveautés, — mais cette nouveauté semblait plaire médiocrement au public.
Ce ne fut guère qu'en l'année du choléra que les Parisiens, éprouvant le besoin de se distraire par tous les moyens possibles,
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se mirent à demander à la danse des plaisirs et des pas nouveaux.
Cette tendance fut singulièrement favorisée par l'apparition à l'Opéra de danseurs espagnols qui initièrent le public français à tout ce que la cachucha possède de charmes et de laisser-aller.
Il est certain que M. Trénis lui-même était furieusement éclipsé par des danseurs qui se livraient à un en-avant-deux avec tant de vivacité et qui avaient toujours le coude -pied à la hauteur de l'œil.
L'étudiant en droit comprit, le premier, l'heureuse alliance qu'on pouvait effectuer entre la danse française si guindée et la danse andalouse si dégingandée. — Un conservatoire chorégraphique ne tarda pas à s'établir boulevard Mont-Parnasse, à la Grande-Chaumière, et une foule de jeunes élèves de M. Blondeau vinrent là pour professer à leur tour!
L'École de médecine ne tarda pas à se mettre de la partie, et une heureuse émulation qui tourna entièrement au profit de l'art ne tarda pas à s'établir entre les deux Facultés.
Hâtons-nous de dire que ces rénovateurs trouvèrent d'intelligentes danseuses dans le corps si intelligent des modistes de la capitale.
faitement que l'art ne peut pas rester stationnaire, et qu'il n'y a rien de fait tant qu'il reste encore quelque chose à faire.
Or, en fait de cancan, il y a toujours à inventer du nouveau ou à rajeunir de l'ancien. — -Par malheur ce génie créateur est contrarié bien souvent par les observations déplorables de certains inspecteurs chorégraphiques délégués par le gouvernement — gens arriérés, et qui ne comprennent absolument rien à hi poésie du cancan : — j'ai nommé les sergents de ville.
L'année 1838 vit naître le grand écart .'Cette pose, qui témoigne chez son inventeur d'études classiques aussi fortes que consciencieuses, est une heureuse imitation d'un des monuments les plus remarquables de la Grèce ancienne, — car le grand écart n'est rien autre chose que la pose du fameux colosse de Rhodes, — pose remarquable, et à laquelle les autorités les plus pudibondes de l'époque n'avaient jamais rien trouvé à reprendre.
Néanmoins quelques sergents de ville trouvèrent à redire au grand écart lors de sa première apparition et menacèrent d'en référer à leur gouvernement ; — mais le gouvernement, qui a fait ses études, autorisa à Paris la pose du colosse de Rhodes.
Depuislors chaque année a été signalée par quelques nouveaux perfectionnements,, car les habitués de la Chaumière savent par-
L'année 1840 fut signalée par l'apparition du jms du croyant;
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— cette création eut lieu au bal de la Chartreuse, boulevard du Maine.
Le croyant s'arrête subitement au nnilieu de son avant-deux, et lève tout à coup les bras vers le Ciel avec l'air le plus inspiré qu'il peut se procurer. — Feu Josué devait avoir cette posture lorsqu'il arrêta le soleil.
Tel encore devait être Mahomet lorsqu'il se posait comme ayant tout à coup une illumination céleste, laquelle consistait la plupart du temps à faire trancher la tête à quelques personnages dont la conduite ou même dont simplement le nom lui déplaisait.
Si vous me demandez à quelle chose croit notre fanatique de la Chartreuse, je vous dirai qu'il croit bien fermement au cancan.
En 1841, certains danseurs tentèrent d'apporter quelques changements au grand écart ; mais ces innovations ne furent pas toujours heureuses, et, en voulant lever la jambe à la hauteur de l'épaule, il arrivait trop souvent qu'ils levaient tout bonnement le pied à la hauteur du nez de leurs danseuses.
On renonça donc à ce divertissement, qui tenait trop du polichinelle mal élevé.
En 1842, la Grande-Chaumière brilla d'un éclat inaccoutumé, et fut plus que jamais le rendez-vous de tous les véritables amateurs de la danse nationale dont nous nous occupons pour l'instant.
Une foule de pas, tous plus nouveaux les uns que les autres, furent essayés, censurés, approuvés ou prohibés ; car, on a beau dire, ce n'est toujours qu'à la Grande-Chaumière qu'on trouve toutes les véritables traditions de l'élégance et des belles manières.
Parmi les créations chorégraphiques et cancanières qui signalèrent le cours de l'été dernier, nous devons mentionner spécialement le pas des taureaux indomptés. — Cette façon d'aller, ou plutôt de se précipiter en avant-deux, nous semble avoir un cachet tout particulier.
Bien que le gendarme départemental soit encore plus intolérant que le garde municipal parisien, le cancan, qui a résolu de faire son tour du monde, s'est mis en route pour ce long voyage en faisant des stations dans toutes les fêtes patronales des environs de Paris.
Aujourd'hui on cancane à Passy, à Auteuil, à Vincennes, et généralement dans tous les villages. — On trouve même une légère nuance de cancan dans les pas pudiques des jeunes filles de Salency. cette célèbre contrée qui produit tout naturellement des rosières , comme Montreuil des pêches , et la rue Grenetat des briquets phosphoriques.
Par exemple , le jeune campagnard qui veut aussi donner un peu de décolleté à sa danse, imite tout bonnement l'ours Martin dans ses plus joyeux ébats.
Le cancan, l'audacieux cancan, ose même se glisser dans les salons du grand monde, et plus d'une demoiselle commence à trouver que son cavalier, au lieu de marcher froidement comme cela se pratiquait naguère, commence maintenant à danser beaucoup trop.
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De temps en temps même, entraîné par une musique trop folâtre et qui lui rappelle la Chaumière, un jeune fils de pair de
France se permet d'aller en avant-deux d'une manière qui scandalise la société.
Le cancan n'a pas encore dit son dernier mot ; cette danse nationale n'est pas encore arrivée à l'apogée de sa gloire. — Nous savons de bonne source que les plus hautes notabilités du carnaval préparent , pour les bals de l'Opéra de l'année 1843, différents nouveaux pas de caractère qui causeront une révolution générale dans tout Paris, et même, je ne crains pas de le dire, dans toute l'Europe. — Ainsi donc, apprêtez-vous à faire galerie pour assister à ces créations chorégraphiques.
Toutes les célébrités du genre. Carabine, Sabreiache, Mousquelon. et autres danseuses émérites, ne pourront pas contenir leur dépit en voyant ces nouveaux pas , dont nous allons commettre l'indiscrétion de vous offrir un léger spécimen !
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