‹ Musée ou magasin comique de PhiliponChapitre 41 sur 95 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

J'ai publié dans le Charivari, sous le titre de Caricatures ÉCRITES, une série de petits articles auxquels le public a fait bon accueil; assurément ces esquisses incomplètes ne méritaient pas les honneurs de la réimpression , cependant je me propose de les reprendre et de les continuer dans le Musée comique parce qu'elles peuvent fournir un cadre aux spirituels croquis de mes collaborateurs. Le crayon si naïf et si fin de M. Trimolet servira de passe-port à ce premier chapitre.

Ch. PH.

dans la rue.

Le fat sourit, marche roide et cambré, va doucement, rajuste à chaque instant sa coiffure, sa cravata, son gilet et se mire dans toutes les glaces des boutiques. — L'orgueilleux , clignant les yeux et ieignant de ne pas voir ceux qu'il rencontre, marche pins lentement encore, se tient droit et roide, la tête en arrière et la main dans son gilet. — Le niais va très-vite, les bras ballants, le chapeau en arrière, les yeux ccarquillés et la bouche béante.

.^ CAFE bSimifiti

L'homme qui pense à l'avenir regarde en haut, — celui qui songe au passé regarde en bas ; — s'il regarde devant lui il est occupé du présent, — il ne pense à rien s'il regarde à droite et à gauche; mais s'il regarde fréquemment derrière lui, il pense certainement à ses créanciers.

L'homme qui, marchant seul dans la rue, parle tout haut et gesticule, est content de lui-même, content surtout de son esprit.

L'homme qui se rend à un rendez-vous d'amour marche trèsvite et ne regarde pas les femmes, celui qui en revient va doucement et les passe toutes en revue.

L'homme bien élevé qui se laisse entraîner à fumer dans la rus dissimule son cigare en passant près d'une femme quelconque ; le manant, le rustre, le clerc d'huissier souffle imperturbablement sa fumée au visage des dames.

L'homme qui va doucement réfléchit, médite ou calcule ; — celui qui projette une affaire va très-vite ; — ■ celui qui court rêve un succès d'argent, d'amour ou de vanité.

L'homme qui trotte à petits pas, cligne des yeux, porte le visage en avant et remue les épaules, est bavard, pointilleux, chicaneur.

L'homme tiré à quatre épingles, qui passe la main sur son chapeau, époussette son pantalon avec son mouchoir de poche, frotte le devant de son habit avec sa manche, est un esprit minutieux, susceptible et pointu.

Celui qui porte des chaînes d'or visibles à l'œil nu, des camées, des bagues, des breloques, est un rustre enrichi, un escamoteur, un marchand de vulnéraire ou un prince italien.

MUSEE ET MAGASIN COMIQUES

LE SALVT.

EERfcARn

Le magistrat, le professeur ou le chef de bureau, ton/ Je noir abillé qui, sa main dans son gousset, marche un peu roide, ance la jambe à chaque pas et lève son chapeau Irès-haut [uand il salue, n'est pas, comme on croit vulgairement, un orgueilleux ; c'est en général un homme bon et bienveillant, mais n peu collet-monté.

L'orgueilleux n'est pas seulement le mal-appris qui salue d'un oup d'œil ou d'un mouvement de tête quand il salue ; c'est enore celui qui répond à votre salutation par une salutation ffectée.

La seule occasion qui autorise un iionime d'esprit à être un noment stupide est celle-ci.

Deux hommes se rencontrent, se regardent, se sourient et se ant des salutations à n'en plus finir ; à chaque salamalec ils se ont rapprochés d'un pas, ils en viennent à se serrer la main ; lors ils se disent à la fois : .. Comment vous portez-vous ? •• répondent à la fois : •• Pas mal, et vous? - puis restent là, bouche léante... ils ont cru se reconnaître.

L'inférieur et le supérieur, également vaniteux, ne se saluent las; ils ont toujours l'air de ne pas se voir.

Un imbécile vous rencontrerait dix fois dans une heure qu'il ous saluerait à chaque fois.

Un homme intelligent qui vous voit le soir ou dans un lieu carte en compagnie d'une seule dame ne vous salue pas, fussiez- "ous nez à nez.

Deux hommes qui se méprisent se saluent très-révérencieiisement, très-affectueusement, s'ils ont peur l'un de l'autre.

Le mari salue l'amanl d'un air protecteur; — l'amant sourit en lui rendant son salut ; — deux amants rivaux se pincent le.-* lèvres en cette occasion ; — le créancier salue avec embarras, — le débiteur avec légèreté; — l'amitié salue delà main seulement.— l'amour seulement du regard; — deux hommes qui se sont connus chez une panthèie se disent bonjour en riant ; ils prennent au contraire un air grave, fût-ce dans un bal masqué, s'ils ont fait connaissance à un enterrement.

L'honmie qui porte perruque salue le moins possible ; l'exercice du chapeau lui cause toujours quelques inquiétudes.

Li; CHAPliAl'.

Le chapeau, par sa forme et la façon dont il est porté, facilite beaucoup l'étude du cœur et de l'esprit.

Celui qui le porte sur une oreille est un poltron qui fait le bravache.

Celui qui le porte en arrière est un nigaud.

Celui qui le porte baissé sur les yeux et levé par derrière est moqueur.

Celui qui l'enfonce perpendiculairement sur ses veux est un bourru, un çron-non.

Celui qui le tient à la main en marchant est un vaniteux.

Celui qui a toujours un chapeau frais et brillant a de l'ordi-e; L-'est un esprit méthodique.

Celui qui a un chapeau pointu, à large ruban, en un mot celui qui porte un chapeau comme on n'en porte pas est un esprit faux, maniéré, prétentieux.

Si

MUSEE PaiLIPON

L'étudinnt bainbocheur porte un chapeau très-penché sur l'oreille droite. — L'étudiant laborieux en porte un très-râpé enfoncé sur les yeux. — L'étudiant béjaune, qui débarque de Carpentras ou de Brive-la-Gaillarde, promène dans les rues un chapeau blanc, gris ou bleu de ciel, pointu, rond, à grands bords, à large cordon, orné de glands de baldaquin.

Le bottier, le boucher, l'épicier en grande tenue adorent Iv chapeau de soie à longs poils. — Le chapeau de même étoffl', à poils ras, à forme haute et à bords étroits, est la parure du me- Tiuisier et du maçon endimanchés.

Le vieil employé, le vieux rentier portent naïvement le vieu.v chapeau aux bords relevés par-devant et par-derrière ; s'il vient à pleuvoir, ils le couvrent du mouchoir de poche à carreaux dont ils retiennent les coins avec les dents.

Avez-Vdus des prétentions à la philosophie, vous vous affublez d'un chapeau très-bas, à très-grands bords. Si vous visez à l'originalité, vous adoptez la forme du pain de sucre ou du plat à barbe renversé.

LES CHEVEIX.

De grands ciieveux sales, qui graissent le collet et les épaules n'appartiennent (ju'au prétendu philosophe, au rapin et au garçon tailleur. — Le soi-disant original est rasé comme un magot de la Chine.

Le bourru, le butor, le cordonnier en vieux sont mal peignés, malpropres, hérissés ou ébouriff'és. — Le danseur, le coiff"eur, le niais et le lion ont les cheveux peignés, lissés, huilés, frisés tout autour de la tête et séparés en deux parties égales ou inégales, comme une poupée du Jownal des Modes.

Le vieux soldat, la culotte de peau, le postillon et l'artiste dramatique se coiffent à la Titus.

Le garçon perruquier, l'étudiant de première armée sont accomodés à la Jeune France.

Les cheveux roides annoncent souvent l'entêtement, les cheveux plats la patience, les cheveux frisés et .soyeux indiquent

presque toujours l'esprit et l'amour du plaisir.

Les cheveux blonds semblent indiijuer la sensualité, — les cheveux noirs l'ardeur, — les cheveux châtains la modération.

La calvitie est ordinairement le signe d'une intelligence active, — à moins cependant que l'homme chauve ramène ses cheveux de derrière sur le front, ce qui dénote un esprit vulgaire et mesquin, — ou, pis encore, à moins qu'il porte perruque, auquel cas il est irrévocablement classé parmi les rococos.

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MUSéB ET MAGASIN COMZÇUES.

Les cheveux gris avant l'âge expriment la misanthropie, l'habitude des souffrances physiques ou morales, l'excès des travaux et des plaisirs nocturnes.

Quant aux cheveux al)ondants, qui ne blanchissent pas, ils sont le cachet d'un esprit au calme plat. C'est de ces têtes bienheureuses qu'il est dit dans l'Ecriture : •• Le roy.\ume des cieux

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