‹ Musée Pie-Clémentin (volume 2)Chapitre 12 sur 46 · PLANCHE XIII · texte numérisé non relu

PLANCHE XIII

6i Tautenr de la plus merrèilleu&e légitladon, du philosophe 9' qui 9 ayant le; mieux connu le coeur de." l'homme , sut par des moyens que ' Fexpé-» rience ne lui ayait pas enseignés, qu'aucune doctrine ne lui atait démontrés , fonder une société 9 une, indépendante^ heureuse et inaltë« rahle pendant cinq siècles, les. traits enfin dit divin et incomparable législateur deSpartej.de Lycurgué. C'est moins la simplicité du pallium qui laisse son corps sans tunique, demi-nu (i), et> sa chevelure hérissée, en désordre, telle que nous la voyons sur ses portraits à peitie dessinés sur les médailles Spartiates (â), que la hlessure non équivoque d^ Tœilr gauche-, qui nous atteste le véritable sujet de cet insigne et très-rare simulacre. Plutarque et Pausanias nous; apprennent comment dans: lesf troubles qu'occasionna la nouvelle législation, Alcandre, jeune noble , qui tenait un parti contraire , creva un œil à ce législateur avec son bâton, que lea Spartiates avaient coutume de porter dans les

la voie Prënestioe , dans la même fouille où fut décou» vert le Cupidon publie tom. I; pi. XVI ^ et l'Adonis |, tôm. II y pi. XXXII. Elle est de marbre penthéliqae.

(1) Nous apprenons de Plntarquc, f^ie de Ljrcurgue , que les Spartiates, en cortant de l'enfance , avev titSvoç iieréXvy^ « restaient sans tunique. » Tom. I des f^i'es, pag. 108 de l'édit. de Londres în-4.

(a) On peat la voir dans le Trésor Britannique de Haym , tom. I , pag. 1 25 , et dans Fr^elich ^ Eiementa rei numariae , pi. XXI ^ a. 11.

assemlJées ( ■ )• Le philosophe , poovatit se Tenter de l'ofTenseur que le peuple irrité TeBait «le lui IWrcr, se cootenta de l'attirer à son parti par sa tranquiHiléet par sa doucetir, et de le faire dcTenir "rertueux : et il voulut enfla qu'on érigeât dans le même lien nn temple dédie k Minerve sous le titre d'Opktaimitidey aoit en mémoire de son œil perdu, soit par reeonnaissanoe de ce qn'il avait conservé l'antre (a); On n'avait point encore connn jusqu'alors auoune image f qui nous. offrit le portrait de ce grand homme y avec une marque qui le fait distinguer si facilement de tout antre , et qui , au pcemier coup-d'œil, paraît si éTi<kDte ; car tea portraits à peine tracés et d'an mauvais travail sur les médailles dont nous avoos parlé , se' nous montrent sa figure- que de profil et du côté droit. Ce signe lÛstiactif que nous trouvons k notre statue , est exprimé avec une précision, incontestable, et tris-clairement; car nonsenlement ' l'ceil gauche est évidemment plus

YÎéDty ei le rapport qu'dUl le& effigies de$ mëdaîUes citées avec ses traits , sembleiit nous assurer jusqu'à la démoDstration la plus certaine la vérité de ce portrait.

Les écrivains que nous avons cités parlent des statues dé Lycurgue , du culte que l'on ren* dit à sa mémoire^ dès temples qui hA furent élevés , et des fêtes qu'on institua en sota honneur. Dails notre statue il a la main droite étendue comme s'il parlait avec calme; la gauche soulevée devait indiquer là blessure qu'il avait reçue à l'œil , inais il n'y a d* antique ici que la moitié du bras jusqu'à l'épaule^ Le moment que le statuaire avait choisi était , peut-être, celui que Lycurgue rendit si glorieux en se montrant magnanime , lorsque se sentant frappé, il fit voir à ses concitoyens « sans paraître ému, son visage plein de sang et son œil perdu (i).

(i) PluUrqiK!, id. pag. 98; Q' (lèp avv Avxovfyyoç ^ ov9èv èvdcvç ^pàç ro ofâ^oç^ d^à aràç èvàmoç^ iieiifi TOiç ^oXiraiç ro Tcpôawfcop èfAajffiévap 9cm 9u(p^aûiUvflV riiV S^w. « Lycurgue sans colère, maïs 9 ferme et se retournaot;. montra à se» concitoyens son » visage ensanglanté et son œil crevé. » lia moitié du bras antique fait voir que l'autre moitié et la main étaient dirigés vers levîsage^et non pas en-bas, conouoie ils sont à présent dans la restauration. La main droite aussi est moderne. 11 serait à désirer qu'une statae si intéressante ne restât pas ainsi altérée par une restauration sans intelligence y mais qu'on lui rendit exACte-ment son ancienne attitude.

Quoique le traTaft*dan9 cette statue n'otSie pas une inii»ière très-détermiDée . et soignée , on retrouve cependant dans son style facile et moelleux , les traces d'une bonne école , et rexpressioo d'uu- excellent original. On doit toujour» remarquer avec quelle adresse les an* ciens ont représenté un borgne» sans en exagérer la diiTormité , et cependant d'une façon non équiToque, seulement par la petitesse de l'œil et le rétrécissement des parties Toisines. Ceci se Toit observé encore' en pareil cas sur d'autres marbres antiques (i).

(i) Je possède nue espèce Ae tone très-cnrieux , de bronze antique : il est fonné par le bnste d'an prêtre ifgTptièn , rasé , bors une petite boncle de chereux qni lui pend sur l'oreille droite: cette sorte de tonsure ^tatt religieusement consacrée en Egypte ( Wiock. , Moaum. ined. , n. 77 ]. Sur le sommet de la tète est l'ouvertare par laquelle on introduisait la sat^a stlpes ^ q«i après avoir pass^ dans une fcnce oblique placée dans l'estomach du buste , tombait ensuite dans la cassette p snr

La fouille d'ob ce monument curieux et im« portant a été retiré fut faite dans la campagne de Torre S* Giovanni ^ près des Cento^

Ce rapprochement fait présumer que le défaut qui se remarque dans ces portraits n'est pas affaire de caprice ou de hasard. En effet je trouve fort à propos deux passages d'anciens écrivains^ que Salmasîns acomniSy par lesquels nous apprenons que dans quelques religions étrangères on exigeait pour les prêtres le défaut d'un oeil. Un de ces passages est dans Perse , sa t. V, y* i86:

Bmc grandes Galh' et cum sistro LVSCA SACERDOS

Incussere Deos ;

Cest justement d'une prêtresse d'fsis doht il parle. L'autre est une épi gramme d'Alexandre d'£tolie rapportée par Plutarque de exUio ^ et corrigée ensuite par Salmasîus dans les Exercùaiiones Plinianae , pag. 58o : on introduit le poëte Alcmànès qui se dit heureux d'avoir été enlevé encore enfant de la Sardaigne sa patrie , oii il serait devenu un prêtre borgne, ou un Prêtre de Cybele Eunuque, tandis qu'ayant été transporté k Sparte , il y est devenu citoy^^ety acquit la réputation d'habile poëte. Je vais la citer en entier, certain de satisfaire en cela mes lecteurs :

ldp9êèç afj(fuat , xatépov vonoç , eî (lèif h Vfih 'lEapstpôfAflf f né^^ç ^ nç S/p ^ ^ ^oMeXaç

Xpvao(p6poçpi^ovxa^ tvfjbxa^a^ vvv 9é fiot *A?jtfiàp Ovfoiia^ nai lavàfnaç eifÂi vcoXvrpi^o9oç'

Kai Moiaai; iiiffP *EXoeoyi9aç^ al fie ropwpvo^ Sipec^ AaaxvXeo (lel^ova nal Ttyjfio.

Ce bronze étant, dans son genre, un des plus beaux et des mieux conservés que je connaisse, j'ai cru à propos d'en donner la représentation dans les planches de supplément.

Musée Pie-Clém. Vol. III. 5

celle , du côté de la voie PréoestÏDe , c'est elle qui Dous a procuré les belles ststues de l'Aaioar et d'Adonis ; nous avous pensé que cet eudroit avait été quelque lieu de délices des empereurs (i).

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