‹ Musée Pie-Clémentin (volume 2)Chapitre 13 sur 46 · PLANCHE XIV · texte numérisé non relu

PLANCHE XIV

Déhosthènes *.

Un style grandiose, une touche franclie, et la vérité de l'imitatioD^ donnent un grand prix à celte statue , qui n'en a pas de supérieure parmi celles qui offrent le portrait d'un personnage ainsi demi-nu, cv>uvert seulement du pallium, comme les Grecs avaient coutume de représenter ordinairenient les hommes illustres pendant la paix (a). L'excellente tête de JDé-

(1) V; la pi. XII , pag.

* Haut, six palmes , sept ■

|nosthën6(i) qui a été placée au lieu de celle

qui manquait, convient admirablement, avec le

reste du corps , pour le caractère , pour l'âge, et ^

par la manière dont elle est traitée. Le beau ^ ^-

simulacre de cet orateur qui fut trouvé de nos

jours dans la Campanie , et qui a été trans-

porté en Angleterre par le duc de Dorset ,

nous offre Démostbène de la même manière ,

c'est-à-dire nu, enveloppé seulement du pal-

lium, et tenant un volume dans sa main (a).

Il est vrai que cette figure est debout, et que

(i) Le portrait de Démosthène est certainement le fameux buste de broute du Musëe Porticî ( Herculanum , Bronzes, tom. I; pi. XI ). Ce fut d'après lui que Ton reconnut beaucoup d'bermès et de têtes qui le représentent; et qui sont communs dans les collections ', on les avait cru avant des Pytbagoies. Le portrait de l'orateur atbënien, de face, gravé sur une superbe amétbyste , ouvrage admirable de Dioscoride , est dans le Musée du prince de Piombino. Winckelmann Tavait publié comme inconnu (Mon, med., pag. 91 et 108)1 et il le fut aussi par Braccî ( Mem, degt Incisori ; tom. II ^ pi. LIX ) \ tous deux disent qu'il était gravé sur une cornaline: d'autres l'ont cru un Térence. Le prince ayant fait présent à M. le ch. Zuliani des empreintes de beaucoup des plus rares pierres gravées de sa riche collection , j'eus r occasion , étant occupé à en faire le catalogue , d'y retrouver le portrait certain et naturel de Démostbène. Cette découverte a été depuis publiée dans les notes de l'édition de Rome de VHist. de t art de Winckelmann , liv. XI ^ ch. 1 1 ; § c) , (0 .

(2) Elle est gravée dans l'édition romaine de "Win- Atlmamn {Bist. de tort, tom II; pi. YI).

U nàtre est assise, sans qne Ton puisse pour cela regarder cette position comme peu propre au sujet, puisque dans la figure debout il pa* ratt plutôt méditer que déclamer. Celle en brODze que l'on voyait k Coustantinople dans le .gymnase de Xeusippe, et qui a été décrite dans une épigramme de Christodore (i), nous

(0 jinlhol. Gr., liv. T, ep. 3:

Kai Xlaïai'iet»' 9ti(iriyôpoç êxpexe adXxtr^ 'Ptirptiç êvKeXâSou} xaji^p av(poç , ô jrptf 'A^^fotç Tlei^ovç âeX^ûOio vo^nova xvpaàv àyâijiaç *âA^' ùvx ^pefièov 9i£(pai9eT0 , ^natfà âè ^iAiv 'E(rTp6pa , xvxiv^ yàp èei9ero fi^iw ikiaottv ,

H lâji^a XEV xoréoij tpoj^akiiv ëp^éwero (fiev^ Axfoov àvS'^ema, tiSseii; zvxof dXXd e iéj(vij KoXxe'uiç Êaé9ti<nv vxo <r<ppim!>i mox^ç.

■ La trompette de Peanïe ^lait parmi cellei-ci la trom- > pette popalaire , le sage père de 1' ^oquence , qui fit

■ briller dam Alhêoes la lumîâre de l'art de persuader, • ne paraissait pai tranquille , mais il paraissait agile de

diverses pensées , et rouler dans son esprit giielgne

ne pouvons assurer si elle ëtait debout 6u as*

sise. Ce médiocre versificateur aimant mieux se perdre dans une quantité de concetti, s'oocupe 'peu & dépeindre le sujet de Tépigramme qui est le simulacre.

On voit Démos ihènes assis et rêveur ^ tenant un volume dans la main gauche, comme dans notre marbre, sur un beau bas-relief de terre cuite qui ëtait jadis en Angleterre chez le docteur Mead ( i ). Par l'inscription qui est antique, on sait que c'est Démosthënes qui a cherché un asile à Calaurée; il est assis sur Faùtel de Neptune, où il s'empoisonna lorsqu'on vint pour Ven arracher. Heureusement notre statue est assise sur une grande pierre quarrée , que Ton peut regarder comme Fautel de cet asile. Mais il faut convenir aussi que lexpres^sion qu'a la tête convient peu à une telle circonstance; car on remarque dans ses traits l'air tranquille d'un homme de lettres qui médite, plutôt que le désespoir de la vertu accablée par le pouvoir et par la calomnie, ou la ré*solution de recourir à une mort nécessaire; ces deux sentimens paraissent exprimés dans l'attitude de la figure du bas-relief cité.

Notre statue tient sur ^es genoux un volume

(i) On peut en voir le dessin dans la même cdiliou de YHist de fart y tom. II ^ pag. '256. L'habile graveur en pierres fines M. Marchant, anglais ; Ta parfaitement eopié.

en partie onrert , ce qui convient parfaitement k TefGgie de Démosthènes, don t.l' éloquence n'était pas l'élan naturel d'un improvisateur, comme celle de Démades, et moins un don de la nature que les fruits qu'il avait retirés d'une étude constante et infatigable.

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