‹ Musée Pie-Clémentin (volume 2)Chapitre 14 sur 46 · PLANCHE XV · texte numérisé non relu

PLANCHE XV

Ménandre *.

Chaque fois qu'un amateur des belles-lettres voit une effigie de Ménaodre, ou qu'il entend prononcer ce nom , il ne peut se défendre d'un sentiment pénible en pensant de combien de plaisir, en même- temps que d'instruction, nous prive la perte des ouvrages de ce père de la comédie* Si l'on a dit de lui, qu'il était incertain de savcTir si la vie des hommes fut une imitation de ses écrits, ou s'il ne fut que le peinire de la vie hiiniaine (i); si on l'a

7' goàt délicat dans le siècle le plus brillant pour

les lettres de l'empire romain, crut ne pouvoir mieux louer le sublime poëte latin qu'en Tappellant un demi Ménandre (x); tout cela nous persuade et nous convainc combien nous avons à regretter une perte semblable. La Grèce n'eut jamais pensé que les monumens du génie de cet écrivain dureraient moins long-temps que ceux qui devaient nous transmettre sa physio^ nomie ; et cependant il est vrai qu'il ne nous reste que quelques passages isolés, et en petit nombre^ de ses comédies, tandis que nous pos* sédons plusieurs marbres qui nous offrent ses traits ; ce qui prouve que l'ignorance détruit plus que le temps (a).

Nous sommes assures qae telle ^tait l'opinion du célèbre grammairien Aristophane^ par Tëpigrammc suivante^ qui Me lisait sous un hermès de Ménandre chez Fulvius Ur- 3ini; et qui a e'të publiée par Gruter^ mxxvii, par GronoTÎusy Thés. Gr, ant,, tom. II , pag. 98, et par d'autres auteurs^ la voici avec sa traduction litte'rale t

Oh (pavXôc scrf^au xar^ ô^^aXfiovç as tSjépavipej

Tila9e y* '0^i?/>£/i?ç, (piAtaxé (lOi^ xecpak^ç KXkà OB iévrep^ êra^e aopoç xpiveiv ^sr^ èxsîpop

TpafHkwtutoç xXeêfoç xpôaSfev ^Api4rtopaPfiç. Haud absurde staiid te ^ Ménandre , coram

Hocce , o mihi carlssime , Homerico capite :

Te enim posl illum secundo loco posuit y sapieniis iudicii vir

Jilusiris oîim grammaticus Aristophanes.

(1) On connaît les vers de César j dans lesquels il s'adresse & Terence par ces mots : o dimidiate Menanden Donatns^ in via Terentii,

(2) 11 y en a trois différens rapportés par Gronovius ^

lia belle et gracieuse Sgnre que nous Toyou gravée dans cette estampe, a èié long-t^mpa méconDoe et mal dénommée. Parce qu'elle fiit tronvée avec une autre, probablement au mérae lieu , parce que l'une et l'autre étaient assises sur un beau siège , parce qu'elles sont vêtues et sans barbe; cela donna lieu de penser que toutes deux représentaient des Romains , qui occupaient de grandes places de magistrature : et comme ces deux statues paraissaient rivaliser en mérite , on prétendit qu'elles représentaient le portrait de deux rivaux ; en un mot , on voulut y reconnaître Marius et Sjlla (t).

Il ne fallait pas beaucoup de sagacité pour s'apercevoir que le nom grec de Posidippe écrit aux pieds de la seconde statue, désignait plutôt le sujet que le travail du simulacre (a) , pour en déduire qu'une image de pareille na-

(Ueu cité;) celui que l'on pent voir encore est le Firaé-

7^ tnre devait aussi être la première: finalement^

pour discerner que les sièges^ sur lesquels ils sont^ ne ressemblent point aux chaises curules, et que le manteau qui les couvre n*a nul rapport avec la toge romaine. L'idée flattefrse de posséder les portraits de ces ri^^ux si fameux, faisait négliger tous les indices qui annonçaient d'autres sujets. Cependant, Gronovius publia la seconde comme une image du célèbre poëte comique Posidippe; Winckelraann Fa répété; et peu- à-peu cette dénomination absurde tomba dans Toubli, laissant toutefois incertain le sujet de celle que nous avons sous les jeux. En examinant > celle-ci ^ je me suis aperçu que les traits agréables de ce Grec, les rides de son front, et les formes de son visage s'accordaient avec le petit bas-relief, mais très-intéressant, de Farnèse, oii l'on voit sculpté un portrait sans barbe, au-dessous duquel on lit le nom de Ménandre (i). La comparaison fixa mon opinion avec certitude, d'autant plus, qu'outre la ressemblance très-décidée elle-même, la dé« nomination devenait plus croyable, par sa cor* respondance avec l'effigie d'un autre poëte du même genre et presque contemporain, comme le fut Posidippe.

11 parait certainement singulier que les portraits de Ménandre, né dans la Grèce et à Athè-

(i) Voyez la note (a), pag. 71,

nés , soient sans barbe : mais quand on réfléchit qu'il fleurissait sous les successeurs d'Alexandre le Grand , on ne sera pas étonné n la mode des Macédoniens, qui devint générale alors, fut suivie par cet écrivain, dont Textes rieur délicat et efféminé (i), ne promettait pas cette supériorité de talens et de connaissances, qui le rendit si reconimendable près des peuples et des souverains (3).

(i) Le pauage de Phèdre, liv. T, fable I, o& il décrit ion apparitîoD devant Demétrius de'Phalère, ett vraiment classique. Hënandre j est dépeint , lorsque Unguento âelibutus , vestitu affiuens Veniebat greuu delicaio et langw'do.

El De'méiriut lai-ménte, qui ne le connaît pat, demande aux préjcni :

Çuinam cmaedus illa ?

(3) Le roi d'Égjpte et celui de Macédoine l'invitèreot à l'envî l'un de l'antre, de sorte qu'ils envoyèrent des ambassadeurs et des vaisseaux pour le conduire dans

75 Il semble que Fardste ait voulu peindre

aussi les mœurs de Mënandre dans la manière riche et étudiée dont il a ajusté sa draperie , comme dans sa manière de s'asseoir, en s'ap« puyant mollement le bras gauche sur le dossier de son siège, et en abandonnant k un doux repos ses membres. Son habillement consiste dans la tunique et le pallium quarré des Grecs , avec- des poids aux angles; sa chaussure ( e/i^ fid^eç ) couvre ses pieds ; son siège est garni d^un oreiller mollet et demi*circulaire , qui res-* semble à ceux que les arts anciens donnent aux muses et aux portraits des lettrés (i).

Une circonstance que Ton observe dans les deux simulmres, qui a été négligée jusqu'à présent par ceux qui en ont parlé , m'a paru mériter beaucoup d'attention,' et m'a fait naître quelques doutes sut l'originalité des deux portraits. Le visage de tous deux avec une partie de la gorge en dessous, et des cheveux à la partie supérieure, est détaché du marbre et a été. ajoute après coup; cependant, on ne peut

(i) Les muses Clio et Uranie, dans les tableaux d'Hercuianum^ le grammairien Metius Epaphrodite, dans sa statue^ qui est chez le prince Altieri, sont assis sur des sièges semblables ( Peint, dÈrcuLy tom. II, pi. II et VH[; l^abriy Imag. vir iil.j n. 91 ). Il n'est pas invraisemblable que Vhemicjrcle où il était assis, selon Ciceron, De amic.^ lÎT. I, le jurisconsulte Scevola fût aussi sur une chaise de la même sorte, comme Tout expose' les académiciens 4'Hcrculanum. (PI. Vïïl; n. 5).

contester raotiqoité des deux figures. Je me rappelai l'usage trop fréquent employé par la Grèce avilie de sulistîtuer h la figure de leurs héros, de leurs grands hommes, et même de leurs Dieux , le visage de ces Macédoniens ou de ces Romains qui devinrent les tyrans de cette patrie des arts. Mab cette coDJecture qui nous privait de deux portraits uès-intéressans ne tînt pas contre l'évidence que fournit l'examen fait avec -soin de ces statues; car on distinguait par les veines du marbre penthélique qui a servi pour ces statues ( veines qui commençant sur une partie , se prolongent sur l'autre bien qu'elle soit détachée ) que dans l'origine le visage fut sculpté dans & même morceau que le reste; qu'il n'a pas été ajouté depuis, mais que par quelque cas particuher il a été séparé de la tête, et qu'on Ta ensuite replacé. En portant l'examen plus loin^ on trouve un indice de la cause de ce déplacement.

On trouve aux deux statues un grand clou de

de beaucoup de couches, ou de feuillets qui

se détachent uaturellement et facilement; lafrac*

tùre qui a séparé ce qu'on appelle le masque

du reste des deux têtes, est précisément dans

le sens'^ d'un de ces feuillets. Qu'on ne s'étonne

pas de Toir ces deux clous enfoncés sur le som«

met de la tête; c'est le reste d'un usage des

Grecs, et plus particulièrement des Athéniens,

d'attacher jde grands disques de bronace en for«

me de parasols, ou plutôt de nimbes, sur la

tête des statues qui étaient placées dans des

lieux découverts, pour les garantir de la pluie

et des ordures ique les oiseaux pouvaient faire

tomber dessus (i). A Athènes ces cercles s'ap-r

( apoUa ) à caïue de ses couches et de sa propriété de se feuilleter. Et parmi les motifs qui peuvent appuyer son opÎDÎoni je trouye cette remarque décisive; c'fsst qu'anciennement on formait la couverture des édifices avec des dalles de marbre penthëlique ^ par exemple, ceU les du temple à,e Jupiter Olyu^pien euElidei du templs^ de Junon Lacinia à Crotone dans ll^Iie^ quoiqu'il nc^ ftkt pas lire des carrières les plus voisines de ces édifices. En outre l'invention d'une telle fabrique que l'on a at* tribuée à un homme d^ ^Nassos , n'e&t pas produit cet avantage, si on n'eût pas trouve upe extrême facilite à le faire dans un marbre qui s'effeuille naturellement comme noire ai^dpise, et une semblable opération eut exige le travail de la scie, et celui qui s'employe pour tailler et polir les marbres qui était connu depuis plu*^ sieurs siècles* yoyez à ce sujet Pausanias^ Eliaca l, ch. X^ T. Live, liv. XLII, ch. 3.

(i) Arbtophane nous l'indique fort clairement dans sa

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