‹ Musée Pie-Clémentin (volume 2)Chapitre 16 sur 46 · PLANCHE XVII · texte numérisé non relu

PLANCHE XVII

Séhèque*.

. Si celte statue, vêtue de la toge, était d'un seul morceau avec sa téte^ qui nous représente des traiu, que depuis deux siècles on a coutume de regarder comme ceux de Sénèque , nous aurions un monument décisif eu faveur de cette opiuioD, que WinckelmaDa s'est efforcé , dans ces derniers temps, de rendre moins probable (i)- Mais celte télé n*a certainement jamais appartenu à la statue que nous examinons; par conséquent les doutes élevés sur l'image du moraliste latin ne sont point éctaircis encore. G^nme c'eut été choquer toutesles convenances de co-

gure portant la toge ; si cette image pouvait être

celle de quelque personnage grec, et non pas

de Sénèque , ni d'aucun autre citoyen romain ^

comme le fait croire l'antiquaire que nous ye*

nous de citer; il est fort à propos d'ajouter

quelques réflexions , au moyen desquelles on

affaiblit beaucoup, k mon avis, je dirais même,

on rend vains, les motifs qui pourraient faire

rejetter la dénomination communément adoptée.

Le motif principal serait le défaut de preu*

Tes, qui établiraient comme certain que cette

image représente Lucius Anneus Sénèque. Le

médaillon cordonné dont , à ce que dit Jean

Fabri, la confrontation a fait reconnaître CO'

portrait,, n'existe dans aucun Musée. En ce

casy le doute paraîtrait puissant , si la connais*

sance de la grande médaille qui représente Sénë-^

que, n'était qu'un pur indice donné par Fabri.

Mais cet écrivain n'a fait que suivre les notes

et les dénominations établies avant lui par Ful-

vius Ursinus , qui déjà avait donné le nom de

Sénèque à l'image en question , et cela parce

qu'il l'avait confrontée avec la médaille que

possédait le cardinal Bernardin Maffei (i)^

(i) Fabri n*a fait autre chose que de joindre set ex* plications aux planches de Galleus, qui avaient étë copiées d'après le Musée d'Ursinus , et qui poruient les noms que cet antiquaire leur avait déjà donné. Du reste il n'a fait que traduire les notes manuscrites d'UrsinnS| et compiler celles que Scioppius y avait ajouté p ainsi

homme exirémeineot éclaira dans la science numismatique. On ne trouve pas dans l'histoire de la littérature un homme qui égale cet Ursinus, par le savoir, par l'expérience, par le jugement qu'il déployait en examinant et en recueillant des antiquités^ et il semble que ce serait une témérité que de former quelques doutes sur son opinion , lorsqu'il s'agirait de l'existence et de l'authenticité d'un monument numismatique. Il est vrai qu'on n'a plus retrouvé ce médaillon cordonné , ni aucun autre du même type. Certaiuelneot il ne s'élèverait plus de discussions sur le portrait de Séuèque, s'il exisuit encore; mais comme il est fort ordinaire de ne trouver dans ce genre de monument, que des morceaux uniques, il n'est rien de plus facile aussi que de voir se perdre des pièces antiques d'une si petite dimension.

On a fait encore contre la déDOmioalioD adoptée, deux autres objections. Elles sont d'une

?9 un argument qui a quelque valeur. La première

objection , sur laquelle Winckclmann insiste beaucoup 9 c'est la quantité de ces portraits ^ qui répond mal , suivant lui, au peu de réputation qu'avait Sénèque chez les anciens : Tautre objection, plus répandue, relève Fincon* venance pour les lieux, les temps et les usages, du temps de Sénèque, du peu de barbe que l'on trouve à ces portraits qui lui sont attribués.

Quelque soit le vrai mérite de ce philosophe , écrivain illustre , mérite que je crois beaucoup au-dessus de l'estime que paraissent en faire quelques modernes , il est toujours certain ^ qu'on en fit beaucoup de cas dans des temps postérieurs à lui , autant pour les sujets qu'il a traités , que pour son style ; et l'opinion générale qui prévalut dans ces siècles , est consacrée d'une façon incontestable par le témoignage même de son plus ardent détracteur. Je veux parler de Dion (i), qui ne balancç pas à re-

(i) Dion, liv. LIX, pag. 655 : O ^à/maç fièif roèç Mo^ êavtov ^Pofiaiovç , TtoX^oix; de nai aXXvç

Û0(pia wrepdpaç. < Sënèqne qui a surpassé en sagesse, » non-seulement tous les Latins de son temps ^ mai» » aussi beaucoup d'autres personnages d'autres temps et » d'autres nations. » Le témoignage que Plutarqne lui rend , est également noble , si nous en croyons François Pétrarque, qui atteste dans deux endroits avoir lu dans cet écrivain: Nuiltan in Graecia fuùse , qui Senecae ini moraiihus possii comparari. £p. contra GûUum , et ejy^^ aâ Senecam. Ce passage ne se trouve pas dans les œuvrft de Plutarqne ^ que nous connaissons*

connaître Sénètjue comme us des plus grand»

hommes de son temps, et biea supérieur même k des hommes célèbres des Ages autérienrB. Vu philosophe dont les écriu brillans , spiri> tuels et aussi utiles, .devaient être entre les mains de tous ceux qui possédaient la langue de l'empire romain; uo écriTain qui, à raison de la décadence du goût dans les lettres , de? Tait être plus k la mode et plus goûté qne tous ceux (jui avaient été réputés Jes meilleurs qu'ait produit le siècle d'Auguste; un hoDuue> enfin , qui d'abord par le pouvoir dont il fut investi, excita l'adulation, même par ses oulheurs,. quifîreot taire l'envie, n'eut-il pas été écrivain, ne pouvait manquer d'obtenir, à cause du rang qu'il occupait à la cour et dans l'histoire^ l'avantage d'orner d'une foule de ses portraits lea galeries romaines. Devons nous être surpris si nous le voyons honoré par une quantité de ses images, quand sa mémoire était plus récente, sa langue plus universelle, sa mauière d*éci'ire

9* que l^OD remarque dans les effigies de beaucoup de personnages qui ont précédé Sénéque (i)- La barbe qui couvre à peine les joues, et la lèvre supérieure de ce portrait, est bien différente de celle que portaient les anciens Grecs , et de celle qui fut à la mode du temps des Antonins. Cette petite quantité de barbe était regardée même comme une espèce de délicatesse de jeunes gens , tant vers le dernier siècle de la république , que dans les premiers temps de la domination des Césars (u). Elle

(i) Elles sont tontes travaillées avec soin, quoique quelques-unes avec sécheresse. La plus belle, et aussi la plus ingénieusement travaillée, est celle en bronze du Musée de Portici , insérée dans le tome I, pi. XXXV et XXXVI des Bronzes d'Herculanum* On fait mention dans les notes , de plusieurs qui sont en marbre, et Bot* tari en a fait connaître quelques autres dans le Musée Capitoiîn , tome I ^ pi* XX.

(a) Comme les jeunes gens avaient coutume de se raser la barbe quand leur jeunesse avait déjà atteint un certain période, ceux qui se glorifiaient de ce printemps de leur âge , se rasaient le plus tard qu*ils pouvaient. C'est de-là que ceux-ci furent appelés bar» batuli juvenes par Cicéron (ad Auicum, 1.' I, ep.XVI)* Cela éclaircit aussi un passage de Suëtone, dans leqoel il indique que Néron, même après la mort de sa mère ^ continua à porter sa première barbe qu'il n'avait pas rasée, et il ajoute: ut Jieri assolât (m Nerone, cb. XXXIV ). Ce passage indique pourquoi on lui voit de la barbe dans les médailles, et dans une très-belle tête de marbre qui le représente, qu'on trouve dans la villa Pi'ny dana.

put être adoptée pour usage par un hçmme qui faisait professioD d'être philosophe , qui même ayaut iotérét de sauver sa personne, voulait paraître ce qu'il était vraiment, quelqu'un abandonnant la ville , la cour , la société et les affaires.

A toutes ces observations il faut ajouter l'admirable correspondance qui se trouve dans ces portraiu avec l'eut habituel de ce philosophe* 11 est difficile de n'y pas reconnaître un asthmatique, et il l'était; un homme d'une santé faible, et exténué par le peu de nourriture qu'il prenait, et par l'&ge; dont la chevelure peu soignée, n'a jamais été préparée par des parfums huileux , qui est devenu presque rustique par le séjour qu'il a choisi , et par les exercices ruraux fatiguans, auxquels il s'est livré (i).

Pour en revenir à la tête de notre sutue, qui peut, d'après ce qui vient d'être exposé, passer pour le portrait de Sénèque , elle est

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