PLANCHE XIX
Prêtre voilé *•
Parmi les monumens qui appartiennent en quelque sorte aux usages des anciens , il n'en est pas sûrement de plus intéressant que celuici, qui nous fait voir le rit particulier aux Romains, de se couvrir la tête dans les cérémonies religieuses ^ rit si ancien et si fameux , qu on a voulu l'attribuera Enée^ et dont on voit l'institution rappelée dans le poëme de Virgile, qui embrasse dans son ensemble l'origine de ce qui appartient aux Latins. Hélénus prédisant au fils d'Anchise ses aventures en Italie , ne manque pas de lui prescrire quil doit, en offrant des sacrifices sur ces terres , qui lui sont promises par le destin ,
Purpureo "velare comas adopertus amictu; Ne qua inter sanctos ignés in honore Deorum Uostilis fctcies occurrat, et omina turbet;
* Haut, dix palmes très- justes. Il est sculpte en marbre penthëliqne. Cette belle statue, dont il a éiJé dëjà parlé tom. Il, pi. XLV, fut transportée de la Grèce à Venise , où elle fut admirée pendant long-temps chea MM. Giostiniani : et elle a été achetée par S. S.
lOO
Hune socii morem sacrorum, hune ipse teneto:
Hac casti maneant in religione nepotes (i).
Qu'un long voUe depourpre abaissé sur tesjreux. Dérobe à tes regards tout visage odieux s Défens qu'aucun objet dun augure sinistre Ne trouble le présage ainsi que le ministre.
Qu'enfin les tiens , toi-même^ et la postérité , Gardent ce saint usage avec fidélité (DeliUe). làB rît des Romains fut donc difîérent de celui des Grecs , qui ne se couvraient pas la tête eu célébrant les sacrifices.
(i) Enéide III, T. ^o5 et luiv. On peut conmlter U* âe»u> Serviui an v. 4o8- Cet écrivain, ainsi que Hacrobe [Saturnales, liv. I, ch.Vnf, et liv. III, cb-TI), et Plutarqne {Quaest. Rom., n. X, XI et XII) exceptent quelqaet divinit^i auxqnellei les Romaiiu •acrilîai«nt avec la tête dé:otiv«rte ; teU éuîent Saturne , Hercnle et l'Honneur. A propoi de Saturne, WincLelmann ( Description des pierres gravéet, etc., deM. Stoscb, pag. 33 ) a cru que cela ne devait l'entendre qae dans le Ku que j'ai expoi^; c'eat-à-dire, que ceux qui >acri-
lOI
La belle statue qne nous examinons, a été sûrement ëlevée à quelque personnage rerétu d*une haute dignité sacerdotale , puisque sa toge est remontée de- dessus les épaules pour couvrir sa tête, selon ce qui était prescrit pour les sacrificateurs. Deux observations relatives à cette coutume, m'ont paru très-*propres pour Texplication des monumens^ et pour diriger les artistes qui se plaisent à représenter des objets anciens. La première observation c'est que de se voiler, en reportant le bord de la toge sur la tête, rit consacré par la religion, est toute autre chose que de se la couvrir simplement avec une espèce de mouchoir, qui souvent remplaçait le bonnet, pileuSy et lequel fut appelé rica chez les Latins , i/id^iop , et plus probablement ^epunpiov par les Grecs (i).
(i) Platarqne dans les Quest. Rom., n. X, et Vie de Pompée j ainsi qu'ailleurs, suppose qne chez les Romainsi hors des cérémonies sacrées , et dans le cours ordinaire de la vie, on avait coutume de porter» pour sa comodité, un petit manteau autour de la té(e , îfldrêOP^ et Festus nous dit positivement qu'on appelait ce manteau rica(x, Rica).On ne devait donc pas confondre ensemble les usages différens de se couvrir avec la toge, ou avec la rica: différence qui n'a pas été distinguée par Winckelmann ( Hlsi. de Van , liv. YI, ch. 3, % i3 et i5 ). Ce qui nous fonde k croire que les statues dont la tête est couverte de la toge, sont des effigies de prêtres, on au moins de sacrificateurs. Les Grecs aussi appellent O^^i- Ctû09 o GepicTûlOf , un mouchoir qui servait à mettre sur la tête, pour se garantir de l'ardeur du soleil ( voyes
Ce second usage fut commun aux deux ndtioQs, et nous en trouvons des exemples dans beaucoup de monumeus grecs, de même que dans les écrivainB qui ont parlé des usages des Grecs et des Romains.
La seconde observation portft , sur ce qu'on Toit la tête des femmes sacrifiant , chez les deux peuples, également voilée, sapa avoir rien de commun avec le rit romain. Comme chez les anciens, les femmes avaient coutume de se montrer en public le plus souvent voilées, elles Tétaient de même dans les cérémonies solemnelles de la Grèce. C'est pourquoi, on remarque dans beaucoup de monumens grecs , des figures de femmes voilées, dans l'attitude de l'adoration, ou occupées à sacrifier (t): ce ne
ce mot dam le Thésaurus' d'Etieane), et le Teristraion est aussi désigna par PoUux comme faisant partie des vêlemeni de l'un et de l'autre lexe ( liv. Vif , 5 4^ et 4g )• C'est ce Toile, sans doate, qui couvre la rate de Ricandre
io3 fut donc pas par une erreur sur les usages, que Plante a dépeint Alcmène qui sacrifie operio capite (i), mais c'en est une ches les écrivains modernes sur les antiquités (3), de s'appuyer de ce passage ai jimphitrion , pour établir l'usage qu'avaient les Romains de se voiler pendant les sacrifices (5).
C'en est assez pour ce qui regarde notre objet sous le rapport d'érudition 3 ce que je ne pourrais certainement démontrer assez babilement , c'est la grande beauté d'exécution que l'on admire dans la draperie de cette superbe figure. Cette draperie est d'une telle vérité , qu'il semble que c'est vraiment un manteau , jette sans prétention sur le corps d'une personne; et il paraît encore, ce qui constitue la sublimité de l'art, que le bazard ne pouvait produire un jet de draperies plus grandiose , plus propre à l'action, à la disposition de la
ses. On pent obsenrer également les bas-reliefs grecs publiés dans le Musée de Vérone de Maffei, [pi. XlIIi et particulièrement les n. i et 4* Les femmes qu'on y voit avec la tête yoilée^ sont évidemment occupées a des fonctions sacrées.
(t) Plante y Amphitn^ act. V, se. I, v. 4^.
(a) Nieupoorty De rit. Rom.j sect. IV, ch. FV, § aj Brisson> De JormuUs, liv. I, pag. 56,
(3) Que les femmes romaines se conformassent dans lenré sacrifices , aux usages des bommes , on en peut trouver la preuve dans un passage de Varron ( De L. L. , liv. IV > ag ).
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figure et plus fait pour Torner. La roideur supposée de l'étoffe a suggéré à l'artiste l'idée de former quelques légères iolerruptioDS dans les plis principaux, qui diminuent en partie leurs masses, et mettent de l'accord dans la distribution de la lumière. En ua mot, cette sutue est un de ces excellens modèles qui mérite l'admiration des partisans des deux écoles, par la bonne manière dont sont agencées les draperies. Il parait vraisemblable que la tête de la statue était le portrait de quelque empereur; celle que l'on Toit aujourd'hui, est antique aussi, d'un bpau travail, d'une proportion convenable: c'est la tête, inconnue, d'un personnage romain, d'un âge mur, qui y a été adaptée, dans des temps modernes, avec beaucoup d'art, et irès-naturellement. Les plis antiques de la toge autour du cou, et sur les épaule», démontrent évidemment que la fîgnte a toujours eu la tête couverte comme nous la voyons.
io5 PLANCHE XX.
Prêtresse *.
Le large bandeau qui entoure les cheveux de la présente figure, en forme de diadème y ress^nble trop à celui de la Yestale Bellicia^ que Ton voit dans un bronze du Musée du Yatican (i)^ et en même-temps, il est trop conforme à la description des infulae que nous donne Seryius, pour pouvoir douter que la tête de cette statue de femme ne soit ceinte de ces bandeaux sacrés , qui souvent étaient comme des rubans larges et sans plis , auquel les Latins donnèrent le nom d'infulae (2).
* Haut, hnit palmes et demie } elle est de marbre penthëlîqne. On la découvrit en méme-iemps que la statue de Domitia rapportée pL X , près de la voie Cassia, & peu de distance du monument appelé vulgaire» ment le Tombeau de Néron.
(1) Getle image en profil, qui est sur un bouclier| pla^ cée autrefois dans le Musée Carpegna y et qui se trouve a présent dans celui du 'Vatican , a été d'abord publiée et expliquée par Fabretti ( Column. Traiaru, p. 167}, ensuite par Buonarroti ( MedagUoni^ ec^ pL XXXVI , n. I ), représente BeUicia Modesia, vierge Vestale, comme l'indique T^pigrapbe. La tète est ceinte d*fin bandeau absolument pareil à celui de notre statue» Dans les tables de supplément nous donnerons cette tête, et la ndlre aussi vue de profil.
(a) Voici comment Servius décrit les bandeaux {infulae ) des prêtres t Fascia in modum diademaUSp a qua vùtaeak
Mais comme les Vestales ne furent pas les seules qui se ceignirent la tète avec des ban-
utraque paru dependeift i quiu plerumque lala est, pieramque tariilis de alho et cocco { jteneid. X , v. 538 )• n a ajonté , a qaae vittae ab utraque parte dépendent , ponr «xpliqaer, comme il l'a entendu, le vers de Virgile , auquel il applique cette glose :
In/ula, cui tacra redt'mibat tempora vitta.
Ce qai cependant ne noas parait pat ndcestaire pour m former l'idée de> infalae; car ces deux boati de ruban ne le vojeut pas dans notre, statue y mais, à la vérité, on les remarque dans l'image de la Testais dont il vient d'être parlé. On peut voir dam le volume suivant d« cet ouvrage, mon opinion lur les yiuae proprement dites : on ne peut disconvenir pourtant que les écrivains ne confondent souvent les mots taenia , infuîa et vittae , quoique taenia soit un mot générique qui comprend toute espèce de bandeau ou de mban; qu'in/ula soit quelquefois une large bandelette, comme celle que nous voyons ici; et que lutla soit proprement un cordon de lîls de laine, qui sont noués, k des distances égales, par de petits rubans on taeniolae, formant comme une MriÉ ai fusarote et qui par cette raison ont hé souvei
deàux de cette espèce, et qu^en examinant plusieurs passages des anciens écrivains, nous
pour dénoter cette espèce de diadème sacre, et le second vùtaj pour indiquer dans un genre quelconque le bandetu pontifical, comme s'il disait: dont les tempes étaient ceintes per le bandeau Sacré de V Infida y ou Simplement par r Jnfi^la.
Dans l'autre vers :
. ... fit longae taenia vtttae , je prens taenia pour nom générique , c'est-à-dire , pour ruban , et viita pour bandeau sacré , comme s'il voulait dire que le serpent d'Alecto se métamorphosa en long ruban de la vùta, ou plut6t en vitta. On trouve cbes les bons écrivains, dans les deux langues, une semblable composition de phrase. Ainsi Apollonius dit Xi^ov èv^ faif^Çj < la pierre de l'ancre, » au lieu de dire « la » pierre qui servait d'ancre, ou bien, l'ancre de pierre » (jargon. I, V. 955). An surplus les plus petits rubans qui servaient à serrer Yinfula sur la tète , étaient proprement dits lemnisci, v« Festus ^ v. hemnisci. Ce n'est pas cependant que les vùtae proprement dites, formées par des fils de laine, liés par intervalles par des rubans, n'eussent pu aussi servir de ïemnisques aux infulae, comme nous le remarquons quelquesfoîs aux couronnes; costume que l'on trouve dans une belle statue de Livie^ sous la forme d'une Cérès, placée dans la ville Borghèse» En outre, dans un buste en bronse d'Herculanum, qui n'a pas] été encore publié , et qui est le portrait de quelque femme illustre, on voit la tète entourée par une longue bandelette, vitta^ dont les petits nœuds sont très-distincts,, elle est, sans doute, le signe caractéristique d'une di« gnité sacerdotale. De-là provient, peut-être , la confusion, ou l'emploi indifférent des mots infida et vilta ^ comme a faitFestus en définissant les infulae par filamenta kh nea, (juibus sacerdùtes^ et hoîtiae^ tempUtque veïahantur^
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ponTODB croire que les prêtresses et les ministres des autres dÎTinitës portaient cet ornement , il s'ensuivrait qu'il n'est pas sur que notre statue représente une Vestale. Bien loin de-li, comme le petit -péplum qui lui couvre le sein, et le petit mantelet { amiculum ) qui est posé sur l'épaule gauche font partie de l'habillement que nous remarquons dans les figures grecques (i): il me semble plus prol>able que ce marbre intéressant sous le rapport d'érudition , représente une prêtresse de Gérés , dont les cérémonies toutes grecques , ëuient remplies à Rome même par des prêtres grecs (a).
ce qui est l'idée propre aux vittOê, et ce qnî a'obierve encore pliu clairement âana Servio* au même pauage cite', lorsqu'il dit que l'infula untÂt ett large, est iata, tantôt tortillée blanche et jaune, «jtAirfilud^a^ 01 croco (peutêtre cocco), et telles qu'éuîent les t«ïM« précisément, aeloD les auteurs dont je me sais appuyé daus l'explication que
La tète est sûrement le portrait d'une jeune
femme 9 peu jolie. Quoiqu'elle ait été séparée
du buste , la correspondance exacte de la bri«
sure , et l'excavation qu'on y remarque , ne
laissent aucune incertitude qu'elle n'ait été fait^
pour cette statue , qui est traitée d'un bon
style 9 et qui conserve encore dans quelques
parties le vernis encaustique, moins cependant
que dans la Domitia trouvée dans le même
endroit.
Les bras et les mains, qui sont modernes ^
dans l'une desquelles sont placés des épis et
des pavots , conviennent assez à l'opinion qu'on
ait voulu représenter une prétresse de Cérès.
Car il est connu, que les ministres des divini*
tés payennes avaient Pusage de s'orner des au
tributs des Dieux au culte des^quels ils étaient
consacrés (i).
PLANCHE XXL
Prêtre de Mythras *.
Je ne connais pas de morceau d'antiquité , plus propre que cette figure, pour démontrer
(i) Callimaque^ fymn. ad Cererem ^ r. 43*
* Haut six palmeâ et demie; elle est de marbre grec;
Oo la découvrit en l'an 1785 avec une autre semblable,
dans une excavation de pouzzolane le long du Tibre ^ à
cinq milles environ de ' la porte Portese. M. * Thomas
combîet) la critique sage • de l'aotiqiiaire peut tirer d'avantages des circonstaDces locales des inoiiumeDS quiltii sont soumis. Celui-ci fut trouvé dans uue fouille faite le loug du Tibre hors de la porte Portese, dans un lieu oiiTou D'apercevait aucnn vestige d'édifice. Ou eu découvrit ane autre semblable avec elle , mais elle était retouraée du seus opposé. Cette seconde figure ayant été trouvée la première, entière, et parfaitement conservée, excepté les maîus, ou la prit aussi* tôt pour UD Paris. Ce qui semblait le faire croire conmie certain, c'était le bonnet et les caleçons à la phrygienne, et en outre les traits délicats et majestueux du visage. Elle fut en efïet publiée sous le nom de Paris (i), et personne ne s'avisa alors d'élever le moindre doute sur cette dénomination. Cependant, la découverte faîte quelques jours après, et dans le même lieu, de la sutue que nous avons sous les yeux, devait convaincre de son erreur quiconque avait cm y trouver un Paris. Car il
on pouvait s^en convaincre, par le mouvement correspondant en sens contraire , en outre de la parfaite ressemblance de toutes leurs parties. Aussi d'après l'autorité de tant de basreliefs mytbriaques, sur lesquels on voit presque toujours deux jeunes geos l'un contre l'autre, habillés comme celui-ci, et dont les mouvem^ps se correspondent, ayant chacun un flambeau que l'un tient élevé, l'autre renversé» je ne : pus aussitôt douter qu'on ne dût reconnaître ces deux figures mythriaques dans nos statues (i).
On ne manque pa$ de les voir dans les collections, même en ronde bosse^ quoiqu'elles ne soient pas aussi grandes que la nôtre, et qu'elles soient bien éloignées de la niémebeauté.LeMythra en marbre gris, qui était dans la ville Montalto» est un petit groupe de statues isolées , sculptées dans la même pierre. On peut voir à Rome, un autre groupe semblable, moindre que le naturel, de ronde bosse, et en marbre statuaire (:i). On voyait aussi dans la vîUe Montalto , de petites statues de jeunes gens
(i) Dans les planches de supplément nous donnons les dessins de ces figures , copiées d'après nn bas-relief my« Ihriaque, an moyen desquelles on les confrontera pins facilement avec ces statues.
(a) Il est dans le cabinet de MM^ Lisandronî et d'Es* te, habile^ sculpteurs. L'autre appartient toujours à M. Jenkins.
avec des flambeaux, détachées , comme celles que Toa remarcfue dans ces groupes mythriaques: il y eD a d'autres semblables à la ville Pmciana ; car si notre statue, ainsi que l'autre qui l'accompagnait, que l'on a trausportée en Allemagne, offrent un travail beaucoup supérieur à tous les monumeos semblables dont nous venons de parler, cela ne doit pas nous embarasser. Les poésies de Stace nous font suffisamment conDattre(i) que dès son temps, antérieurement à celui de Trajan, c'est-à-dire, avant qu'on eut atteint cette dernière époque glorieuse des arts antiques, on connaissait déjà dans l'Occident, les rits et les supersûtions mytbriaques.
Le lieu de la fouille ne présentant aucun vestige d'édifice, cela a fait croire à quelque amateur des études de l'antiquité, que les sutues dont nous parlons, destinées à être transportées h Kome, furent abandonnées , par quelque accident, sur la rive du Tibre. Mais ne
ri5 des autres. D'ailleurs on a trouvé jadis beaucoup de marbres du même sujet, non pas dans des ruines de quelques édifices, mais dans des sou« terrains, et dans des cavernes (i). Peut-être que les catacombes ou les sablonières furent destinées à des cérémonies étrangères , et le hazard fit que quelqu'un qui cherchait la pouzzolane, découvrit, non sans une surprise égale à sa joie, ces deux beaux morceaux de sculpture.
On pourrait me demander pourquoi j'ai plu« tôt décidé de donner à cette figure le nom de Ministre Mythriaque , que celui de Divinité Mythriaque , pour en indiquer le sujet ? Je n'ignore pas que les savans qui ont traité de ces tristes superstitions , ont reconnu dans les deux jeunes gens coiffés de la mitre, et portant des caleçons, dont l'un tient un (lambeau élevé, l'autre renversé , les emblèmes de Lucifer et d'Uesperus (2), ou ceux de la Nuit et du Jour, et par cette raisoiK deux Génies de la suite du Mythr^s Persan , qui est le Soleil. Il me semble cependant, que d'après l'usage des Hyérophantes de ces temps, cette discussion est inu-»
(1) En ontre de ce qui a été dit à ce sujet, p. 169^ dans la note (3), p]. XIX, du tome II de cet ouvrage, on peut encore lire ce que dit Montfaucon dans le Dmzrium halicum, ch. XIII, p. 170, d'un bas-relief du XVI siècle , que Ton a vu sous terre dans une ouverture du terrain du Cap i toi e.
(a) Lisez ce qu'a ëcrit sur ce sujet monseign. délia Torre, Monum» vêtent Antii^ part. II, De Mitra ^ ch. ^V.
Musée Pie-Clém. Vol. III. 8
tîle , puisrju'il est coddu que les prêtres et les miDistres prenaient les véteineos, et jusqu*^ la figure et aux ooms des Divinités et des Démons, au culte desquels ils se consacraient (i)- L'hakit oriental me fait croire, qu'il est convenable de doDuer à ces figures le nom de Miuistres , comme la figure monstrueuse d'une autre statue mjthriaque , m'a paru devoir la faire regarder comme la dÎTiaité elle-même (a).
J'ai obscrTC, par rapport à l'habillemen, que les artistes Grecs, l'ayant vu en usage chez les peuples barbares, leur voisins , tels que les Phrygiens et lesLidiens, ils le reodirent commun , indistinctement, k tous les peuples barliares, particulièrement aux orientaux, comme aux Perses , aux ÂrmeDiens , et même aux Indiens (3). C'est par cette raison que nous voyons non-seulement le Dieu Mythras , mais aussi le Dieu Ménis, ou Lunus, vêtus de la même manière , et coifTés d'une tiare (4)-
ii5 lie travail de cette statue est d'un style très-noble. On aperçoit dans la têle, soit par les traits , soit par la disposition de ses cheveui ^ quelque conformité avec la physionomie attribuée 9 dans les beaux-arts, aux images du Soleil. C'était en effet celle qu'il convenait de donner ii Lucifer, qui accompagne cet astre brillant dans sa course journalière, et qui sem-^ ble allumer , puis éteindre ses flammes bienfaisantes. L'inclinaison de la tête vers l'épaule gauche , est ordinaire , et particulière à la figure mythriaque, qui, dans les bas-reliefs, est placée il la droite de la caverne; et c'est celle que Ton reconnaît à son flambeau, pour être Lucifer. Cétait ainsi qu'elle devait être restaurée ; c'était aussi l'action qui lui convenait, et qui, nous, l'espérons, lui sera donnée. La tunique, la clamyde, les caleçons ou anassirides sont exécutés avec un goût exquis.
anciens, a été cause que les sculpteurs plus modernei ches les Chrétiens, ont représenté les Mages qui viennent adorer le Messie , comme autant de Paris avec leurs tiares à la phrygienne ; telles quon les voit; indépcndemment de beaucoup d'autres , dans un très-beaif marbre inédit, qui appartient aux sculpteurs Lisandroni et d*EsCe. Au reste, on a publié sous le nom de Paris une figure mythriaque semblable, dans \% dernière édition des marbres d'Oxfort , n. XX,
PLANCHE XXI ï.
Enfast votif *.
La tête de cette petite statue, curieuse eC intéressante , sous le rapport de l'érudïtion » n'ayant jamais été séparée du tronc , porte évidemment le caractère d'un portrait. Elle a un moùTemeut dans le cou , et une intention dans les yeux , comme quelqu'un qui regarde eu haut; ce qui joint à deux petits trous sur la partie antérieure de l'une et l'autre cuisse, a fait imaginer la restauration des bras de cet enfant, telle qu'on la voit dans la gravure. Les deux petits flambeaux qu'on « placés dans ses mains, en correspoudant k ces traces , se trouvent en outre si bien d'accord avec l'ex' pression du visage , comme si cet enfant supliant assistait dans cette attitude à un sacrifice, que l'on peut croire qu'en tout on a deviné ce qu'était anciennement ce simulacre
''7 quel sont suspendus plusieurs petits înstrumens
de différentes formes, dont quelques-uns, peut« être, étaient des objets superstitieux, mais qui nous iudiquent absolument ces petits bijoux que l'on avait coutume de suspendre autour des petits enfans , que les Latins appelaient crepundia (i), auxquels les Grecs donnèrent plus communément le nom de yvapicr^ata Çmonumenta ).
La description détaillée des crepundia^ hochets , que Ton trouve dans le Rudens de Plante, offre des objets si ressemblans à ceux du collier de notre 6gure, que l'on peut la regarder elle seule comme l'explication complette de notre monument (2). Parmi les espèces d'amulettes dont parle Plante, on trouve les s ni vans: Ensiculus^ securicula ancipes, siciUcula argenteola, duae connexae maniculae.
La petite hache à deux tranchans , se voit deux fois dans les hochets de notre enfant; il y a le petit couteau , ensiculus ou sicilicula ; et finalement la main ouverte, manicula^ une seule, cependant, et non pas, comme dans les crepundia de Plante, duae connexae (3). Plante
(i) Donatus; iid Ttren, Eunuch, , ait. IV, se. VI, V. i5.
(2) Rudens. j act. IV, se. IV, v. no et suiv.
(3) La maÎQ est, peut-être, ici le symbole de celui qui implore par ses prières les secours du ciel , comme les mains ouvertes qu'on voit sculptées quelquefois sur
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indique d'antres ornemens qni ne se trouvent pas dans notre statue, mais celle-ci nous ofTre, de plus que ceux dont il parle, un petit dauphin^ et deux demi-lunes, ornements assez ordinaires aux colliers (i), et une petite fleur, qu'on peut bien regarder comme le lih'olum^ suspendu aux colliers des enfans , selon les auteurs anciens (3).
lu pierres sépulcrale*, pour demander . anx Dieux vengeance d'une iDort violente. La hacbeà deux tranchans, peut indiquer la protection spéciale det Cabires en Samotrace i le dauphin peut être le symbole de la dévotion ^ Vénus ou h Neptune j la fleur peut aussi indiquer la dévotion à Venus. Le couteau pent'anssï avoir des allusions superstitieuses, comme on paraît le découvrir par la fable de Philacus et dHjpbicIns dans ApoUodore, ch. IX, 13.
(1) Piaule dans YEp!dicus, acU V, se. I, t. 33, fait mention d'une semblable demi-lune :
Non meminisU auream ad te offerte nataU die
Lanutam 7 et avant lui l'auteur de l'hjmne d'Hom ire k Vénus , la place dans le collier de la Déesse, v, 88 et sniv. :
"9 L'usage ordinaire de suspendre au cou des
enfans des hochets ou bijoux , peut se reconr
naître par l'emploi du mot crepundia , à la
place de langes des enfans (i); et on en trouve
la preuve dans la Cistellaria de Plante (2)^ oii Ton parle des hochets trouvés autour du corps
d*une petite fille.
Cette jolie petite statue aura sûrement été l'image d'un de ces enfans chéris , quancieunement les Payens avaient coutume de placer dans les temples de leurs Dieux, soit pour invoquer leur protection , soit pour accomplir quelques vœux ; comme nous pouvons le présumer , par plus d'un exemple, tiré des anciens écrivains (5).
(i) Donatas, lîea cixé) YofiscuB, jiurelian^ ^ ch. 4)^'^* ne j liv. XI, 5 5i.
(a) Cistellaria, acte IV, se. I, v. i3.
(3) Ils sont exposes I avec beaucoup d'érudition , par TabW Gaetano Marini, Jscriz. Albane, n. CV, à propos de l'inscription de Lollîus Alcamènes , où lui-même est sculpté dans le moment oii il dédie l'image, en buste, de son fils. Une statue utile à l'érudition , qui existe dans le palais Barberini, représente un homme couvert de la toge , qui tient deux portraits en buste. Ce sont probablement quelques parens dont il voulait consacrer les images, avec la sienne, dans un même sîmnlacre. On connaît la célébrité des simulacres d'ivoire et d'or de Philippe, père d'Alexandre, et de toute sa famille, que ce roi dédia à Oljmpie , en action de grâces de la victoire qu'il remporta à Chéronée f Pausanias parle de ces images , EUac. I , ch. X\I1 et XX. L'épigramme XVII de Théocritc contient encore la dédicace d'une image d'Epicbarmus , faite à fiaccl^us.
La rareté de ce monument mérite Traîmeoc d'être remarquée; car je ne me rappelle pas d'avoir vu d'autre image d'enfant avec ses hochets, eiceplé une, presque semblable, mais trës-endommagée , de la ville Ludovise , et dont aucun antiquaire n'a parlé. Je me souviens d'une figure de jeune homme, adolescent, en bronze, d'un travail élégant, et sur la poitrine duquel ou voyait également pendre un collier, auquel étaient attachés difTérens symboles , entre autres un de ceux qui représentaient le phatium. Il fut apporté de Naples, il y a déjà quelques années, et de-U il passa en Angleterre, dans la superbe collection de M. Tovvnlcy.
On remarque dans notre jolie statue une grande vérité dans l'exécution. Elle nous présente uu petit enfant avec le ventre grosj sur sa physionomie enfantine, ou aperçoit une expression de supliant, et une certaine mélancolie , qui aononce que sa constitution délicate est le motif du vœu et des prières.
YODS placer ce simulacre, plus grand que nature, et qui fut élevé daus la colonie à'Ocri-culum à quelque orateur ou magistrat, qui avait bien mérité de la patrie. Par le commencement du bras droit, qui est antique yers Tépaulé, on voit qu'il était étendu, ayant ainsi Tattitude la plus majestueuse des orateurs. Ca ne fut point au bazard que l'artiste ancien se détermina à lui donner cette attitude, mais asses sage pour connaître la médiocrité de son gé^iie , il ne balança pas à imiter le célèbre Orateur de Cépbissodote, exécuté en bronze, ayant une main élevée et étendue , dont le sujet était encore inconnu du temps de Pline, comme nous est inconnu présentement le Romain qui s'est rendu digne d'un pareil monument dans la colonie dont nous avons parlé (i). Le geste que Quintilianus a appelé Pacijicator ^ a quelque analogie avec celui-ci (2); quoiqu'il suppose le bra»
(I) Pline, XXXIV, % XIX, n. a6 : Fedt ( Cephissodotusprior) COf^ClONjilSTEM MANU ELATA^ pcr^ sona in incerto est* Ce Cëphissodole d' Athènes est placé par Pline lui-même dans TOlimpiade CIL Lieu cité, ^ XIX , où Hardouin cite les passages de Pausanias qui fait mention de quelques autres ouvrages du même artiste.
{p) Quintilien , Jnst. oral. , liv. XI , ch. III : Fit et iUe habitus (jui esse in statuts pacificator soletj qui incU" nato in humerum dextrum capite^ brachio ab aure prolenso , tnanum infesio pollice extendit, Infeslus poUex est le pouce détaché du carpe de la main , comme .<i^ns la âtatue équestre de M. Aurèle.
un pea plus élevé, en outre d'une certaine disposition des doigts particulière , circonstan* ces, qui en partie ne sont pas d'accord avec notre image, et dotat quelques-unes ne peuvent ^tre Téri6ces, k cause que la main a été mutilée. Cette attitude conviendrait peut-être davantage à plusieurs images d'empereurs que l'on voit sur leurs médailles. On peut l'observer dans la main droite de la figure équestre de Marc-Âurèle, au Oipîtole. EUlepeut être soupçonnée dans la figure armée d'Adrien, que l'oa conserve au palais Ruspoli , laquelle me paraît être la seule qui nous offre le simulacre d'un empereur qui harangue l'armée, action souvent représenté sur les médailles (i).
Notre statue avait été élevée k quelque habile orateur ou à quelque personnage qui avait promulgué une loi utile, ou au moins à un citoyen que l'on voulait honorer comme teL Nous perdons cependant toute espérance de reconnaître le sujet , puisque la tête même, que l'on