‹ Musée Pie-Clémentin (volume 2)Chapitre 2 sur 46 · partie sur des conjectures , particulièrement · texte numérisé non relu

partie sur des conjectures , particulièrement

lors qu'il s'agit d antiquités sculptées ou

peintes , qu'il prenne garde de dévenir trop

injuste en dépréciant une doctrine à cause

des difficultés qu'elle rencontre^ circons^

tance qui ordinairement rend plus précieuses

et plus importantes toutes les autres con-

naissances humaines , difficultés qui, à la

^éritéy devraient éloigner de cette étude tous ceux qui ne sont pas assez initiés dans l'usage des langues grecque et latine , qui n'ont pas acquis assez de connaissance et de bon goût des arts du dessin, qui ne se sont pas long-temps habitués à examiner

eux mêmes, et à disserter avec une /tisie critique sur tous les genres de monumens.

On peut voir , par cet exposé , quel vaste champ de connaissances s'ouvre devant l'esprit de l'antiquaire, et à combien d'études sérieuses il a dû d'abord s'appliquer, pour pouvoir à chaque instant parcourir rapidement ce champ fécond, afin dy trouver les bases de ses conjectures et d'en retirer ensuite d'exactes vérités. Ce n'est pas asset de lire souvent les auteurs classiques , si celte lecture n'est pets soutenue par des observations multipliées et intéressantes. U ne suffit pas de placer dans sa mémoire les époques de l'histoire, les traits de génie f les sentences , les anecdotes ; */ faut rechercher avec soin toutes les particularités des mœurs privées , des usages et des pré-

niâtreté sur tout y pour découvrir des con-

naissances à peine annoncées j et qui ré^ sidtent seulement du rapprochement ingé^ nieux qu'il fera d'idées , de notions , qui ont été pendant des siècles éparses et séparées ^ et dont il tirera une vis^ lumière^ comme celle des étincelles qui s'échappent du caillou frappé par Tacier.

S agit-il de P examen des monumens ? com^ bien ne faut-il pas apporter d'attention pour en obsen^er les particularités les plus mi-nutieuses y et les plus difficiles à saisir? Et combien il faut avoir d'expérience pour les découvrir? de critique pour les distinguer?

de tact pour les apprécier ? De quelle facilité doit être douée la mémoire qui est prête à les rappeler sans cesse ? Combien de pénétration exige la combinaison des analo-^ gies, et le jugement qu'il faut en porter? Enfin combien de travaux ou de richesses à em^ ployer, pour observer une grande quantité de monumens y les plus rares ou les plus cachés ? Les hommes de lettres des derniers âges ont perdu j par une négligence que je ne conçois pas y la plus heureuse circonstance que les temps modernes nous ont procuré pour le

présentent y telle que Je viens de la donner , mes lecteurs , sentiront avec quelle méfiance je dois leur offrir ce fruit de mes veilles. En effet à mesura que le temps et mes études me procurent de nouvelles connaissances f je vois s'accroître mes doutes sur beaucoup ^articles , je suis obligé d'abandonner beaucoup d'opinions , qui cependant, à ce que je crois , pourraient ena>re plaire à quelques-uns de mes lecteurs. Je dirai pourtant , as^ec franchise , que parmi les confections que fai avancées avec une certaine défiance et avec timidité, il en est qui depuis me paraissent plus probables , et que je soutiendrais aujourd'hui avec la plus grande assurance. Je me fiatte que Vensemhle de tout cet ouvrage obtiendra toujours quelque faveur auprès du pu-

i5 les soins apportés pour rendre concises et utiles les explications y ainsi que les notes qui y sont jointes.

n nCa semblé nécessaire demployer , à ï exemple d!un sas^ùnt écrivain ^ les ohser^ nations absolument négatives y dans la per^ suasion que la preus^e d'une erreur irUro^ duite dans les opinions accréditées, équivaut à la découverte d'une vérité.

Chaque fois que T examen des monumens antiques a pu me donner quelques nouvelles lumières pour entendre les au-teurs classiques , je me suis empressé de faire usage de ce moyen, qui nia paru être un des plus favorables pour servir d autorité aux idées de V antiquaire. Je ne puis même , en ce moment , me refuser à comparer TexpUcation d'un monument ^ donné dans le tome IV, avec un passage obscur de Pindare, qui a été Fobjet de débats, et Je le fais d^ autant plus volon-^ tiers, qu'il ajoute de grandes probabilités à mes conjectures, en même temps que lui-même se présente avec une clarté noU" velle assez remarquable.

n est question d'un vase rapporté jHxr

Mazoccki et par d'Hancarvitte (i) , (fui représente , selon moi. Mars contraignant , par menaces, Vulcain à debarasser Junon, sa mère, du siège méchanique dans lequel elle était engagée , et que cejîls lui avait insidieusement donné pour se venger de téloignenieut et du mépris quelle lui avait toujours témoigné. Les inscriptions grecques appuyent mon explication^ en nous donnant les noms de Junon et de Mars ^ mais sur la figure , quà tout t ensemble du tableau , à la difformité qu'elle présente , au bonnet , Je crois être un V^ulcain j on lit l'épigraphe AAIAÂA02, Daedalus. J'ai donc cru que Dédale était là comme épithète , et une véritable antonomase de f^ulcain , dont le caractère propre est l'industrie, et dont Homère dit (2) que

i5 beaucoup (Fexemples d'inscriptions grecques y OÙ les épithètes données aux dii^inités tiennent lieu du nom propre.

Maintenant , dans Tode IV des Vainqueurs Néméens y je vois que PincUtre , comme le peintre de ce beau vase , na pas balancé à se servir ^ tout simplement y du mot Dédale pour indiquer Vulcain.

Le poète lyrique décrit les pièges tendus par Acaste à Pelée } il raconte , ou plutôt il indique comment fe roi diolchos avait tramé la perte du fiU dEacus , par le moyen de lépée que Vulcain avait donnée à ce héros y et qu'il désigne seulement par ces mots Épëe de Dëdale. Acaste la cacha pendant le sommeil de Pelée y afin qu'il ne pût se défendre lorsqu'il serait attaqué par les bêtes féroces ; mais Chiron , qui eut pitié de ce prince innocent y le sauva de ce danger fatal y en lui montrant cette épée divine dans le lieu où Tavait chachée son ennemi. Vembarras dans lequel ont été placés les écrivains anciens et modernes y pour n^avoir pas soupçonné que c^était de Vulcain dont le poète parlait sous le nom de Dédale j et

de n'en pas avoir trouvé d'exemples , cet embarras , dis-je , se fait remarquer dans les commentateurs de Pindare, et en partie dans la note jointe ici , oit Je rapporte les vers du poète grec (i). A présent

(ï) Nemeon, od. IV, v. g5 e aeg.

<bvT€vsv oî Stàvavov 'Ex Xôji^v TleXiao xàtç.

Le fih du roi Pelias lui préparait insidieusement la mort par Vépée de Dédale,

Un des acoliaites , et avec lai Paaw etHeyne, inrce passage , ont cm que l'ëpée de Dédale sîgnîBait la ruse: mais cette phrase proverbiale n'est connue par ancnn exemple, et d'ailleurs en ce sens il ëtait inutile d'y ajouter h> Aôji^, insidieusement ^ ou an moins cette redondance qui, selon Paaw, eatU ad Ulustratrôfiem , ne s'accorde guère* avec le s^le vifelcon-

T explication que fai faite de ces images et t interprétation la plus vraisemblable de ce passage difficile^ en s' éclair cissant réciproquement , se, soutiennent avec as^an^ toge Vune par Vautre.

n est temps sans doute de finir ce dis^ cours , déjà trop long. Je ne puis néanmoins I me dispenser défaire obsen^er la perspectis^e qui précède cette préface , sui* - i - . ■ ■ ■- . . ■ -■■ . .... ..- ■ -

arrivée en effet si Ghiron, qui avait élevé Pélée , ne l'eut pas aussitôt reconnu^ et ne lui eut pas renda son arme. Hésiode et Apollodore racontent précisément la même circonstance, et Pindare, pour qu'on ne le soupçonne pas d*avoir suivi une autre tradition diffé<tentei parle dans quelques vers suivans, de CUiroa qui sauva Pélée du danger. D*oii vient que les plus anciens écrivains grammairiens cités dans les scholies , entre antres Dydime , ont absolument entendu par i'épée de Dédale celle de Vulcain ; ce qui donna lieu fort ingénieusement & ce dernier de proposer de lire

Aoi^aAo au lieu de LaidàXo ou Aai^oAy , qui alors deviendrait Tépithète de Tépée appelée /)ei/a2a , c'esti dire habilement travaillée par cet ouvrier divin : e( l'écnTain cite, pour appuyer celte opinion, le vers d*Homère que nous avons rapporté plus haut. Le scholiastei par ce sentiment, s'est servi dans le texte da mot iaiHàXa. La senle certitude que les grecs an* ciens ayent pu désigner Vulcain par le nom de Dédale, suffisait pour expliquer le sens de ce passage et trancher toute difficulté.

Musée Pie-Clém. Vol. IIL a

vont le mode employé dans les autres volumes. On y voit représentée une des deujc salles dite des Fleuves ou des Ani- ■ maux. C'est précisément celle des deux marquée par la lettre H sur le plan , et vue de Ventrée marquée G, La superbe statue du Méléagre se distingue dans le fond , et on admire au milieu le groupe colossal du Nil , deux monumens célèbres dont nous avons parlé, ha nombreuse et belle collection de figures de différens animaux est disposée tout autour. Elle n'est plus sur d'anciens sarcophages , comme nous lavons dit dans la préface du premier volume } mais toutes ces figures sont placées sur des tables de marbre , soutenues par des pieds , en grande partie antiques , en forme de pattes de lions , por-

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