‹ Musée Pie-Clémentin (volume 2)Chapitre 3 sur 46 · I.'* PLANCHE · texte numérisé non relu

I.'* PLANCHE

Auguste

Avant qu'on eut trouvé dans F Augusteum de la colonie d' Ocriculum ^ parmi beaucoup de simulacres des Césars, celui d'Octave Auguste voilé (i), on ne connaissait pas dans les antiques , de statues de cette sorte de ce prince fortuné , que Ton put justement regarder conmie formées dans le temps même

* Haut, neuf palmes , cinq onces , avec tonte la plinthe. La statue est de marbre penthëlique , et la tète est d'an seul morceau avec le reste. Elle appartenait d'ar bord au sculpteur Gavaceppi y qui la publia dans sa Racdélia , t. II , pi. XXXIII -, elle fut ensuite placée danr4ie Musée par ordre de Clément XIV.

(i) Nous Tavons donné pi. XLYI du II volume de cet ouvrage.

de sa domination (i). La rareté de la présente statue devient donc extrêmement précieuse , puisqu'elle nous offre l'image du successeur de César dans cet Âge , encore jeune , oîi il entreprit le renversement de la république, et pendant lequel il prépara la chute des deux collègues qui partageaient sa puissance usurpée (a)- n est représenté nu comoie une divinité, ou comme un héros , selon l'usage qu'avaient les Grecs , et qu'adoptèrent déjà les Komains dans les derniers temps de la république (3). IjC petit manteau qui lui couvre

(i) La (tatue colossale d'Auguste qui est sous le portique du palais des Conservatori au Capitole , a une tête rapportée, mais antique, qui ressemble peu aux portraits ve'riiables d'Octavien. L'autre statue assise, publiée dans leHui^e Capilolin, lom. III, pi. LI, comme simulacre d'Auguste, appartient évidemment à na autre sujet inconnu. Je ne parlerai pas à présent de plusieurs autres statues d'Auguste , auxquelles on a place recem- ( talcs a

les flancs et les cuisses, pourrait convenir à une figure de Jupiter imberbe et grandissant; et peut-être que Téquivoque ne déplut pas à son inventeur. La statue en bronze, presque colossale, d'Herculanum représente un empereur, que Ton a cru le même que notre Auguste, ayant le manteau placé comme sur ce marbre, et avec les attributs du roi de l'Olimpe (i). Nous ne pouvons rien dire des symboles et du geste , parce que les bras sont modernes. On \es a cependant restaurés d'après les bras antiques de la statue Barberine en bronze, de Septime Sévère, qui est en partie semblable k notre Auguste (2).

11 ne faut pas non plus faire attention au

(i) Ani. itHertul,j Bronzes , tom. II , pi. LXXVIL Augaste est représenté sous la figure de Jupiter sur le beau camée du Musée Impérial de Tienne , qui a été publié dans le Musée de Vérone de Maffei, pag. 358 , et dans d'autres livres. Il n'avait guères plus de vingt-huit ans , que les villes le plaçaient à Tenvi au nombre de leurs Dieux. Appien^ De bello civ.^ liv. Y; p. 746.

(a) On peut la voir gravée parmi les Slatues de Rome de P. A. Maffei ^ pi. XCII. Le Septime cependant a^ le bras droit élevé et la main ouverte y notre Auguste est en cela différent^ car il parait par Tépaule antique, que le bras avait un autre mouvement. U tenait , peut-être, une patèrc; comme on avait coutume de la donner à tontes les statues des divinités , ou bien il tenait une branche de laurier ou d'olivier. Celui qui est dans la galerie de Dresde , publié sous le nom de Caligula , pi. XLIYy est parfaitement semblable au n6tre*

tronc de palmier qu'on y a placé, à l'exemple de plusieurs antiques, parce que c'est encore l'ouvrage du restaurateur moderne.

On n'a pas de notions sur le Heu oîi la statue fut découTerte ; on sait seulement qu'elle était placée jadis dans In belle collection, aujourd'hui dispersée, de la maison Terospi.

PLANCHE ïï.

Cest avec le caractère de la jeunesse, avec la tête voilée, revêtu de la toge, et avec une coroe d'abondance dans la main gauche , telle enfin que nous voyons ce simulacre , qu'est représenté le Génie d'Auguste accompagné des Lares, sur un autel, avec une ioscripiioti , dans le Musée Fie*Clémentin (i), et un Génie semblable dans une peinture d'Hcrculanum (3): et tel enfin que nous est dt'crit celui qui apparut

pas de doute ^ que le sujet de cette belle figure ne soit le Génie d'un empereur ; et eu obseryani le caractère de sa physionomie, et la disposition de ses cheveux, il est également certain que c'est précisément le Génie de l'heureux Octave. Que les Génies des Césars ayent obtenu des simulacres et un culte, nous sommes dispensés de le, prouver par de nouvelles démonstrations , ayant tant de monumens qui nous l'attestent (i). Les colonies de la Campanie, oii ce beau marbre a été trouvé, semblent avoir plus particulièrement que les autres régions de l'empire, honoré ses fondateurs par des statues de leurs Génies ^ car on a découvert qu'il existait autrefois à Pozzuolo la base d*un simulacre avec l'épigraphe du Génie de Jules César (2).

L'artiste qui a donné au Génie d'Auguste

squalidius ( JuUanus ) speciem iîlam Genît puhlici , quam cum ad Augustum surgeret culmen conspexU in Galliîs ^ velatam capite cum cornucopia per aulaea tristius discedenlem.

(i) Voyez ; à propos de cet Auguste^ le ch. Marînî dans ses savantes observations sur le monument du Mutée Pie-Glémentin cité. Elles sont reproduites plus amplement dans notre lY volume ; notes sur la pi. XLY. On y ajoutera les inscriptions qui se trouvent dans Muratori| LXXYl^ '7, où il est parlé du Génie d'Auguste ^ et l'autre daûs Maffei , Mus, Veron. j p. a49 ; Q- 2 ^ oui il est aussi question du Génie de Gordien*

(3) ReinesiuS; cl. I; n. CLXIY.

des traits en partie ressemblans k cet empereur, a employé, je ne sais si je dois dire une adiilatiun ou une sagacité bieu entendue , foodée sur la doctrine (i), alors en crédit, des Génies particuliers des personnes, ou sur l'exemple que lui en donnèrent les poètes qui imaginèrent de former d'Auguste un Génie bienfaisant, et même un Dieu; idée que leur fit nattre la vaste étendue de ses talens, et l'éclat promptement obtenu , de son bonheur tant envié (s).

On peut regarder ce simulacre comme unique. Il a été taillé dans un beau marbre grec,

(i) On trouve beaucoup de choses sur ce qui regarde les Génies, tant des persounes que des lieux, dans ce qu'ont rassemblé les académiciens d'Herculanum, à la note (6) de U pi. XXXIV, et (17), pi. XXXVIH du tome I, et dans U note (3), pi. X, du V des Peialures.

(a) Auguste est appelé' par Horace , IV , od. XV ,

et sculpté avec un goût excellent , digne de ce siècle si célèbre. Sa grandeur presque colossale , sou intégrité , et plus que cela le sujet, en font un objet d'un grand prix. On se plaît k avoir sous les yeux une image du Génie de cet homme devant qui s'abaissa , pour ne plus se relever, la liberté romaine. Sous son ascendant heureux et toujours vainqueur, on vit, comme l'observe Plutarque (i), plier le génie et la fortune d'Antoine, personnage bien au-dessus d'Auguste , autant par ses vices que par ses talens civils et militaires.

La main droite avec la patère^ qui manquait k cet antique , a été rétablie d'après l'indication qu'en donnait le bras qui reste, et d'après les images authentiques du Génie d'Auguste qui ont été citées*

Additions de Vauteur»

Pour ajouter encore plus k ce que nous avons dit du culte qui a été rendu, sur tout au Génie d'Auguste^ même de son vivant, on peut se rappeler ici ce que dit Suétone ( Octav.y c. LX ), que les rois alliés de l'empire romain avaient entrepris de faire terminer le temple de Jupiter Olympien k Athènes, et de

(i) Plutarque; dans la Vie d! Antoine ^ t. V, p. 89 de rëdîu îa-4 de Londres. Rien de plus curieuXi que toutes les anecdotes rapportées à ce sujet par l'historien.

le dédier au Génie d'Auguste. Il seoible pouruut que ce projet n'eut pas d'exécutioD , puisque le temple fut depuis achevé aux dépens d'Adrien, qui lui conserva sa première dédicace ( Pausao. , Attica , ou liv. I , c. 1 8 ). Par rapport à la ressemblance que l'on remarque dans ce Génie avec Auguste , ou sur ce que l'on a donné à cette figure d'Auguste les attributs de son Génie , il est bon de rappeler une pierre gravée du Cabinet ^Orléans, oJi Auguste lui-même est représenté derai-nu, tenant dans sa main gauche une corne d'abondance, attribut ordinaire des Génies. On pourrait faire ici mention de la belle sUtue, crue de Pupiéous , qui se trouve à la ville Albani , dont parle Winckelmann ( ffist de l'art, etc., liv. Xll, c. 3, g 3r ), et que l'on voit pi. 1, dans les Notiâe d' antichità ed artî de Tannée 1787, mai. Le personnage y paraît sous la forme d'un Génie distingué par une grande corne d'aboudauce pleine de fruits , qui est

ou à canse de ses bienfaits, sous la figure d'un Gëoie protecteur.

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