‹ Musée Pie-Clémentin (volume 2)Chapitre 21 sur 46 · PLANCHE XXVI · texte numérisé non relu

PLANCHE XXVI

Discobole *.

Les ancÏMis écrivains parlent de deux sUtnet célèbres, en bronze, qui représentaient na Discobole, ou joueur an disque. L'une de ces figures, qui eut le plus de répauûon , sortît da ciseau de Mîron d'Eleutère ; l'autre fut l'on- Trage de Naucides d'Ârgos (i). Nom avons retrouvé plusieurs copies de la première, en marbre ; et celle qui les a fait reconnaître toutes , «t qui se trouve être la plus belle et la mieux conservée , a été découverte de nos jours , et se conserve dans le palais des Massimi k Rome (3). 11 est assez probable que les copies de

* Il fut troavd par le célèbre peiatre ^cosmîs Gavino HamiUon, dans les raines d'une viile BDiiciue snr U voie AppÎB, environ à huit milles de U possession appelle det Colombaro. Le souverain Ponlifc ordoi

i5f la seconde figure , celle du Discobole de Naivcides, sont la statue que Fou voit dans la

cobole de Miron^ par un passage Vraiment classique de Lucien* J*ai déjà avant lui proposé cette opinion , en me fondant sur le passage de Quintilien. Dans le même lieu, le savant cit^ , fait mention de plusieurs copies de la même figure p et il rapporte ce que j'y ai observe dans le premier volume de cet ouvrage. Il s'occupe encore beaucoup à défendre la vérité du mouvement de ce Discobole^ et il insiste principalement sur la valeur que lui donnaient les anciens, spectateurs tous les jours de cet exercice. Depuis je suis tombé sur un passage de Stace qui décrit la dispute du disque , dans le \I ch* de sa Thébiudêf v. 646 et suiv.; ce passage établit une preuve incontestable de la vérité et de la justesse de ce mouvement. Le Discobole de Miron ploie le genou f il incline tout son corps > il étend en arrière le bras droit qui tietat le disque, et 41 l'élève fort au-dessus de sa tête, qu'il ùN|rne un peu pour fixer le but d'un seul œiL Toutes ces circonstances de l'action des Discoboles pour lancer le disque, sont expliquées par Stace lorsqu'il peint les attitudes des joueurs. 11 dit de Plérélas que • . • • • ahenae lubrica massae

Pondent VIX TOTO CURVATUS CORPORE iùxtn Deucà:

( V. 647 ) : de Pblégias que tout courbé p

HUMIQUE

PRESSUS UTROQUE GENUpCoUecto sanguine, DISCUH

IF SE SUPER SESE rouui

( V. 579 ). D'Hippomedon :

ErigU adsueium dextrae gestofnen et ALTE

SUSTENTAT.

Enfin en peignant Ménestée, qui a déjà lancé le disqucj^

il s'explique en ces termes :

lam cetyix t:onversa, et iam latlus omne redibati

maison de Pier-Vetiorî (i)j l'antre, qui est ttcLuellemeDC dans la vitle Piaciaoa (3) ,' et

sur quoi Lnusins obierre que le poète t iacal/aitam 4escrihit, mon's est enim disco certantihui , VT TffSI PLEXO TOTO CORPORE ne^ueant ùuulari. Qiie fant-il de plus? Dana U description qae le poëte fait dans la Thëbâïde, des Discoboles, il n'a pas même omis la position dn tlisqae an ni<Hnenl oh il va être lance par une extr^ mit^ , c'est-^-dire , le bord dans la ttiain droite de l'athlète, et l'antre eitrémité appuya snr cette partie du bras qui est appelée utna , comme dans la staine des Massimi: Stace nous dépeint Ffalégtas qni examine la circonfereDCe de son disque ponr voir Quod latut in d^tos, qaod MEDUB CERTIUS VLNAE Convenùu.

Je me suis étendn plus qn'l mon ordinaire sur celte comparaison, parce que j'ai été séduit par le plaisir de voir combien la statue des Massml jette de lumiirea sur tout ce passage de la Thébaïde , et comment ce même passage du poème sert k expliquer le motif de l'attitude du Discobole de Miron. J'ai cite' les endroits de Stace d'après la meilleure leçon d'an excellent mamucrit de la maison Chigi.

i55 celle que nous ofîrous, qui n'en diffère en rien. Le nombre des copies dont il a été parlé , le grandiose et la beauté de cette intéressante fi«- ^re, npus permettent de nous flatter que nos confectures sont exemptes d'erreur. Au. mérite que nous avons indiqué , se joint encore la parfaite intégrité de notre marbre dans toutes ses parties, quoique sa surface, ou, comme disent les sculpteurs, la peau , paraisse un peu gâtée et rongée*

La belle proportion des membres, la simplicité de son attitude expressive , représentent un atblète qui fixe le pied droit sur la terre, pour se disposer à lancer le disque pesant, que soutient encore la main gauche , avant de passer dans la droite qui doit le jetter; l'attention qu'exprime sa physionomie (i),

Spatium iam immane parantîs , qui semble mesurer d'un coup-d'œil la carrière qu'il doit faire parcourir au disque de bronze, ou bien juger les coups de ses rivaux ; tout cela donne à la figure une expression si vraie et si noble, que, dans son genre, très-peu peuvent lui être comparées.

Le disque est tel que le décrit Lucien (:2)t

(i) Stacc , Théb. VI , v. ôgS.

(a) Lucien, Anacharsis^ seu de Cjrmui El^^C ^è Mai

SÀXon

i ïSôixeivoiPapVj 9cai HÀv^rof vw /Uk^tittoç*

mxpa Mai

sans trou, sans anse ou liea, coufonne k Tusage aucieo le plus général , circulaire , et un peu relevé des deux c6tés comme une loupe, et tel que nous l'indiquent les écrivains grecs (i). C'était, probablement, la forme qu'avalent les trois disques destinés aux jeux Olympiques (a)

» Ta ai Tn dans le gymnase no diiqne de bronse, sem- » blable k nn petit bouclier, qni n'avait ni attache, ni • courroie .... î) te parut lourd ^ et trèt-dilBcile à » prendre parce qu'il ^taft tn^ poli. »

(0 Voyec les endroiu cilës de Fabri, jtgonisticoa , liv. II, cb. IV. Les scoliastei .au 6 de YOdiitée, v. 169 et sniv., parlent de disques perces, au travers detquei* passe une courroie de cuir. Les monnment ne nons offrent rien de pareil , et les disques perc^ qne l'on voit dans nne peinture antique destina par Ligorius , et rapportée dans le Mercuriale , peuvent être douteux, comme venant - d'un tel dessinateur. Les tcoliaste* ont , peut-être , voulu, parler d'usages qui se rapprochaient plus de leur temps, on ils se sont trompas, en expliquant nne expression d'Homire t69 ^ xeptarpéij/aç ^xt , Aune clrcamrotatum mita, d'ob ÎU ont conjecture que

que Ton gardait dan$ le trësor des Sicions ce combat faisant partie du Çuinquerce ou Pentatle (i). Tel devait être aussi celui en fer qu*AchiUe prit à Ezion , et qu*il destina pour prix, dans les funérailles de Patrocle , pour récompense à celui qui le jetterait plus loin (2). Le peu d'épaisseur du disque de notre statue ne peut convenir à une pierre ^ dont on faisait ceux qui servaient aux Phéaciens dans l'Odyssée, oix Ulisse les étonna lorsqu'il en lança un. Mais un disque de bois (3) ne pèserait pas tant sur Je bras qui le soutient, que parait le faire celui de notre statue.

L'athlète est tout nu, comme l'est aussi l'autre Discobole de Miron, et un troisième dans une peinture à fresque d'Herculanum (4)* La bandelette tœnia qui lui ceint la tête, indique» à ce qu'il me semble, la victoire; car on avait l'usage d'orner ainsi le front des vainqueurs (5)^

(1) Le poëtê Simonîde dans VAnthoL Gr» , liv. I p, ch. I j ep. dernière ^ v. a ^ détaille ainsi les cinq jeux dont se composait le pentatle :

AX(ia^ ^odoMeifiVy 9iano9^ Jmoftq^^ vfdXfjv.

« Le saut y la course, le disque, le dard et la lutteur (a) Homère, lUiade If ^ on liv. XXII, v. 8a6, appelle l^Xov ce disque de fer. Cette parole signifie massa ^ comme on voit dans Hésichius y. J^oXoiwxoç. Stace dans on des passages cites ( ThéJb. VI , v. 648 ) donne aussi le nom de massa à un disque de bronze pesant»

(3) Homère, OMsséd ©, ou liy. VIII, v. 189.

(4) Peintures dtHerculanum, tom. III,* pL XXV*

(5) Pausauias , EUac. II , ch. i et 2.

Cet exemple seul sufGrait, pour prouver combien on a tort de donner le nom de Ptolom^e Il tous les bustes qui ont autour de leurs cbeveux courts et crépus, une bandelette pareillo ji celle de notre Discobole (i).

On doit, peut-être, attribuer la singulière conservation de notre simulacre au grand nombre des étaies que le sculpteur ancien y a laissés , et que probablement il devait faire disparaître, lorsque la .figure serait placée. La circonstance qui a empêché cette opération , est celle-là même qui a contribué à nous conserver si bien ce beau monument.

PLANCHE XXVIL Vierge victorieuse *.

L'explication à donner de cette gracieuse et très-simple figure, d'un stile très-antique, dé-

neux. Cet écrirain , nous peignant les fêtes et les )eux Ërëens, que célébraient dans TElide, les matrones, en Thonneur de Junon , nous décrit fort en détail tout le costume de ces jeunes filles, qui dans cette occ^asion couraient dans le stade olympique, que l'on raccourcissait pour elles de là sixième partie. Après nous avoir dit que les jeunes filles, qui se disputaient à la course , étaient divisées en trois bandes dé« terminées selon la différence de leur âge , il ajoute: « Voici comme elles sont vêtues pour » la course : leurs cheveux sont épars , leur » tunique ne vient qu'un peu au-dessus du » genou' (i), et elles ont jusqu'au sein et à y l'épaule droite découvertes. » C'est ainsi qu'est sculptée la jeune fille dans ce marbre curieux; ses cheveux sont détachés , sa tunique est si courte, qu'une partie de ses cuisses est nue, et nous lui voyons de même la mamelle et l'épaule droite découvertes. Notre statue nous apprend aussi que l'on plissait à petits plis la tunique, avec art, peut-être, comme nous l'avons observé déjà, pour lui ôter davantage sa transparence. La coutume était aussi de ceindre la tunique, mais avec une zone plus large que :1e strophium ordinaire, sans doute pour

(i) Pausanias, liv. y , ou EUac. I, ch. XVI: Qéyai

ik êro' xaSfehai (rpknp i^ »6fi9i^ iny^ov oXijfav vnèf^ fofaroç xaSïi^eê top 5(^0» dfK/H rav aviS^hÇ ^airnn TOT dafyov.

mieux contenir cet habit ai simple, et rendre

les filles plus facilement disposées pour la

course.

I<a palme que nous voyons sculptée sur le tronc, qui sert à soutenir la figure, est l'emblème de la victoire; car seloo Pluurque elle en était le signe (i), et le prix que l'on distribuait aux vainqueurs dans tous les combats, quoique chacun des combats sacrés eut d'autres ttrix qui lui étaient propres , comme étaient les couronnes d'olivier pour les filles d'Elée (a).

Selon l'auteur que nous avons cité* on avait coutume de peindre le portrait des filles victorieuses, plutôt que 'de les sculpter (5). Il o'a fait à la vérité , que citer par-U ce qui se faisait plus ordinairement, sans cependant affirmer que jamais on n'ait élevé de statues k aucunes d'elles. 11 serait possible que la jeune fille que représente notre statue , ne fût pas une victorieuse ordinaire , mais une héroïne , telle qne Gloris, fille d'Âmphion et de Niobé , unique

porta la palme (i); jeux que Ton contioua à célébrer encore pendant six siècles après sa yictoire.

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