PLANCHE III
Caligula *•
Nous avons dëjà parlé d'un superbe ëdifice de la colonie d'Ocriculum , oii se trouvèrent beaucoup de statues d'empereurs. Si nous lui donnâmes alors le nom de Basilique , ce fut pour suivre en cela quelques-uns qui lui avaient donné cette dénomination , plutôt que par notre propre sentiment. Comme il ne s'y trouve aucune trace du forum , dont les Basiliques étaient ordinairement des espèces d'appendices, il paraîtrait plus vraisemblable que cet édifice était plutôt la Curie de la colonie, où l'on plaçait les images des empereurs , laquelle de-là prit dans différentes villes le nom diAugusteum ou de Cesareum (i). Autour de V apside qui fermait la partie du fond , régnait un degré re«
^ Haut. ; avec la plinthe , neuf palmes , dix onces et demie. Il fut trouvé ^ Ocricoli^ dans le même lieu qui a été déjà indiqué à la pi. XLVI du II tome, avec les statues 4' Auguste voile ; de I^ivic et d'autres. Il est de marbre
(i) Lisez ce que dft à ce sujet Noris , Cenoi. Pis. , 'dis6ert. I , c. IV , et De-Vita , Antfq. Beneventanae , tom. I^ dis. 10/ ch. 2.
levé dans le milieu, comme une espèce de
trihuual , et qui était eutièrement occupé par
les bases des statues des Césars (i), dont qua-
tre sont couservées très-entières dans notre
Musée.
Aux statues d'Auguste et de Livie, que nous avons déjà publiées, nous ajoutons la troisième, également bien conservée et plus remarquable, celle de Cajus César , surnommé Caligula. Les médailles nous rendent évidemment ceruins de la vérité du portrait , facile k reconnaUre à ces jeux enfoncés , à la cavité des tempes , ii ce front ridé quoique grand (a). 11 fallait que Juste Lipse n'eût pas présentes k l'esprit les images sculptées de cet empereur , lorsqu'il crut devoir effacer l'épithète de vieuji: que
(i) Oa pent en voir le plan et l'élévation dans lei Nou'zie <faniichità e it arti àe l'année 1784, avril, de l'abbé Guattanî.
(a) Sne'tone , CtUigula , ch. 5o , décrit ainsi sa phisio-
Sénèque donne à son front (i); ëpithète qui peint à merveille cette partie de la figure de Galigula , et telle que nous la représentent ses portraits les plus rares , dont le plus admira* ble est certainement le buste en basalte verd du Musée Gapitolin (2).
Quoique le sénat, pour marquer combien là mémoire de Cajus lui était odieuse, eut fait fondre toutes les monnoies qui portaient son
(i) Séoèqne , De Consiantia , ch. 1 8 : Ocuhrtun suit fronie anûi torviias, et Lipse au même endroit.
(1) Musée Capitol.^ tom. 11^ pi. XII. Il y a un bnslt de porpbire dtt même César dans la galerie de Dresdeh S'il ëtait antique ; ce serait la sculpture la plus ancienne en porphyre que nous connaissions, puisque Pline ( XXXVI ^ $ XI ) nous dit que ce fut seulement soua Claude que les sculpteurs commencèrent à employer ttixe pierre. Il est plus vraisemblable que ce sera Tou- Trage d'artistes modernes qui ont reproduit les image» des douze Césars en toute espèce de matière. Ceux du palais Borgbèse ont toutes les têtes en porphyre. Néanmoins ce front ridé^ dont Sénèque fait mention , n'est pas aussi remarquable dans tout autre monument, que dans l'admirable camée représentant Caligula couronné de lauriers, que possède à présent M. Thomas Jcnkins« Winckelmann parle ( Hist. de Tart^ liv. XI, ch. 1 1 et suiv. ) d'un autre beau camée portant la même effigie ; lequel appartient an général Walmoden. Si l'on ajoute à cela la merveilleuse pâte antique du médaillier de M. le ch» Azara, qui représente en profil la tête nue de Caligula, on verra que la gravure en pierres fines a plus multiplié les traits de cet homme qui souillait lit dignité impériale I que tout autre sujet
So
effigie (i)t la domination de son oncle Claude qui lui succéda, sauva probablement ses simulacres, que le sénat avait déjà eu l'intention de proscrire également (a).
C'est ainsi que la statue de Caligula que nous examinons se sera conservée intacte dans V^ugusteum d'Ocricoli. Elle est la seule qui nous reste de ce mécbant prioce (5) , dont, la démence attribuée aux breuvages que lui fit prendre Cesonie . sa femme , affligea et bouleversa le genre humain, de même, dit un poëte, que si l'arbitre suprême de l'univers, le grand Jupiter lui-même fût descendu animé par la fureur (4); tant il semblait ^ue le bonheur de
(i) Dion, ]iv. XL.
(9) SaéloDe , f^ie de Caius, cli. 60.
(5) La statue qui a été publiée parmi les monumena de Hailei ( tom. I, pi. LXXX ) pour un Cal i gui a , n* lui reasembJe pas dans la télc, et de plus elle n'appartient pas inénie k la «tatue. Je ne connais celle de Dresde
5i Tespèce htunaÎDe ditt reposer en entier sur les vertus de ces maîtres du monde.
Cette statue est soutenue par un tronc de palmier, avec une grappe de son fruit; et les prétendues victoires de Caligula^^ur les Ger« mains auront servi de prétexte pour joindre ce support à ses statues (i).
' Obseivations de Vauteur^ insérées dans le L y II
de Védition de Rome.
UAugusteum^ ou temple des Césars, était or^ dinairement un appendice de la basili^e ; et souvent V apside^ on la tribune qui là' terminait, tenait lieu d^jiugusteum. Ainsi Pédifice d'OcricuIum était probablement une basilique , puisque sa distribution en plusieurs nefs , et V apside^ ou tribune qui la terminait, semblent la caractériser telle. Cet apside contenait les
(i) Peut-être que la régularité de cet arbre ^ son caractère étranger^ et Tespèce de travail que son tronc offre à Tartiste, ont été les motifs qui lui ont fait donner la préférence sur d'autres arbres qui eussent pu faire naître dans l'esprit du spectateur une idée de rusticité peu convenable à de tels sujets: d'où il arriva, k ce que je pense , que l'un de ces motifs; quel qu'il soit, suffisait aux artistes pour employer à cet objet la re-> présentation de l'arbre consacré au triomphe. Ce qui est certain, c'est que Ton observe plus communément le palmier employé pour les statues représentanjt des portraits, et souvent pour quelques divinités.
Sa
images des empereurs; et il n'est pas étonnant qu'on ne trouve plus de vestiges du forum ; peut-être que ce lieu n'était pas soutenu par des constructions asses considérables et solides.