PLANCHE XLIV
Le Sommeil \
' Parmi le grand nombre d'images de cette divinité paisible, dont les anciens se plaisaient souvent k se servir, pour affaiblir l'idée de tristesse que produit la vue des tombeaux, il en est peu d'aussi bien conservées que celleci , et aucune n'est aussi riche en symboles (a).
(i) Voyez le tom. IV, pi. XX et XXV, * Longueur trois palmes ; il est sculpte dans ce mar*^ bre grec statuaire très-dur, sur lequel Teau forte ne fait pas d'effervescence. On Ta trouve Tannée dernière près la voie Appia, dans l'endroit appelé Aorna «leccA/dy environ à cinq milles hors de la porte S. Sebastien ; on y découvrit en même-temps beaucoup d'autres antiques, qui appartinrent vraisemblablement à des décorations de fontaines et de jardins. Les ruines grandioses, que l'on .voit encore dans cette contrée, sont attribuées par plu* jiieurs antiquaires au Pago Lemonio.
(a) On voit des figures du Sommeil concbé qui ont éxé publiées par Zanaeiti, Statue delta Liireria diS. Hat'
Le Sommeil, représenta ici comme nn Génie, par un enfant ailé, est dans nne attitude qui indique le pins tranquille repos : il est étendu de son long par terre, et il semble qu'il ait placé sons lui nue de ses ailes, ponr s'en former un Ut. Les pavou du léthé , qui ocrent encore des fleurs, tandis que quelquesuns ont déjà la tête qui renferme leurs semences, semblent s'échapper de sa main gauche. Trois petits animaos , qui se jouent autour de lui , sont placés là , comme autant d' emblèmes, qui indiquent son pouvoir et ses Tertus.
Le premier de ces animaux et le plus rare, est le loir, enclin au Sommeil , et qui sert , dans le langage ordinaire , à exprimer au figuré , le Sommeil , parce que l'immobilité dans laquelle il passe les hyvers, oflre les apparences de ce repos (i). 11 n'est pas simplement
ai5 encore employé pour symbole du Sommeil , mais il sigqifie au$si Fétat de salubrité que produit cette bienfaisante suspension de nos sens I parce que les anciens naturalistes croyaient que ce.)oli animal parait plus gras et plus vif après s'être abandonné au sommeil et au jeûne pendant un hiver (i).
On a sculpté près de cette figure du Som»
meil, un papillon, insecte dharmant, dont cm a emprunté quelquefois les ailes, pour orner les tempes et les épaules du Dieu du repos (a); soit pOur comparer au vol léger du papillon
un sarcophage du Capitoley place sons le portique d« re£'*de<- chaussée , deux antres . loin aux pieds de deux Génies du Sommeil. Ces deux animaux, k cause de leurs longues oreilles, ont été pris par quelques-uns pour des lièvres ou des Jupins*. On les a représentas mangeant des fruits I ce qui lest naturel à la seconde espèce de loirs.
(i) Aristote a dit que le loir sort plus gras de sa tannière> apiès avoir sommeille et jeùué pendant toute la durée dt Fhiver ( Hisi. animal^ liv. VIII , ch. XVII ). C'est à cela que fait allusion Tepigramme de Martial y liv. Xin, n. 59:
Tota mihi dormùur hiems , et pinguior iUo Tempore sum 4/uo me nU nisi Somnus alit.
Les naturalistes modernes ne sont pas persuadés de cela.
(a) On en trouve des exemples fréquens dans tes sculp* tures antiques, quoique Lessing Tait nié dans sa dissertation sur la man&re de représenter la Mort {RecueU de M» Jansen , tom. III )• Voyez notre tom. TV suiv*^
pi. xix.
les approches presse insensiblea du Sommeil , soit pour eo faire le symbole de l'amè» qai est dégagée par lui des bieos matériels , et rendue pins capable de s'entretenir avec les snbsunees divines et spirituelles (i). Ce papillon , qui n'existe pas flans le dessio , est certainement dans l'original , et placé très-près des pavots. Il ëuit nécessaire d'en avertir le lecteur, pour qu'il y suppléât dans son imagination ; car il le chercherait envaîn dans la gravure.
Hais quelle signification donner à ce lér^rd , que l'on voit sculpté aux pieds de l'enfant?
"La même , peui-étre , que nous trouvons dans le loir, à cause de son engourdissement apparent pendant la froide saison? Cette répétition de symboles, pour ainsi dire, synonimeSj me semblerait peu ingénieuse. Je présume que l'i* mage de ce reptile y a été placée pour renfermer UD plus grand mystère. La statue du de; -
Ji5 dessus son ëpaule, vers son oreille (i). Cet animal, qui était donc regardé comme' un emblème de ' la divination ^ étant sculpté à côté du Sommeil 9 pourra signifier les présages, que les hommes, dans tous les siècles et chez tou« tes les nations, se sont flattés de découvrir dans leurs songes (a).
La conjecture que je mets en avant à ce sujet, m'a paru plus vraisemblable depuis que )*ai examiné d'autres . images antiques, que j'ai cru voir accompagnées de celle du même reptile* On trouve un lézard à quelques statues de Mercure , à celle de l'Amour endormi , enfin k celle d'Apollon lui-même (3). Mercure était
(i) Paasanîasy IiV vi, on PéUac. ï[, ch. ii. Le mot VaXeérviÇf qaî sigoîfie lézard , a ët^ interprété par quelques traducteurs par le mot chat.
(a) ••••// Sonno, che soveme
Anxi che il faiio sia sa le navette (Dante).
9 Le Sommeil; qui «ouvent est instruit avant l'ëvëne- » menl. »
M. de Burigny a écrit une dissertation sur la supersti* tion des peuples à propos des songes: on en peut lire un extrait dans VBisi* de FAcad» A. des Inscriptions ^ etc. p tom. XXXVIIL
(3) On trouve un Mercure avec le lézard dans les deux bronzes cites à la pi. XLI, c'est-à-dire , à celui publie par MoDtfaucon, et dans un autre inédit de la galerie Borgia. On voit aussi le lëzard aux pieds d'un Amour dormant sur un marbre de la ville Pinciana^ dans la salle du Silène , et à un autre parmi les Monu^ mcnta Peloponnesiaca, tom*I|t pagf 6a. Il se trouve en-
le conducteur des •onges(i). I>e8 histoires des unoors ebee les aociens et ohes les modernes, sont rarement décrites sans quelque aventure qui n'oit été réy&ée k l'avance aux amans dans leurs songes. Apollon finalement est le Dieu des oracles et des devins.
Si les peuples les moins éclairés ont attribué la prescience de TaTeoir k quelques espèces parmi les êtres vivans, de préférence à d'autres * on peut l'attribuer d'abord k ce que quelques aninuux délicats, sont plus sensibles que l'homme aux changemens dans l'atmosphère } et ensuite , parce que ces animaux lui paraissent eu pressentir les variations. C'est pour cela qu'on attribua aux serpens, aux araignées et aux oiseaux , une vertu prophétique (i).
De même les signes physiques paraissant comme des pronostics ou àas avertissemena» furent
core arec Apollon dam Ici fi^arei de ce Uïen qn'on a
pris par rimaginatioo ^avide de contiallre Ta- Tenir, comme autant de présages.