‹ Musée Pie-Clémentin (volume 2)Chapitre 38 sur 46 · PLANCHE XLVI · texte numérisé non relu

PLANCHE XLVI

ÂMTIOCHE *,

.Ce groupe plus petit qae nature , ne peut compenser le mérite médiocre de son ezécation, que par la singularité de l'image rare .qu'il représente , et il a d'autant plus de valeur, qu'il est vérifié, sans le moindre doute, et parfaitement, par les médûlles. Celles qui ont été frappées dans la ville d'Antioche, capitale de la Syrie, nous offrent. la même figure , assise , fM)mme nous la voyons , sur les roches du Siltius ou du Trepeaonte , petites montagnes qui la dominent , et avec la demifigure de rOronte nu qui s'élève à aea pieds (i).

Comme 5ur cea tnédailles là couronne fonnée par des tours, qui est placée sur le voile qui couvre la tête de cette figure, étant réunie avec les particularités que nous venons d'in* diquer , ne laisse aucun doute que ce ne soit l'image de l'illustre métropole de l'Orient; de même la parfaite ressemblance qu'elle a avec notre marbre nous assure , quoique la tête manque 9 que nous voyons en elle le simulacre de la ville d'Antiocbe.

Un des objets qui mérite le plus d'être remarqué ^ dans des images semblables , c'est la manière sous laquelle l'Oronte est représenté. Je ne regarde pas comme autant curieux de voir son visage sans barbe, ce qui, quoique rare dans les figures des fleuves , n'esjL pas sans exemple ; car le motif a pu en être pris dans les usages de cette nation qui se rasait le men^ ton, quand les arts de la Grèce s'y établirent, pubque telle a été ordinairement la règle dans les objets idéalement personnifiés ; mais ce qui doit le plus être remarqué dans cette figure, c'est qu'elle est représentée , en demi-corps. Je croif

tenait à HyopoHs, ville plus* sa voisine y qo'à Antioche^ je préférerais de reconnaître le Trapezonte dans ce rocher, qui putement, parce qu'il est aussi escarpé, et parce .qu'il s'élève presque perpendiculairement sur la plaine, sous la forme d'une table quarrée, reçut la dénomination de Trapesonte de tpà/Xtioty mensa* ( Strabon , liv. XVI ).

Musée Pie<!lém. Vol. IIL i5

que ceci ne peut être attribué au hazard , mais que celui qui a imaginé le premier ce groupe. Ta fait ainsi OU' pour servir de modèle aux vaédaïUes* ou pour quelque simulacre, et que ce fut. d'après lui que fut formé le coin , et que l'artiste ait cherché de cette façon à indiquer la position de ce fleuve, qui avant d'arroser Auiioche de tes eaux « sort précipitamment de son canal aoutetrain appelé Caribde, ob & une plus grande distance venant à se précipiter « il se cache pendant quarante stades (i). Ou a donc voulu eiprîmer par l'attitude de cette image la sortie déterre du fleuve, et son cours souterrain, en le fabant parattre avec la moitié du corps caché sous la terre.

Le caractère médiocre du travail de ce si* mulacre me fait conjecturer qu'il fut exécuté dans des temps postérieurs k l'époque , dans laquelle Oiracalla rendit à cette ville les privilèges et les honneurs que Sévère, son père, lui avait enlevés , parce que Antioche était eu-

^^7 où quelques-ÙDS de ses concitoyens auront occupé des places importantes , et où sans cela , il n'était pas extraordinaire de trouver des images et des simulacres des provinces et de plusieurs villes de l'empire (i).

(i) Dès le temps de Pompëe Tusage fut k Rome d'or-, ner les portiques avec les images des nations et des provinces. Quatorze de ces images, sculptëes en marbre de Coponium; étaient admirées sous les portiques du théâtre qui portait son nom (Pline, H. N.^ liy. XXYI, 5 IV y n. i3 ). L'attique du portique d'Agrippa on de Neptnne , peu distant de la Rotonde , était orné des images de provinces sculptées en bas-relief. Ce portique^ restauré depuis par. ordre d'Adrien, a été, je crois, appelé ad nationes par Pline, lieu cité, n. la, et par Ser- * yius , Aen. 'VI^, y. 7:11. Huit de ces figures existent encore à présent, et Demontioso s'est mépris en les prenant ponr les Cariatides du Panthéon ; elles furent trouvées , en diverses occasions , dans les environs de la place de pierre , vers le XYI siècle ( Yacca , Ment. , num* a:i ). Quatre autres sont à Kaples parmi les antiquités du Musée Faruèse i on en voit deux dans l'escalier au palais Odescalchi, deux au Capitole, savoir une dans la cour des Conservatori , et l'autre sous le portique du Musée. On reconnaît évidemment par les Farnésiennes qu'elles n'avaient pas été primitivement placées dans le soubassement de cet édifice, mais dans l'attidue , parce que pour en diminuer le poids, on a creusé par derrière le fût de ces grands cippes , et parce que les figures , qui sont d'un bon style , ont été exécutées de manière à faire leur effet de loin. Que faut-il de plus ! on sait que les images des provinces conquises , figuraient dans les vestibules des maisons de leurs vainqueurs \ Pline, Hlsi* nat. , liv. XXXIX, S ^1 V

Observation de ràutmtrt publiée dans lé t. F"!! de Sédition de Morne.

Jai indiqué, pi. A. IV, n. 8, ï la fin de ce troisième volume, le premier auteur de ce groupe, gui est Eutichidea, disciple de Lysippe, et j'ai coDJectaré que la célébrité de ce simulacre doDt nous parle PausaDias^ aura été cause que d'autres villes de l'Asie, situées sur les bords de ce fleuve, ont multiplié cette image dans leurs médailles. Je dois ici faire boDueur à une ingénieuse conjecture faite par feu l'abbé Gio- Tanui Autooio Riccy, mou ami. Il l'a proposée dans le chap. XI de sou opuscule talitulé :

Delt antico Pago Lemonio. Ce savaut écrivain observe que le lieu oii ce groupe liit décon»

Od peut, d'âprii la Hotitia délie dignità delT ïmpero, prtfnimer qne de MmbUblet figurei qui repràentaient in naliona fuient mtme placées dans lepalait âe lenrs goDTemenri. Les ciU< prolegëet se voyaient aar le*

vert, qu'on appelle aujourd'hui le QaadKoraf se Dominait autrefois Çuadrato. D'oii il eu infère que cette 'dénomination conserre le nom de Faneien propriétaire du fonds, qui était Hummidius Quadratus, lequel était justement gouverneur de la Syrie , et demeurait à Antioche environ Tan 60 de l'ère vulgaire. Aussi croit-îly d'après cela, que le simulacre de la capitale de la S.) rie, placée comme ornement dans une campagne de la famille Quadratus \ rdevait êlre un monument en mémoire de ^on ^proconsnlat. Une conjecture aussi bien établie m'a paru mériter qu'on l'adoptât.

J'avais fait la remarque à la p. aa5 que l'O* route est ici représenté sans barbe, et j'en donne pour motif l'usage qu'avaient suivi les Grecs poMérieurs à Alexandre le Grand, de se raser le menton. J'avab encore remarqué que le fleuve ne parait qu'à mi-corps, et comn^e sor^ tant de. terre, peut-être pour faire allusion à la circonstance particulière de FOroi^te, qui se cache sous terre, dans un lieu appelé Ca* ridde, et coule ainsi pendant environ quarante stades, pour se découvrir après vers Antioche» L'abbé Eckel ( D. N., t. IV, p. 5i5 ), a cru que j'avais indiqué le cours souterrain du fleuve comme éuint le motif qui l'a fait représenter sans barbé dans sou image, et il aurait en raison de condamner une pareille opinipn , si véritablement je l'avais proposée. Mais le lec* leur conclura seulement d'une telle critique ^

que ce siTant antiquaire n'entendait pas aussi bien la langue italienne qu'il comprenait la latine et la grecque. Quant k l'autre difficulté qu'il élève sur l' opinion que ce groupe représente Ântioche ^ et qu'il appuyé en cela , sur des 6gure9 semblables que l'on trouve sur des jn<!dailles tl^autres villes, je crois avoir suffisamment repondu dans les obsenratioos sur la planche du supplément Â. lY, n. 8 , de ce 111 volume : et quiconque connaît combien l'esprit d'imitation dominait dans les écoles grecques , sait très-bien avec quelle facilité lés artistes de cette nation s'empressaient de reproduire, en les copiant plusieurs fois, les morceaux ipii avaient obtenu des éloges et une grande réputation. Je persiste à voir une image d'Antiocbe dans ce groupe , parce qu'on en connaît dans l'histoire des arts une statue célèbre de l'antiquité. Le raisonnement de l'abbé Riccj confirme à merveilles mon explication.

,dios6 du travail^ Favantage précieux de nous offrir un de Cjes. monumens de rantiquité qui jette. de nouTelles lumières sur ce qu'ont assuré les anciens écrivains , et leur donne plus d'authenticité. Pausanias nous avait déjà fait remarquer que l'usage était de sculpter les images des fleuves en marbre blanc, exr cepté celle du Nil , pour lequel les artistes choisissaient des pierres d'une couleur sombre ^ obscure (i). C'est pour cela que l'on voyait , dans le temple de la Paix , Fefiigie colossale du Nil sculptée en bazalte noir (â) : et par la

autrefois a une fontaine dans la cour des statues du Yaticàn^ le souverain pontife en ordonna la restauration entière avec él^g^nce par M. Giovanni Pierantonj scnlptetu" dn pape.

(i) Pausanias décrivant dans Psophide , ville d'Arca- ' die f le temple et le simulacre du fleuve Erymante^ ajoute

ainsi: noishoê 9è^ xXf^ rov Atfvxriv HeiXy^ ^ota^

Tieiko di àfte 9ià %qv AiâêO^QP Kariovri iç da- Xaoaraf ^UXavoç /Uây tà a/jfâX(iara êfyjfà4e ^Otà ifOiLi^WJW: « Les simulacres; des autres, fleuves y excepté 9 ceux du Nil égyptien j se font en marbre blanc. C'est » cependant un genre adopté . que d'exécuter celui du » Nil en marbre noir , parce, qu'il représente un fleuve » qui traverse le pays des Éthiopiens avant de se re.n-. 9 dre dans la mer. » Arcadica^ ou 1. TIII^ ch.XXIY.

(a) Pline, H. N, , liv. XXXVI, § IL Nous avons relevé dans le premier volume, pag. agi , n. (i), l'erreur d'Hardonin, qui confond ce simu1acre.de bazalte., avec un antre de marbre blanc qui existe à présent dans le Mu^e PieClémentin.

même raison sa statue de grandeur naturelle, qui est à la viile Albani (i), et la oAtre, beaucoup plus grande, sont formées dans na marbre gris, dont la teinte et le poli sont peu dîfférens du b&zalte.

Pauaanias ne 'donne pas d'autre motif ii cet usage , que celui de la couleur brune des peuples qui habitent les contrées que le Nil arrose et fertilise. On pourrait en indiquer encore d'autres causes; par exemple la couleur noire du sable qu'il roule , ce qui a fait dire k Virgile de ce fleuve , qui se divise en sept rameaux (a):

Et viridem Aegyptum nîgrafœcunâat arena ; d'où jiegjrptos , Sickor et Melo furent des jioms qui le dësignirent dans différentes langues (S): de-là aussi Tobscuiilé répandtie sur

(i) tndicatione antùfuaria deUa villa jUhani , a. a85. (3) Georg. IV, v. agi. Par ce motif l'Egypte fut ap*

a55 ses sources, sur son origine 9 ce qiii le fit aj^ peler, selon quelques-uns, Astapo, comme A on Toulail dire fleuve qui sort des' ténèbres {l)< enfin la dernière cause peut être Fimitation de la sculptore ëgjrptienne qui n'employait jamais le marbre blanc.

Tout ce que nous venons de dire, peut faire présumer comme une chose assurée, et elle Test en effet, que ce simulacre couché représente vraiment le NiL En éiTet la chose est démontrée par le Sphinx, synibole^ selon Topiiiion de quelques auteurs , de la saison de ses crues, mais qui est plus vraiisemhlahlement Vemblème mystique de TÉgypte elle-même (2); région que plusieurs écrivains nous décrivent comme un don du Nil (3). Indépendamment

en tirant Tetymologie de la couleur des vautours, ap* pelés par les Grecs iwvxioï^ d'où est venu aussi le mot âiffv%via4fBi9 pour signifier, une couleur obscure qui tire sur le noir.

(i) Pline, B. N., liv. Y, $ 10: Cognominatus Asta* puSf quod iUarum gentium Ungua significai aquam e I0* neiris prqfluentem.

(a) M. Zoega nous apprend, dans une note aussi savante qu'ingénieuse, pourquoi le Sphini^, dans la sculpture des hiéroglyphes sur les obélisques, a été mis conune le symbole du pays égyptien, et porquoi les habitans lui ont attribué Tintelligence réunie à Ja force, figurées par la tête humaine placée sur un corps de lion. ( Nwnmt GraecO'AegyptiL Eaànanîj n. 365 }.

(3) C'est ainsi qu'en parlent Hérodote, lit. II j eC Pline, Hist. N.^ \\y. II, $ IXSXSllf et liv. XIII,

de cet attribut constant qui eit propre k ce fleuve « la manière dont sa cheTelure e&t disposée nous le ferait seule recoonattre. Car on se conoatt pas dans les images des autres fleuves une pareille coiffure, c'est-k dire, ob les cheveux sont tous relevés autour du front, et assujeuis par un ruban ou diadème qui ceint la t£te, en les rassemblant; coiffure afToctée ordinairement aux images de Bacchns barbu , et à celles de Neptune et de Jupiter, du travail Je plus antique (i). On trouve cette manière bien exprimée dans son colosse qui est an Vatican (a), dans l'autre qui est au Capitole ,

S XXI , a'sprè» l'antoriiè dUomire , Oàyss. IV, v. a54 ei iniv. Quelques écrÎTaini moderaes ne vcoleut pat \ cet égard ajouter foi an témoignage de* anciens, sar le prétexte qne dans lei derniers sîèclet, la basse £gyp te n'a éprouvé aucon accroissement par les inondations du Nil: mais en abandonnant plus d'une fijpothise qne l'on pourrait établir pour rendre raison d'nne si grande

!i55 dans beaucoup de petites figures existantes dans diverses collections (t)^ enfin: sur un très^grand nombre/^ de médailles grecquès^^gyptieni^s ^^t latines (a). Cet attribut, se joignant à plusieurs autres motifs très-forts, ine déterminé' àre« connattre le Nil dans la figuré' d<a> cet homme barbu^ assis, tenant dans la main gauche un éorne d'abondance laquelle figure semble-^tre uiJe déà principales 'de la merveilleuse coupe d'onix du Musée* Famëse , appartenant a présent k S. M. le roi çle Sicile; ^ bijou aussi précieux par la matière que par le travail , et qui fut bien digne de servir aux riches^ successeurs du grand Alexandre, pour boire les eaux de leur Nil , qui est représenté dessus admirablement, avec' plusieurs emblèmes ingénieux et élégaos de ses bienfaisantes inondations (S).

■ ■Il »^l»^— 1^— — I I l»i«^— — I , Il ■ I — — — — wirfi— —

, (i) Aiusi dans lés statues de lit Galerie GiustùUani, ^om*' I , ph 85.

(i) Zôega, lieu cité, pi. I. Claudâ , IX ^ag, pi. Yj Traiahij X^ So, pi. YI^ Hadriani^ XV, 5o, et ailleurs. On observera aussi les médailles latines d'Adrien avec le Hil. -

(5) Cette admirable coupe à étë publiée par MafTei dans le tome II des Osserwazioni letierarie^ avec nue explication tout-à-fait de caprice, et telle qu'elle ne peut satisfaire 'même les gens les moins éclaires par la critique. Pour mieux faire goûter l'explication que je donne de ce précieux monument, je Tai fait graver dans les planches du Supplément^ ^^Ï7 *i joint mes conjectures.

aS6

X*e crocodile , autre i^bôle recoona dn lïU, est sculpté ta-bas de la sutue, mais il .est eo grande {lartie l'ouvrage d'un restaurateur. II reste eucore quelque partie antique de la corae d'abondance. La couronne placée sur sa tète est composée d'épis et de plantes propres au Nil. Le manteau ample «t bien groupé qui l'enveloppe depuis la partie du milieu du corps jtisqn'au-bas * fait souvenir de ces vers de Virgile (i), oii il déorii le Nil

Pahdentenufùe sùius, et tota veste vocantem Ceeruleum in gremium latebrosaquejlumma victos

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