PLANCHE VI
Un des plus nobles morceaux qui appartienne à la suite -des simulacres des Césars, est ce monument qui nous rappelle le plus doux, le plus modéré des dominateurs du monde , de ce prince excellent, qui ne craignant pas que sa mémoire fût effacée par un souverain meilleur que lui , qui dût lui succéder , était digne de choisir un Trajan pour son fils (i). Ce morceau est d'autant plus estimable et curieux, que sa dimention presque colossale \n rend plus remarquable, et la circonstance heureuse que la tête n*ait jamais été séparée du torse, lui donne une grande authenticité, et en fait un objet plus rare. Si la reconnaissance de son successeur et celle de tout l'univers le firent
^HaQt. onze palmes; deux onces. La moitié supérieure fat trouvée près des murs de Rome entre S. Jean de Latran , et S. Croix en Jérusalem. Le sculpteur Cavaceppi, avant de restaurer cette statue ; la fît graver ainsi Il la moitié dans sa RaccoltUy tom. II; pi. 5i. Le Son- Teraîn Pontife en enrichit ensuite le Musée ^ elle est d'un marbre grec de grain fin.
(i) Pline; Panegyr. ad Trnianum , § LXXXÎX, dit, dans une apostrophe au défunt Trajan : Optimus ipse non timuisti elîgere meliorem. Et au § YII il s'était ex. pliqué ainsi: Uterqùe optimus erai\, dignusque alter elt£t\ éUier elîgere.
vénérer comme un Dieu, et firent établir en sa- mémoire des temples, des Flamines, des sacrifices (i), c'est avec raison qu'un le voit assis comme un nouveau Jupiter, couvert d'un manteau , .de la ceinture jusqu'aux pieds. A la vérité il n'est pas bien certain que cette partie , quoiqu'antique comme la supérieure, ait appartenu à la même statue. La qualité du marbre, le style, et les proportions, en tout conformes , ne sont pas des motifs sufiisaus pour le faire croire , parce que cela ne s*accorde pas avec le temps et le lieu où cette portion de. la figure fut trouvée. La statue dût avoir pourtant, à peu de chose près, la même disposition dans ses parties. Le torse détaché, s'enclavait dans la partie inférieure , qui devait être couverte d'une draperie , pour mieux cacher . la réunion; et l'inclioaison du thorax rend assez vraisemblable que la figure fut asr sise (2). Les bras, qui sont modernes, ont été restaurés dans le mouvement de ceux de l'an-^
^9 la puissance de ce Dieu celle des Césars (i),
et plus particulièrement quand elle était placée dans les mains d'hommes vertueux et bienfaisans. On a remplacé eu bronze la couronne de cbéne , en suivant le cercle que forment autour de la tête de petits trous qui s'aperçoivent encore, et qui ont indiqué très-évidemmont qu'il y avait eu une couronne rapportée. Quoique la couronne radiée soit celle qui convint davantage aux empereurs après leur apothéose, on eut aussi Tusage d'orner le front des simulacres des bons princes avec des couronnes de chêne (2). Et qui mérita mieux la couronne civique que Nerva, lequel nonseulement releva Rome de l'oppression sous laquelle la tenait Domitien , mais qui en se choisissant pour successeur celui qui fut appelé le meilleur des princes par excellence, assura pour bien long-temps le bonheur d'une si grande partie du genre humain , et commença cette période de plus de quatre-vingt ans depuis la mort du douzième César jusque à/l'inauguration de Conmiode (3), période pendant laquelle ' . ■ ., ^ .
(i) Juvënal ^ sat. IV , v. 71 : Dis aequa potestas.
(a) Le buste de Trajan couronné de chénc, qui est au Capitule , est d'une proportion colossale. Plusieurs têtes d'Auguste^ dont parle Winckelmann ( Hist. de Cart^ liy. XI ^ ch. U^ § 8}^ portent une couronne de ch^c ^ de même qu'une tcte colossale de Claude dans notre Musée.
(5) Voyez à ce sujet le savant et ingëuieux écrivain
dessus des humaias, et précisément celles qui eussent été élevées à des sénateurs privés, aux anciens Brutus et aux Camilles (i). Yenuti^ qui en a donné une explication succinte dans l'eu- Trage sur les monûmens des Mattei , n'eut pas raison lorsqu'il voulut considérer le globe qu'il soutient dans ses mains , comme un symbole de sa souveraineté du monde; car ce morceau étant moderne, ne devait pas donner lieu k des recherches d'érudition. Celui qui a ajouté des notes k la dissertation , a beaucoup mieux pensé de s'attacher à l'air calme et respectable de la physionomie de Trajau^ qui l'eut fait reconnaître partout , même déguisé au milieu de l'ennemi (a).
lia draperie , qui consiste dans une simple tunique et dans la toge , est traitée de bon goût. Elle est disposée d'une manière qui n'a rien de nouveau; au contraire on la retrouve
dans d^autres statues; motif qui peut prouver qu'eUe est d'une belle invention (i).
Le siège , qui n'est pas une chaise curule , est simple et couvert d'un coussin; ce qui fe-* rait croire que le sujet ancien de la statue ne représentait ni un empereur , ni aucune autre personne en dignité , mais plutôt un philosophe, un homme de lettres, auxquels il parait qu'on avait plus particulièrement consacré des figures assises pour leurs statues (2). Les sandales, ou la chaussure, quelle quelFe soit, dont une seule est antique, n'appartient pas non plus au costume qu'exigeait la statue d'un empereur revêtu de la toge,auquels convenaient les sou« liers des sénateurs.
(i) La draperie est à peu-pres semblable à la statue de Rome assise ^ publiée par Cavaceppi dans sa Rac" colta , tom. II; pi. XXX. Ou observera cependant que Ton ne peut assurer, que ce manteau dans les deux fi* gures soit plutôt une toge que le pallium.
(a) Il y eut aussi une statue élevée à Trajan dans la bibliothèque des habitans de Frusium dans la Bitliynie. Pline le jeune en parle dans une de ses lettres , 1. X , cp. LXXXV. Figrelin, De Sialuis , ch. XXÏV, prétend qu'elle ne lui fut pas dédiée comme à un prince, mais comme à un homme de lettres. En lisant avec attention la lettre de Pline citée, il semblerait que l'opinion contraire est plus probable.