PLANCHE IX
Minerve avec le Bouclier Argolien *
L'attitude de cette figure , qui tient avec grâces de la main gauche son bouclier, qu'elle appuie sur la terre , est si ressemblante à celle de la Minerve Pacifera , qui se voit sur les médailles impériales , que Ton peut justement soupçonner qu'elle portait autrefois dans la main droite un rameau d'olivier , au lieu de cette lance , qui n'est qu'une moderne restauration. On sait que l'olivier est consacré à Pallas, et il est l'emblème de son surnom de Pacifera. Quoique cette statue ne soit pas d'un style excellent , elle présente cependant un bel en-
* Haut. , avec la plinthe 7 6 palmes et demi : sans la plinthe 5 palmes et deux tiers.
io3
semble , et une belle disposition de draperies dans la tunique et le manteau. On y reconnoît en outre les armes de Pallas d'une manière trèsfrappante. En observant la forme du casque , on découvre au premier coup d'oeil , dans le triple cimier (pdZoç Phalus, qui en orne le sommet, la raison pour laquelle Homère lui donne le nom de ri)jv(pdÀei>ip Trjphaliam (i). L'égide où se voyent en relief les serpens qui l'environnent , peut nous donner l'idée de celle de la fameuse Minerve de Desilaus qu'on admirait k Atbènes sous le nom de Minerva Musica. Les serpens de bronze de cette égide étaient travaillés avec tant d'art et de légèreté , qu'ils rendaient des sons à l'unisson de ceux qu'on tirait de la lyre (2). Le bouclier de notre statue est rond , comme ceux que les Latins ont appelé Parma , et que les Grecs nommaient Scutum argolicum. Les classiques anciens en ont fait l'arme de cette déesse (3).
(1) Hom. //. K 76, M 22; ei 33g ; etc.
(2) Idem (Desilaus) et Minervam, c/uae Musica ap pella tur 7 quoniam dracones in Gorgone ejus ad ictus cilharae tinnita résonant. 'Plin. 1. XXI V; sect. 19 ; § i5,
(5) Polybe de la Parma, Hist. 1. Y I ; p. 65c2 y e'dition de Gronov. 1670: H dï ïïdpybïi Kai dvva/jtiv ë%et rf? wray, naï /L/Jye$oç âpteovv, izpoç âa(pa/leiav. *&ept(p£p¥iç yàp ovaa rô affiati tp'mzdov îyjti rfa iïldfiSTpoV. La Parma est forte par sa construction 7 suffisamment grande pour se défendre. Sa f irme est ronde,;
Le lieu d'où fut retirée cette statue, la rend encore plus intéressante. On la trouva dessous terre dans le jardin du feu cardinal Pio di Carpi r qui appartient aujourd'hui au conservatoire delle Mendicanti de Rome, auprès de ces ruines superbes que Ton croit communément être celles d'un temple de la Paix. Pour répondre aux intentions généreuses du souverain Pontife régnant , on entreprit dans cet endroit, il y a peu d'années, une fouille, qui procura la découverte d'un très-grand nombre de superbes portraits d'empereurs, parmi lesquels se trouvaient, celui de Trajan, de Matidia, d'Antonin le Pieux , d'Ennius Yerus ; deux bustes ^de Commode , un de Pertinax , un de, Caracalla, et un hermès de Sophocle, avec le
elle -a trois pieds de diamètre. Non seulement la forme du bouclier de notre statue, mais aussi sa grandeur, correspondent à la description de Polybe, que nous venons de rapporter. Ce qui confirme que telle est la forme du bouclier de Pallas , c'est ce que dit Pline, qui l'appelle Tarma dans le XXXVI liv. IV. 4- Tels étaient les boucliers grecs des Argiens , selon ce que remarque Winckelmann, Monum, antichi ined. , t. II, page 1 44* C'est par cette raison que Stace , Theb. II, v. 258, appelle Aereûs òrbis > un pareil bouclier , qui tomba du temple de Pallas à Argos , au moment du mariage des filles d'Adraste. On doit observer dans celui de notre statue la poignée, appele'e par les Grecs òyàvri, differente du TsXafiQV^ courroie de cuir; qui dans les tems les plus anciens servait à suspendre au cou le bouclier.
io5
nom grec. On en retira aussi une belle demifigure de Bacchus ; un autel consacré à ce dieu , dont on s'était servi pour former une base à la statue élevée en l'honneur d'Instejus Tertullus; une bellè statue de Diane, et celle de notre Pallas. Enfin on retira de cette fouille, un petit lion fait d'une brèche très-rare; une petite figure en bronze d'un Mirmillon avec sa visière , et beaucoup d'autres fragmens de marbre et de bronze. Ce qui est à remarquer cependant , c'est qu'une grande partie des têtes avoit été restaurée, et que dans quelques-unes, l'opération était restée imparfaite. On voyait aux figures des Empereurs des bras , des mains qui tenaient des globes, des épées, (parazonià), auxquels l'artiste n'avait pas encore donné les derniers coups de fini. Ces observations nous font conjecturer qu'il y avoit dans ce lieu l'atelier d'un ancien sculpteur chargé de restaurer ces marbres , qui appartenaient au palais impérial, situé auprès de lui; ce que peuvent confirmer toutes ces effigies. On le croira d'autant plus facilement , que quelques-uns de ceux qui ont publié leurs recherches sur la topographie de Rome , ont pensé que les grands arcs voisins de la maison Palatin des Césars , avaient appartenu au vestibule de ce palais , et n'étaient pas des restes d'un temple de la Paix (i).
(i) On découvrit dans le même teins 7 près des The?
io6
Le Saint-Père ne se contenta pas d'acquérir pour quelques milliers d'écus , tous ces momimens : il voulut en même tems satisfaire sa lionté paternelle , et sa souveraine munificence, en assignant à cet hospice, une rente de deux milles écus , prise sur sa cassette particulière. L'ordre en fut transmis à S. E. le cardinal Pallotta , archi-trésorier. Ce prélat , guidé par son goût pour l'antiquité , et pour les beaux arts, avait souvent pris plaisir à assister à la fouille d'où furent tirés ces marbres. Aussi l'empressement qu'il montra , l'honore trop , pour qu'il ne soit pas conservé à la mémoire dans un ouvrage , dont le principal objet est l'érudition et les monumens des arts.