PLANCHE X
Veistus au Bain *.
Le sculpteur qui a voulu représenter dans cette statue la Déesse de la beauté , avec tous les charmes que pouvaient offrir ses membres divins , à la sortie du bain , n'est pas resté inférieur à l'idée sublime que son génie lui avait fait concevoir de la perfection
mes de Caracalla devant S. Sisto Vecchio > un atelier rempli de ciseaux antiques ; et où indépendamment de beaucoup de scies 7 se trouvèrent de beaux morceaux de marbre ? des porphyres 7 des jaunes antiques ; des albâtres. * Haut. 3 palmes 5/4 sans le pie'destal.
ïo7
tant il a su donner à cette inappréciable figure l une régularité sévère dans les traits , une grâce séduisante dans l'attitude , et un sentiment voluptueux dans toute son expression. Le mouvement des membres , est disposé avec tant d'art pour indiquer l'action de sortir du bain , qu'il est impossible de ne pas la reconnaître au premier coup d'oeil, quoiqu'on n'y voie pas l'enfant avec le linge (i), quoique l'attitude ne présente pas l'action de s'essuyer, telle qu'on la voit dans d'autres statues , ou pierres gravées du même sujet. L'artiste a fait encore preuve d'un goût éclairé , en employant , pour soutenir la hanche gauche , un de ces vases de parfums sans anses , que les Grecs appellaient albâtres , et qui ont donné leur nom à la pierre dont ils étaient communément formés (2). Indépendamment de ce qu'il a ca-
(1) On le voit dans une stàtue de la Villa Ludovisi 7 qui a la même intention.
(2) C'est ainsi que le Scholiaste de l'Anthologie interprete le mot âÀdôaarpa de Fepigr. 2 , liv. 1 ; ch. 70. jinth. kyyri [ivpov MS iva [lì? ejpvta ÀÀBAS. Vases de parfums , de pierre sans anses. Théophraste , de odoribus, nous apprend que les vases pour les huiles odoriférantes doivent être faits de la pierre qui, a cause de cela, s'appelle albâtre, ou bien de plomb. Il y avait cependant de ces albâtres faits de quelques métaux pre'~ cieux comme For , ce qu'on lit dans Théocrite id. vers. 114.
Ixvpm de fivpo %pv<reì d2.d6aarpa.
De parfum de Scjros les albâtres d'or.
io8
racterisé par là Faction de se baigner, pendant laquelle les anciens avaient coutume de se parfumer , il a placé aussi un meuble propre à Vénus , qui aimait les parfums à tel point , que le poëtë Agathias, dans une épigramme de l'anthologie , a appelé ces vases Albâtres de la Déesse de Paphos, Ua(piriç âlidêacipa (i). Cet attribut sert précisément à déterminer le sujet de la figure j car il serait déplacé près de Piane surprise au bain par Actéon , quoique nette Déesse soit représentée toute nue dans cjuelques marbres antiques , et dans une atti-» tude à-peu-près semblable (2). Le luxe des parfums ne convient pas à la déesse des forêts , puisque ni Pallas , ni Junon elle-même y qui n'était ni guerrière , ni chasseresse , ne voulurent pas s'en servir: même lorsqu'elles se soumirent au jugement de Paris (5). L'amour que Cypris avait pour les ornemens, qui la distinguent des autres déesses , a été indiqué par l'artiste habile , en lui mettant au bras droit seul, un bracelet en forme de serpent, qui semble l'envelopper. Les anciens écrivains nous
(1) An th. liv. \j chap. no, ep. 2.
(a) Nous citerons, entre autres monuments 7 le beau sarcophage de la Pilla P inciana , où la fable d'Acte'on est représentée dans divers compartimens. On voit dans le cabinet de M. Pacetti, sculpteur distingué, une petite statue de Diane nue? que Ton pouvait prendre pour une Yénus, si elle n'avait pas sur la tête le Croissant.
(3) Callimaque, Hymn. in lavacr. Pallad. v. i5etsuiv*
parlent de l'usage de porter de tels ornemens à^un bras seul, et plus particulièrement au gauche. Festus, qui appelle ce bracelet Spinther , s'explique ainsi: Jrmittae gcnus , quod mulieres gestare solebant brachio summo sinistro (1). Le mot summo peut s'appliquer en effet à notre statue ; et la forme du serpent qu'avaient ces bracelets , est rappelée par Pollux , en parlant des ornemens dont les femmes se servaient , et qu'elles poi noient également aux pouces , ou à la partie supérieure du bras , au dessus du coude ; il les nomme expressément opar , anguiculas , serpens (2). Cette belle statue fut trouvée dans la métairie de Salone (3) située à la droite de la voie Prénestine , dans un lieu qu'on appelle encore aujourd'hui Prato Bagnato $ peut-être à cause des eaux et des bains , qui rendoient anciennement cet endroit délicieux. On découvrit près
(1) Festus au mot Spinther. Ce mot vient peut-être du grec o'piyMTTip , chose oui serre* Chez les Sabins les hommes portaient des bracelets 7 c'est de-là que vien$ cette tradition; que voulant séduire Tarpea; ils lui promirent en don ce qu'ils portaient à leur bras gauche. Quod Sabini aureas armilLas magni ponderis brachio laevo habuerint. T. Live liv. I ; c. 11.
(1) Poîlux; Onomast. liv. "V, ch. 16 ; seg. 99 7 édition Hermsterhuis.
(3) Ce lieu appartient au Chapitre de S. Maria Maggiore. M. Nicolas La Piccola, habile peintre qui la trouva^ la vendit au préfet des antiquités ; qui l'acheta par orjre de S. Sainteté régnante.