‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 14 sur 53 · PLANCHE XL · texte numérisé non relu

PLANCHE XL

Vénus debout*.

C'est bien moins l'air du visage , les grâces aimables qui appartiennent à la plus belle de

(i) Pline, liv. XXXVI, epist. 4; cn» 10 y dit que cette statue était dans le temple de Junon, dans les portiques d'Octavie : Venerem lavantem sese, Dciedalum slantem Polycharmw. Il existe de ce temple les dalles de marbre ornées d'aigles, sur le bord du toit, car Junon fat place'e par erreur dans ce temple de Jupiter. On en a fait aujourd'hui l'église dite de S» Angelo in Pescarla, où depuis tant de siècles ces dalles rassemblent encore l'écoulement.

? Haut. 9 palmes i/3; sans la plinthe 8 p. 7 on.

toutes les Déesses, l'attitude élégante de cette figure qui tient dans sa main gauche un linge orné de franges , avec lequel elle doit s'essuyer , et qui retombe en se grouppant sur un vase , c'est bien moins tout cela qui donne un si haut intérêt à cette belle statue de Vénus , que l'avantage qu'elle nous présente d'être une image de la fameuse Vénus de Guide , chefd'œuvre de Praxitèle ; disons même i le chefd'œuvre de la sculpture , célèbre dans tout l'univers , pour nous servir des expressions de Pline (i). Le chev. Mengs a judicieusement observé que la beauté extraordinaire de la tête , supérieure à celle des autres parties , quoiqu'elle n'en ait pas été séparée, et qui fait le mérite de la statue, que la ressemblance aussi qu'a cette tête avec une autre, admirable, qui se conserve dans le palais du roi à Madrid, démontraient avec évidence que cette statue était une copie de quelque original étonnant par sa perfection(2). Mais comment en découvrir l'auteur ? Ce qui pou*vait paraître d'une extrême difficulté, n'en présente plus , et même toute incertitude dispa-

(1) Per terras incljta. Pline, liv. XXXIV , 19, 10, et liv. XXXVI, 4; 4- Voyez encore ci-dessous la note 17 page 67.

(2) Mengs ; ( OEuvres t. II, p. 6. Lettera a M. Fabroni). Cette opinion est vérifiée encore plus en examinant dans le même Musée Clémentin deux autres copies antiques de cette statue, toutes ont au bras gauche un bracelet non pas en forme de serpent, comme dans la pre'- <:cdente, mais avec une pierre gravée enchâssée dessus.

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rait lorsque l'on consulte les médailles 5 qui sont un dépôt certain des objets les plus mystérieux d'érudition. Deux grandes médailles grecques et impériales, frappées à Gnide , qui représentent Caracalla et Plautilla , l'une desquelles est en France dans le cabinet du roi , et l'autre que je possède , portent toutes deux, sur le revers , l'image de la Vénus de Praxitèle. Personne ne pourra douter que la célèbre Vénus de Guide, qui est sur ces médailles, la même qui est répétée sur differens coins, n'ait été imitée de l'original admirable, si connu. Par cet examen on voit que la figure de Vénus des médailles , est très-ressemblante à la statue dont nous parlons, ou, pour mieux dire, elle est absolument la même, soit que Ton considère la position de la tête(i), la direction qu'ont les bras , le mouvement du corps , le linge, le vase (2), et jusqu'à l'arrangement des cheveux qui ne sont pas rassemblés en un groupe sur le front (3) , comme dans la plus

(1) Sur la médaille la tète est un peu plus tournée, parce qu'il a été' plus commode pour le graveur de la - présenter de profil ; et que d'ailleurs cela convient plus aux médailles.

(a) Que le lecteur ne soit pas en peine s'il voit dans la gravure cette figure de Vénus drapée depuis la ceinture jusqu'aux pieds. Cette draperie est de stuc , et un modèle de celle qui doit être faite; trés-légère; en métal et amovible, pour couvrir cette statue afin de la rendre plus décente.

(3) Haym Ç Trésor. Briumn., t. II ; p. 118) présente

Musée Pie-Clétn. Vol I 8

grande partie des statues de Vénus. Ces rappro-* chemens donnent un bien plus grand prix à cette figure. Et ce doit être sans doute une agréable jouissance pour les amateurs des antiquités et des arts que celle d'admirer une copie entière, et si bien conservée, de l'excellente sculpture que les habitans de Gnide refusèrent de vendre à Nicomède, roi de Bytjiinie, qui leur en offrait des sommes immenses d'or , de ce morceau, dont la perfection effaçait tous les chefsd'oeuvres des Scopas et des Briassides, et dont la renommée attirait de l'Asie des curieux qui traversaient les mers pour la voir ; enfin poup lequel le fanatisme des anciens fut poussé à tel point, que quelques-uns se portèrent aux plus extravagans excès (i).

La perfection de cet ouvrage avait déterminé

une médaille de Gnide , où Fon voit la tête de Venus coiffée comme celle de notre statue. Il offre aussi à la page ^46 une grande me'daille de Caracalla et Plautilla, toute semblable à celle que je possède ; et il observe qu'on y voit la figure de la Venus de Praxitèle.

(1) Pline, lieu cite, liv. XXXVI, 4; 4; édit. Hard.: Ante omnia , et non solum Praxitelis 9 veruni et in tato orbe terrarum , Venus , quarti ut vidèrent multi navigalerunt Gniâum. Duas Jecerat , simulane vendebat 7 altérant velata specie , quant oh id quidem praetulerunt 7 quorum conditio erat , Coi , cum alter am etiam eodem praetio detulisset ì severum id ac pudicum arbitrantes : rejectam Gnidii emerunt: immensa differenza famae, Voluìt eam postea a Gnidiìs mercari rex Nicomedes , totum aes ct\>i~ tatis aJienum , quod erat ingens , dissoluturum se promit-

l'artiste à en faire une copie en bronze qu'on admirait à Rome sous le règne de Claude ; elle fut détruite dans l'incendie de cette ville par Néron (i). On ignore quel fut le sort de la fignre de marbre. Ne serait-il pas possible que la belle tête, qui est à Madrid, en fût une partie qui se serait conservée jusqu'à présent? Le Yase est une urne destinée pour l'eau du bain : et les anciens sans doute, ont voulu exprimer par les attributs qu'ils ont placé près de Vénus les soins que la beauté doit prendre d'elle même. Ce sera par la même raison, que près de la statue de cette Déesse de la Troade , dont on voit k Rome une copie antique de Menophante , est placée une cassette remplie de vêtemens , appelée par les grecs VLvfaç , par les Latins pjxis^ et buxis qui est le buis dont on se servait anciennement pour ces cassettes (2). Cependant

tens. Omnia perpeti maluêre7 nec imrnerilo ; ilio enim signa Praxiteles nobilitavit Gnidum. /Edicula ejus iota aperitur9 ut conspici, possit uhdique effigies Dea e , facente ipsa , ut ereditar , fac io, Nec minor ex quacumque parte admiratio est, Fcrunl amore cap t urti quondam, cum detulisset9 noeta simulacro cohesisse, ejusque cupiditaà's esse indicem maculam, Sunt in Guido et alia signa marmorea, illuslrium artijìcum : Liber pater Brjaxidis 7 et aller Scopae , et Minerva ; nec ma jus aliud V e ne ris Praxiteliae specimen , quam quod Inter haec sola memoratur.

(1) Plia. ; L XXXIV, 19, 10.

(2) Peint, d'Herculdnum, t. II, t. VII, on voit dans la vignette la colombe de Vénus ayee une pareille cassette. Voyez la plane. XLI du VII tome,

les eaux, dont cette urne est un emblème, ont avec Vénus un rapport beaucoup plus intime, parce qu'elle était née du sein des eaux, c'està-dire de l'écume des mers, ce qui lui fit donner le nom Afipodhr^ d'Aphrodite. C'est pour cela qu'on l'adorait sur les rivages , et que les ports et les promontoires lui étaient dçnsacrés : ceci est démontré par une inscription très-ancienne, qui était gravée sur la roche du promontoire de Circée , précisément du côté ah l'on a découvert une carrière de bel albâtre (i). La sta-

(i) L'inscription qui se lit sur la pierre ; est la suivante) mais en partie effacée :

PROMVNTVR r VENERÏS PYBLIC • CERCEIENS YSQ • AD • M AREM TERM • • ■ NO • • • LXXX • • • • • INO • ■ • BMCCXVI • •

On voit que cette inscription était placée pour indiquer les bornes du terrein appartenant au public de la colonie de Circée sur cette montagne appelée le promontoire de Yënus. Ce latin grossier fait croire qu'elle a été' gravée dans des siècles reculés. Les lecteurs apprendront avec plaisir/ sans doute, qu'elle a été l'origine des reche relie s , si heureuses ? qui ont été faites dans l'état ecclésiastique j pour trouver des carrières de marbre. Le préfet des antiquités ayant remarqué parmi les plantations d'oliviers de Tivoli 7 quelques cristalisations d'albâtre en apparence assez belles y s'occupa à découvrir si on en faisait quelqu'usage. Il apprit qu'un tailleur de pierres, qui travaillait pour le préfet du Bon Gouvernement ; appelé Pietro Leonardi, dit Pietro di Sezze , en faisait des vases } mais les ayant observés ; il n'en trouva

tue dont il est question était jadis dans le Vatican, placée probablement par Jules II avec le Laocoon et l'Apollon dans cette cour , qui fut appelée par cette raison Cour des Statues , et qui était un jardin de Citroniers (i).

pas la matière assez belle , cependant il jugea bien autrement , et de grande valeur un échantillon de brèche coraline qui se trouvait dans le territoire de Cori , laquelle était vendue pour coraline orientale par quelque tailleur de pierre qui la connaissait. Il se décida à faire polir un des échantillons pour le présenter à S. Sainteté , dont il connaissait le zèle pour les progrès des arts. Son Era. le cardinal Casali ; préfet du bon Gouvernement, vit ce morceau entre les mains de l'ouvrier qui le polissait , et guidé par son amour pour le bien public , il envoya dans tout l'état ecclésiastique des ordres pour faire la découverte des carrières de marbre , lesquelles ont eu de si heureux résultats. En même tems le préfet des antiquités ayant vu sur la carte du territoire Romain , l'indication du lieu où étaient les carrières d'albâtre , et celles du mont Circée près de S. Felice , et près de Civitavecchia , il en présenta la note à S. Em. le cardinal Pallotta; grand trésorier général» Le cardinal donna aussitôt les ordres nécessaires , au moyen desquels on découvrit dans le Circée une abondante carrière d'un albâtre aussi dur que le marbre de Carrare , non friable , comme la plus grande partie des orientaux. On pouvait le tirer en gros morceaux, de couleur blanche mêlée , assez transparente, et il était en outre d'un transport facile par la mer qui en est près.

On en tailla aussitôt huit colonnes massives de treize palmes de hauteur pour orner le Musée Pie-Clémentin.

(i) Vasari 7 dans la vie de Bramante, parle d'une statue de Vénus qui fut placée par Jules II. Il est vraisemblable que c'est la même, plutôt que la Vénus Felix, qui est d'un travail très-inférieur.

Ce serait ici le lieu de placer la statue de la Venus Felioc , si la comparaison des médailles ne m'eût pas fait découvrir dans le visage eje la statue la physionomie de l'impératrice Sallustio, Barbici Orbiana, épouse d'Alexander Sévère, en l'honneur de qui cette statue fut élevée , comme à une Ténus nouvelle, par sou affranchie Salustia , qui a placé l'inscription sur la plinthe. Je la réservç pour la classe des statues historiques.

Additions de V Auteur.

On trouvé dans le Tome IV, page 392 , du Musée Capitolili , une planche qui représente la Vénus du Marquis de Cornouailles , à laquelle on ne voit pas la cassette d'ornemens dont nous avons parlé. Cette variété provient de l'inexactitude du dessin de cette planche ; car la cassette en question existe , comme on peut s'en assurer en voyant le marhre original, ou les copies en plâtre.

Autres observations de V Auteur , publiées dans le tome VII de V édition de Rome.

Le destin de la Vénus de Gnide est malheureusement trop connu. Ce chef-d'œuvre a péri dans Tincendie du palais Lausiaque à Constantinople, avec beaucoup d'autres sculptures très-belles , vers la fin du cinquième siècle (l'an 4?5 de 1ère vulgaire), sous Basiliscus. C'est ce que nous attestent Cedrenus, Compend*

hist., p. 55 1 j et Zanai a, Annal. Lib. XIV, p. 52 et suiv. D'autres antiquaires avaient déjà re-r connu les copies en marbre qui nous ont été conservées, mais je l'ignorais. On peut les voir citées par M. l'abbé Fea,dans une note insérée dans Y Istoria delle arti de Winckelmann, Liv. X, ch. 5, § 16, page 424 du tome II de l'édition Romaine.

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