‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 15 sur 53 · PLANCHE XII · texte numérisé non relu

PLANCHE XII

l Amour *

Cette très-belle demi-figure aurait beaucoup plus de valeur, si nous pouvions, avec les mêmes probabilités que pour la précédente, en découvrir l'auteur. Cette statue, qui ne manque m de vérité ni de délicatesse, se distingue par la grâce et la beauté dont elle est ornée. Sa physionomie céleste nous le ferait connaître pour le fils de Vénus, pour le compagnon des Grâces , sans avoir besoin de remarquer qu'il avait eu anciennement des ailes de bronze , peut-être , parce que Ton voit sur ses épaules les trous où elles étaient enclavées. Dans deux

* Hauteur quatre palmes et sept onces ; sans le socle trois palmes et dix onces 3 le préfet des antiquités racheta par ordre de S. S. Clément XIV, de M. Gavino Hamilton; noble Ecossais et peintre, l'un des plus habiles dont l'Angleterre et notr# siècle se vante.

copies antiques de cette élégante figure , inférieures cependant en beauté à notre fragment, les ailes sont en marbre. Une d'elles, assez bien conservée , tient de la main droite un arc , et s'appuye de l'autre sur le carquois. Elle est dans la gallerie du palais Farnèse. I/autre fut déterrée dans le jardin Muti sur le bas du Viminale , dans le lieu où les commentateurs de la topographie de marbre de Rome ancienne, lisent Lavacrum Agrippinae (i). Quoique je ne connaisse pas de monument antique qui puisse faire connaître l'origine de cette gracieuse figure , je serais très-porté à l'attribuer aussi à Praxitèle. Pline nous apprend que ce sculpteur fit un Amour pour Thespie , petite ville de la Béotie , laquelle était visitée par les étrangers pour cette statue (2). Caligula l'enleva aux Thespiens pour l'apporter à Rome. Claude le leur renvoya ) mais Néron le fit enlever de nouveau et rapporter dans la Capitale de l'empire , ou selon Pausanias , il fut détruit dans l'incendie (3): ce qui ne s'accorde pas avec Pline qui dit que de son tems on l'admirait sous les portiques d'Octavie. Cet écrivain assure que

(1) Ejusdem est et Cupido objectus a Cicerone Verri, nane in Octaviae scholis posùus. Plin. L XXXVI ? 4; 4»

(2) Bellori ; Fragni, vestigi vet* liomae 7 pl. V. Marliano dit qu'on a trouvé dans ce lieu des statues avec des inscriptions qui prouvent qu'elles ont appartenu a ces bains.

Ç3) Pausan.7 Beotic? chap. 27.

Praxitèle sculpta une autre figure de Cupidon tout nu pour le temple de Paros, et que celle-ci, qui eut la même réputation que la statue de sa mère qu'on adorait à Gnide, éprouva le même sort quelle (i). Ce qu'il y a de plus certain , c'est que la multiplicité des copies qui en ont été faites , prouve que cette statue fut regardée comme une des plus célèbres de ce Dieu. Je penserais volontiers qu'elle était une imitation de l'Amour sculpté par Praxitèle à Paros , et que l'autre Amour plus enfantin , qu'on voit au Capitole, dans le palais Lante, et ailleurs , peut être une imitation de celui de Thespie.

Cette belle figure fut trouvée dans un lieu de la voie Labicana , près d'un endroit appelé à présent Centocelle (2). Nous savons que l'empereur Heliogabale avait ses jardins hors de la porte Esquiline, dans le voisinage du temple de l'Espérance. La maison de campagne d'Héliogabale pouvait être à Centocelle quand même la superbe ruine qu'on appelle le Torno n de' Schiavi (3) appartiendrait , comme

(1) Pline au lieu cite'. Ejusdem ( Praxitelis ) et alter nudus in Pario colonia Propontidis par Veneris Gnidiae nobilitate et injuria.

(1) Il appartient au chapitre de S. Jean Latran. La possession est désignée dans la carte de la campagne Romaine y sous le nom de Tor di San Giovanni.

(5) Lamprid. ; Vie d'il elio gal aie.

quelques-uns le croyent , à ce' temple. Capitolili lui même (i) décrit la fameuse Campagne des Gordiens, sur la voie Prénestine , et parle de deux cents colonnes qui formoient son péristyle , de trois basiliques à cent colonnes, en outre de très-grandes fabriques et des Thermes immenses. Cette maison de Plaisance pouvait occuper tout l'espace qui est entre les voies Labicana et Preneôtina. La quantité de colonnes, trouvée dans cet endroit , ainsi que la dénomination moderne de CentoceLLe, qui peut avoir quelque rapport avec les Basiliques Centenaires , dont parle l'historien , appuyent la présomption que les antiquités découvertes dans ces lieux , ont appartenu à cette maison. Quelle que soit l'opinion qui paraisse la plus vraisemblable , il sera toujours certain que , non seulement la statue de l'Amour, mais celle d'un superbe Adonis , qui furent trouvées sous terre dans le même lieu , donnent l'idée d'un séjour de délices, orné avec un luxe extraordinaire , et bien convenable à la richesse et à la magnificenpe des Césars. Il est important de, savoir qu'on y trouva aussi une pierre, dont l'inscription indique qu'elle appartenait à une Ustrino , ou lieu qui servait pour brûler les corps morts , lequel dépendait d'une colonie voisine , qui pouvait être Labico , ou Gabii. Cependant il serait

(i) Capitolili., Gordian. cliap. pa-

possible qu'elle y eut été transportée des campagnes voisines (i).

(i) Voici cette curieuse inscription:

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