X.pvaea, nal va izzdika
«Phébus porte un manteau dore' ? attaché à une agraffe a>d'or; satyre est d'or? ainsi que son carquois ? et son
sont ornés d'une très-belle chaussure , qui peut être dii genre de celles que les Grecs appellaient <rav8à,Ma ilt&fàiô9ffiêè$i sandales à courroies etroites (i\ Le tronc sur lequel l'artiste a fait appuyer sa figure, n'est pas même insignifiant, car il y a sculpté un serpent , soit par allusion à la victoire remportée par Apollon sur Python, qui alors ne pourrait être le sujet de l'action de cette figure ; soit parce que le serpent a été pris pour le symbole de la Médecine, dont Apollon était le dieu.
Cette statue incomparable fut trouvée à Capo
» arc ; si puissant ; sa chaussure est dorée. Callimaq. , lieu »cité, v. 55 et suiv.
(i) Par les vers de Callimaquc ; que nous venons de citer, on voit que la chaussure d'Apollon était précieuse. Les leptoschides ; qui s'appelloient aussi (yyjurraï schistae* schistes ; étaient la chaussure la plus noble du genre des sandales. Elle se composait d'une semelle ; assujettie aux pieds par plusieurs cordons } et sans empeignes. (Pollux, liv. ch. 22 ;§ 95). Les leptoschides étaient
ornés de boucles d'or; suivant la description du poêle Cefisodore, dans Poììux, Onomast. , liv. VIl7 ch. 22, § 87. Voici les vers :
'ïL(p oiç tà ypvcrâ xavT erteaviv âv^efia. »Les Sandales Leptoschides ornées d'agraffes dorées».
Les mots (y^iarai et ùeïïJoçftldeïç signifient les cordons ou courroies légères dont se formaient ces chaussures. En examinant celle de notre statue ; on y reconnaît le genre des sandales 7 et la quantité de cordons ; de même que l'ornement placé au milieu 7 les mettent dans la classe des lep tose h/des > d'après la description précédente.
d'Anzo (i) parmi les ruines de l'ancien Antium, ville célèbre dans l'histoire romaine, par son port, et par son temple de la Fortune* et par les délices impériales, appellées dans Philostrate , Palais des Césars (2). On pouvait bien en effet les appeller délices , en raison des soins que tant d'empereurs romains, depuis Auguste jusqu'à Antonin le Pieux (5) r ont pris pour les embellir. Quelques-uns de ces empereurs, et particulièrement Néron, regardaient Antium comme leur patrie (4) \ et Cajus Caligula eut même la pensée d'y transporter le siège de l'empire , et d'en faire le séjour des Césars (5). Un ne sera donc plus surpris que tant de statues admirables l'eussent embelli, et qu'on y ait admiré l'Apollon du Vatican , et la célèbre statue appellée le Gladiateur de la Villa Borghese. Jules II avait acheté l'Apollon avant son élévation au Pontificat , et le gardait dans son palais à Santi Apostoli (6)< Lorsqu'il fut placé sur le trône il le fit pia-
(1) Mercati, M etallo theca , arm. X marbre Apollon.
(2) Philostrate, Vie <î Apollon Thyan , 1. VI fL 'Eç rà> fîdçiXeux, va sv rô A.pSig> oÎç (idùio-ra èfo râv irepì TÌin 'XipJkiav $a<rikhw e^aipev ( ' kdpiavoç.) »Dans »le palais d'Antium, qu'Adrien préférait à tous ceux » qu'il avait en Italie ».
(3) Volpi, Vêtus Latium profanimi, 1. IV.
(4) Tacite, Annal, liv. XV, ad an. V. C. DCCCXV; Suéton. , C. Caesar.y ch. 8.
(5) Suëton. , id.
(6) Mercati , Melallotheca , lieu citg.
cer , sous la direction , à ce qn'on croit , de Buonarroti (i)r avec le Laocoon 9 dans son jardin du Vatican. Le marbre de notre statue est grec, d'une qualité très-fine, bien conservé; il ne lui manque que la main gauche ; les jambes , qui ont été rattachées, sont les morceaux antiques.
Ce. que je dis de la qualité du marbre de cette statue d'Apollon , est prouvé par l'examen qui en a été fait avec soin par d'habiles connaisseurs et artistes. Dans cette circonstance , je dois , à la vérité , démettre une opinion
(i) Il était réservé à ce grand Pontife plein d'amour pour les beaux arts, de posséder ces chefs-d'œuvres de la sculpture , et de rendre immortel le palais du Vaticain par les peintures de Michelange et de Raphaël, et d'être le fondateur du plus beau temple de l'univers. De même que l'Etat Pontifical dut son agrandissement a son courage rare, vanté par Guichardin dans ses écrits historiques , à ses honorables et inaltérables qualités, attestées par les lettres privées de Machiavel , ce qui le rendit digne d'être le soutien de la liberté de l'Italie. Ce Pontife mérite que nous rapportions dans cet ouvrage l'inscription suivante , qui existe à Rome dans la rue des Banchi:
IVLIO • H • PONT • OPT • MAX • QVOD • FTN[% DITIONIS • S • R • E • PROLATIS ■ ITALIAQ. LIBERATA • VRBEM • ROMAM • OCCVPATE SIMILIOREM • QVAM - DIVISE • PATEFACTIS DIMENSISQ • VUS ■ PRO • MAIESTATE IMPERII • ORNA VIT DOMINICVS • MAXIMVS T ± rT,
HIERONYMVS • PICVS - AEDILES ■ E-C ' MDXII
contraire à celle d'an homme célèbre , notre contemporain , lequel ne se contentant pas d'étonner son siècle' par ses admirables peintures, s'est acquis encore la réputation d'auteur, et mérita d'être connu pour tel pai; les soins que prit une personne, distinguée par ses emplois , et par son goût pour lés lettres , de faire imprimer ses œuvres posthumes,, et d'en faire jouir le public (t). Je suis, je le répète, obligé de le contredire , non seulement sur ce qui concerne le marbre de cette statue , mais encore sur les conséquences qu'il a tirées de son opinion , savoir , que l'Apollon , de même que beaucoup d'autres chefs-d'œuvres de l'art ancien, ne sont que des copies d'originaux plus parfaits, qui n'existent plus, ou peut-être des originaux, mais d'un second ordre , incomparables toutefois lorsqu'on les compare avec tout ce que les arts , dans les tems modernes , ont produit de meilleur. Il les juge fort inférieurs , malgré cela , aux ouvrages fameux qui s'admirèrent dans la Grèce ancienne. Cette opinion fait honneur à l'auteur , parcô qu'elle prend sa source dans l'idée que ce grand homme s'était faite de la perfection , bien différente et beaucoup supérieure à celle que conçoit une intelligence ordinaire; perfection dont il
(i) Opere di Antonio Raffaello Mengs ec.y pubblicate dal cavaliere D. Giuseppe Nicola d'Azana. Voyez les Jet 1res a M. Fabroui au commencement du tome IL
portait l'empreinte dans ses tableaux, et qui lui avait été inspirée par la vue des morceaux les plus estimés de la sculpture des Grecs. Quoiqu'il en soit y cette opinion est contraire à la vérité et appuyée sur de faibles argumens , si on veut Fappliqûer indistinctement à tout ce qui nous est parveYiu des anciennes écoles de Fart ([). Les doutes que Fauteur élevé sur l'originalité de l'Apollon , se bornent à trois : savoir , sur la qualité du marbre r sur ce que la statue a été trouvée à Antium^ et sur quelques défauts qu'on y a remarqué, bien qu'il soit constant qu'elle est ce que l'art des anciens ait produit de plus beau.
L'opinion fausse, et c'était ici la plus forte raison apportée , fut que le marbre venait des carrières de Luna ou de Carrare , lesquelles étaient inconnues dans ces siècles recules , qui produisirent tant de célèbres statuaires. Le doute élevé sur l'originalité de l'Apollon pouvait s'étendre à toutes autres statues. Mais s'il a été constaté que ce marbre provient des carrières de la Grèce , et même qu'il est de la plus belle qualité , tout le raisonnemment sur lequel est fondée l'opinion que nous combattons , doit «'évanouir. Que cette statue ait été placée plutôt k Antium qu'à Rome, celane prouve rien
(i) L'opinion du chevalier Mcngs est certainement tares-juste par rapport à beaucoup de statues ; même célèbres.
pour qui est versé dans l'histoire de Rome et de ses Empereurs , pour qui sait jusqu'oïl les Césars portèrent le luxe autour d'eux, et quelle indifférence , au contraire , le peuple romain avait pour les arts du dessin (i). Et d'ailleurs une Campagne qui fut si souvent le séjour des maîtres du monde connu , pouvait bien mériter d'être embellie par les chefs-d'œuvres de la sculpture, puisqu'on en voyait quelques-uns, comme l'Hercule de Myron , et le Jupiter de Praxitèle (2), orner des portiques et des jardins de particuliers. Les défauts que l'on croit avoir apperçus dans cette figure , sont l'inégale longueur des pieds , et la situation des clavicules , qui ne sont pas à une distance égale des épaules. Cette troisième objection peut être réfutée facilement. Nous négligerons la réponse générale , qu'il n'y a rien d'absolument parfait ; que par cette raison on trouve des défauts dans les chefs-d'œuvres des arts du
(1) Pline, liv. XXXVI, 4, 7 et 8; parle d'une Venus plus belle que celle de Praxitèle 7 qui e'tait dans le temple de Brutus Calliacus ; à laquelle on faisait peu d'attention, et il ajoute: Rùmae quidem magnitudo operum eam oblitérât, <zc vtagni officiorum^ negoliorumque acervi omne s a contemplation e ialium abducunt: quoniam otiosorum > ët in magno loci silentio apta admiratio talk e?t. Qua de caussa ignoratur artifex ejus quoque Veneris 7 quam Vespasianus Imper ator in operibus Pacis suac dicavà , antiquorum dignam fama.
£2) Pline , liv. XXXIV, 19, 5; et liv. XXXVI, 4, 2,
dessin -, et aussi des erreurs dans les meilleurs ouvrages des sciences et de littérature ; et que ce qui fait distinguer un excellent auteur , n'est pas tant de le trouver sans défauts , que de le juger sur les beautés qu'il fait admirer, et qui ne peuvent être le fruit d'un talent ordinaire. On pourroit répondre que l'artiste s'est à dessein écarté de l'exacte imitation de la vérité , selon la destination que devait avoir la statue , laquelle , vue à la place qu'elle devait occuper , pouvait bien , non seulement ne plus présenter ces incorrections, mais au contraire en retirer un meilleur effet , et en acquérir quelque beauté. Si on insistait encore , et qu'on m'objectât que les anciens n'ont point parlé d'une aussi belle statue, je ne serais pas embarrassé à répondre , que dans les écrits qui nous sont parvenus , il se trouve peu de mémoires , sur ces ouvrages , ou seulement sur ceux qui étaient devenus intéressans par leur situation dans des lieux très-fréquentés , ou par la dévotion des peuples , ou par quelque événement important. Nous trouvons sur ces objets dans Pline et dans Pausanias, quelques notes assez inexactes , et dans d'autres écrivains, qui en ont parlé accidentellement. Voilà par quels motifs sont restés dans l'oubli environ i5oo statues de Lysippe , chacune desquelles, selon Pline, pouvait rendre célèbre son auteur (i).
(O Cum Lysippus MD, opera fecisse dicatur, tantaô
Je ne m'appuyerais pas sur une telle réponse , mais je soutiendrais plutôt , que notre Apollon est une des quatres fameuses statues de martre dont parle Pline , mais qu'on ne peut déterminer , parce qu'on n'a pas une description faite avec assez de soin par cet écrivain.
Sans faire attention aux statues de ce Dieu , dont l'action ne peut convenir à celle dont tious parlons , nous rappellerons que Pline en cite deux dePhyliscus, une de Praxitèle, et une de Calamide. Les statues de Phyliscus, étaient l'une sous les portiques d'Octavie, et l'autre dans son temple ; la première servait d'ornement, et cet écrivain ajoute qu'elle était nue(i). On pourrait, d'après cette observation qu'il fait, conjecturer, que l'autre figure était drapée. Mais de ce que ces statues étaient placées du tems de Pline dans un lieu public et sacré , je suis porté k croire qu'elles ne furent pas transportées à Antium, oii notre chef-d'œuvre a été découvert. Et l'on pourrait assez facilement se persuader que notre figure est l'Apollon en marbre de Praxitèle , que Pline regarde comme le plus excellent morceau de cet habile statuaire, sans qu'il ait indiqué précisément le lieu où
omnia artis } ut claritatem passent dare 7 vel strigala. Numerimi apparaisse def aneto eo 7 cum thesaurum effregisset hères : solitum enim ex manipretio cujusque signi denarios seponere aureos singulos. Plin. lib. XXXIV? 17.
(1) Pline ; liv. XXXYI ; 4; IO- <Ad Octaviae vero porticum Apollo Philisci Rhodii in delubro suo ... . et alter Apollo nudus*
on le conservait (i). Il y aurait même beaucoup plus de probabilité que ce pouvait être l'Apollon de Calamide , qu on voyait du tems de Pline dans les jardins Serviliens (2) , appartenais aux Césars , jusqu'au tems de Néron (3), d'où il a pu être transporté aux délices ftAntium, par les ordres d'Antonio ou d'Adrien, qui se plaisaient dans ce séjour. Cette statue, qui est une des plus merveilleuses , représentait l'Apollon *ÂXd}tâ<foeoç\ ou Averruncus , qui signifie Eloignant les maux, et on l'avait consacré à ce Dieu à Athènes , après la cessation d'une maladie épidémique (4-)* II semble que dans une pareille circonstance , il était convenable de réprésenter Apollon au moment où il lance ses traits contre la maladie et la mort, et même de placer à ses pieds un serpent , symbole de la Médecine et de la santé, pour désigner que la mortalité produite par le Dieu irrité avait cessé par sa clémence , qui lui avait fait enseigner aux hommes les arts nécessaires (5).
(1) Pline, lieu cite, liv. XXXVI, 4, 4
(2) Pline ; liv. XXXVI, 4; I0- In hortis Servilianis reperto laudaios Calamidis Apoliinem îllius caelaiorisi Der~ cjlldis pyctas, ec. Cet artiste, contemporain de Praxitèle s'est distingué aussi par ses ouvrages estimés en bronze.
(5) Suéton. , in Néron. , ch. 47- Tacit. Annal. XV, 55.
(4) Pausan. Attic. ch. 5, p. 9. Celui qu'on voyait du tems de Pausanias à Athènes était, peut-être, la copie substitué à l'original.
(5) Hypocrate, ep. II ad Philopaem* Voyez la savante
Si Ton tient absolument à l'opinion qu'il décoche ses flèches contre le serpent Python , ce sera encore une image d'Apollon Averruneus , puisque cette fable physique signifiait que le Soleil par ses rayons (i) avait dissipé les vapeurs malignes que produisirent les inon-? dations de la terre dans le déluge universel c ainsi cette figure était un symbole très-naturel
explication de la planche L du VII tome des antiquités d'Herculanum, où Apollon est représenté accompagné des deux autres inventeurs de la médecine, Esculape , et Chiron son fils.
(i) Une des plus belles têtes d'Apollon, sous la forme du Soleil , est celle du Musée Capitolin , qu'on a crue un portrait d'Alexandre le Grand, et que Winckelmann a ainsi publiée dans les Monum. ant. ined. , fig. 175. Ce qui leva toute espèce de doute 7 ce sont sept trous dans la bandelette qui lui ceint la tête , et qui servaient à soutenir des rayons de métal ? bien différens des couronnes radiées que Ton voit aux empereurs. De semblables se voyent à la figure du Soleil , dans la Villa Borghese y et à la tête colossale de Sérapis , dans le même musée. En outre, sa physionomie est la même que celle du Soleil, avec l' inscription . OrienSy sur les médailles d'or de Trajanj et bien différente du magnifique et unique portrait d'Alexandre ; trouvé à Tivoli , avec une inscription grecque, et que possède le chevalier d'Azara. L'inclinaison du col vers la gauche , n'est pas connue parmi les défauts naturels de ce conquérant, mais doit être bien plutôt une élégante allusion qui sert à désigner sous quel point de vue le Soleil s'offre aux liabitans de notre hémisphère dans sa course journalière d'orient à l'occident.
Musée Pie-Clém. Vol. L 10
de la fin d'une mortalité obtenue par les secours puissans d'Apollon.
En terminant mes observations sur cet admirable ouvrage, je ne veux pas priver mes lecteurs d'une élégante description inspirée à Winckelmann , par l'enthousiasme que produisit dans son imagination la vue de beautés si surprenantes. La voici (i): « La statue de l'Apol- » Ion du Belvedere est, de tous les chefs-d'œuvres » de la sculpture des anciens qui se sont con- » serves jusqu'à nous , celui qui nous présente la »plus sublime beauté idéale. On croirait que » l'artiste a formé une céleste intelligence, et ne » se servit de la matière , que parce qu'elle lui » était indispensablement nécessaire pour ren- » dre visible ce que son génie avait conçu. Cette » statue admirable surpasse toutes les autres sta- »tues d'Apollon, autant que ce Dieu se montre » plus grand dans les écrits d'Homère , qu'il ne »le paraît dans ceux de tous les poètes qui » l'ont suivi. Ses formes sont de beaucoup supérieures aux beautés humaines, et on aperçoit » dans son maintien la majesté divine qui le » distingue. Un printems éternel , tel que celui » qui règne dans les champs heureux de l'Elys 'e, » semble avoir répandu sur ses membres virils, » qui annoncent l'âge le plus parfait , les char- »mes séduisans de la riante jeunesse, et on » croit voir sur ces membres déjà robustes vol-
(i) Winckelmann ; Storia delle arti, 1. XI ; ch. 5.
» tiger en les caressant une agréable flexibilité. » Elances-toi , ô toi qui sais aimer les chefs- » d'œuvres de l'art , élances-toi par la pensée » jusqu'à ces régions habitées par les beautés » airiennes ; deviens toi-même un de ces Génies, » que ton intelligence soit toute céleste et que » ton âme soit toute entière saisie de l'idée » d'une beauté plus qu'humaine , alors tu auras » une image vraie de cette figure ; car elle n'a » rien qui annonce un mortel , on n'y voit rien » qui indique la foiblesse humaine. Tu n'ap- » perçois ni nerfs, ni veines qui produisent des » inégalités ou du mouvement sur ce beau » corps ; mais il semble qu'un soufle divin » en ait formé les contours semblables à un » fleuve qui roule ses eaux avec une douce » tranquillité. Le voilà : il a poursuivi le ser- »pent Python, contre lequel il a pour la pre- » mière fois tendu son arc d'or , il l'atteint rapi- » dément et l'étend mort. Son regard auguste y* s'élève , s'étend avec complaisance dans l'es- »pace, et va, bien au-delà du lieu de sa vic- » toire. On voit encore sur ses lèvres l'expres- » sion du dédain , et un reste de courroux qui » ranime, dilate légèrement ses narines, et se » laisse apercevoir sur son front altier. Malgré » cela la paix et la tranquillité de son âme » semblent rester inaltérables ; car ses yeux » conservent toute la douceur dont ils brillent » lorsque le dieu est entouré par les Muses » qui le caressent avec affeçtion* Parmi toutes
» les images du père dés dieux qui nous soient » connues \ on n'en trouve aucune qui le pré- » sente avec cet aspect sublime, sous lequel » l'imagination heureuse d'Homère l'avait vu : »mais dans cette statue du fils de Jupiter l'ar- » tiste habile , dont le génie égalait celui de » ce grand poëte , a su représenter , comme » sur une nouvelle Pandore, les beautés par- » ticulières qui appartiennent à chacune des » divinités. Ce front majestueux est celui de » Jupiter lorsqu'il était plein de la Déesse de » la sagesse , ce sont ses sourcils , dont le mou- » vement annonçait sa volonté suprême ; ces » yeux arqués, pleins de dignité, ressemblent ht » ceux de la reine des Dieux ; sa bouche offre , » l'image de celle de Fheureux Bran chus et sur » laquelle respirait la volupté ; sa chevelure » ondoyante, semblable à de jeunes rameaux » de pampre agités par un doux zéphir , se » joue autour de sa tête divine, sur le sommet » de laquelle les Grâces l'ont nouée avec goût, » après l'avoir parfumée d'aromates exquis. En » voyant ce prodige de l'art , j'oublie tout ce » qu'il a produit dans d'autres ouvrages , je » m'élève , autant que possible, au dessus de » moi-même et de la foiblesse de mes sens pour » parvenir à en saisir toutes les beautés. Ma » poitrine se gonfle et se soulevé comme celle » des poètes que l'esprit prophétique inspirait, et je me sens tout-à-coup transporté à »Délos, ou dans les forêts sacrées de la Lycie
» qu'Apollon honora de sa présence , et mon » extase me fait voir cette figure qui respire , » qui a du mouvement : ici se renouvelle le » prodige qui anima le chef-d'œuvre du ciseau » de Pygmalion. Mais comment pourrai-je la » dépeindre, la décrire comme il lui convient? » J'aurais besoin que l'art lui-même servit de » guide à ma plume, même dans les premiers » traits et les plus marquans de mon ébau- » che. Je me contente de déposer au bas de » cette admirable statue l'idée que j'en ai don- » née , imitant en cela ceux qui posaient aux » pieds des simulacres des Dieux les couronnes » qu'ils ne pouvaient leur placer sur la tête.»
Addition de V Auteur.
Pour qu'on ne m'accuse pas, dans la question élevée sur le marbre de la statue de l'Apollon du Belvedere , d'avoir opposé une simple assertion à l'opinion, contraire à la mienne, de ceux qui veulent trouver ici un marbre de Carrare , je joins un certificat solemnel donné par des personnes qui , par leur profession > par leur position, et par le pays où elles sont nées, doivent, vis-à-vis du public, ajouter un grand poids à leur jugement; savoir que le marbre de l'Apollon est entièrement différent de celui que l'on tire , ou que jamais on ait tiré des carrières de Carrare.
In nomine Domini. Amen.
Cunctis pateat , quod anno a saluberrima Domini nostri Jesu Chris ti nativitate millesimo septingentesimo octuagesimo tertio , indictione prima, die vero vigesirna nona januarii, Pontificatus autem SS. in eodem Christo Patris et D. N. D. divina providentia PP. PU VI anni ejus octavo.
Avanti di me Notaro e Testimonii infrascritti presenti , e personalmente costituiti, è Sigg< Francesco Antonio F ranzoni figlio del dibo. me. Pietro Ottavio, professore di scultura in Roma E, Gio. Antonio Berte figlio del sig. Gio. Battista scultore Accademico e padronale di cave de9 marmi in Carrara, e Giuseppe Marchetti figlio del sig. Giuseppe parimente padronale di dette cave , tutti della città di Carrara, a me Notaro pienamente cogniti ec. * di deliberata di loro volontà, ed in ogni altro miglior modo ec^ asseriscono ed affermano di essere stati richiesti a giudicare se sia marmo di Carrara, o pure di altra specie, quello di cu/ è formata la statua volgarmente detta l'Apollo di Belvedere ; ed essendosi a tal effetto unitamente portati , come asseriscono , al Museo Pio- Cle mentina , ove esiste tale statua, ed avendone con ogni attenzione osservata la materia , ed esaminatala anche intrinsecamente, mediante una scaglia staccata dalla parte posteriore di detta statua; tutti di comune sentimento hanno giudicato e giudicano che
il marmo del nominato Apollo è marmo greco, e non è sicuramente marmo di Carrara; e dicono ciò conoscersi evidentemente dalla grana grossa* dal maggior lucido, dal colore , e da altre circostanze del marmo di detta statua, le quali confrontano col marmo greco, e sono affatto dissimili dal marmo di Carrara, le cui cave non producono e non hanno mai prodotto una qualità di marmo come è quella della statua suddetta; e tutto ciò dichiarano di giudicarlo con ogni sicurezza , e senza veruna ombra di dubbio per la lunga esperienza , pratica e cognizione , che nello spazio di trenta o quaranta anni respettwamente essi hanno acquistato di ogni specie di marmo, e particolarmente di quello di Carrara, loro comune patria : e per maggior conferma della verità di tutto ciò, hanno sin qui esposto ed asserito , toccate le scritture in mano di me Notavo giurano non solo ec. , ma ec. Super quibus omnibus et singulis praemissis tamquam recte , ac légitime gestis etc., petitum fuit a me Notarlo ut unum 9 s eu plura , instrumentum vel instrumenta , publicum , sive publica conficerem , atque traderem , prout opus fuerit , et requisilus ero. Actum lìomae domi per eundem D. Franzoni inhabitah , et praecise in mansionibus sui studii positis in via denominata Purificationis , iuxta etc. , praesentibus ibidem DD* Simeone Lullo ni fd. bo. me. Sanctis Romano -, et Ceçcardo Franchi fil, D. Pompeii de Carrara , testibus ad praesentia habitis , atque rogatis etc.
Ego BernarJiniis Aloysius Poggioli rùmanus civis, et caus. cur. capitol. Apostolica auctoritate Notarius publiais collegiolis , praesens public um subscripsi ac meo quo utor signa munivi req.
Loco ^ signL
Observations de V Auteur lui-même, insérées dans le T. Vil de V édition de Rome.
On établit à la page 1 44^ comme une conjecture probable, que l'Apollon du Belvedere pouvait être celui de Calamide, placé dans les jardins Servilieiis à Rome , duquel Pline donne la description , et qui était de marbre ; quoiqu'on sache que la plus grande partie des ouvrages de Calamide furent faits de bronze ou d'argent.
Un travail si parfait, qui réunit la beauté la plus sublime à toutes les grâces que l'on peut imaginer , ne saurait être attribué à Calamide; car cet artiste conservait encore quelque chose de la manière sèche et maigre des écoles les plus anciennes. Que l'on consulte à cet égard Franc. Junius, Catàlogus artif. v. Calamis. Il est vrai que Calamide avait représenté un Apollon Averruncus ( Aleocicacos ), et que l'Apollon du Belvedere a le même caractère. Le triomphe de ses flèches sur le serpent Python; le reptile, symbole de la santé et de la médecine , qui s'attache autour du tronc , sur
lequel est soutenue ta figure , conviennent parfaitement à Apollon salutaire, qui fait cesser une maladie épidémique. De sorte que, je ne serais pas éloigné de croire que le statuaire qui a fait cet Apollon, a imité mte statue plus antique , ouvrage de Calamide , mais à laquelle il aura ajouté de nouvelles beautés, en corrigeant les défauts que l'examen depuis plusieurs siècles y avait fait découvrir. Les anciens le pratiquèrent ainsi souvent. C'est de cette manière que Glicon perfectionna dans son Hercule , dit dé Farnese , celui de Lysippe , dont on voit une copie antique à Florence. De même: Cléomène en sculptant la Vénus de Médicis, lui avait conservé la même attitude que celle de la Vénus de Gnide. Deux observations peuvent ajouter du poids à la conjecture que nous venons de proposer. La première, c'est qu'il se trouve dans le musée de la Bibliothèque de Vénise une tête d'Apollon , de marbre de Paros, dont la physionomie est toute semblable à celle de l'Apollon du Belvedere ; mais qui me semble plus antique, spécialement par la manière sèche qu'on remarque dans la disposition et dans le travail des cheveux. Les traits du visage ont aussi quelque chose de roide, et sont d'un stile plutôt sévère, que noble et gracieux. Néanmoins la ressemblance des visages est si exacte, qu'il paraît que Fauteur de l'une de ces têtes avait nécessairement suivi l'intention de l'autre , ou que tous deux
avaient connu le même original* Ce marbre âvait appartenu à M. Delomieu.
La seconde observation, c'est que le marbre de l'Apollon offre une qualité différente de celui de la plus grande partie des statues grecques. Ce marbre n'est pas certainement ni penthelique ( Cipolla statuaire ) , ni de Paros ( grec à specchioni des marbriers )., ni coralitique ( de Paros des marbriers ) , ni grechetto , ni grec dur. On ne peut trop réfuter l'opinion de ceux qui ont cru y reconnaître un marbre de Carrare , en leur opposant une déclaration de propriétaires de carrières, de marchands de marbres , et de tailleurs de pierres de ce pays. On doit encore même accorder plus de confiance aux recherches des minéralogistes sur cette matière , qu'aux connaissances des marchands , parce que les premiers ont pour but l'instruction , et les autres l'intérêt de leur commerce. Les minéralogistes assurent qu'on trouve dans les carrières épuisées de Carrare , des veines d'un marbre semblable à celui de l'Apollon. J'ai vu moi-même à Paris exécuter des travaux de sculpture sur un marbre qu'on eut pu croire grec, et cependant M.r Masson sculpteur l'avait apporté lui-même de Carrare.
Je dois ajouter encore une observation sur cette statue célèbre ; c'est qu'on reconnaît dans le tronc qui la soutient , l'olivier distingué par ses feuilles et même par ses fruits. Cet arbre fut consacré à Apollon que Latone mit
au jour à Délos près d'un olivier. Callimaque, Hjmn. in Delum , v. 262, où on peut consulter Spanhémius.