PLANO H E XVI L
Euterpe *.
Cette charmante statue représente certainement une des Muses. La pierre sur laquelle elle est assise , comme la précédente , est un motif pour qu'on la regarde comme une Muse \ et la décence qui se voit dans son habillement , détermine encore notre opinion, puisque les Nymphes que l'on voit dans les monumens antiques , ne se trouvent que demi-nues (1). Les mains sont antiques ; la droite est appuyée sur la pierre ; elle n'a jamais soutenu aucun attribut , ainsi que la gauche qui par sa position ne pouvait tenir qu'une baguette, ou une flûte. Si c'eût été une baguette , elle eût représenté Uranie. La
* Haut, sept palmes deux onces. Sans la petite base sept palmes moins deux onces. Cette statue était jadis dans le palais Ginnetti; aujourd'hui Lanceliotti, dans la rue de' Coronar L
Tous ceux qui sont versés dans la connaissance de l'antiquité , savent que les Nymphes ont été représentées demi-nues. Il suffit d'éxaminer le célèbre bas-relief du musée Mattei, aujourd'hui placé dans le nôtre, et rapporté, pl. LUI, Monum. Matth. , tom. III. On voit aussi les Nymphes demi-nues , dans le bas-relief donné dans la pl. XXXI du même tome ; et de même dans beaucoup d'autres , qui représentent l'éducation de Bac chus. Il est au contraire prouvé par la fig. n. 2 , pl. XX du V ionie des Piti. dy ErcoL que les Muses se voyent toujours vêtues avec décence.
flûte , qu'on y a substituée , la fait distinguer pour Euterpe > Muse qui a particulièrement présidé à l'invention de la flûte. Qu'Euterpe enseigne à en tirer des sons agréables , nous en avons un témoignage dans l'ancien Scoliaste de l'Anthologie , qui dit 'Hvrépint âv/lovç (i), et Fepigramme ancienne sur les Muses, où se lisent les vers suivans (2):
'Evréport? dovânvmi iïù?AnpyïToi<n Kiyaivet , Tirevfia (rotptfç byptr^òv èïïMnreipvm (isXelaç. (5)
» Euterpe sait, en soufflant dans les roseaux, » en tirer des sons mélodieux. »
Les auteurs latins , Horace, Ausone , et Pétrone Afranius (4)i s'accordent avec les grecs , quoique le scoliaste d'Apollonius attribue à cette Muse les mathématiques , et Plutarque la contemplation des vérités physiques.
On ne doit pas cependant attribuer au hazard
(1) Le Scoliaste de l'Anthologie, liv. I, ep. 21,
(2) Anth. , liv. I, ch. 67, ep. 22.
(5) Je lis ainsi , an lieu de ps9Uûff^ç , comme jè le trouve imprime'. So^^ fléÀetCb, est la même chose que èvuèïb&lfti concert, harmonie, mélodie, L'e'pithète (?o(pï?y sapiens , sage , que l'on attribue aussi aux abeilles çis- XlÔ'&MÇï peut avoir donné lieu a l'erreur. La leçon vulgaire ne peut avoir aucun sens probable.
(4) Horace , liv. I , od. 1 ; Petron. Afran. 7 Epigr. sur les Muses; Ausone, idil. 20 5 Scoliaste d'ApolL , Argon» 1. ITI, v. 1 \ Plutarque, Syinp. IX, iL.
Dulciloqiios calamos Euterpe Jlatibus urgeu Dans Ausone et dans Afran. :
Euterpe geminis loquitw cava tihia ventis* Musée Pie-Clém> Vol, ï. 12
si on lui a donne Y attribut d'Euterpe , plutôt que celui d'Uranie, parce que dans le vêtement qui couvre cette Muse, on trouve quelque chose qui peut établir une plus forte probabilité en faveur du choix qu'on a fait , en outre qu'on ne trouve aucun vestige du globe , qui est le principal attribut d'Uranie , qu' accompagne ordinairement le compas , ou la baguette dont elle se sert pour indiquer ses divisions. La Muse que représente notre statue , a pour ornement une pierre précieuse sur le bord supérieur de sa tunique, au milieu de la poitrine. De pareils ornemens sont plus convenables à une Muse théâtrale, comme était Euterpe, qu'à la grave Uranie, toujours profondément occupée d'observations astronomiques. En effet , les auteurs classiques anciens nous confirment l'idée que les sons de la flûte étaient absolument propres aux Spectacles , et il suffirait d'en apporter pour preuve l'inscription des comédies de Térence dans beaucoup d'éditions, on y lit:
Ada tibiis dextriSj <vel sinistris 9 paribus ,
vèl imparibus.
Ce sera par ce motif que l'Euterpe avec les flûtes, sur le sarcophage Capitolili , est représentée vêtue comme les deux Muses théâtrales de la Tragédie et de la Lyre. Le goût que les anciens avaient pour de semblables instrumeus , est connu par le grand usage qu'ils en faisaient, ils s'en servaient non seulement au théâtre, mais aux noces , dans les sacrifices, dans les fané rail-
ìes , et enfin jusques dans les combats (i). Ils en firent l'attribut particulier d'Euterpe dont le nom signifie réjouissant,
Euterpe manquait dans les statues des Muses Tiburtines, comme dans les peintures d'Herculanum ; on y a substitué la présente , offerte à S. S. régnante par le Prince D. Louis Lancellotti , marquis de Lauro. Elle fut-long-tems exposée à l'admiration sur l'escalier de son palais aux Coronari , avec une autre parfaitement semblable qui y est restée (2). Ces répétitions de statues augmentent toujours le soupçon qu'elles étaient des copies d'excellens originaux , peutêtre des Muses célèbres de Philiscus j et à propos de cela , il est utile d'observer, que dans le même palais , on conserve une figure de Polymnie tout- à-fait semblable àia nôtre, à laquelle cependant la tête manque, et que la statue d'Uranie, qui complète à présent le nombre de nos Muses, était dans l'autre palais de Velletri) ce qui peut faire soupçonner qu'elles ayent été trouvées ensemble , et qu'elles formaient anciennement la collection entière.
Il me reste à ajouter , qu'Euterpe , dans le bas-relief de l'Apothéose d'Homère, est la Muse qui tient deux flûtes, que Kircher a pris pour deux flambeaux , et qu'elle est sur le plan supérieur (5). Cuper et Schott, l'ont reconnue
(i) Bulenger. de Theatro, liv. IL (a) Ficoroni 7 Roma moderna, liv. II, chap. 7. (3) On voit des flûtes semblables dans la main de Marsias qui enseigne Olympe. Pitt. dy Eixolano } t. I.
ïSo
pour celte Muse ; ce que j'ai pu seulement observer sur le marbre , c'est que la lyre posée à terre, est près de cette Muse, et non pas, comme dans les gravures, placée plutôt près de celle qui danse. Ce monument grec diffère en cela des écrivains qui nous restent. Sur le sarcophage de la villa Mattei , Euterpe est au milieu , avec des flûtes , son attribut ordinaire , auquel Spon et tous ceux qui ont écrit sur ce monument, la reconnaissent (i).
Observations de l'auteur, insérées Tom. Vil de Vé dit. de Rome.
La correction proposée à la page 177, de lire dans Tépigramme sur Euterpe , le mot {MÙéiag au lieu de fie/iiaa^ç , ne peut plus être admise: les écrivains grecs du bas empire employaient le mot (léùtaca, qui, en langage pur, signifie seulement une abeille , pour indiquer l'harmonie poétique.