‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 23 sur 53 · PLANCHE XVIII · texte numérisé non relu

PLANCHE XVIII

ÏHALIE £

li est focile de reconnaître dans cette jolie figure la Muse de la comédie , en lui voyaut un

(1) Monum. Matth., t. III, pl. 17 et 18. * Haut, sept palmes et demie, sans la plinthe six et trois quarts; Elle fut trouyée dans la €ampagne de Ti-

masque comique et en caricature (i), un bâton pastoral , et la couronne de lierre qui orne s£s cheveux. Cette couronne fut consacrée à Bacchus i divinité tutélaire des représentations théâtrales (2)$ et par le même motif, elle convient à Thalie, qui créa ce genre de spectacle, lequel,

voli à la Pianella di Cassio , et achetée par le commissaire des Antiquite's d'après les ordres du S. Pontife régnant.

(1) On distingue très-bien les masques comiques des tragiques , par les ornemens de la chevelure , et par la diversité' des traits de la figure , qui dans les derniers sont nobles et héroïques , et dans les premiers ridicules et exagérés. Pollux, ï. IV, ch. 19, décrit fort en détail les masques des deux genres. Il y en avait un parmi les comiques pour l'acteur qui jouait les rôles de serviteur ; que Ton nommait au théâtre grec 'Hyéfioj* ^ Hegemon , conducteur , et qui est absolument semblable à celui de notre statue. En voici la description : O' iïè cììy£{jiòv Sepdtfov arteipav lyjtb rpi^ôv irvppâv, âvatêraHs de tàç ôfipvç, (rvvâyeb to ertiffwòviov. « L'esclave » Hégémon a un tour de cheveux roux , ses paupières » sont élevées , et il fronce les sourcils. »

(2) La couronne de lierre convient à Thalie , d'abord parce que Bacchus est le Dieu qui préside aux jeux scéniques, comme le démontre Bulenger. de Theatr., 1. I, ch. 6, et parce que l'invention de la comédie vient des divertissemens des vendanges , de même que la tragédie. Horace, 1. II, ep. 2; Atenée , 1. Il, Deipnosoph. p. 4oj Donat. Proleg. in Terent. Ce fut, peut-être, ce qui fit donner particulièrement aux poètes des couronnes de lierre; c'est pourquoi Horace, 1. I, od. i ; appelle cette plante doctarum praemia fronlium, et Juvenal , sa t. Tlï , se sert d'elle pour indiquer la réputation du poëte :

Ut dignus venins hederis, et imagine m aera*

s'il n'est pas le plus utile est, â-coup-sûr, le plus universellement goûlé.

Kq(MKÒv rivpe Od/ïeia piovre nal fàea, xeiïpà ,

» Thalie inventa les saillies comiques et les bel- » les manières »

est-il dit dans une epigramme de l'Anthologie } et dans une autre on fait parler la Muse ellemême en ces termes :

Kg)(1(mÒv abiètto QaMri iiéùoç, epya iïè @qtqv Qv% òctÌqv ^vfiêÀ^ai (pikonporàJkowiv aàip®. » Je suis Thalie qui préside aux poëmcs comi- » ques, et qui censure le vice à l'aide des joyeuses » représentations théâtrales (i). »

Le bâton courbé était particulièrement employé par les anciens acteurs , et il convient d'autant plus de le donner pour attribut à Thalie qui présidait aux travaux champêtres et à l'agriculture (2). Son nom, qui signifie Fleurie , peut s'appliquer à l'un et à l'autre des objets qu'elle dir igeait. Elle présidait

(i) Antholog. liVi I, cliap. 67; Ausone, id. 20: Comica lascivo gaudet sermone ThaLia ;

Pelroii. Afran., Ep. des Muses:

Voce Thalia cluens soccis Dea comica gaudet.

Les Peint, dTIercul. portent QâTieia Kc){ioiïiav, Thalie

la comédie.

(?,) Les écrivains sur les Peintures d'Herculanum , ont prouvé que le bâton recourbé e'tait destine aux acteurs, t. II ; pl. 5, dans la note 7. Plutarque , Symp. IX, le Scoliaste d'Apollonius, Argon. III, v. 1 ; et le Scoliaste de l'Anthologie attribuent k Thalie (pvrypyiav, et feopyiav l'art de la culture des plantes et en général tout ce qui appartient k l'agriculture.

donc aux plaisirs de la société , aux divertissemens , qui peuvent être regardés comme des fleurs répandues sur le sentier pénible de la^ vie, et en même tems aux soins des plantes , dont la faculté est de produire des fleurs. On en a donc fait la Déesse de la poésie pastorale et géorgique j et le bâton courbé qu'on lui donne , fait allusion h ces genres (j). Mais, comme la comédie est l'exercice auquel elle se livre plus fréquemment , aussi l'attribut le plus caractérisant pour elle est le masque comique , qui la fait reconnaître sur le sarcophage du Musée Mattei (2). Les mêmes attributs la distinguent également dans les peintures d'Herculanum, comme dans les bas-reliefs du Capitole, où elle est vêtue d'un manteau qui de l'épaule gauche passe sous le bras droit, de la même manière que dans ces peintures antiques. Sa chaussure dans ce monument , est bien différente du cothurne tragique (5) que l'on voit à Melpomene dans le même monument , quoique Y inexactitude du dessin qu'on a fait de ce superbe sarcophage , ait donné lieu à un équivoque de

(1) A ceci peut faire allusion le vers de Virgile, ecI7 10 :

Nostra nec erubuit silvas habitare Thalia.

(2) Monum. Mattlu ; pl. 16. C'est la quatrième figure de cette face.

(5) Il y avait deux espèces de~ cothurnes ; ceux des chasseurs dont parle Virgile ; JEn* I; v. i5o; et là Ser~ vius ; appele's par Pollux rajvstPOÌ , bas. Ceux de la tragédie, faits d'une seule semelle de liège ; fort-haute; cette chaussure élevait beaucoup l'acteur.

k part du savant commentateur des bas-reliefs Capitolins. Dans le beau bas-relief de l'Apothéose d'Homère , il n'y a aucune Muse avec un masque; et la troisième, qui est sur le plan supérieur , représentée avec une lyre, et qui paraît, par son altitude , occupée à déclamer, pourrait être ïhalie (i). Le geste qu'elle fait , qui est semblable à celui qu'on voit dans beaucoup de figures comiques des mignatures du Terence du 'Vatican (2) , peut faire allusion à la com;'die , comme la lyre est un emblème de la joie des festins, lesquels avaient chez les Grecs le même nom que cette Muse, et qui par cette raison lui étaient consacrés (3). Elle est vêtue d'une tunique , dont les manches, qui ne de* scendentpas plus bas que le coude , sont resserrées sur le bras par des boulons , dont les deux premiers, placés sur l'épaule, sont plus grands. Son manteau se drape autour d'elle d'une ma-

/ (i) On ne distingue pas clairement, dans les gravures qui ont été faites , la lyre qui se voit bien dans le marbre , et qui a été remarquée par Scliolt , qui ne la croit pas une image de Thalic.

(2) Voyez les figures de Y Andria , acte II , se. 1 et 5; acte III , se. 4 ? acte IV, se. 1, et plusieurs autres figures dans différentes comédies du même.

(5) Les Grecs appelaient Qâ)iei(Xl les banquets et les festins publics. La lyre était d'ailleurs l'instrument dont on jouait pendant les grands repas. Fiutar., Symp* VII, 85 Bulenger. de Theat. , 1. II, ch. 5o et 56; Phormite, De nat. Deor. pag. 157, ed. Gale., en fait dériver le nom de Thalie des festins.

mhve bizarre. Ses pieds sont chaussés par des sandales. Le tambour, qui est moderne, qu'elle lient dans la main gauche , s'applique comme le lierre à l'origine des spectacles de théâtre que l'on attribue à Bacchus. On le lui a restitué d'après l'indice qu'on y avait trouvé d'une forme circulaire , qui ne pouvait avoir appartenu qu'a un tambour, ou à nue coquille, ou a tout autre instrument de forme ronde.

Addition de Fauteur.

Les cothurnes tragiques dont on a parlé à la pag. i83, se remarquent très-souvent aux figurer, dramatiques, représentées sur les mosaïques trouvées à Porcareccia , qui font aujourd'hui le pavé de la salle des Muses , comme on le verra dans les gravures qu'on publiera à leur place. Ces chaussures sont si hautes , qu'on ne voit pas les pieds des figures , couverts aussi par leur habit,

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