‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 25 sur 53 · PLANCHE XX · texte numérisé non relu

PLANCHE XX

Terpsicore ^

Deux Muses , selon l'opinion commune , président à la poesie lyrique ; et leur attribut distinctif ordinaire et le plus convenable , est une lyre: à l'une de ces Muses était réservée la poesie lyrique sacrée et béroique ; à l'autre la poésie lyrique des amours et du plaisir. On a coutume d'appliquer la première à Terpsicore, et la seconde à Erato. Quelle sera donc de ces deux divinités notre Muse, que l'on voit comme les autres assise sur une roche du Parnasse , velue d'une tunique à manches courtes, ayant uné couronne de laurier sur le front, portant des chaussures , de ce genre que nous avons déjà indiqué, qui étaient des souliers minces, et qui tire des sons harmonieux de sa lyre avec le Flectrum qu'elle tient de la main droite? Je juge que c'est Terpsicore , d'après la ressemblance qu'a cet instrument de musique avec celui que l'on voit à Terpsicore dans les belles peintures d'Herculanum , auprès de laquelle on lit cette épigraphe: TEPY1XOPH AYFAN Terpsicore la Ijre (i).

* Haut, six palmes et sept onces. Sans la plinthe six palmes et deux onces. Elle fut trouvée dans le plan d'oiiviers du docteur Matthias ; ainsi que les autres } et elle fut achetée par les ordres de S. S. li M.r Dominique de Àngelis; par le commissaire des Antiquités.

(i) Pitture d* Ercolano, lom, II. pl. 5.-

On ap perçoit, à la vérité, sur cette lyre, l'écaillé de tortue qui en forme le corps , suivant l'invention de Mercure , et qui est décrite trèsen détail dans l'hymne d'Homère ; ses deux bras sont faits de deux cornes de chèvres ïtiî%8K , et a/pffovaç y et ces bras s'appelaient souvent par ce motif xépara , cornes de la Ijre (i). Telle est précisément la lyre de Terpsicore dans les peintures que nous avons citées.

Le nom de Terpsicore , qui signifie amie de la danse , ne paraît pas avoir de rapport à la poésie lyrique , lorsque Ton oublie que les chants lyriques fuient primitivement composés pour être chantés en dansant , particulièrement autour des autels des Dieux. On retrouve encore une empreinte de cette origine dans les chansons grecques , et principalement dans celles de Pindai e , qui sont divisées par strophes, antistrophes et épodes. Les deux premiers mots dérivent du grec arpépo , volgere , qui fait allusion à la manière dont on tourne de droite à gauche , ou de gauche à droite , en dansant autour d'un autel (2). Ce rapport intime des hymnes avec les danses religieuses , qui étaient indispensablement accompagnées des sons de la lyre, ont détermi-

(0 Polluce, liv. IV, 62.

(a) Vossius, Poel\ III 7 14? et le Scoliaste de Pindare Ttepl rov 7tQ%QV n. T. 2. sur les Olympioniques-

Musée Pie-Clém. Vol. I î3

ile les anciens artistes , d'accord avec les écrivains, à donner à cette Muse une lyre pour la distinguer (i).

La grâce qu'on remarque dans l'attitude de cette statue , lui donne beaucoup de prix. Il est bon de remarquer que S. E. M. le cardinal Pallotta en possède une petite copie antique , et que celle qui était dans la collection de la reine de Suede , était aussi semblable à la nôtre (2). La ressemblance parfaite de ces trois monumens est une preuve que les anciens estimaient beaucoup les originaux de ces statues des Muses , qui étaient, peut-être, comme nous l'avons déjà dit, celles de Philiscus , qui furent admirées à Rome , par Pline , sous les portiques d'Octavie. La tête manquait à eette statue , mais celle qu'on lui a replacée êst antique, et parfaitement convenable au sujet.

La lyre distingue Terpsicore dans le beau bas-relief de l'Apothéose d' Homère. Elle est la première , qui est assise sur le ?second plan j dans la main droite elle tient le Plectrum, et sa gauche soutient la lyre. Schott, induit en erreur par la gravure , a pris le Plectrum

(1) Àusone, idilì. XX:

Terpsichore ajfectus càharis movet 7 imperai 7 auget. Pétrone Àfran., Eloges des Muses:

Aurea 'Terpsichore totam lyra persona t aelhram.

(2) -Maffei, Siatue, pl. CXV.

pour un rouleau de papyrus, ce qui lui a fait donner à cette Muse le nom de Clio.

C'est aussi sous ce nom que le savant qui a décrit les bas-reliefs Capitolins , a distingué no-? tre Muse; et il s'est contenté pour cela de suivre l'épigramme de Callimaque , qui est , comme nous l'avons déjà remarqué , bien éloignée du sentiment général à ce sujet. Nous nous déterminons , par rapport à la lyre dont elle joue , à l'appeler Terpsicore , puisque nous avons d jà reconnu Clio dans la Muse qui tient un volume , et que cet écrivain a nommée Calliope. On observera que beaucoup d'antiquaires ont été entraînés dans Terreur par Tépigramme dont nous venons de parler , laquelle leur a fait trouver dans les images de Terpsicore la Muse Clio , malgré le témoignage d'Ausone , de Pétrone Afranius et des peintures d'Herculanum. De même on a désigné sous le nom de Clio la figure de Terpsicore , qui est la première de la face dans le sarcophage de la villa MatteL Mais nous ne pouvons y voir une autre que Terpsicore, Muse de la poesie lyrique, en lui trouvant dans les mains une lyre , son attribut , même d'après l'opinion de Pindare, dont l'autorité, fût-elle la seule, mérite, et par son ancienneté, et par la réputation de ce poëte , la plus haute con» sideration (i). On reconnait sur les médailles

(i) Pindar. Qviï9 eTtépravro y^vnû

romaines de la famille Pomponia la tête de cette Muse au Plectrum qui est sur le fond d'un côté, et à la lyre gravée sur le revers de la figure.

P L A N G H E XXL

La poésie des amours y la danse accompagnée de chants , les divertissemens des noces ; tels sont les offices qu'on attribue à Erato, selon le sentiment de la plupart des auteurs anciens : la dénomination agréable qu'on lui donne provient de l'amour. Ovide, dans son art d'aimer, n'invoque pas d'autre Muse , et il en donne pour raison précisément le nom qu'elle porte :

JVunc mihi si quando , puer , et Çy the rea ? favete : Nunc Erato: nam tu nomen amoris habes (i). Apollonius en commençant , dans le troisième livre, son récit des amours de Médée et de Jason, invoque Erato par ces beaux vers (2); E* S* afë vvv 'ìLpaTÒ %apa* taravo Hai (ioi en<rfte

Aî {le/tttpSoyfoL tcotï Tspipi^opac

> 'Apyvp&Seicai vpooQTta

Ma A% ano (pavot âoiiïat.

» Alors on ne voyait pas les cantiques amoureux, ornes » de bandelettes argentées , mises par Terpsicore à vil » prix ».

* Haut, huit palmes, et sans la plinthe sept et deux tiers. Elle fut trouvée et vendue avec les précédentes.

(1) Ovide, Art. amand. liv. II.

(2) Apollon., Argonauta liv. III, au commencement.

Mf?iïeif?ç vît' èpQTV <rv <yàp nal K.vïïptiïoç atcrav E^^iopeç , àdfitfraç iïè reoïç (isÀedr?(ia(n $£?.yehç TlapSevixàç' t3 xai roi ê^parop ovvoul avvoltai. » Je t'invoque , Erato : racontes moi d'où , et » par quels moyens Jason rapporta à Jolchos la » toison tant désirée. Comment l'Amour eut tant » de pouvoir sur Medée. Muse charmante ! tu » remplaces Vénus dans les enchantemens , tu » enflammes d'amour le sein des jeunes filles » trop sévères, ce qui a donné l'origine de ton » nom chéri. »

Sur les peintures d'Herculanum on lit EFATÛ ¥AATPIAN (i), Erato la danseuse. C'est-à-dire qui règle l'art de la danse et de la musique , comme l'ont à merveilles prouvé les écrivains qui ont traité de ces monumens, c'est pourquoi Ausone dans ridille XX dit:

Plectra gerens Erato saltat pede carminé vultu (2).

Enfin les deux scoliastes d'Apollonius et de l'An-

(1) Pin. <? Ercolano , tom. II, pl. 6.

(2) Afran., Eloges des Muses:

Fila premens digitis Erato modulamìna fingit.

On voit ici que la lyre est indispensable pour cette Muse. Dans une épigramme tie l'Anthologie , 1. 1, 0.67, on lui donne uniquement cet attribut. Voici le passage:

EîWorë repïpivôoio (pïkoç <pôp{iïyyoç âxovaeiç Tfyv 'E/j^tó àa/ùpaÇe roa^ç evpfitopa ré^v-ijç.

a> Si tu entends les sons agréables de la lyre ; admires » Erato : ce fut d'elle qu'on apprit à la faire résonner. »

thologie , attribuent à Erato yapòv %àì opyjimv, les nóces et les danses (i).

Ces autorités suffisent pour expliquer notre figure , dans laquelle Erato est représentée d'une manière en tout semblable à celle de la peinture d'Herculanum, soit par sa position, soit par le mouvement du corps, soit, enfin, par son habillement. Elle joue de la lyre pour marquer la mesure à quelque danse nuptiale. Comme la plus grande partie des autres Muses, elle est vêtue d'une tunique à manches courtes , resserrées sur les bras par des boutons , et son manteau tombe agréablement, quoique avec négligence, de dessus ses épaules.

Si cependant ces recherches , sur le compte d'Erato , peuvent suffire pour expliquer le plus grand nombre des monumens qui nous la représentent, coitime le célèbre bas-relief Colonna, sur lequel on la voit descendre en dansant sur le penchant de l'Hélicon, et où Schott même l'a reconnue , et l'autre bas-relief de la villa Mattei^ où elle est la cinquième , et la dernière de la face, se présentant dans une attitude très-peu différente de l'Erato des peintures d'Herculanum, et de la nôtre (2) ; si, disons nous, ceci est suffisant , il ne Vmi plus , pour nous la faire reconnoître sur le sarcophage Capiulin , où une

(1) Le Scoliaste d'Apollonius ; Argonaut. li v. III, v. i> et celui de ï'Antholog. liv. I; chap. 67.

(2) Monum. Matth.} t. III ; pl. 16.

seule Muse tient une lyre ; et d'après l'autorité des anciens, nous l avons appelée Terpsicore : les six autres ont chacune les attributs qui les distinguent clairement. Clio a son livre pour écrire l'histoire; Euterpe lient des flûtes; on voit à ïhalie le masque comique et le bâton courbé pastoral ; Uranie se reconnaît au globe et à son compas; et Calliope à ses tablettes (Pugillares), comme nous verrons plus loin. 11 reste donc deux Muses sans attributs; Fune sera Erato, et l'autre Polymnie. Nous produirons dans un autre article, les raisons que nous avons pour croire que la Muse enveloppée dans son manteau, et appuyée sur une pierre , est Polymnie. D'où il faudra conclure qu'Erato est la troisième figure qui est pensive , qui pose le pied gauche sur une base , et dont la tête est enveloppée par un voile en forme de filet ; que les Grecs appelaient Tedùvnlpa. Le graveur , dans la planche qui la représente * a totalement négligé cet ornement de tête, qui est cependant très-bien exprimé et très-visible dans l'original. L'attitude de cette figure ne convient point à l'Erato joueuse d'instrument et danseuse , mais bien plutôt à Erato amante de la philosophie ; car selon l'opinion des plus anciens écrivains , la philosophie était l'étude favorite d'Erato , ce qui a donné lieu à quelques-uns d'attribuer l'origine de sou nom à la recherche de la vérité (i). Outre cela, je vois

(i) Cornutus ou Formile, De nat. Deoi\, chap, i{?

avec plaisir dans cette figure d'Erato la même coiffure que celle avec laquelle on a représenté Sapho sur les monnoies de Lesbos (i). On ne pouvait, eu effet, mieux peindre la dixième Muse, de Mytilène, si célèbre et supérieure à tous les poêlés , par ses chants amoureux , que sous la forme d'Erato.

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