‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 27 sur 53 · POLYMNIE · texte numérisé non relu

POLYMNIE

Il n'y a pas le moindre doute que cette statue, une des plus élégantes et des mieux con-

(i) Winckelmann au lieu cite.

* Haut, huit palmes moins un quart, sans la plinthe sept palmes et un tiers. Elle fut trouvée avec les autres

servées de la collection, quoiqu'elle n'ait dans les mains aucun symbole, ne soit la Muse Polymnie. On voit de même dans les peintures d'Herculanum cette Muse, peinte sans un seul attribut, et son attitude , ou plutôt son geste , est ce qui la fait reconnaître (i). On ne trouvera rien d'étrange dans cette manière de la représenter, lorsque nous aurons examiné quelles étaient ses éludes chéries et les différentes fonctions qu'on lui a attribuées.

D'abord, quoique les diverses façons dont son nom est écrit, offrent des étymologies différentes, quelques-uns, cependant, le font dériver de son aptitude à se rappeler les choses passées , c'està-dire, de la faculté de la mémoire (2). Cet attribut, qui vient de leur mère, est resté parmi

près de Tivoli, dans le terrain de Cassio, et achetée par les ordres du S. Pontife régnant ; par le commissaire des Antiquités.

(1) Tom, II y pl. 7.

(2) Polykymnia 7 Polymnia et Polymneia , c'est ainsi qu'il se trouve écrit chez les anciens. Le premier nom signifie iïoXvVBVfi'rÔç j très - célébré , ou il vient de aitò tt}ç rtoùXijç V{iviq(reQÇ , des grands éloges ou hymnes; parce que ses travaux s'appliquent aux louanges des grandes actions des Dieux et des héros qui se trouvent dans les fables, ce que pense Cornutus ou Forante } p. 107 7 édit. Gale. Le troisième $ZOAVUVEta vient de âtfô Tï?ç ïïoX?vtfç VLVEiaç, de la profonde mémoire 7 comme assure Plutarque, Sympos. IX. 7 i5; Fuïgence, Mythològ. I, i4j et le Scoliaste d'Horace au v. 55 de Tode 1 , 1. I. Le second peut être syncopé du premier nom et du troisième.

les neuf sœurs plus particulièrement affecté à Polymnie, selon le témoignage des anciens qui Font expressément nommée la Muse de la mémoire (i). Et comme cette faculté acquiert dans l'homme beaucoup de force par le moyen du recueillement de l'esprit, les sculpteurs grecs par cette raison la représentèrent enveloppée dans son manteau et avec un air rêveur. Que l'on ne croye pas ceci une conjecture hasardée; car elle est parfaitement démontrée par une statue de la Mémoire que possède notre Musée 9 et sur laquelle il ne peut y avoir aucune incertitude , par celte inscription grecque qu'on lit sur sa base, MNEMOCTNH, Souvenir. Cette statue n'exprime les qualités de la Déesse, qu'en nous la représentant toute enveloppée de son manteau, qui lui cache même les mains, dans le même genre que la figure dont nous parlons {2). Le recueillement , si nécessaire pour fortifier la mémoire , a fait donner à Polymnie par les anciens le caractère de la taciturnité et du silence. Dans les peintures d'Herculanum ce caractère est exprimé par son action de poser le doigt sur sa bouche, et ce geste a été expliqué à merveilles dans une épigramme grecque qui a échappé aux recherches des savans auteurs qui ont écrit sur ces monumens antiques. La voici :

(1) Voyez Plutarque., Fulgence, et le Scoliaste d'Ho* race dans les lieux indiques ci-dessus, (a) Voyez ci-après la pl. XXVI.

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» Je me tais, mais le geste gracieux de ma » main parle assez , et quoique paraissant taci- » turne, j'indique un silence éloquent (i). » D'après cela il ne restera plus incertain de savoir qu'elle était la Muse que Numa vénérait sous le nom de Muse silencieuse (2).

Comme le souvenir des choses passées a fait attribuer à Polymnie la connaissance des fables, ce que justifie l'épigraphe de la Polymnie d'Herculanum , où on lit ITOAYMNIA MtfGOYC, Polymnie les fables , ainsi sa taciturnité et cette connaissance des fables la firent présider à l'ait mimique, qui par le moyen du geste rendait le silence éloquent, et représentait les événemens les plus intéressans du ciel mythologique. Tous les anciens auteurs s'accordent généralement à dire, que la Muse Polymnie dirigeait cette espèce de danse pantornimique (5).

(1) Antholog. Gr. , liv. i> chap. 67 7 ep. (nj.

(2) Pi u la î que in Numa.

(5) Âfisone , idyle XXî

Signât cuncta manu , loquitur Polyhymnia gestii. Afran.

Flectîtar in faciles varlosque Polymnia motus. Et plus clairement s'exprime Cassiodore ; Var. I, ep. 20: Mis sunt addicue orchestra-rum loquacissime^ manus ? Untuosi digiti , silentium clamo sum ^ expositio tacita s quant Musa Polymnia irwenisse narratur ostenelens hommes pos se } et sine oris afflatu suum velie declarare. Lucien aussi apporte la même raison que nous ; en disant que le mime ne doit rien ignorer de ce qu'ont écrit Homère

En poursuivant les observations que fait naître notre statue , ne pourrions-nous pas croire que ce manteau qui la couvre, soit le symbole par lequel on a voulu représenter les histoires anciennes , couvertes de ténèbres , ainsi que les tems mythologiques, ou fabuleux, dans lesquels la vérité est obscurcie par des contes ? Et de plus, si Ton veut s'attacher à ce système que les Muses ne sont que les génies des sphères planétaires, qui forment autour du Soleil une danse harmonieuse et perpétuelle (i), il convient que Polymnie se couvre de tous ses vêtemens , puisqu'elle préside à la dernière sphère , celle de Saturne , qui est la plus froide (2).

Notre Polymnie est couronnée de roses , et les poètes grecs 9 sur-tout Théocrite , attribuent cet ornement aux Muses (3). Sa tête ainsi couronnée offre aussi dans les traits de la ressemblance avec la belle statue dite la Flore Capitoline. De sorte que, comme les attributs qui la font prendre pour une Flore , sont une restauration moderne, je n'hésiterais pas à la croire plutôt une Polymnie ; car outre la ressemblance

et Hésiode ; et que pour se le rappeler ; il devra se rendre propices Mnëmosine et Polymnie sa .fille. Lucien De saltai.

(1) % Natale Conti; Mytholog. , 1. VII , ch. i5.

(2) Saturne est la dernière des planètes ; de celles que l'on peut voir sans le secours du telescope ; et pour cela on la die la plus froide,

(5) Ep. L

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des deux têtes , cette conjecture peut être appuyée encore par la ressemblance de l'habillement de cette Flore avec celui de la Polymnic d'Herculanum (i ). Au reste, pour s'assurer de la célébrité de cette statue chez le anciens, il suffit de remarquer qu'il y en a une très-semblable, mais sans tête, à Rome dans le palais Lancellotti; qu'on en voit une autre dans le jardin du Quirinale ; et que notre Musée possède une statue , dont la tête offre le portrait d'une dame romaine , qui est pareille à la Polymnie , tant par la composition, que par la manière dont elle est drapée. Le vêtement de notre statue est, en effet, traité avec une telle élégance, qu'il a pu servir de modèle j car on voit sous le manteau la forme de la m^in , comme si elle n'était couverte que d'une gaze.

Considérons maintenant notre Muse dans les motramens les plus acrédités qui nous restent, et qui nous offrent ces Déesses des arts. Dans le sarcophage Capitolili, aucune, hors la cinquième , ne peut être plus convenablement désignée pour Polymnie , que l'on voit s'appuyant du coude sur une roche , et soutenant sa tête avec sa main sous le menton , de manière qu'il

(i) Ce manteau n'est autre chose que la Pènule également en usage pour ies hommes et pour les femmes , selon Ulpien, leg. ve site , ff. de auro et argento legato* En effet il est visiblement semblable à une ancienne chasuble comme doit être la penule ; même selon Ferrarlo t De re vestiaria , 1. I7 ch. 07 a la fin.

lui serait impossible de parler (i). Une telle situation convient bien à la Muse silencieuse de Numa . qui était notre Polymnie ; car nous ne suivrons pas en cela le docte commentateur de ce monument, qui l'appelle Erato, et qui donne le nom de Polymnie à la Muse qui tient les tablettes, que nous croyons erre Calliope , comme nous l'avons indiqué dans un autre chapitre, et comme nous le démontrerons encore par la suite* On remarquera que la même Muse , avec une position pareille, se trouve sur le beau bas-relief de l'Apothéose d'Homère, et qu'elle est la troisième, du second plan, près de l'Apollon. Sohott, qui l'a prise pour Calliope , n'avait pas bien examiné le rapport qui existe entre ces deux basreliefs ; Calliope étant assez reconnaissable par les tablettes, que celle du Capitole a dans la main gauche, La particularité de l'envelopper dans son manteau, est encore plus clairement indiquée sur le bas-relief Colonne.

Desire-t-on quelque chose de plus? On voit dans le palais Lancellotti à Veletri deux statues, mais qui sont sans tête, une plus petite, l'autre de même grandeur que le naturel , moderne depuis la ceinture aux pieds , et d'un excellent ciseau ; elle est dans la villa Pindarici. Sur le h^au bas-relief, cylindrique, représentant Hélène et Pâris, et qui a été expliqué par M.1 Horace Orlandi, on voit trois Muses qui font partie de

(i) Museo Capitolino, tom. IV, pl. 26.

Musée Pie-Clém. Vol. I. i/f

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