PLANCHE XXIV
U R A iî I E *.
Cette très-belle statue , plus grande que le naturel, qui est supérieurement drappée, nous représente la Muse Céleste, appelée Uranie, à cause de la contemplation du ciel , à laquelle appartiennent l'astronomie et l'astrologie , et généralement toutes les mathématiques (i). Le
* Hauteur neuf palmes et un quart, sans la plinthe neuf palmes.
(i) Ausone, idyle XX:
Uranie cœli motus scrutatur et astra»
Petron Afran.
Uranie nume ris scrutatur mimera mundi.
Une e'pi gramme de l'Anthologie , liv. I , chap. 67 , fait parler ainsi cette Muse :
Qvpariri ipi?(poio ^eopp^tQ rivi {lérpo
» Je suis Uranie, j'apprens aux mortels étonnes, par des » calculs divins , la revolution constante et nécessaire des » astres. »
2li
globe, le compas (i), ou la baguette avec laquelle les professeurs indiquaient dans leurs écoles les figures de mathématique , sont des signes tellement distinctifs , et si connus , autant que constamment employés , que le peintre des Muses d'Herculanum , qui, à chacune \ a ajouté son nom, et ce à quoi elle préside, a cru inutile de placer aucune épigraphe à cette Muse, jugeant avec raison, que ses attributs la font assez connaître.
Il est vrai que dans notre statue ces attributs sont une restauration moderne ; mais les anciens ne pouvaient être différens , si cette figure était Uranie. Que cette statue soit l'image d'Ui anie , cela est prouvé par une autre antique, qui est absolument semblable à celle-ci, et qu'on admire sur le pallier de l'escalier du palais des Conservatori au Capitole. On lit sur la base de celle-là, qui est toute d'un morceau, avec la statue, le mot VRANIA, gravé en caractères antiques ; ce qui détermine le sujet , et en même tems , assure celui de
(i) Martianus Capella décrit Uranie, radium dextra , altera sphaeram solidam gesuintem. Le même auteur donne à entendre aussi qu'Uranie preside encore à la géographie. Le compas est explique par les commentateurs des Peintures d'Herculanum, pi. 8, n.° 5, t. II, et ils citent entre autres vers ceux-ci de Virgile. jEn* V, 85o:
caelique meatus
Describent radio et surge alia sìdera dicent.
notre statue , laquelle en est absolument un double dans toutes ^les parties qui sont , dirigine et non rapportées , dans celle du Capitole.
Le Musée dementili est heureusement possesseur, d'une manière certaine, de la Muse Uranie , que les injures des tems avaient séparée de ses compagnes dans la collection. Tiburtine. Ce marbre précieux se conservait à Velletri dans le palais Ginnetti, où, transformé en une figure de la Fortune , on pouvait à peine le reconnaître. Ce que fit néanmoins le commissaire des antiquités , et le prince D. Louis Lancellotti se fit un devoir de le présenter au souverain. On fit abattre tout ce qu'il y avait de moderne , on rendit à la statue sa véritable expression en y ajoutant une tête antique, trèsbien travaillée , qui s'y adaptait parfaitement , et qu'on avait trouvée dans la villa Adriana.
On ne tarda pas à retrouver cette Muse dans les bas-relief antiques. Le globe et le compas la distinguent par-tout, on la voit la deuxième du second plan dans l'Apothéose d'Homère; la première sur un flanc dans le sarcophage de la villa Mattei, et la huitième dans celui du Capitole (i).
Si cependant il n'y eut pas le moindre équivoque sur son image dans les monumens de
(i) Mon. Matât* t tom. IH ; pl. 17; Museo Capitolino , toi». IV, pi. 26 et suiv.
ce genre , il n'en fut pas ainsi de sa statue colossale qui se voit sous le portique du palais Farnese, vers la rue Giulia; et cette statue a été laissée indéterminée par les antiquaires , ou ils se sont trompés en y voyant la Fortune Itedujc (i). Mais quiconque l'examinera avec attention, y reconnaîtra facilement la Muse de l'astronomie; d'abord parce qu'on découvre sur le globe la trace des cercles qui correspondent à ceux que les astronomes ont fixés au ciel , et tels qu'on les voit sur le globe d' tirarne dans la médaille de la famille Pomponia, et sur une peinture d'Herculauum^), et parce que son vêtement convient parfaitement à une Muse. Elle est couronnée de fleurs , comme notre Polymnie ; elle est vêtue d'un habit théâtral à longues manches , que nous avons dit être la palla des citharedes ou l'orthostade ; ses reins sont ceints d'une grande écharpe, comme celle que nous voyons au protagoniste tragique de la villa Pamfili (3) , et à la Melpomene du sarcophage Capitolili , et ce qui est plus décisif, à la Muse colossale qui était dans la cour de la chancellerie, que j'ai regardée comme une Melpomene. Je fais sentir d'autant plus cette dernière conformité , parce que la res-
(1) Ficoroni? Vestigia di Roma, liv. ll? chap. 7; Venuti, Roma moderna, tom. lì 7 pag. 372.
(2) Tom. VU des Pillare dy Ercolano ? pî. 2.
(3) Winckelmann, Monum. ant, ine cl , ri. 189,
semblance de ces deux statues colossales, dans l'habillement et dans tout l'ensemble, me paraît propre à faire conjecturer, qu'elles font partie des neuf Muses qui décoraient, peut-être, l'ancien théâtre de Pompée , sous les ruines duquel fut trouvée la statue d'une Muse qui est dans la chancellerie , et oii peut avoir été découverte aussi celle du palais Farnese , comme il me semble qu'on peut le présumer par le voisinage du lieu. L'édifice , pour lequel ces différentes statues fuient destinées, nous indiquerait , sans doute , le motif qui a déterminé les artistes à donner à Uranie un habit théâtral.