‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 36 sur 53 · P L ANC H E XXXIII · texte numérisé non relu

P L ANC H E XXXIII

Triton ou Centaure Marin *.

Ce beau groupe qui a été trouvé sous terre, près la voie Latine, nous présente un Tri-

* Haut, cinq palmes et 77 ; avec le flot qui le soutient; neuf palmes et demie. La base qui est sculptée a de hauteur une palme, de circonférence s5 et trois quarts.

Musée Pie-Clém. Yol. I, 18

ton qui a des oreilles comme les Faunes , et des cornes au front: il est homme de la partie supérieure du corps , le reste est divisé en deux grandes queues de poisson (i), et il a sur le devant deux espèces de jambes de cheval. Il paraît enlever une femme nue , qui appelle en vain du secours , tandis que deux petits Amours qui voltigent gracieusement sur les queues du monstre, bien loin d'être sensibles aux cris de la belle, se rient de ses plaintes, et lui font signe de se taire. Une invention aussi agréable servait probablement d'ornement à quelque fontaine ou njmphée (2) ; mais on ne peut pas la regarder comme le fruit d'une capricieuse imagination de l'artiste ; elle est plutôt une judicieuse application de son érudition en mytologie. S'il a donné à son Triton quelque conformité avec le Centaure, par les preilles et les jambes #de cheval, il ne l'a pas fait sans motif. Tzetze appelle le Triton Celi-

li fut trouve hors de la porte Latine dans une vigne de MM. Degli-Effetti ? enfoui dans une carrière de pouzzolane. Les propriétaires en rirent un présent au Souverain Pontife re'gnant.

(1) Quoique dans la gravure la queue du Triton paraisse double 7 en examinant avec soin l'original on voit qu'elle est simple ; et qu'elle se replie sur elle-même.

(2) Ce qui le rend probable est une cavité' qui se voyait entre les deux jambes de cheval ; et qui le traversait entièrement pour le passage du canal des eaux. La restauration Ta bouchée*

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taure marin 'lyftvoieevravpov (r), et plusieurs auteurs nous ont appris que' les Tritons étaient adonnés au vin, comme les Faunes, les Centaures, et les autres courtisans de Bacchus, et qui leur donnait des rapports avec la Divinité qui présidait à cette liqueur (2). Cette figure n'est pas neuve pour nous , parce que dans les peintures d' Herculanum et sur un beau sarcophage du Capitole (5) , on voit des Tritons qui ont des jambes de cheval^ et c'est à cela, sans doute qu'Ovide a fait allusion par ce vers :

Caeruleis Triton per mare currit equis (4). Les cornes, dont on reconnaît la place par les deux trous, conviennent aux divinités maritimes , qui ébranlent la terre en produisant les tremblemens , d'où vient que sur les an-

(1) Tzctze, ad Ljrcophr 7 n, 54- Cependant on peut dire qu'il les nomme ainsi parce qu'ils étaient un composé de l'homme et du poisson ; comme les Centaures étaient hommes et chevaux. C'est ainsi qu'on appela Onocentaures et Bucentaures des monstres hommes et ânes ; hommes et boeufs. C'est de ce dernier mot que vint le nom de Bucentaure donne' a un vaisseau ; qui avait , peut-être ; pour emblème a la proue la figure d'un tel monstre ; et non de Centaure et du mot flov signifie grandeur, comme si l'on disait le grand Centaure; telle fut l'opinion de Maffei.

(2) Buonarroti ? Ossenaz* sopra alcuni Meda gitani, ec.

p. IQi.

(3) Pitture d'Ercolano , t. V, pi. 61 y Museo Capitolino } t. IV, pi. 62.

(4) Ovide ; Heroid. , ep. VII , v. So 7 et ibi Meziriac 7 t. II, p. x8*.

tiennes monnoies, on voit Neptune et les Fleuves représentés sous la figure de Taureaux (i)- Selon quelques-uns on peut donner aux Tritons aussi les ^/laf, ou pattes de homard, d'écrevisse, placées, comme dans quelques monumens, presque en guise de cornes (2). La queue bifurque est décrite dans les vers suivans d'Apollonius qui dépeint un Triton (3) :

» Mais des deux côtés sortent de ses flancs » deux queues qui s'étendent ; comme celle » de la baleine. »

Qui sait si Faction qu'offre ce groupe n'a pas été tirée des mêmes sources mythologiques? Pausanias nous raconte que les femmes de Tanacra étant allées la nuit se laver dans la mer pour célébrer les orgies de Bacchus, un Triton en enleva une, ce qui lui attira la punition du dieu même (4). C'est, peut-être, le sujet de no" tre groupe (5). Mais si cette opinion semblait

(1) Mazocchi, Tab. Heracleen , t. TI, p. 5o6 7 n. i5 ; INeumann, Numi vet. ùied., Vindobonae 1779; p. 7.

(2) Antichità d *Er 'colano , t. VII delle Pitture, pl.LXFr n. 4.

(3) Apollon., Argonaui. , 1. IV 7 v. 161 5.

(4) Pausanias, Boeotic. , ou h X, ch. 20, dans lequel il dit que Ton conservait encore dans le temple de Bacchus le cadavre de ce monstre, mais sans la tête.

(5) Notre Triton paraît avoir sur la poitrine une blessure : si ce n'est pas un simple accident cause par lç tomps, çlle donnerait du poids a, nos conjectures.

trop hazardée, on peut, au moins, dire que ce Triton surprend quelque nymphe de la mer , comme il arrivait aux nymphes des fontaines, des forêts , des montagnes , d'être poursuivies par les Faunes, par les Satyres et par les Centaures.

A quelque parti que l'on s'attache dans ces opinions différentes, on conviendra toujours que notre groupe offre une expression charmante. La tête de la nymphe est belle -> le caractère qu'elle présente , où l'on remarque, en même temps, la surprise et la consternation 3 l'action gracieuse des amours; la manière dont l'artiste a formé le monstre dans tout ce qui lui est particulier , en indiquant à merveilles son naturel farouche, dans les traits, de sa physionomie , et par ce sein couvert de poils ; tout cela fait le mérite de ce morceau. Mais la position d'une jambe de la nymphe indique que ce 'groupe n'avait pu anciennement être posé sur une base; on a sculpté dessous un flot qui la soudent. Eu ceci on a imité le style des anciens , qui ont fait soutenir le cheval des fils de Niobé (1) par un nuage de poussière; et même ou voit que cette ressource est plus naturelle dans notre morceau.

On a adapté ce marbre sur le couvercle ovale d'un sarcophage , tout sculpté autour , et qui

(1) On croit que le cheval n'appartient pas à la fable âe Niobé. Il est cependant antique et fort-beau.

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aujourd'hui lui sert de base. Les figures de ce couverble sont représentées dans la gravure sur deux ligues. Le sujet du bas-relief est une Bacchanale, dans laquelle on remarque quatre chars* deux chameaux , un éléphant , un lion et divers groupes. Tous les chars sont à quatre roues s du genre de ceux que les Grecs appelaient par cette raison â(idt;ai, hamaxae (i). Un de ces chars tiré par des ânes , porte Silène qui tient un thyrsc. Aux autres sont des panthères, animaux consacrés à Bacchus ; dans l'un des chars est monté Bacchus lui-même, et peut-être est-ce Arianne qui occupe l'autre; je dis peutêtre, parce que l'extrême petitesse des figures empêche de discerner si la figure qui est sur le char de la ligne inférieure, est une femme. Dans le troisième on voit deux masques de Faunes , un syphon et un cantare , ou vase à vin. Des vases de différentes formes, des tambours, des tymbales , des cornes pour boire , que les anciens appelaient riti , font le chargement des éléphants et des chameaux, animaux qui fontallusion aux victoires de Bacchus dans FOrient, qui furent attribuées par différens auteurs à Sésostris, toi d' Egypte. Les groupes qui suivent représeo-

(i) Mazocciiij Tab. Herocleen , p. 564- L'étymologie du mot dérivé de dfia sbnul7 et ahjov axis , ne denote pas, suivant mon avis, que l'essieu se tournât avec les roues, mais plutôt que ces chars à quatre roues avaient deux essieux.

tent des Bacchantes qui dansent, des Génies qui se jouent avec les bêtes qui servent au triomphe du dieu, des Satyres qui guettent les nymphes. Une figure qui se distingue le plus dans le basrelief, et ajoute beaucoup au triomphe du dieu du vin, représente l'indomptable Alcide, qui n'a pu résister à l'ivresse, et qui, étendu, par terre, s'appuye sur son coude, comme avaient coutume de le peindre les anciens, selon le Cinique Alcidamas dans Lucien (i). Il a encore dans la main un grand cyathe ou cratère , qui , d'après tous les monumens et les écrivains, est son vase pour boire. Un Génie de la suite de Eacchus joue avec sa peau de lion. Les ancieus ont pris plaisir à représenter ce héros, le modèle le plus renommé de la force et de la tolérance , tantôt succombant sous l'ivresse , tantôt dompté par l'Amour, comme pour indiquer que tous les mortels sont assujettis aux faiblesses humaines , qui mettent de niveau le vulgaire et les héros.

(i) Lucien y Sympos. ? tom, II? pag. 85i de l'édition de Bened. X.a(iai na\ tòv tpip&pà v<jroftaÀûô{iepoç , oteiffo^ai 1%' âyHQVoç , Óiov ròv 'ìlpanùéa ypdfpvcri. » Après avoir e'tendu mon manteau a terre ; je me jçt- » terai dessus et m'appuyerai sur le coude, comme on » peint Hercule. »

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