‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 37 sur 53 · P L A N G H E XXXIV · texte numérisé non relu

P L A N G H E XXXIV

Triton *.

Le style grandiose que l'on remarque dans cette demi-figure la rend une des plus belles de celles qui nous représentent des divinités maritimes, et en fait un des plus rares monumens de ce genre. Le caractère de l'hommepoisson , et sa nature monstrueuse , sont si bien exprimés dans tous ses traits , que quoiqu'il ne nous en reste que la partie qui tient de l'homme, il est impossible de s'y méprendre. Malgré le maniéré qui se laisse apercevoir dans les formes de son visage, il y règne cependant une beauté idéale, et une certaine noblesse, qui ne conviennent pas, peut-être, à un monstre, mais qui doivent ici distinguer une divinité. Il semble qu'on entrevoit dans celte bouche un peu ouverte, quelque chose qui n'est pas de la nature de l'homme, c'est le palais a|)plati comme celui des poissons. La peau écailleuse qui est attachée sur sa poitrine, comme la peau de lion sur l'Hercule, ou les nébrides ( peaux de chamois ) des suivans de Bacchus, est certainement une peau de poisson. Si les oreilles de Faune ne lui ont pas été

* Haut, cinq palmes et un quart ; sans la base quatre palmes et demie. Elle fut donnée au Souverain Pontife régnant par M.r Joseph Betti ; qui l'avait trouvée dans la possession de S* Angelo nel Tiburtino*

données pour indiquer les rapports que les Tritons ont avec le dieu du vin, tels que nous les avons développés ci-devant, elles peuvent avoir été formées ainsi par le sculpteur, pour faire reconnaître au premier coup-d'oeil un monstre. Tout le reste du corps est d'un travail hardi et agréable. Je ne puis m'empêcher d'exprimer à ce sujet une de mes pensées , c'est qu'il me semble que le célèbre Buonarroti a cherché à imiter dans quelques-unes de ses figures les formes qu'il a observées dans les sculptures antiques, qui ont un caractère exagéré , pour indiquer le mélange de deux natures, celle de l'homme et de la bête. Peut-être ne s'aperçut-il pas quelle avait été l'intention des anciens artistes , et qu'il prit cela pour une beauté idéale dans laquelle il découvrait un style fier, qui convenait naturellement à son génie. La tête d'un Fleuve, dont nous donnerons bientôt l'explication, pourrait elle-seule justifier mon idée.

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