P L A N G H E XXXVII
Le Nil*.
Il y a long-temps que cette belle figure demicolossale forme un des ornemens le plus distingué du Vatican \ qu'elle est l'objet de l'admiration des professeurs, parmi lesquels Vasari a cru pouvoir la mettre au-dessus de ceux du Quirinal (2) -P et qu'enfin elle n'a pas
(1) Taja , Descrizione del Valicano, pag. 384-
* Haut, sept palmes une once } sans la terrasse ; six palmes: longueur treize palmes deux tiers. Cette statue et celle du Tibre, qui suit, étaient autrefois dans le Vatican. Clément XIV ayant ordonne qu'elles fussent restaurées 7 le souverain pontife régnant Pie Six qui s'éleva de la trésorerie h la pourpre sacrée, confia ce travail à feu Gaspard Sibilla^ sculpteur du Musée, lequel s'en acquitta avec honneur.
(2) Vasari, Vite de? Pittori, toni. HI, vol. I, pag. 56. Les deux géants du Quirinal sont Castor et Pollux, fréquemment représentés avec des chevaux. Ils furent trouvés dans les Thermes de Constantin sur la même colline ; comme affirme Flaminius Vacca {Memorie , n. 10).
été moins estimée par les érudits. Les premiers observent aVec étonnement les belles proportions,
Le même écrivain ajoute que suivant la tradition ; Constantin les avoit, fait enlever du vestibule du palais de Néron ; et que quelques morceaux d'architecture que Ton trouva avec ces figures, semblables à d'autres du Palatin; confirmaient cette opinion. On doit remarquer qu'elles sont du plus grand caractère , d'une manière très-noble, quoique n'étant pas tout-a-fait terminés y comme on s'en apperçoit a quelques points grossiers qui subsistent encore sur le visage. Je suis d'avis que ce sont des copies antiques faites à Rome du temps de Néron ? lorsque la sculpture fleurissait 7 d'après ces figures de bronze d'Egesias si célèbres 7 qui étaient au Capitole devant le temple de Jupiter tonnant ; d'après le témoignage de Pline. En voyant ces neuves ainsi non terminés 7 et leur masse énorme; cela me fait croire qu'ils n'ont pas été apportés de la Grèce 7 et leur beauté me détermine à les regarder comme des copies de ces beaux modèles. Je ne puis passer sous silence deux réflexions à leur sujet : la première ; c'est que Winckelmann a commis deux erreurs lorsqu'il a pensé que les Dioscures ; qui ornent à présent l'escalier du Capitole; peuvent être ceux d'Egésias. La première; en supposant que les Dioscures d'Egésias étaient de marbre 7 quand Pline les a placés parmi les ouvrages en bronze (Pline, Hist. nau , L. XXXIV, sect. 19, num. 16 ). La seconde, en assurant qu'ils furent trouvés au Capitole, quand; selon Flaminius Vacca ; on les découvrit dans le quartier des juifs ( Memorie 7 num. 52 ). Outre cela le travail de ces statues ne pouvait soutenir la réputation de l'un des plus excellens sculpteurs grecs. La seconde réflexion est que le nom du sculpteur Egésias ; pourrait bien être le même que l'Agasias auteur de l'admirable figure Borgbesienne dite le Gladiateur , parce que les noms d'Egésias et d'Agasias sont le même; sans autre variété; que celle introduite par le dialecte dorique , dont se servirent diverses villes de t'A-
Musée Pie-Clém. Vol. L 19
la grâce, et la souplesse qui régnent sur tous les membres robustes de ce Fleuve , l'heureux accord qui existe entre le travail délicat des petits enfans qui l'entourent , des emblèmes qui T accompagnent avec les grandes masses de la figure principale. La réunion de la finesse et du bon goût , qui permet d'examiner de près avec plaisir, la belle exécution de toutes ies parties les plus petites , n'ôte rien à la grandeur et à la variété de la composition qui fait naître l'admiration, en l'observant de loin. L'érudit y découvre avec satisfaction dépeinte , pour ainsi dire, toute l'histoire naturelle de l'Egypte, et il y trouve un témoignage de tout ce que les écrivains anciens et les voyageurs modernes ont écrit de merveilleux sur le cours ,
sie mineure , et peut-être aussi Ephèse, patrie d'Ege'sias. Voilà donc , par rapport à cette célèbre statue , de quoi dissiper la surprise qu'ont quelques personnes, dece que les noms que nous lisons sur les statues antiques les plus sublimes , n'appartiennent à aucun des statuaires renommes. J'ajoute que la critique que Quintilien (L. XII, ch. io ) a faite d'Agasias ou Ege'sias, à qui il reproche un style dur, n'est pas tout-à-fait injuste , parce que ni le Gladiateur Borghése, ni les colosses de Monte Cavallo, qui lui ressemblent beaucoup par le style, ne sont pas le ^meilleur modèle, qui se soit offert, de sculpter les chairs. Mais ce qui est admirable dans ces figures , c'est leur proportion, la grâce , le mouvement de l'attitude et surtout le jeu des muscles si artistement exprimes, qu'ils peuvent servir de caractère propre à faire reconnaître le faire de ce grand artiste.
sur les productions , et sur les phénomènes de ce grand fleuve (i).
Cette majestueuse figure est couchée sur une surface qui est formée comme les ondes : son bras gauche s'appuye sur un Sphinx ; le droit soutient une grande corne d'abondance , symbole de la fertilité que le Nil procure à l'Egypte. Cette corne est pleine de productions de toute espèce , et particulièrement de quelques fleurs qui ressemblent beaucoup au nénufar et aussi à une rose sauvage. Au milieu s'élève un soc de charrue. Dans la main droite , négligemment posée sur le côté , il tient une faisceau d'épis. La sérénité qui brille sur son visage et son front divin , montrent un dieu propice , bienfaisant , qui mérita d'être pris pour l'emblème de la providence du ciel (2).
La couronne qui orne sa tête , est composée d'épis d'avoine et d'autres productions de l'Egypte. Il est difficile d'exprimer quelle grâce régne dans les mouvemens de ces seize enfans qui l'entourent , avec quelle agréable variété l'artiste les a disposés. Nous avons dit , que
(1) On doit remarquer l'équivoque prise par Hardouin par rapport a cette statue. Dans ses notes sur Pline > il la croit celle qui a été décrite par ce S Naturaliste y livre XXXVI ; sect. 1 1 ; laquelle était alors dans le temple de la Paix ; sans réfléchir que cette statue était de basalte
(2) V. dans Winckelmann ; Monum. ined. , n. 81, une pierre gravée qui représente le Nil avec cette épigraphe ÏÏPONOIA. 0EOÏ, Providentia Dei.
ces enfans sont des emblèmes des seize cou-
dées de sa croissance si utile à l'Egypte ^i). Quelques-uns tâchent de monter sur les membres robustes du dieu , d'autres se sont déjà élevés sur ses épaules , et un d'eux est allé se tapir au milieu de sa corne d'abondance. Il y en a qui jouent avec le crocodile et Fichneumon , animaux qui appartiennent au Nil. Ou en voit un qui essaye de lever le pan de draperie qui tombe de-dessus les bras du Fleuve, pour en couvrir les petites sources qui alors étaient inconnues. Entre le crocodile et Fichneumon s'élève une plante , qui sort des eaux et se termine par une fleur, divisée en plusieurs petites capsules.
L'habile artiste, non content de tout ce que son génie avait donné à sa composition , y ajouta encore des parerga , pour rendre le sujet plus clair et plus déterminé. Il environna trois côtés de la terrasse , sur laquelle le Nil est posé , excepté celui de la face , de bas-reliefs , ou l'on voit d'autres plantes , des fleuves , un autre animal amphibie , le robuste hippopotame, les ibis sacrés, et enfin sur des petites barques , quelques hommes qui semblent des Pygmées , et qui sont dénotés comme tels dans l'explication des mêmes images sur les peintures d'Herculanum (2) ; mais ce sont
(1) Lucien ? Rhetor. praecept. Philost.; lib. I? icon. 5 ; Plin., liv. XXXVI, sect. 11.
(2) Pitture d'Ercul., tom< V, tav. 66, 67 e 68.
les Tentirites, qui habitaient une isle de ce fleuve, et qui par leur petite stature se faisaient distinguer des Egyptiens. Ces hommes étaient très-habiles à la chasse des crocodiles j Pline en parle sous ce rapport (i), et il paraît que le sculpteur les a placés là, se livrant à cet exercice. Le combat du crocodile et de rhyppopotame , y est représenté plusieurs fois, et toujours l'avantage est donné au dernier.
Un si grand nombre d'objets mérite une récapitulation très-exacte. La plante , dont la fleur ressemble beaucoup au nénufar, sera certainement le lotos. Nous avons des documens assez certains que cette plante était la nymphe e du Nil, et c'est pour cela que les Arabes l'ont appelée nénufar (2). La description que Théophraste fait du ciamus ou féve du Nil, a beaucoup de rapport avec l'autre plante , dont la fleur s'élève au-dessus de l'eau, comme le fait le ciamus, et elle est divisée en quantité de capsules en forme des cellules de rayons de miel (3).
(r) Pline, Hist. nat. 7 sect. 58. Quin et gens hominum est h uic belluae adversa ih ipso Nilo Tentivytae , ab insula, in qua habitat appellata. Mensura eorurn parva, sed praesentia animi in hoc tantum, usu mira.
{1) Salmasius, Iatr. , pag. i<p ; Prosper. Alpin. ;
De plant. Mgjpt*
(3j Théofraste; Hist. plant., IV, 10. O4 ($£ 9eva^ioç (pverai (ièp h roïç é&èot naï raïç hiuvaiç nàvkôç
Les espèces de petites courges qui terminent la couronne du Nil , eussent-elles été telles que nous les voyons , avant la restauration, pourraient être la colocase (i). La plante du genre des roseaux , que l'on voit ça et là sur le bas-relief , sera , s-ans doute , le biblus ou le papirus , plante très-utile chez les anciens par F usage qu'ils en firen t a la place du papier (2).
De tous les animaux qui sont ici représentes , on connaît assez le crocodile et l'hippopotame. La figure de ce dernier est plus vraye que la description que nous en ont donnée les anciens écrivains , et l'artiste n'a pas commis la même erreur qu'eux, en lui faisant des pieds de Boeuf, et des dents de sanglier. Cette image quadre à merveilles avec la très-exacte des-
wiiyBtç * . . liti TGV-m dì il kéwà itapopoia epr,..>{:&y tfeptfpepsî , xaï h SKaaro tqv miâpQV xvaiioç . . . êïïàvQ dè TGV vdmoç V nodia. « Le ciamus naît dans » les marais et dans les étangs ; sa plus longue tige par- » vient jusqu'à quatre brasses. A son extrémité est une » fleur en cloche semblable à un rayon de miel rond ; » dans chacune de ses cellules est renfermée une féve7 ou » la cloche s'élève à la superficie de Feau». Cette figure du ciamus ou féve du Nil ; se remarque plus facilement dans plusieurs endroits des bas-reliefs qui ornent la plinthe de la statue ; que dans le fragment de îa plante que Yon voit près du crocodile.
(1) Proper. Àlphin.7 De plant. JEgypt. I; 55.
(2) Y. Agostini ; dialog. Ili delle medaglie ; Mazocchi in Reg. Tab. HeracL, pag. 1995 Plin. ; XIII, il.
cription qu'en a faite , il y a près de deux siècles , l'italien Zerenghi (i). L'ichneumon, qui seroit ici différent beaucoup du crocodile , est fort-singulier et peut-être l'unique ; il est très-ressemblant à une belette ou à la fouine, suivant la description de Nicander (2). On a donné aux crocodiles le nom d'ichneumons , dans l'explication d'une terre cuite du Musée Capitolili (3j. Les combats de ces deux animaux, et les pièges qu'emploie l'ichneumon pour donner la mort à un adversaire infiniment plus grand et plus fort que lui, sont ici un des morceaux les plus curieux de l'histoire naturelle ancienne (4). Nous voyons ici l'ibis avec le bec courbe , comme l'ont décrit Pline et Pausanias (5) 5 mais nous ne pensons pas, comme M. Agostini , devoir reconnaître parmi les oisêaux le trochile , très-petit oiseau qui nétoie les dents du crocodile pendant qu'il dort (6). La belle figure du Sphinx mérite d'être remarquée ; car la noblesse qui pare sa physionomie, fait voir, au premier coup-d'oeil, que ce n'est pas un monstre , mais un animal mystique et sacré. Elle est faite comme le sont
(1) Buffon, Hist. nat.y toni. XII de l'édit. in-4-°
(2) Nicander ; Theriaca 7 v. 193.
(3) Museo Capitolino , toni. III ; pl. 90.
(4) Elien. 7 Hist. animal., liv. III 5 Pline ; lw. Vili ; sess. 36 et 37.
(5) Pausanias, Arcad. , ch. 22 ; Plin., liv. VIII ; sect. 4,
(6) Agostini; lieu cité.
tous les Sphinx égyptiens , et sur la coiffure qui lui couvre la tête et les épaules , on voit un petit serpent, qui a assez de rapport avec la description de Y aspic d'Egypte (i). C'est une idée fort-ingénieuse que celle de faire appuyer le Nil sur le Sphinx, qui n'est autre chose que la combinaison des signes du lion et de la vierge, sous lesquels arrive l'inondation
qui féconde l'Egypte , quand elle parvient jusqu'à la hauteur de seize coudées , dont les seize enfans sont le symbole.
Ce groupe admirable fut déterré du temps de Lion X , près de la Minerve j il fut transféré en même temps que la statue du Tibre, qui lui-sert de pendant. On dit que pour conserver la mémoire de cette découverte , on peignit les Fleuves sur la façade d'une maison qui est près de la porte latérale de la Minerve (2). On a déjà remarqué que plusieurs monumens égyptiens , trouvés dans le même lieu, indiquent qu'il y a dû exister le célèbre temple Isée , dédié à Isis , élevé dans le champ de Mars (3).
(1) Spanîiëmius, De usa et praest. num. , diss. IV 7 De aspide in numrnis, tom. I ; pl. 222 et suiv. Plutarque, dans le traite De hide et Osiride 7 remarqu? que l'aspic sur le front des figures égyptiennes est un signe de divinité.
(2) Memorie di Flaminio Vacca ; n. 26.
{3) Nardini, liv. VI 7 chap. 9.
Observations de Hauteur, insérées dans le tome Vil de Védition de Rome*
A la page 296 on a suivi, sans porter plus loin l'examen, l'explication zodiacale du Sphinx. Le savant M. Zoega a depuis fait voir ( Numi Egjptii, p. 1^0 ) combien cette explication était peu vraisemblable. J'ai eu moi-même occasion de me convaincre que dans les Sphinx égyptiens lorsque le sexe est apparent , il est toujours mâle. Son visage est d'un jeune homme, souvent aVec une petite barbe, il n'est jamais celui d'une jeune fille; ainsi l'allusion faite à la vierge est un rêve. Comme le lion était un attribut d'Orus , les Sphinx sont aussi les emblèmes de cette divinité, et de ses Génies. Ce dieu présidait spécialement à l'inondation du Nil; par cette raison le Sphinx est devenu le symbole de ce grand fleuve, et en même temps celui de l'Egypte elle-même. On peut voir encore à ce sujet l'explication du monument gravé plan. 100, n. 1 du III vol. de cet ouvrage.
Je dois rétracter aussi ce qui a été dit dans la note de la page 289 à propos d'Egésias que l'on voudrait supposer être le même que le célèbre Agasias d'Ephëse, auteur du Gladiateur Borghese. Dans le nom d'Agasias, né à Ephèse, et par cette raison dans l'Jonie, on ne doit pas supposer le dialecte dorique. En outre de cela, le caractère de dureté que l'on attribue aux ouvrages d'Egésias ne peut pas convenir à ce morceau sublime.
PLANCHE XXXVIÏT.
Le Tibre*.
Une louve avec deux gémeaux , le laurier sur la tête, une physionomie majesteuse , font connaître que cette figure représente le fleuve triomphal qui arrosait la capitale du monde.
Hesperidum jluvius regnator aquarum, comme Virgile l'appelle (V, en un mot, le père Tibre. Dans sa main droite il tient une corne d'abondance remplie dey fruits , symbole des objets de première nécessité pour l'homme, et le soc de charrue , qui s'élève au milieu de ces fruits, démontre que la fertilité du sol ne suffit pas sans le secours de l'agriculture. Sa rame indique un fleuve navigable. Par la grandeur , et par la position de cette belle statue, on voit qu'elle a été faite exprès pour accompagner la stàtue du Nil , avec laquelle elle fut trouvée. Le travail en est semblable , et se distingue par son excellence, de sorte que Pline aurait dit d'elle , peut-être , ipso amne lûjuidiorem (2).
* Haut. 7 avec la terrasse 7 sept palmes un tiers , et sans la terrasse six palmes et demie dans sa plus grande hauteur. Longueur treize palmes et deux tiers. Cette figure est du marbre statuaire que les artistes appellent Cip ola.
(1) Mneid.j liv. \ TIÏ \ v. 77.
(2) Pline 7 liv. XXXIV, sect. 19.
Il est inutile de repéter ici les rapports , Lien connus de tout le inonde , qu'a le Tibre avec les gémeaux fondateurs de Rome , qui ayant été exposés sur son rivage , alors inondé , et précisément dans un lieu qui s'appelle encore aujourd'hui Velabrum , furent allaités par cet animal féroce qu'on avait consacré au dieu Mars, leur père. Les bas-reliefs qui ornent le soubassement de cette statue , comme ceux du Nil , méritent un examen attentif. Ici on voit sculptés , non-seulement les animaux et les bestiaux qui paissent sur ses rives -y on voit non seulement les collines boisées qui l'environnent , et qui procurent du bois abondamment , dont le transport devient aisé au moyen des eaux du fleuve , qui facilitaient par leur cours lent une navigation contraire, qui n'est rendue facile aujourd'hui , qu'en remorquant par le secours des hommes et par les efforts de la rame ; mais on y voit aussi sculptée l'invention mythologique de l'appari» tion du Tibre à Enée , pour lui donner l'ordre de se fixer sur le rivage du Latium , et telle fut l'origine du nom Roruain (i). Le dieu du fleuve sort majestueusement de ses eaux jusqu'à la poitrine , et il semble par son attitude dire au pieux Troyen qui se repose sur ses bords ;
Hic libi cena domus , certi 7 ne ab sis te , Pénates (2).
(1) "Virgile, Mneid.y liv. V'Ht, v. 26 et suiv.
(2) '' Ibid. v. 5q.
Soo
On voit près d'Enee la truie avec trente petits pourceaux , signe de la vérité de la vision (i) ; et la blancheur de cet animal donna le nom à la ville d'Albe , fondée trente ans après par Ascagne : ses habitans furent l'origine des Romains , Albanique patres. Cette ville d'Albe que l'on voit sculptée , est , peutêtre, Albe qui fut bâtie, non pas sur le rivage du fleuve où apparut la truye blanche , mais entre le lac et le mont Albano, où cet animal s'arrêta. Il se pourrait même encore que la ville ici représentée fût Rome, à qui le ciel prodigua tant de miracles lors de son établissement, comme pour annoncer sa grandeur. Mais on est embarassé de savoir quelle est l'autre demi-figure , qui, comme la précédente, sort des eaux, et qui a beaucoup de ressemblance avec elle. A moins qu'on ne veuille croire qu'elle représente l'image du Fleuve lui-même qui se fit voir en songe à Enée , selon le récit de Virgile. On peut dire que ces deux figures sont l'emblème des deux bras dans lesquels le Tibre se divise vers ses bouches , l'Ostiense et le Portuense. On peut aussi conjecturer qu'elle représente VAniene^ le dernier des fleuves navigables dans lequel le Tibre se déverse. Les figures assises parmi les roseaux me semblent , à l'examen de la gravure , des pêcheurs avec leurs
(i) Virgil. ? ibicL, v. 4^-
Soi
corbeilles; mais sur le marbre, ce sont plutôt des nymphes avec leur urnes , ces mêmes nymphes Laurentes , qu'Enée invoqua
.... genus amnibus unde est (i).
Elles pourraient aussi représenter l'eau Crabra et l'Aimone (a), deux confluens du Tibre, assez célèbres chez les anciens Romains.
Addition de l'auteur.
Le dessin paraît justifié par l'examen fait avec soin, de ces figures très-gâtées, qui représentent des personnes assises sur le bord d'un fleuve , dans les bas-reliefs du Tibre.