‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 44 sur 53 · PLANCHE XLV · texte numérisé non relu

PLANCHE XLV

Silène fi

Tous les antiquaires ont adopté une distinction qui leur sert très-bien à classer le nombre infini et varié des images des divinités champêtres qui accompagn aient Bacchus , et qui formaient sa suite. Leur caractère se remarque tantôt dans la partie inférieure du corps , qui tient de la chèvre , tantôt dans la forme des oreilles seulement, quelquefois dans la queue et les cornes. On les représente ou vieux , ou jeunes. On a donné

(i) Galleria Giustiniani y t. I; pl. 47-

* Haut, huit palmes moins une once -, sans la plinthe sept et un tiers. Elle fut achetée d'après les ordres de S. S. régnante par le commissaire des Antiquités de M. Thomas Jengkins , gentilhomme anglais , honorable négociant y l'honneur de son pays. Elle fut trouvée dans la voie Prénestine, à Torragnola } possession de la noble maison Cesi.

le nom de Satyres à ceux qui par l'air du visage , par les cornes , les cuisses et les jambes de bouc , ressemblaient aux anciennes effigies du dieu Pan. Ceux qui n'ont que la forme des oreilles, une queue, et quelquefois de petites cornes à peine indiquées , mais les jambes et les cuisses d'homme , furent appelés Faunes. Si ces dieux au lieu d'être représentés jeunes , ou en âge de virilité , sont montrés sous la forme de vieillards, ou d'un âge mur seulement, ce ne sont plus des Faunes, mais des Silènes. Quelques antiquaires voulant plus de précision , ont distingué, par des noms différens, les Faunes selon la variété de leurs formes. Ils ont conservé cette dénomination à ces dieux qui joignent à la figure humaine, des oreilles de chèvre, des cornes et uue queue. Us ont appelé Tityres ces espèces de Bacchans , rares , qui n'ont rien du bouc (i). On ne peut qu'applaudir au soin ingénieux de ces écrivains de faire correspondre des noms différens avec des idées également différentes, ce qui porte dans celles-ci une plus grande clarté : mais il semble qu'ils ont été trop loin eu veulant faire dériver une telle division, qui ne peut avoir d'autre objet que l'utilité dont elle est pour les artistes , des idées des anciens , et quand ils accusent de peu d'exactitude les classiques qui n'ont pas observé cette division. Pour détruire absolument leur système, il suffira de réfléchir que l'on

(i) Bronzi d'Ercolano , t. II , pl. 37 et 3q.

trouve des figures d'un travail grec , d'une antiquité très-reculée, qui représentent tous les genres de Bacchans , et que cependant nous savons que les Grecs iront jamais connu les Faunes, qu'ils appelèrent constamment les suivans de Bacchus Satyres et Silènes. Ce n'est pas que quelquefois les Grecs ne distinguassent des caractères particuliers aux divinités de ce genre, et, peut-être, ne connurent-ils pas de distinction plus sòlemnelle que celle de Pan et de Silène. Le premier fut toujours représenté avec des membres humains 5 et de chèvre. On donna aux Silènes un front chauve , le nez écrasé , une longue barbe , la poitrine velue , une taille courte et un gros corps. Les Grecs reconnaissaient dans Pan une des plus anciennes divinités de l'Arcadie , et le dieu des pasteurs , et ils voyaient dans Silène le précepteur , le compagnon , le guide de Bacchus. Tous les classiques sont d'accord sur ces deux caractères , et personne n'en a fait une description plus animée que Lucien , en nous indiquant dans le passage suivant , que tous deux étaient ala tête de l'armée qui fit la conquête des Indes. T'-jtoarpaT^yaÏp de dóo ha fièv tivù ftpa^vv, 'Ttpea^VTfi'V , vïïÔTCaftvv, jrpoydo'Topa , pwÔGifjLOV , qt(u (léya/la op^ia ly^ovta, , v^vorpo^iov 9C. r. 2. eiepov dè repaanop âv^pQTtov rpdyQ rà vèp^ev eoixora , #o- £irLT7iv rà GKekri, nèpaza é^ovra- , fìaSvTtòyQva , opyi/Lov x. t. /L « Sons les ordres du dieu , deux » autres commandaient l'armée ; l'un était petit , » vieux, fort-gras, ventru , le nez écrasé, ayant

» des oreilles droites ; il marchait en tremblant

» l'autre, était .un homme monstrueux, de

» la ceinture en bas semblable à un bouc, dont » il avait les jambes garnies de longs poils, avec » des cornes, une longue barbe , et il avait l'air » irascible (i). » Ces deux portraits de Silène et de Pan servent à nous les faire reconnaître dans les monumens: mais dans les figures de Silène que nous présentent les sculptures, nous trouvons les mêmes variétés que nous rencontrons dans les auteurs qui en ont parlé. Et quand quelquesuns en font un vieillard ridicule et toujours ivre, d'autres le peignent comme un sage si éloigné de l'imposture , qu'en se laissant confondre dans la foule des voluptueux, il n'ignore ni le principe ni la fin des choses , et son esprit est plein d'une vraie philosophie. Telle est l'idée que la sixième Eglogue de Virgile nous domi e de Silène , et la même idée, sans doute, en avait l'artiste grec auteur de la belle statue de la Pailla Pinciana^ où ce demi-dieu est représenté tenant dans ses bras Bacchus enfant. La noblesse de ses traits , et celle de tous ses membres , indique un personnage sensé, auquel on a pu confier l'éducation d'un dieu. Le sculpteur des mains de qui est sortie la statue que nous décrivons, l'a vu sous un autre aspect , et nous l'a représenté comme le personnage allégorique de l'ivrognerie. Il ne

(i) Lucien ; Praefat. seu Bacchus, t. H, pag. 5n de Fédit. de Bençd.

s'est en rien -écarté de la description ridicule qu'en fait Lucien , en formant les traits de son visage et tous ses membres , excepté que les oreilles de la statue ne ressemblent pas à celles de la chèvre. Quoique ce qui se voit dans ses mains soit une restauration moderne , il n'y a aucun doute que l'action ne soit celle d'exprimer une grappe de raisin dans sa coupe, telle qu'on la lui voyait, renversée par l'effet de l'ivresse, dans un beau groupe examiné et décrit par Pausanias (i). Il est impossible de concevoir avec quelle perfection l'artiste a rendu son idée, si l'on n'a pas le marbre sous les yeux. La tête couronnée de feuilles et de grappes de lierre , a un caractère ravissant. L'expression naturelle des chairs du torse gras et velu , indiquent le dégré d'excellence auquel la sculpture peut s'élever. Si l'on observe sa physionomie, on y apercevra de la ressemblance avec Socrate; ressemblance qui fut non-seulement remarquée par le satyrique Aristophane , mais qui dans des temps modernes a fait commettre à quelques-uns une erreur , en donnant les noms de Socrate et d'Alcibiade , à quelques figures de groupes lascifs qui représentaient des Bacchanales.

Cette statue de Silène est pleine de mérite , et bien différente de toutes celles que l'on connaît ; comme, par exemple, de celle de la ville Borghése , qui se voit répétée deux fois dans

(i) Pausan., Eliaca, ou liv. II ; clr 2$.

Fancien palais Ruspoli , de Pautre couchée, à la ville Ludovise , que l'artiste a représentée , selon Virgile ,

Instatimi he sterno venas ut semper Iaccho , et enfin de celle extrêmement curieuse du palais Gentili , où Silène se voit vêtu d'un habit théâtral fait en mailles, tel que ceux dont se revêtaient les acteurs , pour mieux figurer les membres gras et velus du nourricier de Bacchus (i). Cet habit a été jusqu'à présent le motif de beaucoup d'équivoques de la part de presque tous ceux; qui ont voulu expliquer ce beau monument.

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