PLANCHE XL VI
Faune *.
La qualité précieuse du marbre , le bon goût de la sculpture , la belle conservation de la fi-
(i) Cet habit s'appelait âyp^vop, Pollux le de'crit ainsi, IV; 116: To il' tfv TV/isyiia l| eplov iïueTvôiïeç uve pi xâv TO (TQ{ia. « Un tissu de laine à mailles qui enveloppait tout le corp. » Et Favorinus ajoute: 'Aypq-* pop y %oiKikov èpsovv diKTvoeidèÇ) uaï evàv(ia tcolov o TcepiTL^evraL ol ^an^svovrsç rô Liovoq, « L'Agreno » est un habit de laine de différentes couleurs,, a mailles, t) dont se revêtaient les Bacchantes. » Que Ton observe le simulacre du palais Gentili 7 et on connaîtra que c'est un Silène vêtu précisément d'un habit semblable.
* Haut, sept palmes et demie ) sans la plinthe sept palmes deux onces. Le préfet des Antiquités Tacheta par ordre de Sa Saintété ; de MM. les comtes Centini>
Musée Pie-Clérri. Yoî. I 21
gure, donnent lieu de placer ce Faune admirable parmi les morceaux antiques les plus beaux et les plus distingués qui enrichissent uotre Musée. La statue est de marbre rouge , que l'on croit communément avoir été tiré par les anciens de l'Egypte , opinion qui n'est pas appuyée par les monumens qui nous restent des peuples de ces contrées. Je ne me rappelle pas avoir vu aucun ouvrage évidemment Egyptien qui soit fait
de pareil marbre , dont on n'a trouvé nulle part aussi fréquemment des morceaux de cette qualité , que dans les ruines de la Villa Adriana , où cette statue fut découverte , ainsi qu'une autre semblable , mais moins bien conservée , qui fut placée dans le Musée Capitolili. On a découvert dans les mêmes ruines, à différentes
héritiers de feu comte Fede , et en même temps deux hermès colossaux, qui ; je crois ; représentent ia Tragédie et la Comédie , et cela principalement à cause de la chevelure postiche qui leur garnit le front, dans le genre des masques tragiques et comiques. Il acheta aussi un bel hermès d'Antisthêne, un buste de Domitia y un therme superbe qui représente Hercule. Tous ces monumens furent découverts dans la Villa Fede à Tivoli, qui était jadis la ville Adrienne, excepté cependant le Faune qui fut trouvé dans une autre partie de la Villa Adriana , appartenante à MM. Bulgarini, laquelle s'appelle à présent Palazzo.
(i) Il y a dans la Villa Albani une statue de marbre rouge d'un style égyptien, bien restaurée, mais on apperçoit facilement que c'est une imitation de ce style et de la manière ? ce qui se reconnaît aux traits du visage qui représentent le portrait d'Antinous.
époques , beaucoup de fragmens de statues du même marbre , qui représentent des jeunes gens nus , que l'on a cru des figures d'athlètes. Une demi-figure semblable, que l'on voit dans le palais des Conservatori de Rome, a été nommée par le vulgaire Appius Cœcus , parce que les yeux sont creux, à raison du morceau d'émail qui anciennement y avait été adapté , comme on le faisait à presque toutes les statues de marbre rouge. Peut-être que l'usage de sculpter un si beau marbre n'est pas même antérieur au temps d'Adrien , car nous apprenons de Pline que les statues de porphyre qui furent connues sous le règne de Claude , n'étaient pas en usage de son temps , parce que cette nouveauté n'avait pas été favorablement accueillie- L'emploi des marbres de couleur pour la sculpture fut , sans doute, un effet de ce luxe qui amena le dépérissement de Fart. Cependant notre statue est des dernières époques où la sculpture , sous Adrien , fleurissait encore , et elle est un des meilleurs ouvrages. La couleur de la pierre a été très-bien choisie pour représenter la figure vermeille d'un Faune , divinité champêtre , amie du vin. Toutes les formes de ses membres sont parfaitement convenables au sujet , et imaginées avec le meilleur goût. Je dis imaginées , parce que l'artiste voulant exprimer dans le Faune une nature qui tînt de la chèvre , lui a donné non-seulement des cheveux hérissés, les oreilles, la queue, et les deux petites excroissances à la gorge ? corn-
me celles qui pendent au col du bouc (i) , mais il a de plus aliéré les agrémens de toute la figure , pour la mettre d'accord avec ce mélange d'une nature étrangère. La partie anatomique est même dans quelques endroits faite de caprice, particulièrement dans les apophyses des genoux, que Y artiste a multipliées exprès , pour mieux remplir ses intentions. On ne peut que le louer d'avoir employé de telles formes , quelqu'éloignées qu'elles soient de la vérité \ car on y voit se développer son inteligence 3 principalement parce que avec cela toute la figure offre dans ses contours une beauté et une délicatesse d'exécution qui indiquent un sculpteur du premier mérite. Notre Faune a sur le corps une peau de chèvre , dont les habitans des campagnes se revêtaient, d'où est, peut-être, venue l'origine, ou la première idée des Faunes et des Satyres. Ce Faune tient de la main gauche sa peau de chèvre relevée et pleine de fruits , et il a dans la droite (restauration moderne) , élevée au-dessus de sa tête , une grappe de raisin qu'il regarde avec avidité. Les claquettes et le chalumeau, qui sont les instrumens particuliers des Satyres, et de tous les autres suivans de Bacchus, si voyent suspendus à un tronc d'arbre , que le
(i) On voit ces excroissances ; que Colunielle appelle verrucuiae y et qui sont particulières à l'espèce des chèvres y à beaucoup d'autres figures de Faunes et principalement sur un beau bronze d?Herculanum? t. II des Bronzi 7 pl. 4°.
sculpteur a ménagé près de la statue pour lui donner plus de solidité. Le Faune semble avoir les pieds eu mouvement, comme s'il était piêt à faire un saut. Les yeux qui étaient anciennement placés dans la concavité de leur orbite étant détruits , on en a rapporté d'autres en émail. Quoique les connaisseurs modernes désapprouvent l'usage de placer des yeux de cette façon aux statues , le regardant comme un mélange de la peinture et de la sculpture du plus mauvais goût, il ne semble pas si repoussant dans une figure de marbre de couleur, dans un sujet champêtre et comique , dans lequel on peut se permettre plus de liberté , qu'on n'en prendrait dans un ouvrage consacré ou à la vénération des peuples , ou pour éterniser la mémoire des princes et des héros, (i).
Observations de Vauteur insérées dans le tome VII de l'édition de Home.
Ce que nous avons dit des apophises multipliées des genoux de cette figure n'est pas correct, il est plus exact de dire qu'elles sont exagérées.
(i) Les yeux formes d'une autre matière ont ëte' employés par les plus habiles sculpteurs grecs ; comme on en voit un exemple dans l'Hercu'e Farnese. Peut-être que le motif qui détermina à former ainsi les yeux de cette figure , fut qu'elle devait être vue à certaine distance ? et que cela donnait plus de valeur aux contours.
Dans la note (i) de la page precedente le jugement porté sur l'Hercule Farnèse n'est pas juste. Cette statue, vue à une certaine distance, produit un grand effet, mais elle en produit un admirable vue de près. On trouvait des yeux rapportés, d'émail ou de pierre précieuse dans la tête colossale supçrbe d'Antinous, placée jadis dans la villa de Mondragone à Frascati, et actuellement au Musée de Paris. Je crois que très-souvent on fit les yeux rapportés aux statues d'une simple calcédoine, dont la couleur est peu différente de celle du marbre, mais qui a seulement plus de brillant. On en verra un exemple dans un hermès de femme du Musée Capitolili , auquel se sont conservées les calcédoines (T. I, pl. 57 ); du reste Je jugement que nous pouvons donner sur l'effet de quelques variétés de couleurs dans les statues antiques, ne peut être suffisamment juste à présent que ces statues ont perdu les demi-teintes que leur donnait l'encaustique, que les anciens artistes appliquaient avec de trèsgrands soins.