‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 5 sur 53 · JUNON VOILÉE · texte numérisé non relu

JUNON VOILÉE

La statue de Junon voilée, que Ton trouva dans line fouille près de Castel- Guido , endroit qui correspond à l'ancien Loriwn, est très-remarquable par son intégrité, ayant conservé la main droite qui tient une patère. Le symbole, le voile, le diadème, caractérisent assez cette figure pour la Junon , que Ton voit précisément voilée, et avec une patère, dans les anciennes médailles qui portent l'épigraphe de Junon reine. Sa statue, que Fou adorait sur le Capitole, était voilée, comme on le remarque dans les médaillons d'Adrien, qui représentent les trois Divinités Capitolines. Le voile était tellement un ornement particulier de cette déesse , qu'Albric et Fulgence, écrivains qui vivaient dans un tems ou les philosophes payens s'efforçaient d'excuser les absurdités de leur religion, en les couvrant par des allégories bien imaginées , donnent sur ce voile des explications ingénieuses. Le premier prétend qu'il représente

* Hauleur; sans la plinthe ; 8 palmes.

les nuages qui obscurcissent l'air, dont Junon est Je symbole (i). Suivant l'autre le voile indique que les richesses , dont Junon est la dispensatrice, doivent être soigneusement cachées 2). Ces interprétations subtiles ne remplissent pas certainement l'idée qu'eurent les anciens artistes qui la voilèrent, ou comme matrone, ou comme épouse de Jupiter , titre sous lequel elle eut à Platée une statue , ouvrage de Callimaque (3). Sa statue de bois, très-antique , sculptée par Smilide, contemporain de Dédale, et qui se voyait à Samos, était voilée , ainsi qu'il paraît par les médailles ; et en outre du voile , elle avait encore sur la tête une espèce de Modium, de muid (4): ce que je fais d'autant plus remarquer, que cet attribut éxistait anciennement à notre figure, parcequ'on lui voit sur la tête un espace rond qui soutenait le medium, et en outre un trou carré dans lequel il s'enclavait. Ce pourrait être aussi les vestiges des colonnes qu'on vénérait comme des statues dans les tems les plus anciens (5), ou un véritable muid, signe de la reconnaissance des adorateurs, qui de cette manière déclaraient devoir leurs richesses à leurs divinités. On peut croire que dans notre statue, qui n'est pas certainement

(1) Àlbric, de Junone*

(2) Fulgence, Mythologie 7 L. Il ; Junon.

(3) Pausar). Béotiq. chap. 2.

(4) Musée Pisani, pl. XXUl , XXXïX.

{5) Buonarotti; Medaglioni ? etc. pag. 216.

d'un style si ancien, cet attribut aura été ajouté à l'imitation de quelqu'autre statue de la déesse plus ancienne , ou bien pour signifier qu'elle est la maîtresse et la dispensatrice des richesses , comme nous l'avons dit plus haut. Cette figure, dont la draperie est de bon goût, n'est pas uh ouvrage grec , mais bien du tems de l'empire romain. Peut-être embellissait Lorium, fauxbourg impérial, dans lequel Àntonin le Pieux fut élevé, et où il mourut (i).

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