‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 6 sur 53 · PLANCHE IV · texte numérisé non relu

PLANCHE IV

JlTjNfON ALLAITANT *.

Cette statue de Junon allaitant est un sujet assez singulier. Mais autant nous sommes certains que la déesse qu'elle représente est la sœur , l'épouse de Jupiter, en examinant l'ornement de sa tête et une certaine noblesse dans les traits qui lui est particulière , et que les sculpteurs anciens n'ont jamais changé , autant sommes-nous dans l'incertitude de savoir quel est l'enfant qu'elle tient sur son sein. Winckelmann, qui le premier a fait connaître cette figure curieuse (2) a pensé que l'enfant était Hercule, à qui Junon, ou trompée

(ï) Jule Capitolili, Anton. Pius y cap. 1 et 12. * Hauteur, sans la plinthe , 7 palmes et un tiers. (2) Monum. antichi inéd. pag.

par Jupiter, comme le croit Pausanias (O, ou persuadée par Pallas, suivant l'opinion de Tzetze(2), présente ses mammelles. On ajoute que cet enfant robuste les lui mordit > et que le lait s' étant répandu, il forma dans le ciel la voie lactée. Quoique dans les anciennes épigrammes il soit question d'une effigie de Juuon allaitant, l'enfant n'ayant aucune marque qui le distingue coin» me fils de Jupiter et d'Alcmène, nous n'avons rien d'assuré sur cet objet. Au coutraire, il paraît qu'Albric a supposé que dans ces figures l'enfant doit être un Mercure, allaité, dit on , aussi dans quelques occasions par cette déesse (3). Cependant j'ai de la peine à concevoir pourquoi tous se sont adonnés à croire que la jalouse moitié de Jupiter portait dans ses bras le fils d'uue de ses rivales, quand elle était glorieuse elle-même de ses trois enfans, Hebé, Vulcain et Mars. Le caractère du sexe excluant la première , je n'hésiterais pas à choisir Mars parmi ses enfans pour le sujet représenté dans cette statue ; non seulement pareequ'il devait lui être plus cher que les autres , puisque , selon la mythologie la moins ancienne , il ne tenait la vie que de sa mère seule, mais je m'y déterminerais encore plus facilement pareequ'au nombre des médailles de grand bronze de Julia Mammea , mère

(1) Pausar». Béotiq. chap. 25.

(2) Chiliad.

(5) Aibric. Imag. de Junone.

d'Alexandre Sevère , il en est une qui représente Junon assise, avec une fleur dans sa main droite, et un enfant emmailloté dans la gauche : l'épigraphe Juno Augusta, qui se lit autour , indique clairement qu'on a fait allusion à l'impératrice ; et cette allusion ne permet pas de prendre cet enfant pour tout autre que le dieu Mars. La fleur, que la déesse tient dans la main, le confirme encore. Ovide nous apprend que Junon , blessée de n'avoir eu aucune part à la naissance de Pallas , voulut aussi se vanter d'une progéniture qui vint uniquement d'elle seule; que Cloris , ou Flore , fut celle qui trouva le moyen de la satisfaire , en lui offrant une fleur née dans les campagnes Oleniennes dans l'Àchajie, dont le contact seul put la rendre féconde (1). Elle enfanta Ma» s. Selon Servius, la fleur était celle du chiendent (a). Maintenant si la Junon de la médaille Mamméiene tient dans ses hras Mars enfant, c'est un indice pour le reconnaître aussi dans notre statue. La tendresse , l'air de complaisance exprimés sur le visage de la déesse , qui considère l'enfant, appuyent cette idée. On peut donc la regarder comme une Junon martiale y car cette épithète qu'on lui donne ne peut se rapporter à d'autre sujet ; et l'herbe , ou la fleur qu'on lui voit dans la main droite sur les

(1) Ovide, Fastor , liv. V ? vers. 25 1 et suiv.

(2) Serv. ad Eneid» liv, I> vers. 5g6.

médailles de Gallus et de Volusianus , que quelques antiquaires (i) ont pris pour une tenaille, fait allusion, sans doute, à la naissance merveilleuse du Dieu de la guerre. Il me reste encore une observation à faire , c'est que Junon eut aussi le surnom de Natalis (2), et alors elle est la même que Lucine, dont l'office pourrait être indiqué symboliquement par l'enfant qu'elle presse contre son sein. Je ferai remarquer que cette statue , dont la tête mérite l'admiration pour la majesté qui brille dans les traits et l'impression de douceur qui y est jointe , est dans le reste du corps et dans la draperie, d'un style si différent de cette tête, qu'on ne peut attribuer cet ouvrage à un seul maître , quoique le cours des siècles ait entièrement respecté son intégrité.

Page 1