PLANCHE L I
Centaure *.
Cette belle figure de marbre blanc statuaire a été récemment découverte près de Latran. Elle est une nouvelle preuve du mérite de son original , lequel est le plus jeune des deux célèbres Centaures du Musée Capitolili, depuis long-temps connus sous le nom de Centaures des Fu rietti , et qui sont des restes précieux de la Pilla Adriana. La copie de celui qui porte la b£ft be fut tirée de la terre , dans le siècle passé, de la Tailla Fonseca , contigue au jardin, où s'est trouvée la présente statue que l'on conserve dans la Villa Pinciana. Quoique ces deux
* Haut. sept, palmes moins une once; sans la plinthe six palmes cinq onces ; longueur quatre palmes et une once. Celte statue fut trouvée dans le jardin.de Sanata Sanctorum derrière l'hôpital de Saint-Jean de Latran. On trouva dans le même jardin et aux environs les morceaux suivans: un lion de marbre gris ; de grandeur naturelle 7 avec une tête de veau dans les griffes 3 un très-beau buste d'un personnage romain inconnu ; une statue d'Hercule jeune 7 tenant une corne d'abondance \ une petite statue d'Adrien sous la forme de Mars avec le casque, le baudrier ; Fepée et le bouclier de bronze ; une superbe lampe de bronze trilicne , c'est-à-dire à trois branches j d'autres fragmens de métal ; plusieurs colonnes de granit ; de marbre varié > et quelques peintures représentais des Dapiferes 7 lesquels ne paraissent pas antérieurs au V.me siècle.
Musée Pie -Clé m, YoL ï. 22
copies n'approchent pas de la beauté des originaux qui furent sculptés par Aristée et Papia Aphrodisiens, sur un très-beau marbre gris noir, cependant, outre la rareté du sujet, on y trouve un grand mérite dans le travail , et plusieurs parties qui se sont bien conservées expliquent Faction et l'expression des Capitolins. Plusieurs personnes ont cru apercevoir dans ces copies quelque chose de plus moelleux que les originaux mêmes, réfléchissant que la couleur noire du marbre qu'ont employé les deux artistes de Chypre exigeait un peu plus d'exagération des formes , et des contours plus déterminés , pour pouvoir être facilement aperçus malgré la teinte obscure de la pierre (i). Ce qui s'est conservé dans les copies, c'est le Cupidon que l'on voit sur la croupe de notre Centaure et de celui de la galerie Borghese , et il manque tout-àfait dans les Centaures du Capitole, quoiqu'on y aperçoive les traces du petit cavalier. Le petit Amour qui est sur la seconde figure porte une bandelette pour suspendre le carquois. Ces figures donnent , pour ainsi dire, toute l'expression à ces sculptures. On voit à la Villa Borghése un Centaure d'une taille robuste , et d'un ca* ractère fier, mais à qui le dieu enfant qui Fa dompté a fait perdre la force naturelle de ses inclinations animales ; idée exprimée par ses
(i) En effet cette pre'tendue sécheresse du travail ne s'aperçoit que dans les plâtres.
mains liées derrière le dos, position particulière aux prisonniers , et qui n'a pas été donnée au Centaure par le sculpteur pour faire preuve de son habileté dans l'expression musculaire de la poitrine , comme quelques-uns l'ont supposé. Dans notre figure le bras droit manquait comme daus l'original, et parce qu'il restait au torse une attache qui indiquait son usage, celui de soutenir quelque chose de lourd, on n'a pas suivi en cela l'exemple de la restauration du Capitole j mais réfléchissant qu'elle a dans la main gauche le pedum appelé ÀwyôfioÀoç parcequ'il servait a la chasse des lièvres, et d'après l'exemple trouvé sur un bel autel de la Villa Borghése (i), ou lui a mis dans la main un lièvre qu'il a gagné h la chasse, dont il paraît très-satisfait par la joie qui est exprimée dans ses yeux et sur toute sa figure. Mais F Amour, dont le féroce chasseur est lui-même dévenu la proie , se mocque de cette joie, et reste assis comme un vainqueur sur le dos du monstre. Cette pensée est peu différente de celle de la seconde idille de Bion, qui parle d'un jeune chasseur, lequel voyant Cupidon dans la forêt, voulait en faire sa proie , mais un vieillard lui-persuada d'abandonner cette inutile tentative , l'avertissant qu'au contraire il déviendrait un jour lui-même la proie de l'Amour , lequel se poserait en vainqueur sur sa tête.
(i) Winckelmann, Monum. anu ïneth ? n. u.
'E,2,Sq'P êl;atfipaç 7tè(pa%av êm céîo woôihi-.
» Il s'asseoira promptement sur ta tête.
En outre une telle action de chasseur donnée au Centaure ennoblit et embellit son expression : et puis elle est toute dans le caractère de ces sauvages qui ont la nature de l'homme et du cheval. Nous savons aussi par l'analogie de l'histoire moderne , que les premiers qui se montrèrent sur des chevaux devant des peuples sauvages , leur parurent ne faire qu'un même corps avec l'animal (i). Homère nous enseigne que long-temps avant que l'on eut l'usage de monter les chevaux, on les attachait aux chars, et dans l'Iliade et l'Odyssée on ne parle pas d'autres cavaliers , que des combattans qui étaient montés dans des chars. Cependant la fable de Phèdre le Cheval et le Sanglier [ nous fait connaître que l'usage de monter sur le dos du cheval eut son origine à la chasse (2). Les Centaures ne furent donc que les premiers qui se livrèrent à cet exercice sur des chevaux, quoique Fétymologie du nom, qui semble indiquer un frappeur destaureaux , ait fait imaginer une autre origine historique à cette espèce de monstre, amplement décrite par Palefatus (5). Mais cela est
(1) Solis, Istoria del Messico } raconte que telle fut l'impression qu'excita chez les Mexicains la vue des cavaliers espagnols.
(2) Phèdre, liv. IV , pL 3.
(3) Palefatus ; De incred. hist.} I, p. 8 de l'édition de
suffisant pour expliquer le motif de la restauration du bras droit ; on a placé le pedum dans la main gauehe 3 en le copiant de celui qui se voit dans l'antique au Capitole , que Ton a pris pour modèle dans tout ce qui manquait. C'est dans la tête particulièrement que cette copie offre le plus grand soin. L'habile artiste a su indiquer dans les narines, qui semblent disposées pour hennir, et dans la forme des oreilles , quelque chose qui tient du cheval mélangé avec la nature humaine, de manière qu'il a mis en harmonie les formes de l'homme et de cet animal , qui paraissent ne faire qu'un tout. Cette très-rare statue a été placée à la suite de Bacchus parce que la passion dominante de ces monstres pour le vin
Gale. Voici ce qu'il racconte sur l'origine des Centaures : près de INephelé, nom d'une contrée de la Thessalie ; il y avait des taureaux furieux: quelques jeunes gens imaginèrent pour les dompter de monter sur des chevaux y ce que personne encore n'avait fait ; et en frappant de leurs dards les taureaux ; aitò TGV newelv ravpyç , ils furent appelés Centaures, d'où vient la fable que ces monstres étaient fils d'txion et d'une nuée 7 en grec 'FletpéÀf? , Nephelé. Les anciens ont quelquefois représente les jeux équestres par des Centaures. Je possède une médaille de grand bronze de Caracalla; frappée dans la colonie de la Troade; au revers de laquelle on voit deux Centaures ayant des ailes de papillon ; qui soutiennent un vase lequel servait de prix pour les jeux équestres, et en était le symbole ; et ces Centaures indiquent les Génies de ces jeux.
est connue , cette liqueur ayant servi à Hercule pour les exciter à sortir de leurs cavernes et pour les dompter (1). On les voit par ce motif sur beaucoup de bas-reliefs antiques, et de camées , ou accompagnant Bacchus , ou même attelés à son char. Sur le tronc qui soutient le ventre du Centaure, comme celui du Capitole , on voit une flûte de Pan , avec quelques branches de pin , orneiiiens particuliers des suivans de Bacchus.
Observations de Fauteur , insérées dans letame VII de l'édition de Rome.
A la page 338 j'ai indiqué , sous la dénomi nation d'artistes de Chypre, Aristée et Papiasf aphrodisiens , comme étant les sculpteurs qui ont fait les Centaures du Capitole. Il est vrai qu'il y avait dans cette île une ville appelée Aphrodisium , mais la patrie de ces sculpteurs était, sans doute, Aphrodisias ( Jphrodisias ) de la Carie \ il existe beaucoup de monnoies de cette ville , et elle avait sous les empereurs une école de sculpture , à laquelle appartinrent ces deux artistes , comme l'Atticiaïius , dont le nom et la patrie se lisent sur une statue de la collection de Médicis ( Buonarroti , Vetri , p. XXI ) , et Zenon , dont le nom se trouve sur une sculpture dans la Villa,
(1) Policnus, Stratag*, liv. lf Hercules, n. i.
Ludo visi , et une autrefois joint au nom de sa patrie Aphrodisias, sur un hermès qui était jadis dans la Villa Negroni. Le premier vers de cette inscription , incorrectement' rapportée par Winckelmann (t. II, pag. 570 de l'éd. de Rome ) , est comme il suit :
HATPIC EMOI ZHNûM MAKAPTATH ECT A$POAICIAC