‹ Musee Pie-Clementin (volume 3)Chapitre 7 sur 53 · PLANCHE V · texte numérisé non relu

PLANCHE V

Mercure enfant *.

Cette petite statue de grandeur naturelle, représentant Mercure enfant, est d'un très-grand mérite, autant par le gracieux du sujet, que parla finesse du travail. Les ailes qu'on lui voit sur la tête, assez singulièrement mêlées parmi les cheveux, comme un symbole delà vivacité du génie

(1) Winckelmann , Mon. inéd. p. 14 p) Tibuile , liv. iV, 6 ; 1 Aibric. lieu cité. * Haut, sans la plinthe, 5 palmes et 5 onces*

de ce dieu inventeur, selon Macrobe (i), ne lais* sent aucun doute sur cette image. Bien que dans la plus grande partie des monumens , les ailes soient attachées au pétase, ou chapeau, on les voit aussi dans une médaille de Metaponto, liées à la tête par un simple ruban , comme elles le sont dans Se marbre dont nous parlons (2). Une physionomie fine et vive, rendue plus piquante par la forme du nez un peu relevé du bout , caractérise l'enfant rusé de Maja iraîda <jto?^vrpocJtov, comme l'appelle Homère (5) ; et détruit toute incertitude de savoir si cette statue ne nous présente pas plutôt le pesant Morphée, dieu du sommeil, que l'on voit aussi dans les anciennes statues avec des ailes au front , bien que celle-ci nous représente l'action du silence , en posant l'index de sa main droite sur ses lèvres, ce qui peut convenir au Dieu du sommeil. Mais ce geste est aussi propre à Mercure , comme en font foi beaucoup de pierres gravées antiques , parmi lesquelles une est du Musée Strozzi, et une autre de la collection de Stosch(/\. . Le secret convient en effet au messager des Dieux : mais je suis porté à croire que dans notre statue , ce geste fait allusion à

(1) Saturnales 7 li v. I, cliap. 19.

(a) Magn, Lucan. Numism. plauche XLII7 n.° 14. Peintures d* Herculanum , tome Iti ; plan. XII.

(3) Homère, Hymne à Mercure, vers i5.

(4) Winckelmaun, Descript, des pierres gravées du Baron de Stosch, class. II p n,° 3j7; pag. 88.

quelque circonstance plus convenable à l'âge sous lequel ce Mercure est représenté. Homère, ou quel qu'il soit, l'ancien auteur de l'hymne à la louange de ce dieu, raconte que lçjour même de sa naissance ayant enlevé les boeufs d'Apollon , quoiqu'il eut avec adresse cherché à cacher les indices de son vol , il ne put éviter cependant d'être vu par un vieillard qui travaillait dans les champs à'Qnchesto, auquel il recommanda avec beaucoup d'énergie le silence :

Kat re ìdòv (.tri tïïàv eïvai, xcà nôpoç uxov&aç Kai criyàv (i).

leggendo corne non veggente sii, E sordo , udendo , e taci. ( Salvini ).

Cette fable, à ce qu'il nous semble, présente l'action de notre petite statue , dans laquelle on voit l'astucieux enfant qui dissimule, par un rire malin, l'embarras oii il se trouve d'être surpris, et qui fait signe avec le doigt , à celui qui l'a aperçu , de garder le silence. Le ris insidieux exprimé sur sa bouche , et l'air caressant de sa physionomie sont remarqués par Lucien dans un de ses dialogues (2) , où avec son style spirituel

(1) Honi. au lieu cité, ver». 92 et suiv.

(2) Lucien. Dial Deor. Jpoli eie. Vulcan to rtfçM.aiaç fipéfioç âpn refidèv ôç KaXóvré êan xuï tfpoayeùà rtaai. L'enfant de Maja qui vient de naître ? que de grâces il déploie , comme il sourit à chacun . . . Voyez tout le dia logue.

et gracieux il nous dépeint le caractère de Mercure enfant, d'une manière très-analogue à celui que le savant ciseau du statuaire a imprimé sur le visage de cette jolie figure. Le bras gauche manquait à la statue antique; maintenant elle a une bourse , signe distinctif très-connu de ce dieu y que Ton faisait présider au commerce ; et cet attribut le fait reconnaître plus facilement à la première vue. Son vêtement est une espèce de chemise , ou subucula , que Fon remarque quelquefois aux enfans dans les antiques. Ce monument fut découvert dans une fouille du territoire de Tivoli, dans la propriété des S ahi à Quintiliato , pays ainsi appelé à cause des ruines de la Taille de Quintilius Varus. Les éru~ dits qui ont écrit sur les antiquités Tiburtines, conjecturent que c'était dans ce lieu que se trouvait la possession de Cintia, célèbre par lés vers de Properce (1).

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