PLANCHE XIX
Naissance de B accii us * *.
Le sujet curieux de ce grand bas-relief* sa conservation, son style, peuvent le faire regarder comme un des plus rares monumens de ce genre que l’on admire dans les Musées. La naissance de Bacchus, sorti de la cuisse de Jupiter , est un des évenemens que nous ont très-souvent rappelé les poètes et les mythologues, mais dont nous n’avions encore trouvé aucune trace dans les restes des monumens de l’art.
Ctésilochus , disciple d’Apelles * choisit ce sujet pour un tableau, pas très-religieux, oh il représenta Jupiter arrangé comme une femme, et gémissante, qui mettait au monde Bacchus au milieu des Déesses accoucheuses (2). Mais
(1) Reines* , 1 , 244*
* Haut, trois palmes , un tiers ; longueur dix palmes moins deux onces*
(2) Plin. , liv. xxxv, 40: Ctésilochus Jpellis discip (dus detulanti pictura innotuit , love Liberimi parturiente dépi cto mitrato ? et muliebriter ingemiscente inter obstétridiZ Dearum ,
il faut convenir que cette peinture était une espèce de parodie de quelques autres compositions du même sujet , mais exprimées avec toute la dignité qu’exigeait la religion , l’antiquité de l’histoire, et peut-être le sens mystérieux qui renfermait quelque chose de sacré. Deux monumens du même genre, sont le basrelief et la patère du Musée Borghése à Yelletri, tous deux iuédits et singuliers , que nous faisons connaître au public pour la première fois (i).
En commençant par la gauche, on voit Jupiter assis, couvert de son manteau depuis la ceinture jusqu’aux pieds, selon le costume qui lui est propre ; sa cuisse gauche est nue. De la main gauche il s’appuye sur son sceptre, et de la droite à la roche, sur laquelle il est assis , qui xoùôvi? ?ve%ôioç , fut appelée colline de l'enfantement (2). On voit par son attitude qu’il fait quelques efforts, mais sans troubler sa
(1) Ce morceau plein de mérite, exécuté en bronze, et avec des caractères étrusques, n'ayant pas été encore expliqué, et d’ailleurs étant trop lié avec le sujet de notre bas-relief pour ne pas en parler ici, j’ai cru mieux faire d’en donner k la fin de ce volume un dessin trèsexact, et une description fort détaillée, en y ajoutant mon opinion sur quelques-unes des particularités de cette antiquité très-curieuse.
(2) Nonnus, Dionisìaca , liv. ÎX, v. 16; Dionysius Periegète place en Arabie le lieu de la naissance de Baccîms, 959.
tranquillité. Devant lui est Mercure incliné * qui en pliant son coude % 7i?ceï (i),
couvert de la peau du clievreau appelé nebride s ^ et consacré à la divinité naissante (3), s’apprête à la recevoir dans ses bras , et à la porter aux Nymphes qui doivent la nourrir. Le petit Dieu se détache des membres paternels , et s’élance dans les bras de son frère. Ses cheveux sont ceints déjà du diadème , comme il convient à un roi et à un instituteur de religion. Le pétase angulaire de Mercure , sa chlamyde et sa chaussure , ressemblent beaucoup à ceux qu’on lui voit représentés par Salpion sur le beau vase de Gaëte, dont le sujet est presque la seconde scène de la notre, c’est-à-dire le dépôt que Mercure fait de l’enfant Bacchus entre les mains de Leucotbée (3)*
O11 retrouve aussi sur notre bas-relief ce que Pline appelle Obstetricia Dearumj ici ce sont trois Déesses qui assistent à l’accouchement de Jupiter et à la naissance de ce Dieu qui fut nommé l’allégresse des mortels (4). D’abord est Lucine ou Ilithja 5 Déesse qui présidait aux
(1) Connus, Dionisìaca , 1. c. , v. 17.
(2) Voyez entre autres Dionysius Pci iegètes 7 V. 946 , et au même lieu. Eustase qui en parle Jbrt au long.
(3) Ce vase superbe se trouve grave dans les Miscellanea de Spon , sect. 11 , art. 1. On en conserve une belle copie en bronze dans le palais de S. Em. de Bernis à Albano.
î4) (jporolcriP , Homère, //. E
accouchemens : son caractère symbolique est cette main droite ouverte , geste relatif à la facilité des accouchemens, et par lequel on avait caractérisée sa statue placée dans le temple qui lui était consacré à Aegium dans FAchaïe (i). L’autre main s’appuie sur un sceptre , et elle est couverte d’une élégante draperie.
On remarque la même élégance dans la composition de la seconde Déesse , qui n’ayant aucune marque distinctive qui lui soit particulière, car le sceptre qu’elle tient de la main gauche est un ornement commun à toutes les divinités, je ne fais pas difficulté de la dénommer Proserpine ou Libera ; et cela par ses relations avec le Dieu naissant , autant que par celles, plus connues, qu’il a avec la divinité suivante, qui est assez distinguée par ses attributs pour être Cérès. J’ajouterai que l’espèce de filet qui réunit ses cheveux, est la coiffure accoutumée de Proserpine , que l’on voit sur les médailles de la Sicile, et qui dans ce basrelief est un indice de plus pour la reconnaître ,
(i) Cette statue de bois avec la tête, les mains et les pieds en marbre pentélique , était, comme notre figure, enveloppée tout entière d’un véritable manteau blanc , K aï toiç %epoi ty[ fxèv êç evSv êxréraraL: « Et elle avance en dehors une main tout étendue » dit Pausanias, Achaica , xxvm. Sur le rapport que ce geste avait avec Faccouchenient , il faut consulter Ovide, Métam., îx,
v. (i) 2Ô9 ? et Pline, H. N . , xxxvm , 6.
et donner plus de probabilité à ma conjecture. La dernière figure est Cérès. très-agréablement aussi enveloppée dans son peplum ou sa palla , tenant dans la main droite des épis , présent qu’elle a fait aux hommes, et dans la gauche portant son sceptre.
Cérès, Proserpine et Bacchus, les deux derniers appelés par les Latins Liber et Libera (ï), eurent des rapports très-intimes dans le culte et dans les mystères du paganisme (2). L’amitié de Bacchus avec Cérès semble être née de l’affinité qui existe entre leurs inventions, parce que la Déesse procura aux mortels une nourriture plus agréable, et le Dieu leur fit connaître une meilleure boisson, enfin tous deux introduisirent l’usage d’alimens, que difficilement on eut pu se procurer pendant la vue sauvage que menaient les hommes; et cette nouveauté rendit nécessaire la propriété et les règles de la société ; de-là ces divinités furent appelées avec justice Thesmophores (3) ou Législatrices, et furent regardées comme les premiers auteurs de la civilisation parfaite entre
(1) Le nom de Libera correspond au grec par
lequel on distinguait cette Déesse.
(2) Spanhèmius dans ses observations sur l'hymne in Cererem de Callimaque , v. 71 , pag. 705 , a réuni sur ce sujet beaucoup d'autorités évidentes.
(3) Bacchus a le titre de Thesmophore dans les hymnes d'Orphée; Mises su/ ; v. 1.
les hommes. Par celte raison Gérés fut unie à Bacchus non-seulement par Euripide (1) et par Virgile (2) , mais aussi sur le grand Camée du Musée Carpegna (3), qui est a présent au Vatican , et sur beaucoup d’autres monumens.
L’union de Bacchus avec Proserpine a des motifs moins évidens, comme ceux que l’on ne révélait que dans les mystères (4); mais il est certain que le culte de ces trois divinités fut réuni dans les grands mystères d’Eleusis , les premiers de la Grèce et de la religion payenne (5) , ainsi que dans les fêtes , dans
(1) In Bacchis y v. 275 et suiv. De-Ià Cëiès fut appelée ^pop.ioun O'vrsfTTioç , Compagne des Bacchantes, dans les hymnes d’Orphée , suf. Cereris Eleus v. 10.
(2) Virgil. , Georg, f , v. 7 , et Servius.
(5) Il a été publié et très-bien expliqué par le sénateur Buonarroti; dans ses Osservazioni su medaglioni, ec,f p. 427.
(4) Cic., De nat . Deor., Il, 24: Nostri maiores au guste sancteque Liherum cum Cerere et Libera consecraverunt , quod quale sit ex rnysteriis intelligi potest. D’après Strabon il semble que Bacchus lui-même , avec le nom de Jacchus, était le Dieu Egemone qui présidait aux mystères d’Eleusis, liv. X.
(5) Puisqu’il est ici question des mystères d’Eleusis , nos lecteurs verront avec plaisir citée la copie d’un monument très-remarquable , nouveau pour nous , qu’on a découvert sous-terre en 1785, à Lepsine ; où était l’ancienne Eleusine, et qui appartient à M. le cheV. AVorsley. C’est une grande base destinée à soutenir le simulacre d’ùne Hiérophantide de ces mystères, qui avait initié l’empereur Adrien. Le chevalier Worsley doit le faire gva-
les temples, et dans les autres rits et céré-
ver , mais ii m’a fait le plaisir de m’en donner la copie apographe suivante:
MHTHPMAPKIANOïOïrATHPAHMHTPIOTÉ- 1MI — OTN OM A2ir AS © ÜT OTT AIÏOK AHIZO- MENH = ETTEMEKEK P OHI A A I AHOI0ES A- NIEPO PANTIN — ATTHAMAIMAKETOISEr- KATEKPTTABT0OIS = O T KEMTH2 A AEE ü « AAKEAAIMONIHZTEKNAAHAHS — OTAET- ON EïP AMEN ONE ATEIN02 O T2 AKESEIS = OTA ET ONETPTS © III AT û AE K A II AN TA 2 A E 0 - AGIS — ESANTSANTÂMOrmKAPTEPONH- PARAEA = TONX0ONO2EYPTXOPOTAEKAI- ATPTrETHEMEAEONTA - TONKAIAI1EÏPE- SlûNKOlPANONHMEPmN = A2IIET0N02- ÎIASAIsnAOTTONKATEXETEnOAESSlN — AAPIANONKAEINHSAESOXAKEKPOniAS
M apmcwov èvyariyp Atffii^ piv elfiL Olivo pa aiyaa^a * rov t à'Zox/LryÇofiev}?. ( * to en Evre fie Eexportiiïai Ayoi Séaav lepôcpavriv 1 Avril âfiaifiaxèroiç eyxaréxpvijja fivSoiç.
Ovn èfivi?aa eP èyô Aaxedaipovlrcç % èxva A qiïqÇy ’Ovdè t ov evpdfisvov ‘jravaivôaxç ansasi?
’Ovdè rov Evpvaïètfï (faófìexa crdrraç deSXvç ?E lavvaavra fióyainàprspòv ‘llpaxAea.
Tov «/Povôç evpvftópv Se xal àrpvyérr^ fieSéovja , Eàv xaï âïïsipeai&v xolpavcv iffieplav ,
A aiterov oç irdaaiç ïïÙovtov xaré^eve ïïô?* eaaïf ?
CA dpiavôv , xX ehvfç ^oja K expOTtlaç.
Mater Marciam jilia sum Demetrîi }
Nom en sileatur quo adhuç vqçahar y
monies de cette religion. A Pirée, non loin de
Curri me Cecropìdae Cereri constituerunt Hierophcintin , Ipsa ergo immensis in gurgitibus abscondidi.
Non ego vero Lacedaemoniae ftlios Ledae indiavi. ,
N eque eum qui morbos sedantia invenit remedia , Neque eum qui Euryslhei duodecim cuncta certamina Labore confecit , fortem Hercutem :
Sed tende laiae , atque infoecundi ( pelagl ) regem , Eumdem innumevorum dominum mortalium ,
Ingéniés qui divitias omnibus profusit civitatibus
Iladrianum , sed potlssimum inclytae Cecropiae ( urbibns )>
Cette intéressante inscription nous apprend que les femmes pouvaient aussi faire les mêmes fonctions que les Hi érophanles dans les mystères j et peut-être que cela arrivait lorsqu'il ne se trouvait pas de mâles de la famille des Eumolpides en âge ou en état de remplir ces fonctions : car la chasteté' exigée des Hiérophantes ne leur prescrivait pas un ce'libat perpétuel , mais il se bornait seulement au temps pendant lequel ils remplissaient les devoirs de ce sacerdoce: elle nous apprend aussi que les nouveaux initiés ne devaient pas seulement garder le silence sur le nom de celui qui les admettait aux mystères, chose que nous avons déjà su d’Eunapius (in Maximo)) mais encore qu'il n'était plus permis au Hiérophante lui-même de prononcer son nom. Le der-» nier distique contient un éloge d'Adrien , semblable à celui qu'en fait Pausanias , Attica f ch. V, lequel ajoute que ses libéralités envers les villes grecques et les barbares 7 étaient inscrites à Athènes 7 où on pouvait les lire dans le temple de tous les Dieux. Enfin une chose remarquable c'est 7 dans le dernier vers, la périphrase d'Athènes, indiquée parmi les villes de ï illustre Cecropie , expression relative non-seulement à l'ancienne coalition des différons bourgs et des peuples de lAttique? mais encore à la dénomination de nouvelle Athènes, novae
Scyone, on voyait ensemble les statues de Gérés, de Proserpine et de Bacchus (i). On éleva trois simulacres en bronze des memes divinités à Rome, en l’an 565, avec les deniers provenant des amendes (2). Près du Cirque Maximus était
Athenae , donnée à une partie de la ville même par l’empereur Adrien. Cette partie était distinguée de l'ancienne par un arc, sur un des cotés on y lit encore:
Al A Ei£' A0HNAI 0HZE ÜZ H IIFiiN ÌIOAI2 :
Hae suiU Atheriae Thesei olim urbs.
de l’autre côté :
Al A EIX'AAPIANOT K’ OTXÏ 0H2EÜ2 DO AÏS:
Hae vero non Thesei am plias sed Hadriani urbs.
L’inscription d’un acqueduc , qui a été rapportée en entier par Spon, et par le Roy, Ruines de la Grèce , p. 57, fait aussi mention de la nouvelle Athènes , comme d’une ville particulière de l’ancienne. Le mot fcA iïpiavôv fait la troisième brève, contre l’usage latin des noms propres en anus j et de celui-ci en particulier. Mais il y a d’autres exemples de cela, parmi lesquels on peut citer l’épitaphe du médecin Marcellus, rappelée par Kuster, d’après Suidas, v. Map#£/l/lo£. Cette prosodie du nom d’Adrien fut, peut-être, introduite pour le faire entrer dans levers héroïque, en faisant IV bref entre les deux syllabes longues, qui, en le précédant et le suivant, l’auraient exclus. Les initiations, indiquées, d’Hercule, d’Esculape et des Dioscures, nous sont déjà connues par les écrivains. Meursius en a parlé dans ses Eleusinia, ch. XIX j on peut avoir recours à cet ouvrage pour s’instruire plus au long de ce que nous avons dit sur quelques particularités de ces mystères.
(1) Pausan., Corinth.7TL\9 ces trois statues ne laissaient voir découvert que le visage seul.
(2) T. Liv., XXXIU, 25.
un temple commun aux trois mêmes divinités (i). Enfin les Romains, ainsi que les Grecs, honorèrent également Liber et Libera avec Gérés y et l’on trouve dans notre bas-relief un monument de ce culte: car comme il est d’un style seulement iudiqué et peu fini, il annonce un travail de haute antiquité, et qui peut être des derniers temps de la république ; de plus la simplicité et la beauté des figures peuvent donner lieu de croire que ce morceau a été copié d’après un très-célèbre original.
Addition de V auteur.
Dans le second vers de l’inscription d’Eleusis que j’ai rapportée pag. 170, note (5), j’ai cru plus à propos d’expliquer AIIOKAHIZOMENH par vocata que par seclusa , quoique le trèsérudit M. Cbandler, qui a vu mon interprétation, lorsqu’elle fut imprimée, soit d’un avis opposé. Selon cette interprétation il me semble que l’épigramme va beaucoup mieux , parce que le sens , comme dans tous les autres distiques, se termine à la fin du vers pentamètre, et même ici dans le premier. Je n’ai pas cru que la proposition â?vô dût changer le sens du verbe $c/L?£o , voco , comme elle ne le change
(1) Nardini traite savamment de ce temple, liv- AU, ch. 5 de sa Rome antique .
pas dans les synonimes de xoJkè o , de xix2>$<rxQ , de leurs dérivés, signifiant la même âxoxahovpevoç que xa'À ovfisvoç, âtioxÀ^TÔ ç que xXqrô.ç , etc. Le mot T epotpavrlç était déjà connu par les notes d’ Alberti sur Hésychius, v. T epoip avvide*
PLANCK E XX,
B A G C H ü S ET LES B A C G HANTES *.
Il n’y a pas de sujets, dans les monumens des arts antiques, qui ayant été répétés plus souvent que ceux qui représentent les fables , les fêtes , les symboles , les rits du culte de Baccbus. Soit que ce Dieu, ayant été réputé le protecteur de tous les arts du théâtre , la peinture et la sculpture s’occupèrent à l’envi d’orner par de semblables compositions les lieux publics destinés aux divertissemens , ou bien que ce soit , parce que présidant aux vendanges, et inventeur du vin , ses images convinrent également aux religions champêtres , aux temples des campagnes, comme à la joye des festins , à Fembellissement des salles ou se reunissent les convives; soit enfin que comme instituteur et coryphée des mystères , regardés alors comme les plus sacrés, on pensât
* Longueur environ neuf palmes ; hauteur quatre palmes, deux tiers. On l’acheta par ordre du souverain pontife régnant.
que les allusions à ses cérémonies fussent l’ornemeut le plus convenable pour les sépulcres, et qu’elles fussent réputées comme un témoignage assuré de la bonne santé pendant la vie , et du bonheur dont jouissaient après leur mort les initiés défunts (1); toujours est-il certain que presque la moitié de ce qui nous reste des monumens des arts anciens , offre la représentation du culte de cette divinité.
Le présent bas-relief, détaché d’un sarcophage, dont il ornait la face, nous représente Bacchus entouré de ses suivans. Les neuf figures dont il est composé, sont distribuées avec une spirituelle intelligence ; elles sont heureusement inventées , et peut-être par quelques excellens artistes grecs. Il est vrai que l’exécution n’a pas autaut de mérite , quoiqu’elle ne manque pas de cette force et de cette sûreté dans le style , qui est nécessaire pour faire distinguer, même de loin, les parties essentielles d’un travail.
Le groupe principal, qui est dans le milieu, du bas-relief, offre Bacchus, chancelant, succombant à la force de sa boisson , comme le dépeint Momus (2) , conduit et soutenu sous l’épaule gauche par le jeune Acratus ou Am-
(1) Voyez dans Meursius quelle fut l’opinion des Payens sur Fextrênie fëîicite des initiés aux mystères de la vie future, Eleusinia , c. XVIII.
(ü) Lucien, Deorum condì.
pélos (i), et que tient par le bras droit une Bacchante qui peut être Méthyne (2) la Déesse de l’ivresse. Le manteau qui tombe de son épaule sur la cuisse droite, jusqu’aux pieds, nous montre par son mouvement ondulé la marche vacillante de quelqu’un mal assuré. Sa tête est ornée de feuilles de lierre , et son front ceint d’une bandelette ou du credemnumÿ sur sa poitrine est une guirlande de laurier (3) qui descendant de- dessus l’épaule gauche , va se terminer sur le flanc droit (4). Le jeune
(1) Acralus , nom qui équivaut au merum des Latins s c'est ainsi que les Grecs appelaient xÔV d{i(pì Alôvvaop SaÂpbOVa , mu des Génies de Bacchus (Pausan., Attica , Iî ). Ampélus tire son nom des vignes ; il est aussi un des jeunes gens de la suite de Bacchus, dont il fut aimé. Quand les figures qui soutiennent Bacchus ne sont pas des Faunes ou des Satyres, on peut croire qu'elles représentent quelques-uns de ses Génies.
(2) Méthyne , ou l'ivresse, Bacchus et un Faune étaient trois statues de bronze, ouvrage de Praxitèle, qui ornaient un trépied à Athènes dans la voie des Trépieds: on en a parlé tome II, pi. XXX, pag. 217, n. (2). Pausanias avait dépeint l'ivresse sous la figure d'une Bacchante qui boit avidemment le vin que contient un vase de verre (Pausan., Corinth. , XXXVII).
(3) Nous apprenons que le laurier fut consacré aussi à Bacchus, par Homère qui a décrit ce Dieu dans ses hymnes : K iffOQ Kai àatpV'ft %e<ftVHad‘iJièvoç , orné de laurier et de lierre ( Ilyrnn. II , in Bac. , v. 9 ).
(4) Winckelmann parle de semblables couronnes appelées 4T ‘JTo'^ripbiddec; dans les Monum. inéd . , n. 200 , ou il a réuni différens exemples ) auxquels on peut
Musée Pie-Clém.s Yol. IV.
Bacchant qui le soutient, est ceint d* 1 2 * * * * * * 9une pareille guirlande, et Méthjne , qui est de l’autre côté, frappe sur un tambour (i), symbole de çette joie insensée qui accompagne l’ivresse dans ses transports.
4. la gauche du spectateur, est représenté, près du groupe, Silène le gouverneur de Bacchus, qui par les sons de sa lyre adoucit les passions du Dieu, se servant comme poète et comme philosophe , tel que nous le dépeint Virgile , des sons harmonieux de la musique pour apporter le calme dans Y imagination déréglée du Dieu (2). Un peu plus loin est
ajouter encore le présent bas-relief. Il cite parmi les écrivains anciens qui en ont parlé, Athénée, XV, p. 268, c’est-à-dire ch. XI, mais le lieu ou il en parle plus au long, est dans le même livre au ch. III. On peut encore consulter Pasçalius, De coronis , pag. 71 et suiv.
Scliœffer prétend qu’on appelait ces guirlandes phalerae> quand on s’en servait comme de baudrier, mais il n©
le prouve pas. De antiquorum t or quitus , ch. XI.
(1) Borace, I, od, XIX, 1 5 :
, . . tjmpana quae suhsequitur caecus amor sui 9 jEt tollens vacuum plus nimio gloria verticem , Arcanique Jides prodiga pellucidior vitro .
(2) Sur deux vases de terre cui le, rapportés par Han*
calville, tome II, un à la pi. LXVIII, l’autre à la
pi. GUI ; on voit des Bacchantes avec la lyre ; dans le
premier est en outre une figure qui semble être Apol-
lon lui-meme. Un superbe monument du Musée Farnese
nous représente Apollon et Bacchus couchés tous deux
sur des lits , ayant autour d’eux des Bacchantes qui
pincent la lyre, ÎNous voyons le surnom de AlOWOvâoTOÇ %
Pan avec son bâton pastoral ; il se retourne pour regarder une Bacchante ceinte de la Nebride , et qui semble l’inviter à danser. Ensuite sont dressés deux autels; sur l’un , auprès duquel est appuyé un flambeau renversé, s’élève une flamme , et l’autre est couvert de fruits qui sont des offrandes (i).
c’est à-dire dévoué à Bacchus, donne à Apollon ; iet qui sait s’il n’est pas relatif à cette union de ces Dieux tous deux fils de Jupiter? ( Pausanias , Attica , XXXI)» Diodore, liv. Ili, § 5g , raconte que quand Marsias eut dispute avec Apollon, il le trouva à Nisa en compagnie de Bacchus, et qu’ayant été vaincu par Apollon , celui-ci suspendit dans l’antre de Nisa consacré à Bacchus , les finies du vaincu et la lyre du vainqueur. L’idée que nous avons donnée de Silène est celle même que nous en donne Virgile dans la VI Eglogue , et Diodore, IV, 4 > où d l’appelle: eîo’^y^rfiV Mai didd(rxaûov tqv cta^tartov , èTar^dev^idrov : auteur et maître d'excellentes études , ce que nous avons indiqué dans le premier volume, pi. XLV, pag. 519. Nous avons publié dans ce volume une image de la même divinité champêtre, mais sous un autre caractère, c’està-dire sous celui de buveur.
(i) Cet objet n’est pas exprimé avec assez de soin dans le dessin. On ne doit pas être surpris de voir ainsi deux autels si voisins. Téocrite parle de douze autels qui servaient dans les Bacchanales, Idyl. XXVI, et pia» cés l’un près de l’autre. Cet usage vint de ce que Bacchus avait été un des premiers à propager le culte des Dieux , et à prescrire les rites et les loix. Voilà pourquoi Ovide, parlant de Bacchus, Fast. III, 727, lui dit:
Ante tuos ortus arae sine honore fuerunt 9
Liber , et in gelidis herba reperta focis »
Les trois figures à gauche ne sont pas les moins expressives et les moins agréables de cette composition. Un vieux paysan tient sous son bras gauche un petit chevreau , comme Euripide décrit quelques-uns des Bacchantes (i)j il serre dans sa main droite les serpens Bacchiques: et sa tunique est entourée de petites cloches, tintinnabula, dont on se servait, peutêtre, dans les mystères et dans les rits des Bacchanales, pour éloigner les prophanes par leur son, et les objets de mauvais augure par cette puissance que l’antique, superstition accordait au bruit des cloches (2). On a donné
(1) Bacchae , v. 698 :
?A yx&Xaun dopnc/J? (XKvpv'sç ’kvnm
JA ypivç entrai»
(2) Fabretti a observé des Bacclians dans un attirail pareil, et il en a publié unàlapag. 429 àe scs inscriptions , et ce monument existe maintenant dans le Musée Pie-Clémentin. Le scoliaste de Téocrite , /J, II , v. 56 , nous apprend qu’on employait le son bruyant du bronze dans tous les rits les plus sacrés, comme étant pur et chassant toute espèce cC abomination : jCaïèapôc Xûu àvre- TuacniMÔç VQV puaa^ldruv. L’usage des clochettes employé dans les solemnités Dionysiaques, a été expliqué avec beaucoup d’érudition par l’écrivain qui a décrit les bas-reliefs du Capitole j on peut y recourir, Musée Capit.j tom. IV, pi. ILIX. INonnus ( XXX, v. 2i5 ) donne à une Bacchante le nom de K GliïpVT? ^ Codone , dérivé de l’usage des sonnettes , ^AqS&V, Et pour appuyer ce que nous avons dit sur le son des cloches dans les mystères du paganisme, nous avons encore un passage deVellejus Paterculus, I, io , dans lequel il raconte que les Cal-
particulièrement le nom de Tityres a ces espè» ces de sui vans de Baechus qui s'adonnaient à 3a vie de bergers ou de chevriers (i). Un jeune homme presque nu , excepté que son épaule gauche est couverte d’une peau de léopard , joue avec vigueur d’un instrument à vent y ses jambes sont croisées (2): et comme il n’a pas des oreilles de chèvre, on peut le regarder comme un des Mimallonides, paysans de l’Asie mineure , auxquels les poètes anciens ont attribué le talent de jouer de ces instrumens (5).
Près de cette figure est un autre autel couronné et sur lequel brûle une flamme. Le jeune homme est suivi par une Mènade ou Bacchante furieuse, qui peut être animée de cette folie religieuse, dont on croyait que devait être
cjrdeens turent guidés dans la fondation de leur colonie de Cuines en Italie : notturno aeris sonitu , quaiis in Cerealibus sacris cieri solet.
(1) Voyez Perizonius dans les Histoires diverses d’Elien p liv. III , c. 4<> ? n. 2.
(2) Winekelmann , Risi. de Vari ? liv. V , eli. 5, § 9 et suiv. , s’étend fort longuement sur les sujets qui ont été représentés par les anciens dans cette attitude qui était regardée comme peu décente. Je crois qu’on l’a adoptée pour les figures de Bacchus et de ses compagnons pour indiquer la démarche incertaine de ceux qui sont pris de vin.
(5) Torva Mimailones intplerunt cortina bombisi est un vers de Néron cité dans la première satyre de ï*erse } on peut là-dessus Voir les Commentateurs.
saisi quiconque touchait ou agitait des inslrumens propres aux Bacchanales (i).
Des lynx ou des panthères , des corbeilles pleines de fruits, des crânes de chèvres, des masques ayant la bouche fermée, oscilla (2), et un Faune avec une chèvre remplissent le bas du tableau. Ce dernier groupe est d’une proportion plus petite que le reste des figures ne l’exigeait, et offre plutôt la preuve de la patience et du grand soin que l’artiste mettait dans ses ouvrages , que celle de son goût, et il doit avoir pris cette composition , fort audessus de son propre génie, dans quelque excellent modèle qui nous est inconnu.
(1) Corti motis excita sacris ,
"V irgli- , Aen.y IV , v. 3oi.
(2) Ces masques étaient particulièrement en usage dans les Bacchanales et les pantomines. Les masques tragiques et comiques avaient besoin d’une grande bouche qui fut sonore. Virgile, Géorg . , III, v. 588 et suiv. On porta des masques de toute espèce dans la pompe Bacchique de Ptolomée r- décrite dans le ch. 7 du V liv. des Dio nyosophistes. Dans beaucoup de bas-reliefs de ce meme sujet on voit ces masques jettes à terre, et un de caractère satjrique ( non pas la tête du Dieu Pan, pour faire voir que Bacchus lui est supérieur ) se trouve sous le char du Dieu dans le bas-relief Capitolin, gravé à la pi. LXIII du tona. IV de ce Musée.
P L A NCHE XXL
Bacchüs , Centauresse et Bacchante *.
Il semble que Lucien veut faire entendre que Zeuxis a été le premier qui ait imaginé les Centauresses (i). Cependant leurs images sont très-rares dans les moimracns , et la plu* part sont employées , comme dans notre marbre, pour accompagner Bacchus parmi ses sui* vans (2).
* Hauteur une palme èt un tiers ; longueur six palmes , sept onces. Ôn Tacheta à M. Thomas Jenkins par ordre de S. S. Ce bas-relief s’était trouvé sur les plages de la Campanie 7 à peu de distance de Naples. Üri fragment de ce marbre qui ne contient que les dix premières figures à gauche , est gravé dans Touvrage des Vases d'Hamilton , p. 1 55 du second volume.
(1) Lucien in Zeuxis* Winckelmann croit que la pierre gravée, dont il parle dans les Monurri * inéd. 7 n. 80, et qui représente une Centauresse qui donne le lait au petit Centaure , a été copiée d’après le tableau de ZeuXis*
(2) Voyez Buonarroti dans ses observations sur ce camée j Osservaz. sui Medaglioni , ec. , pàg. et suiv.
Voyez encore dans le tome 1 des Peintures d Uerculanum f pi. XXVI et XXVIII ? les images des Centauresses qui jouent avec des jeunes Bacchans. Pour ce qui regarde les Centaures, on peut lire l’extrait d’une dissertation de l’abbé Ranier, dans le tome llî de Y Histoire de V Academie des .Inscriptions et belles lettres 7 p* t8, les notes et les savantes explications des tableaux d’Hercülanum ? pi» XXV et $uiv. 7 et dans notre premier tome ^ îü ph LL
Les treize figures qui forment le bas-relief, méritent, par leur grâce, par la variété de leurs attitudes, et par leur originalité , d’être attribuées au siècle d’or des arts. Elles représentent Bacchus enivré qui revient d’un festin. Il est précédé par un Faune à barbe, dont les reins sont ceints par une peau (i), et qui escorte, avec des flambeaux dans chaque main , le Dieu accable par l’ivresse , vacillant à chaque pas, qui au lieu de se servir de son thyrse prêt à lui échapper de la main, a besoin de se faire soutenir par un petit Faune qui le tient embrassé, et qui paraît presque devoir l’entraîner. Il est enveloppé depuis les épaules jusqu'aux pieds dans un manteau (^?aZZa), qui lui laisse le coté droit et le bras découverts , et sa tête couronnée de lierre s’incline sur son épaule. Ap rés lui vient une Centauresse qui défend mal ses crotales ( crotales ) (2), instrument très-
(1) Pendant les Lupercales à Pvome , les Luperques allaient ainsi ceints de semblables tabliers , comme s’ils eussent été' des Satyres, Denis d’Halicarnasse , 1. I. Chez les Grecs on appelait ces sortes de ceintures och ûvrpiç , comme si Ton voulait dire peaux de bains. Pollux , X, 181. Il y a apparence q 'elles servaient à ceux qui se travestissaient en Faunes et en Satyres dans les fêtes de Bacchus j car on trouve très-frequemment les figures des Bacchans avec ces draperies , et je dois citer entre autres, celle d’un Faune qui soutient Bacchus, dans un beau bas relief de terre cuite appartenant à M. le chev. d’Agincourt.
(2) Cet instrument, composé de deux petites verges
sonore qu’elle tient de la main droite, contre les attaques folles d’un jeune Baccbant qui s’est placé à genoux sur sa croupe , et qui fait tous ses efforts des deux mains pour lui enlever ces crotales. Un autre jeune Bacchant porte des flambeaux allumés, que tente ù lui dérober un autre Faune barbu qui tient son tbyrse» Deux jeunes enfans , ayant aussi des thyrses , portent derrière une soucoupe à trois pieds , sur laquelle s’élève un petit autel ou brûlent des parfums (i). Un vieux Faune chaussé de
rondes de métal, plus minces d'un bout que de l'autre où elles se terminent comme la tête d’un clou , se voit entre les mains d'un Génie , dans le tome I des Peint „ cCHercuL , pi. XXXII, où cependant il n’a pas été remarqué , de même aussi que les crotales d'une Bacchante dans le bas-relief Capitolin, tome IV, pi. LVIIl de ce Musée. Le premier qui a donné une idée exacte des crotales , en apprenant à les distinguer des cymbales et des sistres , avec lesquels on les confond quelquefois ? c’est Salmasius dans Vopiscus in Carino , § XIX.
(i) Le nom propre donné à des soucoupes pareilles est fxcL^ovó^oi OU fxcL^OVÔfXlCh , mazonomum , mazonomia, parce qu’on les employait pour faire dessus les parts des tourtes, v. Hésichius, v. £iaÇovô{UOV , et Athénée, IV, 3. On connaît facilement, à la figure que nous lui voyons sur notre bas-relief, comment on peut se tromper en les prenant pour une table ou pour un plat. Ce qui me fait croire que c’est leur vraie forme, c’est ce que dit Athénée lorsqu’il décrit dans la grande Bacchanale de Ptolon ée de jeunes enfans qui portaient de 1 encens et d’autres parfums sur les mazonomia , liv. V, ch. 7. On les appelait Lances eu latin , et on s’en servait dans les Bacchanales, Virg., Gëoig., II, v. 595.
cothurnes, dont les reins sont enveloppes par un petit manteau , les suit avec une torche allumée. Enfin le bas-relief est terminé par le groupe d’une autre Centauresse , laquelle , k l’aide d’un petit Faune qui est près d’elle, entreprend de chasser de-dessus son dos le Faune insolent qui a sauté sur elle.