PLAN G H E XXII
Bacchus sur un char tiré par des Centaures *.
Les Thyases ou les Bacchanales sont encore le sujet du présent bas-relief, comme dans les précédens , mais il les surpasse par son intégrité et sa bonne conservation , autant qu’il leur est inférieur, ou par l’élégance des figures , ou par l’habilité dans la conduite du ciseau.
Bacchus est tiré dans un char, auquel, a la place des panthères sont attachés des Centaures, dont l’un sonne dans une trompe faite d’une corne, et l’autre joue de la lyre (i). Tous
* Haut, deux palmes, un tiers; longueur six palmes, deux onces : il fut acheté par ordre de S. S.
(i) On voit dans beaucoup de monumens des Centaures jouant de la lyre: sans parler des images de Chiron qui enseigne Achille. On voit des Centaures jouant de? la lyre qui traînent le char de Bacchus, sur un bas-re-* Xi e£ de la galerie Giustiniani qui représente la mort d@
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deux sont dans le printemps de Page ; ils ont les oreilles comme celles des Faunes, précisément tels que les décrit Lucien et que les a peints Zeuxis (i). Un enfant, représentant un Génie, se tient debout sur le dos du Centaure à droite , et il a une espèce de drapeau dans sa main (2). Je présume que cet enfant
Pentirne, tome II, n. io4; dans Montfaucon , tom. III, pi. CLY, et dans Y Jdmiranda , LIV : ce bas-relief, qui était autrefois dans la ville Montalto , est presque une répétition du nôtre. Il y a aussi dans les peintures d’Herculanum une Centauresse avec la lyre , tome I , pl. XXXVIII.
(1) Lucien, in Zeuxis , dit, en parlant de la Centauresse que peignit ce célèbre artiste , ora iïè fxôvcL (raTVpôiïi? scttÌV avvi? ’ ses oreilles seulement tiennent du Satyre . Je crois cependant que les oreilles des Centaures sont absolument celles de chevaux et non pas de chèvres, et en cela elles sont différentes de celles des Faunes. Elles paraissent ainsi aux Centaures Capitolins, quoique la différence ne soit pas assez claire sur les monumens d’une proportion plus petite. C’est pour cela que Lucien, qui d’ailleurs n’avait vu qu’une copie du. tableau de Zeuxis, voyant que les oreilles de cette Centauresse, qui commençaient par une forme humaine, se terminaient en pointe, crut qu’elles ressemblaient à celles des petits Satyres ou des chevreaux , lorsqu’elles devaient ctre avec plus de vraisemblance, comme celles des chevaux.
(2) Le drapeau que porte ce Génie de l’ivresse a précisément la forme des enseignes romaines , et celle qu’eut ensuite le Labarum des empereurs chrétiens , c'est-à-dire une pièce d’étoffe presque quarrée qui est attaché aux deux extrémités d’un bâton placé en forme
est Acratus, et ma conjecture s’établit sur d’autres images qu’on a de lui en cet état d’en*» fance, et sur l’ivresse dans laquelle nous voyons
de croix au haut d’une lance. Cette espèce d’enseigne militaire était aussi connue desGrecsj c*est ce que nous apprennent plusieurs médailles des rois de Macédoine , où la Victoire tient dans sa main les lances d’une enseigne , mais sans son voile. On peut encore consulter Po'ybe y Plutarque , Polienus dans Potter, Archaeolog. Graecae y liv. IÏI, ch. g. Comme je remarque cette enseigne représentée dans deux monumens Dionysiaques, c’est-à-dire dans le nôtre, et dans celui de Y Admiranda , je soupçonne que les anciens ont pu en avoir attribué l’invention à Bacchus, que l’on regardait déjà comme l’inventeur de beaucoup d’usages tant civils que militaires, par exemple du triomphe après une guerre, et du diadème comme signe de la royauté. Ce qui peut confirmer cette opinion, ce sont les expressions de Pline, qui rend compte de ces inventions de Bacchus, 1. Vit, ch. 56 , quand même elles auraient une ponctuation différente de celle ordinaire, qui ne se trouve pas dans beaucoup de manuscrits. Il met au nombre des inventions de ce Dieu: diadema regium insigne y triumphum , etc» s si insigne y qui équivaut quelquefois à signum , enseigne ? était séparé du précédent diadema regiumy nous trouverions Bacchus inventeur des enseignes militaires, qu’il pouvait avoir déjà connues dans ses expéditions Orientales, où les enseignes étaient plus en usage que dans la Grèce, comme le prouvent suffisamment ledi. II, v. 2 des Nombres , et le silence d’Homère à ce sujet. Malgré cela, ce passage de Pline, qui peut-être équivoque, et renseigne, peuvent tout simplement faire allusion aux exploits guerriers de ce Dieu , pour faire voir qu’il ne se livre aux plaisirs voluptueux qu’après avoir tout fait pour la gloire*
Bacclius plongé (i). Le Dieu est couché sur un char à quatre roues, appelé jadis TSTpâKvx'koç, et aussi apaisa , sur lequel est placé un coussin en forme de lit (2). On voit qu’il est ivre , et il tient dans chaque main des couronnes de fleurs, corollae , suivant l’usage des festins. La femme qui est placée près du cocher, paraît le regarder avec affection , et peut être 3Nisa sa nourrice. Il est précédé par une foule d’autres Bacchantes. Une Mènade et un Satyre frappent sur leurs tambours; une autre Bacchante danse et joue en même-temps des cymbales ; près d’elle est la corbeille mystique d’oii sort le serpent Orgyos , et à côté s’élève un autel rustique. En avant sont un Faune et une Canéphore ( 3), accompagnés par une patiti) Acratus , qui signifie vin pur, merum , convient parfaitement pour être cocher de Bacchus ivre. La perte de la raison , qui est une suite de l’ivresse , peut avoir e'te' un des motifs pour représenter ce Ge'nie sous la figure d’un enfant. Souvent on n’en voyait que la face seulement, comme le remarque Pausanias, Attica , ch. II. Et ici j’observe que nos Che'rubins exprime's par une tête d’enfant seulement avec deux ailes, sont imite's de l’image d’Acratus ; ou les voit en effet ainsi dans les ornemens des cothurnes qui chaussent les pieds d’une belle statue de Bacchus dans la ville Ludovisi.
(2) èç TÒ TtCLTOoTlklVai IvevvoIcl \ « Chars « ayant un lit dessus pour s’y coucher. » Pollux en parle , X , 14.
(3) Le scoliaste d’Aristophane, Acharn ., v. ^43, observe que l’on voyait dans les Bacchanales des Canéphores ou des femmes portant, des petits paniers . Voyez aussi
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thère et un lion, sur le dos duquel le jeune Àmpélus est assis, le conduisant sans frein, selon la description qu’en fait Non nu s (r).
Fasoldus , Hiérolog.j Dec. V , n. 9. On voit une Canéphore semblable à la nôtre, représentée dans la troupe qui accompagne Bacchus au moment où il trouve Ariane , dans un des tableaux d’Herculanum , tom. If , pi. XVI. Les commentateurs, à cet article, disent qu’elle porte une corbeille, mais les corbeilles qui servaient aux mystères de Baccbus étaient bien différentes des paniers dans lesquels on mettait les prémices des fruits qui étaient offerts à ce Dieu , regardé comme un des propagateurs de l’agriculture ; alors les Canèphores sont aussi différentes des Cistophores , Ce sont des Canéphores ces quatre figures trouvées ensemble avec la statue du Bacchus barbu , que l’on a cru un Sardan^pîe ; j’ai parlé de ces statues dans le tome II de cet| ouvrage , pi. XLI. Ce sont aussi des Canépbores lek Cariatides de la ville Albani , et les autres plus belles qui étaient autrefois dans la ville Montallo , dont une, qui est la mieux conservée , se trouve actuellement en Aut gleterre, dans la riche collection de M. Charles Townley. Mais ces Canèphores Cariatides ne sont pas de celles qui appartenaient aux fêtes de Bacchus , ce sont plutôt celles que l’on voyait dans les fêtes de Diane et de Minerve. Elles ne portent pas des petits paniers sur leurs têtes , mais des vases qui en ont la forme , et dans lesquels elles présentaient leurs ouvrages à la Déesse. C’est pourquoi les espèces de corbeilles qu’elles portent sur la tête sont enrichies de jolis ornemens en bas-relief. On peut lire à ce sujet Fasoldus, 1- cité, et Castellana De Festis , v. K ancpôpia,.
(1) Xonnus, Dionjs. , XI, v. 66 et suiv. :
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