PLANCHE XXIII
Victoire de Bacciius *.
Soit que les fables Bacchiques se soient emparées du récit des grandes entreprises de Sésostris ou de quelqu’autre très-ancien conquérant , soit que l’Orient fut plutôt la patrie de cet homme singulier qui euseigna aux Grecs tant d'arts qu’ils ignoraient , et qui introduisit parmi eux des usages et des mœurs nouvelles, les mêmes Grecs nous dépeignent son arrivée de ces contrées comme le retour triomphant d’un guerrier si valeureux et si fortuné, qu’il ne trouva pas de rivaux dans ses glorieuses , actions sinon plusieurs siècles après lui, dans Alexandre et Pompée.
II ^ Sè 2j£0vrei^v E7ü£ fidane iïeipj?V‘
AÀXote daida/iéav èjto^fievot; vipoSi rôrov A(TT£iL(pi?ç àyjüvivov etèfmszo riypiv ê’À&vvaP.
« Assis sur le dos d'un ours des montagnes , il s’emparait de sa terrible crinière pour le conduire: tantôt monté sur un lion , son fouet l’excitait k courir ; quelquefois il s'amusait k presser les flancs d’un beau tigre 9 et k le guider sans frein ».
Les lions étaient des animaux féroces, amis de Bacchus, qui se familiarisa avec eux pendant le temps que Cybèle se chargea de l'élever ; et il prit quelquefois leur figure pour se venger des Thyrréniensj Homère, Hjrmn.in Bac * ,
* Longueur cinq palmes deux onces j hauteur une palme ; cinq onces.
Le sujet de notre bas-relief est justement relatif aux victoires du Dieu de Nisa. On voit tous ceux qui l'accompagnent sortir des portes d’une ville vaincue, chargés de ses dépouilles et montrant une grande joie (i). L’habillement propre aux peuples barbares, les prisonniers, et plus encore l’éléphant, nous indiquent que l’action se passe dans les Indes , fameuses par la conquête qu’en fit Bacchus.
Trois Faunes et deux Bacchantes conduisent un éléphant, sur lequel est attaché un Indien prisonnier j précisément comme on le décrit dans les Dyonisiaques (2). En outre de ses caleçons à la mode des barbares, appelés dm~ Çvptiïsç et mpafiapa, anaocyrides et sarabara (3),
(1) On trouve dans Nonnus , Dìonys^f liv. XXVI, V. 85 et suiv. , beaucoup de noms de villes indiennes.
(2) On croirait que Konnus a voulu faire allusion à quelque image semblable à celle-ci dans les vers sui vans du XV des Dionysiaques, v. 1 46, qui ont été cités aussi par les commentateurs des bas-reliefs Capitolins, tome IV, pag. 347 :
A2/7.V nsKÛipè volo tpiûevtoç ka(iôç
Hsîpaç ômoôoTÔvvç dùvra o'tpqxóamo ,
Kcci Àocjiïaiç ETcè^aev aKaptfTOTCÔiïQV hXeCpâvTQV.
« La troupe errante qui suit Bacchus lie a quelquesuns les mains derrière le dos , et les traîne ainsi courbés et enchaînés sur les indomptables éléphants. »
(3) C était le nom qu’avaient ces caleçons que représentaient les anciens artistes dans l'habillement des Barbares , particulièrement des peuples orientaux , comme les Phrygiens, les Perses, les Indiens. Pollux, VIII, 5g, au même lieu Junghermann , et aussi X, 168, au même endroit Hemsterhusius.
il est encore distingué par sa longue chevelure Bouclée , laquelle ne devait jamais être coupée* selon l’usage des Indiens (i). Uu Génie est assis entre les oreilles de l’animal vaincu. L’éléphant n’est pas représenté aussi grand qu’il devait être selon sa proportion naturelle, mais on retrouve souvent sur des bas-reliefs médiocres , de pareilles inconvenances d’imitation. D’ailleurs , nous savons aussi que les anciens naturalistes ont connu une espèce d’éléphans plus petits, dont, dit-on, les Indiens se servaient pour atteler à la charrue, et qu’ils appelaient nothi (2). Après viennent, une couple d’autres prisonniers, une femme ajustée comme l’Indien qui est lié sur l’éléphant , et un jeune homme à moitié nu. Celui-ci est excité à marcher par une Bacchante qui se sert pour cela de son thyrse. D’autres portent des corbeilles pleines de fruits , peut-être exotiques , et ils accompagnent une panthère déjà familiarisée.
Le style de ce bas-relief est très-ordinaire ; cependant l’invention offre dans les figures un bon goût; de même dans la composition, qui, quoi-
(1) L’auteur des Dionysiaques fait observer dans le xxvi liv. cet usage des Indiens; et à propos des fers à friser que l’on voit dans le bas-relief, on peut sans doute y rapporter les expressions <JxoÀilÔTpt%L ÿsôp{T^ , las chevelures bien bouclées ; et ‘jco’kvMapb'KÈoç ê^slp^ç ' cheveux trèsfrisés , dont se sert l’auteur en pariant des Indiens, liv. XV, v. 1 37 et 154.
(2) Pline , VIII , 1.
Musée Pie-Clém . Vol. IV. i5
que fort simple , remplit tout l’espace avec beaucoup de naturel , et sans quM y ait de confusion »