‹ Musée Pie-Clémentin (volume 4)Chapitre 15 sur 41 · PLANCHE XXI V · texte numérisé non relu

PLANCHE XXI V

Pompe nuptiale de Bacchus et d’Ariane *.

Le sujet de ce bas-relief est un des moins communs parmi tous ceux qui appartiennent à Bacchus. Il ne représente pas ce qu’on voit sur le plus grand nombre, savoir, les thjases , les orgies, les triétériques , ou d’autres solemnités Dyonisiaques, mais une des plus fameuses fables de toutes celles qui font partie de l’histoire de ce Dieu.

Que l’on veuille qu’il devint épris d’Ariane, abandonnée déjà par Thésée , ou qu’on la lui fasse enlever par la force, dans un combat naval (p), tous néanmoins sont d’accord pour donner à Baccbus la fille de Minos et de Pasipbaé pour épouse. 11 y a plusieurs sculptures qui nous offrent le vainqueur des Indes au moment ou il surprend la princesse de Crète trahie , mais peu , ou même aucune , ne nous offrent, comme dans le présent bas-relief, la pompe nuptiale de Bacchus et d’Ariane.

* Hauteur trois palmes ? sept onces ; largeur neuf pab ines } deux onces.

(i) Diodore ; liv. iv des travaux de Thésée»

'ig5

Le char des deux époux est précédé par une troupe de Bacchauts (/). Deux Faunes soutiennent avec peine Silène enivré, dont les cymbales, qui sont tombées à terre, se préseptept les premières à la vue, dans ce morceau. Un autre Faune suit en sautant, malgré le poids assez considérable d’un grand cratère ; qu’il a sur les épaules et qu’il soutient des deux mains avec un beau mouvement dans sa pose. Sur le char , tiré par deux panthères , est assise l’épouse, couverte du grand peplum ou voile, que les Latins ont appelé Jlammeum (2). Elle est soutenue sous l’épaule droite par un jeune Bacchant, qui remplit alors les fonctions de paranymphe (5). L’Hymen est placé sur le même char et il tient élevé le flambeau nuptial. L’Amour , presque assis sur la croupe d’une des panthères , semble la guider. Les harnois

(1) Ce fut un usage très-ancien que celui de conduire l’èpouse à la maison de son mari, dans un char, ee qui est prouvé par Pausanîas, Beotica , ch. Ht, et par Suidas , v. Tjsvyoç.

(2) L’usage de conduire aux noces la jeune e'pouse fc voilée , même chez les Grecs , nous est attesté clairement

par quelques vers d’Euphorion daus le scoliaste d’Euripide , dans les Phoenissae , v. 688, et d’autres auteurs, dans Potter, Archeologia Graeca , liv. IV , ch. XI , auxquels on peut ajouter Pausanîas , Boeotica7 eh. lïï , et Pollux , lïï, 4°.

(3) Hésycliius, v. ]$V(l(payQyÔç, dit que le paraoynplie , appelé aussi jcapo^ôç ^ allait dans le char avec réponse : ce qui est confirmé par Pollux , X ? 53.

ig6

ou phalerae de ces animaux sont des fleurs et des pampres. Une Bacchante qui est près d’eux sonne d’une espèce de conque ou trompe, indiquant ainsi la musique, qui n’est pas négligée dans les fêles de l’hymen.

Le char de Bacehus est plus curieux et plus singulier. On le voit ici attelé de chevaux , ce qui ne se trouve dans aucun autre monument (i), et il est à quatre roues, tel que nous l’avons ailleurs observé dans des pompes Bacchiques (2). Le jeune Aera tus est sur le même char, et le Dieu tenant une tige de la férule dans la main droite et ayant sa main gauche placée

(1) Je n’ai pas trouvé même chez les écrivains que Bacçhus se fût servi de chevaux pour atteler à son char. Cependant je lis dans les Bacchae d’Euripide , que la Lydie, pays qui plus que tout autre observait le culte de ce Dieu auquel il se consacrait, est appelée evLïïJtoç yppot) , contrée feconde en beaux chevaux. Se trouve encore dans Apollodore qu’ils furent les instrumens de la vengeance de Bacchus sur Licurgue de Thrace, en le foulant auit pieds et le déchirant après. On voit un char traîné par des chevaux dans une fêtq Bacchique sur un vase de terre cuite, dans Haucarville , t. 11 , pl. lxxxiv.

Il y avait beaucoup de chevaux dans la pompe Bac- # chique de Ptolomée , Athénée, liv. v, chap. vm.

(2) Nous avons fait observer ? tome i? que les chars à quatre roues ayant deux essieux s’appelaient en grec dpa^aL l’ajouterai à présent que ce nom convient plus particulièrement aux chars de transport qu’à ceux de parade. Quand çeux-ci étaient à quatre roues , on les appelait âppaptd^ai , dont parle Xénophon, liv. \TI, Faediae ; à la fin.

sur sa tête dans Pattitude du repos * est cou» ché sur le sein d’une Déesse demi-nue , mais voilée aussi comme l’épouse * et qui sert de présidente à ces noces (1). Si cette femme est Vénus , dont on connaît les amours avec Bacclius (2); si c’est une de ses nourrices , ou Nisa ou Leucothée, auxquelles peut convenir cet état de nudité , à la première comme nymphe , à la seconde en qualité de divinité marine j soit enfin que ce soit Junon Déesse pré1 2 * 4* sidant aux noces, qui, malgré son ancienne jalousie et sa haine quelle montra d’abord pour le fils de Séméié , a cependant eu la complaisance* lorsqu’il était adulte, de lui offrir son sein pour le guérir d’une frénésie de fureur en Pappaisant avec son lait (5): je ne puis rien décider sur ce sujet. La première supposition est cependant la plus vraisemblable , étant fondée sur la fable qui fait intervenir Cypris à

(1) Celles qui président à une noce se voyént le plus souvent voilées comme les épouses sur les monuraens anciens : les Grecs les appelaient tfpoptVVìÓ'rpiai.

(2) De-ià prit naissance ÎYiape*

(5) Nonnus, Dionysiac. , liv. XXXV, v. , quoique cet écrivain, soit trop moderne pour attester les circonstances des fables anciennes , cependant dans les traditions mythologiques , quand ce ne sont pas de pures fictions épisodiques de son poëme * il peut bien servir de garant, parce qu'il a tiré des plus anciens écrivains et des opinions les plus antiques, toutes les notices de

ee petite f comme mm .le prouve Chaque .passage^

ce mariage (i). Un Faune tu par derrière, qui porte sur son épaule gauche une outre , ferme cette composition, et termine le bas-relief.

Les figures sont en général très-élégantes d’invention • celles de Vénus et d’Ariane se distinguent des autres, autant par le style grandiose des draperies, que par la grâce de leurs attitudes. La dernière figure du Faune avec son outre mérite aussi d’être remarquée à cause de sa belle simplicité. Avec tout cela. Talliste qui a exécuté dans le style ordinaire, que Ton voit aux sarcophages, une si belle composition tirée ou d’une peinture grecque, ou de quelque bas-relief grec, a rendu plusieurs objets avec si peu d’exactitude et de correction, qu’on ne peut facilement les expliquer. La position de Cupidon qui est en partie assis sur la panthère, et dont en même temps les^ pieds traînent sur

(i) Eratosthènes , au 1. y. des catasterismij raconte que les Dieux vinrent dans Tîle de Dias pour fêter les noces d’Ariane 5 que Vénus principalement y accourut, et qu’ele fit pre'sent à la nouvelle mariée de cette couronne qui a e'té placée parmi les e'toiles. Ptolomée Ephestion , li V- V; dans Photius ( Biblioth. , cod. CXC ) , dit que la nymphe Psalacanthe fut cette amante de Bacchus : ellemême pour gagner l’affection du Dieu se rendit médiatrice pour accomplir les noces, et réussit à persuader Ariane , qui avait peine à oublier son ravisseur : mais la dignité qui règne dans la figure du bas-relief convient davantage à une Déesse du premier rang telle que Vénus. Et puis ce ne sont pas les traditions trop particulières que les artistes ont communément suivies.

le sòl, comme V o ul an t marcher, devait être uiïe des plus belles et des plus singulières dans l’original j mais elle est déplacée dans la copie, et ne répond pas absolument à i’ intention de l’auteur. Il n’y a pas, néanmoins, dans ce bas-relief une figure qui étant étudiée et corrigée , ne puisse devenir digne d’un artiste des plus célèbres , de ceux qui ont honoré ces sièrdes fameux des beaux arts.

PLANCHE XXV'o

BaCCHUS BAPiBU AVEC DES FAUNES

Ce marbre curieux pour la sculpture, pouf le genre, par sa conservation, également intéressant et estimable si l’on considère sa forme -, a dû servir, sans laisser là-dessuS le moindre doute , à un autel sépulcral , quoique sa formé et ses proportions soient assez rares par rapport aux autels antiques connus.

La masse est presque un pàrallellipipède ayant de longueur une fois et demie sa largueur, et environ deux fois de hauteur $ un peu rétréci vers lé sommet. Il est décoré tant dans la partie supérieure que dans l’inférieure, de corniches et de membres Sculptés , et il est

* Longueur trois palmés et trois quarts} hauteur deux palmes ^moins deux onces; et largueur deux et cinq onces sans les pieds. On Ta trouvé dans une fouillé sur le mont Esquilin ? dans la ville Négroni.

supporté par quatre pieds, pris dans le même morceau, qui ont la forme de quatre chimères ailées. Sa surface supérieure est toute plate.

Nous avons des exemples , dans des monumens anciens, d’autels élevés sur des pieds placés à leurs angles (i), et on en conserve encore quelques-uns. Les anciens écrivains nous parlent d’autels bas, et il s’en trouve encore (2). Mais les exemples d’autels oblongs sont plus rares y celui-ci 11’est pas l’unique cependant $ car nous savons que tel était précisément celui des Parques dans les Alti d’Olympia (3).

(1) Sur les médailles d’Antioche de Syrie on voit souvent un aulel suspendu sur deux pieds isolés : un autre est sculpté dans un bas-relief rapporté par Boissard et par Montfaucon , Antiquités , etc. , toni. I, pi. LXXIV. Dans la collection de Caylus ( tom. I, pl. LXXXIl ) on voit un autel triangulaire , un peu mutilé , qui est posé sur trois pieds , et dont les intervalles sont vides.

(2) On prétend que la différence que les Latins mettaient entre altare et ara7 dépend seulement de la plus grande hauteur de l'autel. Feslus, v. altare y paraît soutenir cette opinion adoptée par Isidore, Orig. , XV, 4: Vitruve ( liv. IV, eli. Vili ) et Servius ( ad V ir gli. , égl. V, v. 66) parlent d’autels bas. Plusieurs autels qui sont peints sur les vases publiés par Passeri et Hancarville, sont peu élevés : celui de la Concorde du collège des doreurs, qui appartient à M. Jenkins, est trèsbas: on peut en voir la description dans mon Catalogue des Monumenti scritti , ec. , de M. Jenkins.

(5) M oipôç ftüfjtôç ëtrny V autel des Par -

ques est oblongs Pausanias , EL I, ch. XV. Bertaud dans

Les bas-reliefs qui ornent les quatre faces de ce monument nous le font reconnaître pour avoir été consacré aux Dieux des Enfers , ou comme dédié à Bacchus, divinité comptée parmi les Dieux de la terre. C’était l’usage de dresser à ces sortes de divinités des autels qui fassent peu élevés du sol, et auxquels par cette raison ne convenait pas le nom d’autel, dérivé de la hauteur de ce monument (1)0 Porphyre appelle escharas ou foyers, les autels des Dieux terrestres (2), et il se peut que le nôtre servit à porter une braisière d’une autre matière, comme on en trouve beaucoup d’exemples dans les restes de l’antiquité (3).

Examinant à présent les bas-reliefs, nous voyons copiée dans celui de la face principale, une composition si fameuse et si fréquente sur les anciens monumens, qu’on peut croire qu’elle représente sûrement une des plus admirée dans les beaux siècles de l’art dans la

son livre de Ara donne mal à propos le nom d’autel oblong , à celui que l’on voit sur les me'dailles de Constance Chlore avec cette épigraphe : Memoria felice. Cet autel est seulement plus haut que large.

(1) Le scoliaste d’Euripide dans les Phoenissae , v. 281. Vitruve et Servius aux lieux cite's. He'sychius, v. ’E (T/âpO/^ Follux ,1,8.

(2) Porphyre, de antro Nympîiarnm .

(5) Voyez la vignette de la pi. X du tome lï des Peintures d’ fîerculanum , ou est représenté un autel rond avec sa braisière de bronze.

Grèce (i). Les beautés qu’on y remarque ëd donnent une dernière preuve. C’est un homme très-gros, avec une longue et belle barbe, une chevelure bouclée, portant une couronne, enveloppé d’un riche manteau, pallium, et qui s’apprête à s’étendre sur un lit destiné pour les repas. Un Faune le soutient* pour le mettre à son aise , par le coude du bras gauche ; un autre, qui est à ses pieds, lui ôte ses chaussures. Celui que des Faunes servent avec tant de respect , est le Bacchus indien et barbu, comme le décrit Diodore (2). Fulvius Ursinus qui l’a nommé Silène, n’aurait pu soutenir son opinion par des preuves assez fortes en comparaison de tant de monumens , qui? comme nous l’avons déjà dit dans une autre occasion , nous offrent Bacchus représenté souvent sous cette

(1) On voit un bas-relief pareil gravé dans Y Admiranda , n. 71. Il était dans la ville Négroni , et il est à présent en Angleterre , appartenant à M. Townley. C’est le plus beau et le plus rempli des bas-reliefs de ce genre , et on peut avec justice le regarder comme un des plus beaux de rantiqüité. Celui de la ville Farnèse qui a été déjà publié par Fulvius Ursinus dans son supplément à Ciacconius y de Triclinio , est assez beau 11 y en a d’autres encore à la ville Albani et ailleurs , niais qui ont moins de mérité. Parmi ceux-ci il en est un, en plusieurs fragmens, qui se trouve en Sicile et que l’on peut voir inséré dans le Vojage pitoresque de cette lie par Jean Houel , tom. JI7 pi. C XXXV IL

(2) Di odore , liv. m > 65 ; iv ? 5. Feint, dì Bevculan un? »

XXI; pi. XXXVIIS»

forme (i). Bellori (3) qui lui a donné le nom de Trimalcion, a oublié, à son ordinaire, d’observer que les ministres du repas étaient des Faunes.

Vis-à-vis Bacchus se voient deux figures sur un autre lit, l’une d’un jeune homme à moitié nu (3), l’autre d’une femme, toutes deux enveloppées dans la sjnthesis , et ayant toutes deux les regards fixés vers la figure principale, laquelle, si l’on en juge par le geste de la main droite que fait le jeune homme , est reçue avec une des acclamations ordinaires dans les banquets des anciens (4). La table ronde à trois pieds de chèvre et sans nappe , est placée entre les deux lits , et couverte de vases servant à boire (5).

(1) Voyez dans notre tome II , pb XLI. Silène est représenté par les anciens sous deux caractères , comme nous l’avons observe' ailleurs, mais ce port, cet habit grandiose et royal que nous lui voyons dans ce monument, a toujours ëtë donne aux simulacres de Bacchus barbu , et non pas à ceux de Silène, comme nous Bavons démontre dans le même lieu cite'.

(2) Admiranda , lieu cité.

(3) Dans le bas-relief de M. Townley et de ïa collection Farnèse , on reconnaît mieux que cette figure est celle d’un jeune homme, et non d’une fdle \ ce sera, peut-être, un des favoris de Bacclius.

(4) Sur ces acclamations des festins voyez Ferrarius , de veter. acclamai liv. VI, ch. Xlll, dans le tom. V! de G revins.

(5) C’est de l’usage des tables rondes qu’on les appela

Cinq personnages suivent le Dieu , qui s9em^ presse de jouir lui-même de cette liqueur * dont il a fait un heureux présent aux mortels» Deux semblent lui préparer un acroama (i); le premier en accompagnant la danse par ses chants , le second en l’animant par les sons d’une flûte double (2). Le premier est un jeune Bàcchant nu, qui lient dans sa main gauche une houlette (3), le second est un vieux Faune couvert seulement d’un petit manteau et chaussé de cothurnes. Jusques-là sont étendues ces tapisseries appelées auleaea ou peripetasmata (4),

parmi les classiques latins orbes ( Juvénal, sat. I, v. 137, et ailleurs ). L’ornement de leurs pieds qui consiste en ce qu’on leur donne la forme de pattes d’animaux , est assez bien imagine' et très-antique ; car nous le trouvons de'jà employé' dans les arts e'gyptiens , comme nous le montrent leurs monumens.

(1) Les c'rudils qui ont parle' des banquets des anciens, ont expliqué très-en détail tous les divertissemens de musique, dont ils réjouissaient leurs repas, et qu’on appelait acroama. Leurs traités savans expliquent jus-* qu’aux moindres détails les plus particuliers de notre monument. Voyez dans le tome IX du Trésor de Gronovius, dans le XII de Grevius, et dans le III de Sailengre.

(2) Pline, VII, 56, donne Marsias pour l’inventeur des flûtes doubles; la flûte simple était regardée comme plus ancienne et inventée par Osiris.

(5) Dans des bas-reliefs semblables, au lieu du bâton pastoral on lui voit un grand thyrse.

(4) Voyez les commentaires sur la saî. Vili, lit. H; d’Horace ? v. 54» * 1 2 * 4

qui servent à orner le lieu destiné au festin, en le séparant des autres sales. Dans l’espace découvert suivent , un troisième Faune qui paraît porter sur le bras gauche une outre , une Bacchante ivre qui soutient avec peine dans sa main gauche un petit tambour , un autre Faune conduit la marche.

La statue de Priape vue de profil, qui depuis la ceinture se termine en forme de terme, et qui est posée sur un autel, convient aussi à la décoration du lieu réservé aux plaisirs de son père , et pour indiquer le lieu champêtre de la scène, que ce Dieu aimait de préférence pour se livrer à ses divertissemens favoris , autant que pour remplir les rits de ses mystères sacrés (i).

(i) Toute la tragédie d’Euripide, intitulée les Bacchantes , est une des preuves nombreuses qui appuyent cette opinion. Tant dans le bas-relief de M. Townley, que dans celui de Farnese, on voit placé sur un pilastre un corps à quatre côtés, qui est orné sur la première face d’un char à deux chevaux, et la seconde est tout» à-fait lisse. Bellori a pensé, sans fondement, que l’on, représentait ainsi le cartel des jeux du cirque. En comparant les deux bas-reliefs je suis persuadé qu’on peut y reconnaître un vase cinéraire placé sur un fût ou petite colonne sépulcrale. Ceci aussi indique un lieu champêtre suivant l’usage antique. Un vase cinéraire pareil orné de festons en bas-relief, élevé de même sur un fût se retrouve aussi dans un bas-relief Capitolin représentant les licences qu’on se permettait dans les Bacchanales, tome IV, pi. XXXVI, et correspond aux autres objets ruraux qui y sont représentés. L’interprete a cru y voir une table.

Dans les bas-reliefs latéraux on voit indiquée la continuation de la campagne. Là s’élève auprès d’un arbre la statue de l’Espérance, laquelle peut seule aider l’homme à supporter les fatigues des travaux agricoles (i); et près

(i) Il semble que l’un des principaux objets de la religion payenne e'tait de rendre cher aux hommes le séjour de la campagne, et les travaux qu’elle exige, en les attachant à l’agriculture, non-seulement en supposant que tant de divinités habitaient les champs , les forêts et les montagnes \ non-seulement par tant de lieux sacrés remarquables par des cultes particuliers , et prenant des surnoms de leurs Dieux, mais encore en célébrant par des fêtes soleronelles et les plus joyeuses qui appartenaient au culte public, le commencement et la fin de presque tous les travaux de la campagne. Ce qui fut cause, comme l’observa Cicéron, que le pillage des temples de la Sicile fait par Verrès, découragea les babitans de cette île si fertile dans les soins de l’agriculture,, plus que ne le firent les vexations horribles dont les accabla ce gouverneur ( liv. IV h in JTerrem , 1 1 4 ). Libanius prévenu avec obstination en faveur du paganisme ne manque pas de présenter ce sujet à Théodose, pour s’opposer à la destruction des temples idolâtres , que le zèle des fidèles n’épargnait pas. Comme son discours de templis est trescare , je crois faire plaisir de mettre sous les yeux de mes lecteurs le fragment dont il s’agit, se rapportant à notre opinion , par l’étroite union qu’il suppose existant çntre le paganisme et l’agriculture: KûtTCicvpovreç dia rôv ïepâv tovç âypovç- ors yàp dv le pòi? èxxóvjjGKnv dypov , tovto tetv (pÀotal te , nal nettai , nal téèv^ne' ipv^fy ydp , o fiaaihe v , totç dypotç ta îepà icpaóipiia ttfç ev tote, dypotç ntl&eQç yeyevr^- {tèva , nal dia tfoAÙôv yeveov eîç tovç vvv ovtaç dtpivpéva. Rai totç ye&pyovmv ev dvtotç aï eÛTadeç

d’elle ow voit un vieillard qui trait une chèvre , dont une jeune fille caresse le menton , pour qu’elle souffre avec plaisir ce que fait le chevrier.

On voit aussi placé sur un autel un peu plus élevé le simulacre d’Hercule , autre divi-

orni ürspl re âvSpov , xai fvvaueôv , gtoà rèxvov , Tcal ÿoQV waï ri?ç cpJteipoiiévi?ç ytfç wai ri?Q tfatpvr svuév^ç- ô iïè r ovro Treftov^ôç âjpôç àrto/iókeMe , Teaï rùv yeapyòv pierà rôv ehnìS&v rò ftpô^vpiov pbdri?p <yap ì?yovvrai ycoviioeiT rôv èç dèov rovç •jtovvç dyovrojv £<yrepi?pi£VOi Seôv: « En renversant les ternir* pies iis dévastent les campagnes : et ce champ dont « ils détruisent les lieux sacrés, devient, peut-on dire, « aveugle, bien plus mort -, car, o Ce'sar, les lieux « consacres étaient la vie des campagnes. Ils ont eie' le « principe de ces édifices champêtres qui se sont con- « serves jusqu’à nous à travers une succession de nom- « breuses générations : c’était en eux que les agriculteurs « plaçaient toutes leurs espérances , non-seulement en « ce qui touchait le bonheur de leurs personnes , de « leurs épouses , de leurs enfans , mais encore dans la « prospérité de leurs bestiaux, de leurs semences, de <i leurs plantations. Un terrain étant dépouille' de son « sanctuaire , celui qui le cultivait perd absolument ses « espérances et en même-temps le sentiment qui l’y alfe tachait et toute son activité. Il croit que son travail « est désormais inutile et sans fruit dès que ses champs « sont privés de ces divinités qui conduisaient ses fati- « gués à une fin heureuse. » Dans les peintures , dans les anciennes mosaïques, on ne voit jamais de paysages représentés où. l’on ne remarque plusieurs lieux consacrés comme des autels, de petites chapelles, des arbres dédiés et d’autres objets de leur vénération»

nité champêtre, appelée à cause de cela Hercule Sylvain. Une autre bergère cherche à retirer un petit chevreau des mamelles de sa mère, auprès de laquelle un jeune chevrier se tient debout appuyant gracieusement son menton sur son bâton.

La quatrième face, sur laquelle se continue le sujet Bacchique, offre deux Centaures, nions» très qui furent apprivoisés par le Dieu de ]Nfisa, et auquel nous les avons déjà vus, sur plusieurs monumeus que nous avons décrits , rendre des soins. L’un avec le thyrse, l’autre avec le bâton de férule , tous deux portans un diadème (i), soutiennent, le premier une petite Menade ayant une nèbride qui la ceint , plutôt qu’elle ne la couvre -, et l’autre portant un enfant joueur de lyre. Mais en voyant au milieu un foyer, d’une forme assez agréable, sur lequel sont placés deux flambeaux ardens, dont les flammes servent à deux Génies de la Mort’, pour brûler un papillon symbole de la vie , en retournant d’un autre côté leur physionomie pleine de douleur (2) , nous sommes portés à

(î) Le diadème a été invente' par Bacclius , comme nous Favons fait remarquer ci-dessus , pi. XXI [ 3 aussi est-il représenté avec cet ornement jusques sur le basrelief, où Fon voit sa naissance, pi. XXIX.

(2) C’était l’attitude solemnelle et consacrée pour mettre le feu au bûcher. Virgile l’indique en parlant des funérailles de Misène, Aen, , IV , v , 225;

2og

croire que la destination et le sujet de ce monument étaient funèbres , et enrichi par des représentations Bacchiques, ou pour indiquer que le défunt qui était initié à ces mystères sacrés, espérait à leur faveur se distinguer de la foule des morts (i); ou bien aussi que content, à l’exemple du Dieu du vin, d’une vie joyeuse et voluptueuse, il cédait a la destinée commune de tous les mortels, comme un convive qui se leve rassassié et satisfait d’une table somptueusement servie.

.... subiectam more parentum

Aversi tenuere facem.

Voyez Meursius, de funere , ch. xxvi ; Kirchmann , de funeribus , li v. m , c. 7.

(1) Les images des festins Bacchiques sur des monumens funèbres peuvent aussi signifier les récompenses et la beratitude qui seront, dans la vie future , la récompense des vertus. Platon dans le second livre des Politiques déclame ainsi contre ces idées peu décentes de récompenses éternelles: M wcuoç dè tovtûîv veaviMarepa t àyaSàj Mal ô viôç dvrov cvapd Seov iïMatn roïç dinaioiç: elç adx y dp dyayôvreç tô /lóyo)' Mal MaraMÜbavTeç Mal avpbxômov tôv ôoiov MarauKevacravreç è(TTsfaVu){iépvç tvoiovctù tôv drtavTa ypóvov didyuv ueSvovraç iiyriadpevoi cJcdXki(iTOV dpertfç putâôv piéS^v alüVLOV: « Musée et son fils (Eumolpe) « font donner aux justes, par les Dieux, des récompen- « ses encore plus puériles. Après les avoir conduits s « dans leurs discours , jusqu’aux enfers, après les avoir « fait asseoir à une table , et leur avoir apprêté un re- « pas délicieux, ils nous les peignent passant tout leur « temps couronnés et ivres, regardant comme la su- * prème récompense delà vertu , le plaisir d’une ivresse « éternelle.

Musée Pie-Clém. Vol. IV.

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