‹ Musée Pie-Clémentin (volume 4)Chapitre 16 sur 41 · PLANCHE XXVI · texte numérisé non relu

PLANCHE XXVI

Bacchus et Hercule sur un char tiré par des Centaures * *.

Le sujet rare qu’offre ce has-relief compense pleinement le défaut que Ton remarque dans le travail. C’est le monument le plus évident de l’étroite union que la théologie payenne admettait entre ces deux fils de Jupiter, Hercule et Bacchus.

L’antiquité qui les considérait comme des Dieux compagnons, ou selon la phrase propre, Adsessopes , l^dpsdpoi , reconnaissait dans ces héros divinisés, plusieurs manières de se ressembler (i). Comme elles sont presque toutes indiquées et réunies dans une épigramme grecque, je crois devoir la rapporter ici dessous, quoiqu’elle soit très-connue des mythologues (2).

* Hauteur une palme et sept onces } longueur deux et trois onces.

(1) Georges Arnaud, De Diis Adsessoribus , ch. XVII ; dans le tome II du Trésor de Poleni.

(2) AnthoL Epign Gr.} liv. iv, ch 12:

*A[i(pOT£poi OtffySe , xai âpLfpôvepoi rtoûepbKrrai , R ipt ZVvèç- SvpffQ Sewôç, ô dè poftâTifjr ?A ^(poìv dk (rrtfÀai awreppionç , ebcs/La d’ ottka , ÀeiovTf? , xépbpaXa, de ævl ardyip llpi? â^ovépOLç Seoç oî àxo yal^ç

H/LS'OP èç âàavatyç ht rtvpoç âfjb(pôrepoL z Tous deux Thébains , tous deux guerriers % et tous

Leur culte commun fut rétabli par une adulation superstitieuse, quand l’empereur Septime Sévère les fit reconnaître comme divinités tutélaires de sa personne et de sa famille, et les fit unir ensemble dans les médailles romaines, avec cette épigraphe DIS AVSPICIBYS. Les médailles nous prouvent que cette vénération commune a Hercule et à Bacchus continua dans l’empire romain sous le règne de Caracalla (i).

11 me paraît assez vraisemblable que notre bas-relief en offre aussi un monument ; et cela non pas tant par la dégradation de l’art , qui se soutint encore quelque temps avec un peu d’honneur, que parce que je vois qu’on s’j est servi excessivement du travail du trépan , que l’on sait précisément avoir été en usage hors de mesure , dans la sculpture ancienne ,

« deux fils de Jupiter ; l’un tient un thyrse et l’autre « est armé de sa puissante massue. Tous deux ayant « parcouru le monde, placèrent des colonnes à son ex- « trémité. Leur vêtement est pareil , c’est la Nebride mou- « clietée, et la dépouille du fier lion; leurs divertissemens « sont les mêmes, au son des crotales et des cymbales. Ju~ « non eut pour tous deux de la haine. Tous deux reçus « dans l’Olympe parmi les immortels, prirent naissance « sur la terre , et sortirent au milieu des flammes. »

Les crotales d’Hercule , dont l’épigramme fait mention , sont celles avec lesquelles ce héros mit en fuite les oiseaux du lac Stymphale.

(1) On peut voir la description de ces médailles en bronze, par Mezzabarha, par Vaillant, règne de Septime Sévère, de Caracalla et de Géta.

depuis le règne de Sévère ou celui de Commode*

Le bas-relief représente un oliar tiré par deux Centaures , l’un desquels tient un thyrse, Tautre soutient un cratère sur ses épaules. C’est un Génie de Bacclius qui tient les rênes du char. Il est debout sur la croupe du Centaure à droite, et il appuyé, de la main droite sur ses lèvres la flûte à sept tuyaux de Pan. Un Faune qui joue du même instrument , une Victoire qui tient un trophée, sont placés parmi les autels couronnés, les masques, les animaux Bacchiques, et le char à quatre roues sur lequel sont assises les deux divinités. Hercule , entièrement nu, est assis sur sa peau de lion ^ de la main droite il appuyé sa massue sur son épaule, et son bras gauche embrasse Bacclius. Celui-ci a dans la main droite son can îhaniSy et le thyrse ou la férule dans la gauche , il est couronné de pampres et revêtu de la nebride . Hercule est à la droite de Bacchus, quoique divinité d’une classe inférieure, soit que l’artiste regardât, suivant la coutume des Grecs , la droite comme une place moins honorable (i), ou parce que Hercule étant l’hôte de Bacchus, celui-ci lui a fait les honneurs dans son char. Car l’extrémité du timon qui repré-

(î) Pausanias, EL l, ch. X, décrit les bas-reliefs placés dans le tympan du temple d’Olympie , où les personnages les plus distingués étaient tous à gauche.

Séüte line tête de pdnthère (i), et les ornemens sculptés du joug, qui sont des dauphins (2), montrent évidemment que ce char appartient à Bacchus , quoique l’on voye dans quelques sculptures des Centaures attelés au char d’Âleide (5). Un monument qui affirme encore cette

(î) Cette partie s'appelait âltpoppVfJLlOV. Folînx, livre t , 1 46.

(2) Ordinairement le joug était terminé par deux té** tes d’oie , ce qui fit donner à ses extrémités le nom de âxpQflflviffXOl. Pollnx , I, 146. Ici les dauphins sont attribués à Bacchus, pour faire allusion à la fable des Thyrréniens.

(3) Sur les monttoies romaines de la famille Aurélia, on voit un char, tiré par deux Centaures, Dendrophores , ou tenant des rameaux 5 sur le char est une divinité que les antiquaires ont cru être Hercule. L’effigie d’un Cen* taure , qui est aussi sur les médailles frappées par les habitans d’Auteliopolis en Thrace , a fait soupçonner quelque rapport entre les images des Centaures et la famille Aurélia. Spanhémius en fait le süjefc d’tme longue dissertation ( de usu et pretestant * Numism. , tom. II, pag. 16 ). Voilà qu’elle est mon opinion. Les premiers qui domptèrent les chevaux profitèrent, pour les rendre dociles , de la délicatesse des oreilles de cet animal (Festus, v. Aureas , etsuiv.). De-làle nom grec de Centaure vient de l’action de piquer £ ftevzsiv ) les oreilles, et les noms latins d ’ Aureax et à’ Auriga ? ab agendìs f vel agitandis aurihus (Festus, v. Aureax ). Le mot la* cédémonien avç , avroç , oli plutôt dvp , âvpoç , selon l’idiotisme spartiate qui changeait en p le signia de là terminaison, signifie oreille chez les Grecs ( Hésychiùs , v. Avg ) ? et de-là s’est formé tant le mot latin auris , que le mot gr»c commun qvç, A cet effet les lièvre#

alliance de Bacchus et d’Hercule , c’est le fameux bas-relief en stuc , enrichi d’épigraphes

sont appelés dans Hésychius dvpoi ? comme si l’on disait a uriti. Celte étymologie du nom K épravpoi est plus historique et plus grammaticale que celle de Palefatus, qui veut que l’on tira ce nom de piquer les bœufs OjTCO TOV TCeVTEÏV ravpyç , lorsqu’il convient en mêmetemps que ce nom fut donne' aux premiers qui domptèrent des chevaux p et plutôt, comme l’observe Tzetze,il dérivait de xevreh ruvpvç , xevrôravpoç que de xévravpoç. En appliquant à présent cette étymologie au Centaure gravé sur les médailles des Àurelii , j’observe que ce nom Aureiius a de l’analogie avec le latin aureax et auriga , signifiant tous deux, selon Festus, primitivement un cavalier. Il est donc probable que les Aurelii voulant rendre leur origine mythologique, ils ont choisi l’image du Centaure , comme descendans de ces premiers inventeurs de l’art d’équitation , ou seulement de l’équitation elle-même, d’où leur nom dérivait» Mais que ceux de la famille Aurélia faisant plus de cas de la terminaison de leur nom que de sa racine , le rapportassent au culte du Soleil, cela me semble une déduction plus fastueuse que vraisemblable (Festus, v. Aurélia). Aurélius est, peut-être, en grec un composé correspondant au latin auriga , ab agendis auribus , arto tov èÀdfrat rd dvpa ( lacedémonien pour Sta )• On ne trouve sur aucune des médailles romaines que des magistrats de cette illustre famille ayent fait frapper l’image du Soleil. Il convient pourtant de parler ici de la superbe grande médaille de Marc-Aurèle du Musée Odescalchi , qui porte à son revers Hercule traîné dans son char par quatre Centaures dendrophores . Ce beau monument confirme encore plus le rapport des Centaures avec l’origine de la famille Aurélia, et montre avec évidence que la divinité empreinte sur les monnoies de

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grecques qui appartenait autrefois a la galerie Farnese, a présent à Albano, et dont le sujet principal est l’apothéose d’Hercule (i). On l’y voit couché sur les dépouilles du lion, saisissant une grande coupe pour boire , au milieu des Satyres et des Faunes, qui entraînent, près** que avec violence, dans ses bras, selon l’ancienne coutume des rites des noces, Hébé , la Déesse de la jeunesse, destinée à être, dans le ciel , son épouse»

Le goût de la boisson qu'avait Hercule , et qui fut chanté par les poètes , fut un autre motif pour l’unir avec Bacchus , surtout ayant, pendant toute sa vie , montré une vénération extraordinaire pour les cérémonies qui appartenaient à ce Dieu ( 2 ). Ce fut par ces motifs que l’on orna souvent de l’effigie d’Hercule les pompes des Bacchanales*

cette famille est un Hercule, ainsi que l’ont décidé les observateurs les plus éclairés , malgré la petitesse de la figure et l’incertitude des symboles qui la désignent»

(ï) Eduardi Corsini , Herculis quies , et expiatio.

(2) Ovide, Fastorum , lîv. Il, v. 329, raconte un événement assez, gai, arrivé tandis qu’Hercule et Om~ phale célébraient les fêtes et les sacrifices de Bacchus,

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