‹ Musée Pie-Clémentin (volume 4)Chapitre 3 sur 41 · PLANCHE · texte numérisé non relu

PLANCHE

Sii

Combat des Géants *.

Quoique la guerre des Géants contre les Dieux , fût une des fables fondamentales de la mythologie, qui supposait que par elle Jupiter s’assura , et à ses fils , le despotisme dans le ciel et sur la terre, et quoique par ce motif elle ait fourni le sujet de beaucoup d’ouvrages grandioses exécutés par de célèbres artistes (i).

* C'est un grand sarcophage, qui a de longueur huit palmes , trois quarts j de hauteur trois, et de largeur quatre très-justes. Le chev. Worsley dont nous avons de'jà parle, ayant, dans ses Voyages d’Orient, examiné avec beaucoup de soin et d'érudition Athènes et l'Attique, m'a assuré que ce marbre se tirait des carrières du mont Hymette. Ce morceau appartenait au sculpteur Cavaceppi, qui l'a publié dans sa Raccolta , ec.f t. III, pl. 55.

(i) Phidias l'avait sculptée dans l'intérieur du grand bouclier de la Minerve du Parthénon à Athènes. Cette bataille des Géants était représentée dans le tympan du fronton du fameux temple de Jupiter Olympien à Agrigente j et sur le tympan de la partie postérieure, appelé opistodome , on voyait la guerre de Troye ( Diodore de Sicile, liv. XIII, § 82). lies deux mêmes histoires étaient sculptées sur les tympans et sur les frises de YÉrée ou temple de Junçrn à Argos , dont l’architecture fut composé par Eupolème d'Argos ( Pausan. , Argol. , ou II, c. 17 ). On voyait sur le mur de l'Acropole d’Athènes, vers la partie sud-est, un bas-relief attaché, qui avait été dònné avec plusieurs autres, par le roi Atta-

Musée Pie-Clém . YoL IY. 6

c’est cependant le sujet le plus rare parmi tous ceux que nous avons retrouvé dans les marbres anciens et dans les plus grands monumens. Un bas-relief, très-dégradé, de la ville Mattéi (1), et notre sarcophage , sont les seules sculptures (2) qui le retracent, que j’aye pu observer après de longues recherches.

Cela donne un très-grande valeur à ce marbre, dans lequel se trouvent réunis, à la rareté du sujet, à une noblesse singulière dans F invention et dans la composition des figures , je ne sais quoi de terrible dans l’expression, et enfin une intégrité presque totale. A la vérité

lus ; il représentait le combat des Dieux et des Géants^ les figures avaient deux coudées de haut ( Pausan. , Attica , 25 ). Les Athéniens faisaient jouer un si grand rôle à leur Déesse dans ce combat, qu’on le voyait en broderie sur le grand peplum qui était offert, tous les cinq ans , à Minerve , dans les grandes fêtes des panathénées.

(0 Monum , Mallhaeiorum , toni. Ili, pi. XIX, n. r. On y voit Diane qui tue Gration , suivant Apollodore Deux autres Géants combattent contre Hécate qui est armée de flambeaux j ils n’ont pas les jambes en forme de serpens; l’un d’eux est, peut-être, Clytius. Y. Apollodore , liv, h

(2) Il y a plusieurs médailles et pierres gravées, sur lesquelles cette fable est représentée. MM. de la Chau et le Blond en donnent un détail dans le cabinet des pierres gravées d’Orléans, tom, I. On devra y ajouter une peinture d’Herculanum , où Pallas est représentée sur un bouclier , au moment où elle abbat le géant Pallas, tom. II, pl. 4t, -

la délicatesse de Inexécution, la facilité du ciseau sont fort éloignés de fart savant et de l’énergie avec lesquels ce morceau a été conçu ^ d’après cela , il me paraîtrait assez raisonnable de penser qu’il a été copié d’après quelque excellent bas-relief , ou d’après un tableau de quelque artiste grec. Ceci serait d’autant plus fondé, que cette ^sculpture se trouve sur la face d’un tombeau , espèce de monument qui n’était pas ordinairement enrichi d’ouvrages très-recommandables sans qu’ils portassent des caractères certains qu’ils n’étaient pas originaux.

Il y a quatorze de ces monstrueux fils de la terre qui font la guerre au ciel (i). Sept d’entre-eux ont une barbe épaisse au menton ^ quatre sont sans barbe, et l’on n’aperçoit pas le visage des trois autres. Apollodore cependant les dépeint tous avec des barbes affreuses et des cheveux hérissés (2)^ mais sur les mo-

(1) Il se peut que ce nombre de Géants ait été sculpté pour donner une idée d’un plus grand nombre indéterminé. Apollodore en nomme douze, liv. I. Hygin, dans le Proemium , nous donne vingt-quatre noms de Géants | mais plusieurs appartiennent à des Titans ou à des Géants qui figurent dans des fables différentes. On trouvera encore d’autres noms de Géants dans Horace, III, ode 4, et dans Pausanias.

(2) Apollodore, liv. I, pag. 19, édit, de Fabri , les décrit ainsi : 'M.eyéSeù (xh aofpdrcjp âvwcepfihri tvç > êvrduei âè âKa,TayQvi<nvç' oï (poftepoi pev tciÏç

numens nous voyons plusieurs Géants sans Lar^ be, et on leur a justement appliqué ce passage d’Horace, où il appelle l’armée des Géants Juventus horrida (i). Leur forme est humaine jusqu’aux hanches

.... femorum qua fine volutus Duplex semiferis connectitur ilibus anguis (2): de sorte que leurs membres inférieurs sont entièrement composés de deux serpens. Ceci fait allusion à ce qu’on regardait les Géants comme fils de la terre , laquelle , à ce qu’011 croyait , engendrait tous les reptiles. C’est par le même motif que l’on donna cette forme monstrueuse ùErichihonius, fils deYulcain et de la Terre (5).

eipeoi warecpaivorTO , naSïeipévoi fia^eiav b

ÿestpaktfç oral yevvov: « Us étaient d’une taille que « nul ne pouvait égaler , doués d’une force invinci- « ble ; leur aspect était épouventable \ ils avaient des « peaux très-velues qui leur couvraient la tète jusqu’aux « joues. »

(i) Horace j ITI , ode IV, v. 5o. Il a été cité par les écrivains, dont nous venons de parler, des pierres gravées d’Orléans à la pl. 8, où. l’on voit sur une pierre un Géant sans barbe. A d’autres exemples de Géants , sans barbe, rapportés par les mêmes auteurs, on peut ajouter celui de la peinture d’Hercuîanum , dont il a été déjà parlé ci-dessus.

(o.) L’auteur de la Gîgantomachie, qu’on lit parmi les œuvres de Claudien, v. 80. Corneille Sévère s’exprime à-peu-près de même, Aetna , y. 45:

His natura sua est alvo tenus', ima per orbes Squameus intortos sinuat vestigia serpens .

(5} V, Scrvius et fliilargyrç , y. 11$ du liy. III de$

Les Géants, que 3a Terre irritée contre Jupiter a produit, sont bien différons (i) que les enfans de la même mère , frères de Saturne , dont quelques-uns étaient aussi des monstres et des Géants, nés du Ciel cependant* et qui furent appelés Titans (2). Quoique parmi les anciens un petit nombre d’écrivains, mais beaucoup parmi les modernes , ayent confondu ces personnages et ces fables , jamais les Titans n’ont été représentés avec des serpens en place de jambes , par les auteurs , ni par les artistes (5). Le nombre des Titans était moindre j

GéorgiqUes de Virgile. Le vent Borée était aussi représente sur le tombeau de Cypsèle avec deux queues de serpent au lieu de jambes ( Pausan. , el. I, 19 ). Cette monstruosité n’est donc pas tont^à-fait particulière aux Géants ou à Echidna , comme l’ont avancé les interprètes du cabinet d’Orléans, 1. c.

(1) Pour avoir repoussé les Titans dans les enfers, Apollodore, lieu cité, p. 17, et Apollonius de Rhodes, liv. II , vers. 09. Hésiode les fait naître dans une autre occasion.

(2) Hésiode, Theogon *, v. 207.

(5) Trois des Titans étaient des monstres 5 car ils avaient jusqu’à cent bras: ce qui leur fit donner le 110m de Centimanesj Briarée ou Egéon , Cottus ou Cæus , et Gygès ou Gyas. Ovide les confond avec les Géants -lors** qu’il dit ( Fast . V, v. 57) que la Terre

Mille manus illis dédit, et pro cruribus an gués.

Et ailleurs { Metamorph., I, i85) il fait les Géants Cealimanes, en disant que

...... Centum quisque parabat

Iniicere anguipedum captiva brachia cacio*

car Apollodore après avoir très-distinctement décrit la mort de douze d’entre-eux, ajoute que Jupiter tua le reste avec son foudre (i).

Les Géants rébelles, voulant aller combattre les Dieux jusques dans le ciel, avaient entassé, pour y monter, des montagnes les unes sur les autres , et la fable cite les monts Pélion , Ossa et l’Olympe (a). Ils n’avaient pas d’autres armes que celles dont se servaient les hommes avant d’avoir connu les arts Lapides et item sylvarum fragmina rami (3). Apollodore dit en effet que leur appareil guerrier ne consistait que dans des pierres et des troncs de chêne enflammés (4), 'ìikòvti^ov rtérpaç

Les interprètes des pierres gravées du duc d’Orléans ont fait cent Géants de ces cent bras. Ils ont encore confondu toul-k-fait les deux fables des Titans et des Ge'ants ; alors ils ont donne le nom de Titan au Géant à pieds de serpent, de la pierre qu’ils expliquent, et ils s’étonnent qu’ Apollodore ne parle pas de Polybolès tués par Neptune: Apollodore en parle , mais à sa place, c’est-à-dire, dans la guerre des Géants, et non à celle des Titans.

(1) Apollod., 1. c.

(2) Virgil. , Georg, j v. 281.

(5) Lucrèce, v, v. 1285.

(4) Apollodore, 1. cite', et Tzetzes sur Lieophron. De i’usage d’employer les pierres dans les combats vint le nom yepybuJìlov , qui signifie une pierre que l’on peut lancer à la main. C’est ainsi que les Lestrigons combattent dans Homère, Odyss . R, v. 12 1 et ailleurs. Les pierres que tiennent nos Créants sont donc ^eppàdlGL ,

waï (Îpvç yifjpjbèvaç. Horace a décrit un d’eux de la manière suivante (i):

o • • • Evulsisque truncis

Enceladus iaculator audax \

Notre monument leur donne aussi des armés pareilles, et il y ajoute pour armes défensives celles qui étaient propres à ce temps, c’est-àdire des peaux d’animaux dont leurs bras sont enveloppés. Jupiter lui-même, pour les combattre, couvrit son bras de la peau de la chèvre Amalthée sa nourrice ; on l’appela Egide , d’où. Jupiter prit le nom d ' Ægiochus , Ægidarm a tu s* Le Géant de la pierre gravée du cabinet d’Orléans se défend avec une peau de lion $ les nôtres avant mieux observé les convenances , ont roulé sur leurs bras des peaux de bœufs* Il n’y avait plus qu’un pas à faire de cette idée à l’invention du bouclier, c’est-à-dire d’étendre cette peau sur un chassis de bois (2)* Cette découverte est due à Acrisius et aux Argiens qui pour la première fois parurent avec des boucliers pour combattre Prœtus entre Epi^ daure et Tyrinthe (5).

et de même sur la pierre du cabinet d’Orléans , . non pas , comme disent les interprètes , F emblème d’une montagne.

(1) Horace, m, od. Iv 9 v* 55.

(2) Gratis c*est le nom que Lucain donne au chassis qui forme le bouclier, Pharsale , I, v-, 2.4t.

(3) Pausan.? Corinth* 25; Apollodore, liy. IL

Revenons à notre sculpture, et examinons les Géants ,

Coniuratos cœlum rescindere fratres (i), qui sont représentés minaci statu , comme Horace les dépeint lorsqu’ils attaquent le ciel. L’audace qui est exprimée sur leur figure ne paraît pas néanmoins enflammée par le désir ou la certitude de la victoire , mais il n’y respire que férocité et désespoir. Les serpens qui terminent leurs corps , semblent participer de la même fureur , ils élevent leurs têtes vers le ciel, et respirent encore avec rage dans le moment que les Géants sont déjà morts (2). Il est visible que la foudre de Jupiter frappe sur ïe dos du Géants placé au milieu du bas-relief, et qu’il tombe à terre , la tête et les bras en avant. L’action donnée à ces combattans offre de Ja variété, d’un bon goût et convenable au sujet, et la direction qu’ils ont tous, laisse voir qu’ils n’ont à se défendre que contre Jupiter seulement. Nous n’avons pas cependant l’autre partie du combat , et nous n’apercevons pas leur ennemi dans le bas-relief. Le groupe des Dieux est supposé placé dans une partie supérieure. Peut-être étaient-ils sculptés vers le

(1) Virgile, Georg., y. 38o.

(2) De meme l'auteur de la Giganlomaeîiie , v. 89: Ille viro loto moriens, serpenlibus imis

Vivìt adhuc stridore ferox , et parte rebelli Victor em posi fata, petit .

sommet du tympan ou faîte du temple d’Agrigente ou de l’Erée , et les Géants , qui en occupaient le bas , immédiatement sur la cornicile de front , auront été par hazard copiés seuls dans notre bas-relief.

La guerre des Géants est une partie de la théogonie grecque qui offre beaucoup d’obscurité (i), ce qui l’a fait expliquer de tant de manières différentes. Le parti le plus sage est de renoncer a toute interprétation. Je ne puis cependant dissimuler le rapport que cette fable me paraît avoir avec deux faits naturels , que

(i) Nous avons perdu depuis long-temps les poèmes cycliques sur deux sujets de la guerre des Titans et des Géants. Tamiris, contemporain d’Orphée, avait écrit la Gigantomachie : la Titanomachie , autre poème trèsancien, était d’un auteur incertain; quelques-uns l’attribiient à Eumèle de Corinthe , d’autres à Artinus de Milet. Sur ces poèmes , ainsi que sur un autre pareil de Thélésis Metimne'e , jusqu’à présent ignore', voyez la très-savante dissertation de M. Arnold He'cren , intitulée Exposilio fragmenti tahulae marmoreae musei Borgiani où il explique l’épigraphe d’un fragment très-précieux de la table mythique , sur laquelle on lit .... MAXI A Z

OTX HN TEAE212 O MH0TMNAIO2 M.

Héeren croit qu’au premier mot on doit suppléer ou VLjOjVTO^ia^iaç , ou T iravofia^laç. Toute ce que cet écrivain avance pour expliquer ce monument est excellent : je pense seulement que dans les notes numériques des vers , le caractère Ç qu’il interprète par le nombre 5 est plutôt pour le nombre 6, F eftiatfflOV @av étant de la même figure dans les tables d’Héraclée. Voyez Malocchi 7 tab . Herac*j pag. 128 et suiv.

Timâgînation et ia superstition ont peu-à-peb altérés, et qui ont été même encore, sans doute, confondus avec des traditions indigènes et étrangères. L’un de ces faits, c’est l’explosion des volcans, qui faisant éclater les montagnes et lancer dans l’air des roches entières, donna l’idée d’une guerre entre la Terre et le Ciel- Aussi la scène du combat des Géants, se place, suivant l’opinion la plus commune, à Pailene dans la Thrace, ou sur le Batos dans l’Arcadie, ou dans les champs Phlégréens dans la Campanie (i) , mais toujours ou se trouve un volcan.

L’autre fait , qui me semble indubitable , c’est que dans les temps les plus anciens, il y eut quelques tribus d’hommes d’une stature infiniment plus grande que celle des autres. Laissant de côté les fables, et ne me prévalant pas de l’opinion universellement adoptée du temps d’Homère , que les hommes des siècles précédens étaient doués d’une taille et d’une force bien supérieures (2), je citerai Pausanias

(1) Pausan., Arcaà. 7 xxix ; Apollodore , i, 19.

(2) Homère^ //.E? 5o4 \ sa phrase 0101 vvv fiporpi ei<n , semble supposer une détérioration dans le physique de la nature humaine. Virgile (Aen.? xti , v. 900) a dit:

Qualia nunc hominurn producit corporei tellus , il a supposé encore que la diminution de la stature des hommes a dû continuer dans les siècles à ■venir, puisqu’en parlant des guerres de son temps , il dit que

qui a vu lui-même des cadavres égyptiens d’une grandeur extraordinaire (t). La momie de Bologne qui a de hauteur onze palmes romaines (2) ne laisse pas le moindre doute sur ce qu’avance cet écrivain ingénu et très-exact ; mais si nous voulions croire que c’était un cas particulier, à son témoignage, on peut ajouter pour preuves qu’il existe encore en Egypte une race gigantesque. Pausanias reconnut la même stature dans les cadavres d’une tribu de Geltes , qu’il appelait Cariens (3) j et ce qui rend son assertion moins douteuse , c’est qu’il remarque leur grandeur extraordinaire précisément pour combattre l’existence de ces Géante immenses dont parlait la mythologie (4). Homère parle des Géants, non pas comme d’une chose surnaturelle appartenant à la mythologie, mais comme d’un peuple sauvage, qui fut détruit à cause de ses mœurs féroces (5). Ou

dans les siècles à venir le laboreur devait trouver ces cadavres en travaillant dans les champs :

Grandiaque effossis mirabitur ossa sepulcris {Georg- , I, v. 497 )°

(1) Pausanias, Attica , xxxv.

(2) Winckelmann, Ilist. de V Art , liv. h, cliap. i, §5.

(3) Pausan. , meme lieu, Amaseus a traduit K âf)£Ç par Ceharenses.

(4) Dans le Dictionnaire de Calmet, à l’article Géantv un trouve une relation, donnée au commencement de ce siècle, du cadavre d’un Ge'ant, dans laquelle se trouve autant d’exagération, qu’il y a peu de vraisemblance élans la mythologie.

' (5) Odyss. Il , v. 5g , A y pia, (pvùa, yij&Hcw* Même lieu p y, 204.

élève beaucoup de doutes sur les Patagons dont parlent les voyageurs modernes : mais

comme on connaît des races d'hommes évidemment plus petites que ne le sont les autres , pourquoi nierait-on Inexistence d’hommes d’une taille bien supérieure a la nôtre , quand l’antiquité nous en donne des preuves qui ne sont pas à dédaigner (i)? Le reste du genre humain les aura , par jalousie , dispersés et détruits , tandis qu’il aura laissé subsister sans crainte ces races auxquelles il n’a pas même dû envier les climats malheureux et stériles qu’elles habitent.

11 est difficile d’observer le moindre fragment des arts anciens, sans réfléchir sur l’intelligence qui distingua les Grecs de tous les autres peuples , dans tous les siècles , dans le choix heureux de tout ce qui regarde le beau. Les Centaures , les Tritons , les Géants , Jes Satyres, les Sirènes, sont tous des monstres, et

(1) M. Tilladet avait écrit un petit ouvrage, dans lequel il pretendoit prouver que les premiers hommes étaient tous des Géants On. peut en voir un extrait dans YHist. de V Academie des Inscript, et de belles lettres , t. i f pag. 125 , édit. in~4- M. Mahudel, au contraire, dans un autre opuscule, cherche à démontrer qu’il n’y a jamais eu de Géants d’une taille au dessus de douze pieds de Paris. "Voyez la même Histoire , etc. , t. m, p. 157. On peut voir une excellente discussion qui détermine quels limites ont pu avoir les Géants , dans la Gigantologie du chev. Hans-Sîoane parmi les T'ransaclions philosophiques

de l’Academie de Londres, 11. 4°4*

cependant tous ont leurs beautés. Quelques-uns même sont pourvus de grâces , et ceux qui doivent présenter un aspect terrible, n’ont cependant rien de repoussant. Les monstres, qui sont des idoles adorées par d’autres nations , sont la plupart aussi dégoûtantes qu’épouvantables. Nos artistes n’ont pas le bou esprit d’éviter ce défaut lorsqu’ils représentent des Diables , en sacrifiant le plus souvent toute idée du beau pour une sorte d’expression fausse.

Page 1