‹ Musée Pie-Clémentin (volume 4)Chapitre 20 sur 41 · PLANCHE XXX · texte numérisé non relu

PLANCHE XXX

Bacchantes * *.

Quoiqu’Euripide * dans sa tragédie intitulée les Bacchantes (i) , fasse remarquer la modestie et la décence que les sectateurs de Bacchus savaient encore conserver dans la fougue des orgies elles-mêmes, et dans le désordre de Fivresse, les monumens des arts antiques nous représentent très-souvent les Bacchantes deminues et lascives (2) , soit parce que les artistes se plaisaient , afin de donner plus de grâce à leurs ouvrages, à représenter de préférence ce qui arrivait quelquefois dans les Bacchanales, contre Fintention de leur instituteur, au lieu d’imiter l’usage le plus ordinaire et le moins

’« avec les têtes affreuses des lions féroces qu'elle avait tués à la chasse. »

* Hauteur et largeur trois palmes. Il était dans la ville Mattéi 5 on le voit même publié parmi les monumens de cette maison, tome III, pi. XXI; il avait été encore publié dans l’édition romaine in-folio de Virgile, avec les notes d’Ambrogi , tome III , pag» 27, ou il commente la description que Virgile fait des Bacchanales , Aen. , VII , v. et suiv.

(1) Euripide j Bacchae , v. 685.

(2) Elles sont ainsi représentées sur les vases de terre d’Hancarville , tome I, pi. LXV , et tome II, pi. LI ; dans les bas-reliefs Capitolins , tom. IV du Museè Capitolin , pi. XXXV et LX ; et dans d’autres de YAdmi randa , n. LV et LVII.

licencieux , ou bien parce- que ces fêtes étain solemnisées différemment dans divers lieux , offraient un champ plus libre à leur imagination (i), ou enfin parce que les figures que nous voyons dans ces monumens ne représenteraient pas des Bacchantes ordinaires , mais les Nymphes des montagnes , des forêts et des fontaines , comme pourrait le faire conjecturer la compagnie qu’elles ont des Satyres et des Faunes.

La Bacchante qui se voit dans ce bas-relief est presque toute nue; elle n’a qu*un manteau rejetté avec négligence sur lépaule gauche* Elle paraît animée de l’esprit du Dieu* et accompagner les cris et les hurlemens Bacchiques* en frappant sur un petit tambour , invention des Goribantes, qu’elle tient élevé dans ses mains, et elle mêle ses sons à celui des flûtes, dont jouent ses compagnons (2). Un Faune qui

(1) Dans les Bacchanales du Taigefc , desquelles parli Virgile, Georg. II > v. 687 :

, • . virginibus bacchàta Lacaenis Tajrgeta ,

les artistes trouvèrent peut-être deâ exemples de nudité à laquelle on n’attachait pas une grande importance dans les moeurs de Sparte.

(2) Les mystères de Gybèle avaient assez dé rapport avec ceux de Bacchus. Le petit tambpur servait e'gale» ment aux Bacchantes et aux suivans de la mère des Dieux^ c’est ce qu’atteste très-clairement Euripide dans la tra*

la suit, velu d’une peâu de panthère, a une de ces flûtes à la bouche, et on voit aussi le petit Satyre qui vient après , jouant de la flûte. L'autre Satyre jeune, qui marche devant elle, semble aussi tirer des sons d’une cornemuse , que chez les anciens on connaissait sous le nom de flûte utricularia (i), et dont ceux qui en jouaient furent dénommés chez les Romains par le mol grec Ascauli (2).

gédie citée, où il fait ainsi parler le chœur des Baccham tes ( v. 124 et suiv. ) :

J$vp<rÔTOVov róde

M 01 Kopvftavreç evpor 9 Av à §è $ angela trvv rvv&

ILèpavav fypvyiop

9 A vùôv zt vsvpLan, (jburpôç re (Vèaç eîç

ILépaStfxav, xtvtcov t èvaanaai Bax%âv.

'9 Celte peau tendue sur un cercle , me fut donnée par <3 les Corybantes, et on l'entendit mêler ses sons graves « aux doux chants des hymnes à Bacchus ; il fut accom- €t pagné par les flûtes phrygiennes , et ils le mirent entre « les mains de la divine Rhéa. »

J’ai séparé dans le texte le mot (TVVTOVQ , qui se trouve dans toutes les éditions , en deux paroles , afin de donner plus de clarté à la période , et pour trouver un autre substantif auquel pût se rapporter Y ÿiïvfîoa , qui étant masculin ne peut absolument s'accorder avec üTVevpLart neutre, absurdité dans laquelle sont tombés tous les commentateurs d’Euripide. Je lis B CLWJUCL au lieu de B attesta avec Musgrave.

(1) Suétone, dans Néron , chap. 54 \ Bartholinus , de ti bits , liv. ÏIl , chap. 7.

(2) Martial , liv. XT ép. 3.

Le terrain couvert de pierres sur lequel est placée cette composition , nous rappelle les Bac» chanaLs de Cicéron, de Tmolus, de l'Hélicon et du Taigète, et l’épithète d’Qvpemtpohw (i), fréquentant les montagnes , que les poètes donnèrent à Bacchus, pour démontrer que les so« lemnités de ses bruyantes orgies se célébraient* * par un usage sacré, sur les montagnes (2).

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