‹ Musée Pie-Clémentin (volume 4)Chapitre 22 sur 41 · PLANCHE XXXII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXII

Quand les arts cultivés dans un siècle , ou par une nation, ne se sont pas proposé pour modèles les ouvrages sortis dans des âges et chez des peuples différens, éloignés, le costume pittoresque a toujours été l'imitation du costume qui régnait alors. Voilà pourquoi nous voyons des figures barbues et d’autres sans barbe ; de-là les chevelures longues et frisées , et celles qui sont crépues et courtes, de même aussi cette variété dans les armes , dans les chaussures , dans les babillemens et dans la manière de les vêtir. La nudité absolue seule,

antre, à rentrée duquel se trouve un petit Satyre qui joue des chalumeaux, et en-dehors s’élève un grand arbre sur lequel un aigle a place' son nid. Cette composition fut certainement tres-estime'e chez les anciens , nonseulement par le motif qu'on peut tirer de le voir répété dans la présente figure , mais aussi par les fragmens d’une autre répétition qui existent dans le Musée Pie- Clémentin, et ces fragmens représentent le dessus de l’antre , partie de l’arbre et du nid. Cependant l’expression que l’on voit sur la figure de notre petit Faune surpasse de beaucoup celle de l’enfant en marbre de la Galerie Giustiniani , comme il est supérieur aussi en morbidesse et par le relief de toute la figure.

* Hauteur cinq palmes très-justes $ largeur trois palmes. Il appartenait au sculpteur Cavaceppi, de qui or l’acheta par ordre de S. SV Clément XIV.

introduite dans les figures de Fart , ou par une recherche de la beauté, ou par un raffinement d’idées symboliques, peut mériter quelque exception j car elle ne peut avoir fait partie du costume ordinaire chez aucune nation que ce soit, qui ait connu les arts du dessin, et encore à plus forte raison parce que la civilisation et la culture introduites dans la société sont presque de leur nature inséparables de l’honnêteté et de la décence publique. J’ai dit le costume ordinaire, néanmoins les climats et les religions diverses ont permis plus ou moins la nudité , spécialement au sexe viril ; et on ne peut nier que les beaux-arts ont fleuri parmi les nations qui à cet égard étaient moins dif* ficiles sur cette sorte de décence. Ceci admis, le Neptune de notre bas-relief, dont le maip teau, qui convient presque à une femme, avec ses plis symétriques h cause de sa longueur qui excède les talons, s’accorde fort bien avec la chevelure très-soignée, longue et bouclée * nous représentera, sans doute, le costume de quelque peuple grec qui cultivait les arts du dessin.

Homère, Hérodote et Strabon (i) nous per«*

(i) Homère, II. N, v. 685; Strabon, lib. x, p. 716^ et Hérodote , Polymnia , ch. 208 , parlent des habits et des coiffures presque féminines de quelques peuplades grecques. Virgile, Aen. , X, v. 852, attribue aussi aux

suadent que cette conjecture s’approche de la vérité, et ils nous apprennent que les habitans de rjonie, le même peuple que les Athéniens, avaient l’usage des habillemens longs presque semblables à ceux des femmes ; et ne dédaignaient pas de soigner beaucoup leur chevelure. Delà l’épithète de ’E/t xe%hoveçy H eleeckitones , qu’Homère donne aux Joniens, lesquels conservèrent dans leurs colonies asiatiques ces usages beaucoup plus long-temps, et que le voisinage des nations orientales, et la mollesse que produit ce climat, rendirent encore plus puissantes.

On devra donc regarder les images des divinités ainsi vêtues, comme des restes, ou au moins , comme des imitations de figures trèsanciennes, on pourrait dire, peut-être, p rimiti-

Thyrrénniens Agillini un pareil costume lorsqu’il nous dépeint Lausus:

Sanguine turpantem comtos de more capillos : sur lequei Servius fait une savante observation: Antiquo moi eviri sicut matières componebant capillos 7 quod ve~ rum esse et staluae non nultae anlujuorum docent , et personae quae in tragediîs videmus similes in ut roque sexuy quantum ad ornatum periinet capitis. Yoici comment les connaissances de Fantiquité servaient dès-lors à une parfaite intelligence des classiques. Le motif qui me fait croire que notre bas-relief provient plutôt des arts de la Grèce que des Etrusques , c’est la légèreté de la figure et une certaine grâce, tous caractères, étrangers à ceux que nous découvrons, dans des ouvrages très-certainement étrusques.

ves , non par rapport à l’époque des commet!eemens des arts grecs informes et grossiers , mais eu égard aux temps pendant lesquels ils commencèrent à posséder une certaine perfection mécanique , tout en étant encore privés , en grande partie , de goût, d’un beau choix d’imitation , et du sublime idéal. En effet il n’y eut dans la Grèce Européenne rien de noble qui n'eût commencé à Athènes, et cela du consentement même des anciens. L’Jonie Asiatique fut avant celle d’Europe, civilisée, riche et heureuse.

Le Neptune que nous examinons, est probablement une imitation de quelque image trèsantique, ou de l’école d’Athènes, ou de l’Jonique (i). Je la crois une imitation parce que

(i) Neptune était une des divinite's tutélaires de F Attigue "T~des artistes postérieurs Font représenté avec plus de convenance eu égard au séjour que lés mythologues lui avaient assigné. On pourrait supposer que de ie voir ici entièrement vêtu naisse quelque rapport avec l’étymologie rapportée par Varron ( de lingua, lat. , liv. iv ) etpar Cicéron ( de nat.Deor. , liv. Il), qui veulent qu’on l’ait nommé ainsi a nubendo , c’est-à-dire de couvrir ou voiler , parce que la mer s’étend comme un voile sur la terre qu’elle couvre. Mais cette idée serait encore plus recherchée que l’étymologie elle-même , laquelle me semble beaucoup moins probable que celle de Scaliger , qui tire le mot Neptunus du grec NiïtTÔ{l£VOÇ , lavans. En effet la vertu de purifier , même dans un sens mystique , que les anciens accordaient aux eaux de la mer, est un attribut qui peut facilement avoir prc~

la main du sculpteur y montre plus de franchise et de facilité quii ne conviendrait a celle qui aurait inventé et dessiné cette figure. En outre les contours intérieurs sont plus mous et plus arrondis que les contours extérieurs , et ont moins d’analogie avec la manière antique, comme cela arrive souvent dans les ouvrages imités, parce que dans ceux-ci, qui sont moins importans pour lui, l’artiste mettant une attention moins exacte pour les imiter* les habitudes de son école et ce qu’on appelle la pratique, le détournent plus facilement de l’imitation.

Les attributs symboliques du Dieu sont les plus connus j le trident qui distingue le souverain des mers et celui qui ébranle la terre (i)^ le dauphin , poisson qui a été regardé comme ami de l’homme , et qui mérita de la reconnaissance de ce Dieu une place parmi les

duit lépithète antonomastique du Dieu des mers. Les Grecs qui rappelèrent II OffSliïôv ^ eurent en vue tout Fèle'ment humide qui fournit à boire aux êtres vivans. On peut voir les autres étymologies du nom de Neptune dans le dict. e'tymologique de Vossius au mot JSuplae et dans le Glossaire de Du-Cange , v.Neplunus, on peut savoir que dans le moyen âge les opinions superstitieuses qui dominaient dans les îles Britanniques avaient rendu ce nom propre à une espèce de Follets.

(i) G est par cette raison que Pindare appelle Neptune Op(rorpùoumç armé cC un trident ; E wpiah&ç , qui tierij. un indent ; et 9Ay?,aoTpWVaç , se servant du trident f Qljmp, 7 Od. I.

constellations (t). Ce qui est remarquable dans cette figure c’est son mouvement ; elle semble s’avancer sur la pointe des pieds , expression que les Grecs ont donnée à leurs Dieux pour indiquer la légèreté et la vivacité qui était propre à leurs formes divines.

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