P L A N C H E XXXIII
Triton et Néréides *.
Les filles de Nérée , divinités marines * qui folâtrent sur les eaux, portées par des Tritons,
(0 On peut voiVles Catasterismata d’Eratostènes , cha» pitre XXXI , et ce qui disent au sujet de ce symbole de Neptune les savans qui ont explique' les Pierres gravées du Duc d'Orléans , t. I , num. 26 , lesquels cependant par une idée peu convenable à Part de former des symboles qu’avaient les anciens , ont cru que le trident de Neptune n’était qu’une espèce de sceptre , ainsi formé arbitrairement pour le distinguer de ceux des autres Dieux. Le trident fut donné par les anciens au Dieu delà mer? comme une arme propre aux marins dans ces temps , et aux pêcheurs qui s’en servaient à pêcher les gros poissons. Oppien en parle, Halieulicon , liv. iv , v. 558 j Esichius, v ïyPvÔMEVTpOV ; et Pollux , x, n. i53, et au même Hemsterhuis. Le mosaïque de Palestrine nous montre deux pêcheurs armés de tridens pour la pêche des crocodiles. Les lexycographes latins nous donnent la même idée delà fascina ? et selon l’auteur des Catalecia on a donné aussi ce nom au trident de Neptune ,, Reputili fuscina telum .
* Sarcophage long de neuf palmes j de haut deux et
ét domptant les monstres les plus féroces de la mer , sont sculptées sur la face de ce sarcophage , comme Orphée les a décrites dans ses hymnes (i):
îlmr wKovra wôpca Tcepl Tcvpbcun ^axjevovtrai T pimmv 1% o jp unv , àya?<Àô [levai. empì mro, SiypoTVrtOH; (lopcpaiç ôv Qôgksi aôpiaSï’ ô itovroç. . « Ce sont cinquante jeunes hiles qui vont. « courant sur les ondes de la mer comme des « Bacchantes ; elles montent sur les fiers Triti tons, et jouent sur le dos des monstres di- « vers que la mer nourrit dans ses gouffres. » Ici s’applique fort Lien Fidée des Bacchantes, pour nous retracer les joyeuses Néréides, qui au son des lyres et des flûtes 9 formaient des chœurs de danse , comme nous les représentent également les artistes et les poètes (2).
trois quarts 3 large de trois , moins une once : il servait de fontaine dans le jardin degli l rigami a Cerchi , où il fut acheté' par ordre du Souverain Pontife régnant j on l’a restaure'.
(1) Orphée , Ejmn. in Nereid. , v. 5 et suiv.
(2) Il y a beaucoup de mo nu me ns antiques du ménte sujet. Un des plus remarquables c’est le bas-relief Capitolin, publié dans le t. iv de ce Musée, pl. LXïII, et qui fut publié d’abord dans F Admiranda , pi. LI et LU. Dans le tome ni des péintures d’Herçulanum , les planches xvn, xvm et xix, représentent des Néréides comme les nôtres, assises sur différons monstres à queue de poisson, et quadrupèdes par les parties supérieures et par la tête. Ou voit dans . le bas-relief Capitolin des cytbare^.
Musée Pie-Clé 111. Vol. ÏY« iG
C’est ainsi que devaient être celles de Scopas que Ton admirait à Rome dans le fameux temple de Neptune , monument de Domitius Enobarbus. Elles étaient un des chefs-d’œuvre du ciseau grec , et ce sont probablement leurs copies que nous voyons répétées, et toutes dans des attitudes charmantes et sons de belles formes, dans tant de morceaux de sculpture (i). La beauté impérissable de ces séduisantes filles de l’Océan leur a fait donner aussi l’épilhèle de xaÂÀ hsxvoi (2), qui signifie composées dune belle race s et par leur gaieté vive elles ont mérité le titre de ftupoTcaypovsc, c’est-à-dire enyvrées de plaisir (3). C’est en se livrant ainsi à la joie quelles se faisaient voir sur une mer tranquille, lorsque, dans les temps héroïques, elles trouvaient l’occasion de quelque spectacle. Elles se montrèrent aux Argonautes à l’instant ou ils abandonnèrent les rives de la Thessalie (4) j elles accompagnèrent la flotte des Grecs lorsqu’elle partit d’Aulide (5); elles parurent sur les rivages de Sparte pour voir le départ de Pyrrhus, petit fils de Thétis , lors-
et des fliites camme dans le notre: Euripide en décrivant un chœur semblable dans Electre , v. 4^5, parle aussi des flûtes.
(1) Pline, H. N. y liv. xxxvi , cliap. v.
(2) Le même supposé Orphée, hymn. in Nereum , v. 2»
(3) Orphée , hym. Nereidum , v. 2.
(4) Catulle, Argonauticon , v. i4 et suiv»
(5) Euripide, Electre, v. 4^4»
quii s1 2 3 * 5 embarqua pour Lacédémone en allant épouser Hermione (i).
L’objet de leur attroupement est, peut-être, en cette occasion semblable à ceux que je viens d’indiquer. Elles escortent à la demeure des bienheureux , aux îles fortunées , les âmes de ceux qui, par leurs vertus constantes et immuables au milieu des contrariétés de la société des hommes, et contre les atteintes de la fortune , se sont rendus dignes de jouir de la tranquillité de cet heureux séjour. De même Thétis, qui compte aussi parmi les Néréides, y conduisit son fils unique Achille mort si jeune (2); et peut être que dans notre basrelief, les Génies qui glissent avec les Nymph es sur les ondes * sont les Génies des âmes humaines qui vont rejoindre ces bords, oü le bonheur les attend (3). Les Nymphes de la mer jouissent des vertus et de la félicité des
(1) Pausanias, Laconica } XXVI.
(2) Pindare, Qlympionicarum , ode lì ; Antistr. IV, v. 6; Apod. IV, y. 7: Homère, Odyss. IVj v. 565; Diodore , liv. V , varient entre-eux sur la place qu’occupe ce lieu de félicite', mais ils conviennent tous en le sup?» posant baigné par l’Océan.
(3) Cette ingénieuse observation pour expliquer le fré-
quent usage que les anciens ont fait des images de Néréides sur les bas-reliefs des tombeaux, est de Buonarroti, Osservazioni su è Medaglioni , ec. , pag. 44 e£ 1 1 4 : il y joint aussi l’opinion de ces philosophes, qui, comme
Thaïes, ont reconnu le principe du monde dans l’élément humide. Les autres antiquaires Font répété d’aprcs kiû
hommes , elles qui enseignèrent au genre humain les initiations sacrées pour expier les crimes (i).
Le Triton , placé à la gauche dans notre bas-relief, est remarquable à cause du homard qui lui sert de cornes. Les anciens qui ont donné aux Tritons , aux Satyres et aux Faunes, de la ressemblance, autant que la diversité du mélange le leur permettait, ont fort ingénieusement substitué les pinces (cAete) des écrevisses et de quelques autres crustacées , aux cornes de chèvre qu’avaient ceux qui accompagnaient Bacchus (2). Les taureaux et les hé-
(1) Cette tradition nous a été conservée dans les hymnes d’Orphée, hÿmn , Nereid. , v. 9 et suiv.
*Y jùbâç Tréçixeiv {ivaraiç rtôhvv o2@ov
*Y pteiç y àp Tcporai TeXexiyv âveSsl^ars O'spLV^P *Ei®iépv- $Mxjoio naï âyptfç XI epasfpoysiaç,
a J’implore de vous, en suppliant, la félicite' pour les « initiés aux sacrés mystères, vous, qui les premières avez « prescrit le rit religieux consacré à Bacchus et à la « chaste Praserpine. »
Elle n’est par hasard que l’embellissement imaginaire d’une tradition laquelle supposait que ces mystères avaient été apportés dans la Grèce par des femmes venues d’outremer. Quoiqu'il en soit, les Néréides représentées sur les tombeaux, seraient un signe que les défunts étaient initiés aux mystères 5 et les Bacchanales que l’on y voit sculptées doivent avoir la même signification.
(2) Les homards sur le front des Tritons et d’autres divinités marines , ont été observés par 'Winkelmann * Monum . inédit ? n. 31.
li ers dont le corps se termines, comme celui des Tritons et comme les chevaux marins y en queue de poisson , sont aussi très-ingénieusement imaginés, et assez connus parles descriptions qu’en ont donné les poètes, et par leurs images (1). Les dauphins ont été aussi introduits par Euripide, qui les fait jouer, en se glissant sur les eaux, au milieu des hiles de l’Océan (u). Tous les groupes des Néréides et leurs attitudes sont si variées et si belles, qu’il
(1) La description que fait Claudîen d’un chœur de Néréides , qui a été citée déjà par les académiciens d’Herculanum, mérite d’être rapportée ici, à raison de îa grande conformité qu’elle a avec le bas-relief que nous examinons (de nupt. Honor. et Mar . , v. i59 et suiv. ) :
Nec non et variis vectae Nereides ibant Andito rumore feris : hanc pìsce voluto Sublevat Oceani monstrum Tartessia tigris %
Hanc timor Aegaei rupturus fronte cannas Trux aries : haec caeruleae suspensa ledenae Innatat , haec viridem tralutur complexa iuvencum .
Si le savant interprète des bas-reliefs Capitolins avait fait attention à ce passage , et à beaucoup d’images de Néréides assises sur de pareils monstres , il n’aurait pas confondu la Néréide sur le bélier marin avec Vénus Pademo ? représentée sur un bouc.
(2) Elettra , v. 4^4 ;
tlèptftwi %opovç liera, N qpriidov ô (piùavûoç 87ta?./Ì£ SéXcptç, r< Là, au milieu des chœurs joyeux des Néréides, divinités marines, le Dauphin lui-même, égayé par les doux sons des flûtes, s’amuse à sauter. »
me semble que ce n’est pas sans raison, que nous pouvons regarder son modèle comme le fruit de l’imagination, et du talent dans l’exécution , de quelqu’un des premiers artistes grecs.