‹ Musée Pie-Clémentin (volume 4)Chapitre 25 sur 41 · PLANCHE XXXV · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXV

Caron ou le passage des âmes * *.

Âu nombre des rnonumens , si considérable que nous avons , qui offrent des richesses précieuses de l’érudition mythologique , on peut apprécier comme un des plus rares et des plus curieux, ce bas-relief et le suivant, tous deux

(i) Voyez le bas-relief du Musée Capitolin que nous avons cite' , tome IV , pi. XXV de ce Muse'e. On y voit représentées les trois Parques ; Âtropos a près d’elle , comme dans le nôtre , une horloge solaire ; Lacbésis observe les signes génétliliaques sur un globe y comme le nôtre , et Clolo file avec le fuseau la vie des hommes. [1 y a aussi Némésis ou Thémis , qui lit dans le livre du Destin ; Prométhée qui fotme l'homme , Mercure qui conduit les âmes des morts , enfin la punition de Prométhée et sa délivrance par Hercule.

* Autel rond dont le diamètre à sa partie supérieure est de deux palmes, deux onces; sa hauteur trois palmes fort justes. 11 était autrefois dans les jardins Giustiniani hors de la porte Fiaminia , et il fut publié , mais incorrectement , dans le tome H de la Galeria Giust . ? pl. 126.

sculptes , d/im style médiocre, et endommagés, autour de deux autels cilindriques , parce qu’ils ont pour sujet des traits peu ordinaires de la théologie payenne, relativement à l’opinion que les anciens eurent de la destinée , et du sort différent qu’avaient les âmes après la mort. Le sujet du premier est le passage de ces âmes dans la barque de Caron , et celui du second est la punition et l’état des coupables dans les enfers.

Ce Nocher du lac auæ eauæ livides (i), était déjà chanté dans les poèmes antérieurs à Homère , et très-connu dans les plus anciennes traditions de la Grèce. La poesie Miniade parlait de la barque Nexvdfiparoç , dans laquelle entraient les morts , et du vieux batelier qui en dirigeait le gouvernail (2). A l’appui de ce poème on peut voir ce vieillard peint par Polygnote , dans ce fameux tableau de Delphes qui représentait la Nécyomancie Homérique. Il tenait la rame précisément comme dans notre sculpture (5), et il avait dans sa barque une fem-

(1) Nocchier della livida palude. Dante , Inferno, c. ItL (•2) Les vers de la Miniarle que cite Pausanias , Pho cica , XXVII , avaient rapport à l’entreprise de Thésée et de Piritoüs, et ce sont les suivans :

9EvS' viTOi rèa fjisv V£9evd{ifiaTor % ô yepamoç ÏIopS{ievç fixe X.dpov ovx §22. afîov hdoSev oppts.

(3) 0‘ ‘jropâpLSVÇ hri ralç xôiïaiç: Le batelier était à sa rame. Pausanias, lieu cité, où il décrit très en dé» tail ce tableau.

ine qui paraissait-être une prêtresse , et peu différente aussi de la femme voilée de notre bas-relief. Caron a la barbe longue , il est coiffé du bonnet des mariniers appelé Causici , et qui est particulier aux conducteurs de barque, suivant les anciens écrivains, de même que dans les ouvrages des artistes anciens (i).

Un pont, marqué par des gradins, joint la petite barque à la rive • et la forme de ce pont démontre combien Lucien a eu raison de l’ap* peler Aiiabàthra (2). On voit descendre deux figures revêtues de la toge , la première par une idée très-poétique est conduite par une

(1) Plaute, Mil, glorios. , act. IV , sc. V, y. 4* etsuiv. , dépeint ainsi l’habit d’un batelier, qui est peu différent de celui que Caron a dans nôtre bas relief:

Fa cito ut venias hue ornatu nauclerico Causiam haheas ferrugineam .......

Palliolum habeas ferrugineùm : ( nam is colos thalassicu’st) îd connexum in kumero la evo expapillato brachio , Praecinclus aliqui : assimulato quasi gubernator fies.

Ce bonnet est la Causia des mariniers et des pêcheurs ; différente du bonnet tliessalien que quelques écrivains ont aussi appelé Causia. C’est avec ce bonnet, propre aux marins, qu’est représenté Ulisse, à raison de ses longues navigations (Winckelmann , Mon. inéd, , n. i55). On en voit un pareil à Palinure sur un bas relief curieux, inédit, du Musée Pie-Clémentin , et à la figure d’un pêcheur dans les médailles de Carteja , de même que dans beaucoup de sculptures antiques.

(2) Lucien , Dial . mort. Charontis et Mer curii» Ce mot peut aussi signifier un escalier.

Tarque qui lui tient la main (i), et qui tient dans la gauche une quenouille encore très- chargée de lin , ce qui annonce que le fil de la vie de ce personnage fut coupé par une mort prématurée , puisqu’il paraît que la Déesse avait encore beaucoup à filer. En effet les défunts ne montrent pas un âge avancé , même l’un d’eux, par sa taille, semblerait un jeune garçon. L’habit dont ils sont vêtus est la toge , soit par le motif qu’on indiquait ainsi plus clairement qu’ils étaient citoyens romains , ou bien parce que l’usage de la toge s’étant presque entièrement perdu parmi le plus grand nombre des Romains du temps des empereurs , n’avait pas été cependant abandonné pour les funérailles (2). La femme qui vient au devant des nouveaux habitans de ces tristes régions , semble leur présenter à boire dans une tasse , qu’elle tient dans la main droite : dans la gauche elle a un proefericuhnn , itpôypoç, espèce de vases au

(1) Il semble que Lucain suppose que les Parques, comme dans notre bas-relief, attendent les ombres des moiu sur l’autre rive du fleuve. C’est ainsi que parle cette ame évoque'e par Ericthonius, laquelle n’avait pu passer dans, la barque de Caron , parce que son corps était resté sans sépulture. Pharsalìa , li v. "VI, v. 777 et suiv. :

Trislia nondum equidem Pqrcarurn stamina , dixit ,

Aâspexi y tacitae revocatus ab aggere ripae.

(2) Nemo togam siimit nisi mortuus. Juvénal , Sat. III, vers. 172; voyez aussi Kirchmann , de faner» p liv. I ^ drap, io*

moyen desquels on tirait la liqueur du cratère , pour la verser dans les tasses. Les opinions sur ce que signifie cette figure seront , peut-être, diverses. Il me paraît qu’on peut y reconnaître la Ténus Epitjmbia , ou sépulcrale, des Grecs , laquelle avait le soin de présenter aux défunts les libations et les inféries , dons uniques que faisaient aux morts les vivans(i).

(i) Plutarque dans les Questions romaines, Quaest. XXIIÏ, parle de la Vénus Epithymbie , dont on voyait une petite statue à Delphes, à laquelle on consacrait les libations pour les morts : ’Eî> Aeù(poïç ’A<ppO§hv?ç ’ETtlTVpfliaç âyaXpbdriov écrri , rtpôç, o rovç naroi^opÀvvç eni ràç %oàç àvdKClJkovv TOU. C’était une opinion commune que les morts, dans les enfers, jouissaient de ces offrandes par ce moyen , et les vers suivans d’Euripide nous attestent cette croyance. Iphig. in Tciuris , v. iSgetsuiv. ;

. . . . ô rdcrSs

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