‹ Musée Pie-Clémentin (volume 4)Chapitre 28 sur 41 · P L AN C HE XXXVI L · texte numérisé non relu

P L AN C HE XXXVI L

Naissance d’Hercule * *.

Il paraît que depuis l’époque du règne de Commode et de Sevère (2), comme nous Pavons

(1) On verra ces précieux monumens publiés dans Y Archéographie JV or sleyenne avec mon explication 3 on y trouvera aussi un bas-relief représentant Thélèphe avec d'autres figures, trouvé près de Mégare, sur lequel il y a une femme qui exprime le meme geste. On voit sur les vases de terre cuite d’Hancarville des figures semblables à celles des planches 127, 128 et i3o du tomé I, et ailleurs. La statue de Sabine , encore inédite , du Musée Pie» Glémentin, est dans la même altitude, comme on voit de même la Vénus Genitrix sur beaucoup de médailles, et différentes effigies de Déesses dans un bas-relief de Y Admiranda , pi. xLvnr.

* Lon gueur sept palmes moins une once 5 hauteur une palme et trois onces.

(2) Dans l'explication donnée ci-dessus de la pl. xxvr il a été parlé du culte de Bacchus et d’Hercule sous Severe et ses successeurs. Celui d'Hercule seulement était

déjà observé , le culte rendu à Hercule tombé en décadence, ainsi que plusieurs autres aussi anciens, principalement par le concours des religions étrangères , fut rétabli avec plus d’éclat, comme si 011 eût voulu faire croire que le cours des siècles avait toujours respecté la mémoire d’un héros qui était devenu dans le ciel l’époux de la Déesse de la jeunesse. En effet, cette quantité de sculptures qui nous représentent ses actions , ses aventures , et ses travaux si célèbres , 11’est guères antérieure à 3’époque que nous venons de leur assigner (1). La nôtre , qui semble avoir été placée sur la face principale de quelque sarcophage , n’est pas certainement de cette classe ; car quoique d’une médiocre exécution, elle mérite beaucoup à nos yeux tant par la rareté des fables qu’elle représente, que par une certaine simplicité qui y régne , et par la sagesse de l’invention ; ce qui nous prouve qu’elles sont une imitation de quelques-uns des exeellens ouvrages dont ces temps étaient alors si richement pourvus.

en grande vogue depuis les règnes prcce'dens , c’est-àdire sous le règne de Commode qui prenait le titre d 'Hercule Romain , et qui affectait de passer pour un nouvel Alcide.

(1) Après les Bacchanales, les travaux d’Ifercule sont un des sujets les plus ordinaires qui se trouvent sur les faces des anciens sarcophages, mais ils sont presque tous d’une manière basse.

Le champ de ce bas-relief est presque divise par deux histoires , et ce qui sert eu même' temps a les distinguer et à les préciser , c’est un Hercule couvert de sa peau de lion , et armé de sa massue , qui paraît-être la principale figure du sujet (i). Cette image , placée ici avec beaucoup de jugement, nous fait entendre y sans nul équivoque * quelle signification doivent avoir les deux autres figures qui sont à droite et à gauche , lesquelles rem* plissent toute la surface du marbre.

L’une d’elles ne peut être autre qu’ Alcmène , l’épouse d’Àmphitrion et l’amante de Jupiter , prête d’accoucher , qui étendue sur son lit , annonce par sa position les douleurs qu’elle éprouve en ce moment , ou sa délivrance est rendue difficile par la jalousie de la reine des Dieux. On voit autour de son lit plusieurs femmes (2) , dans différentes attitudes ; quelquesunes paraissent des amies, qui lui rendent des soins , d’autres semblent émues d’un sentiment qui n’est pas celui du plaisir. Ce sont les deux dernières à gauche du spectateur ; la dernière paraît continuer à tenir ses mains dans une

(1) Le visage d’Hercule, ainsi que la massue , sont une restauration moderne ) il est cependant évident que dans l'antique la tête e'tait couverte de la de'pouille du lion, et que la main gauche tenait la massue dont on voit encore la trace.

(2) Mettre* Cadmetdes adsunt. Ovide ; Metam ix? v. 292

certaine disposition qui annoncerait qu’elle avait eu les doigts croisés , geste que i’on regardait comme funeste aux accouchemens , selon la superstition des anciens (i).

Si cette figure offrait plus de dignité , je croirais que c’est Lucine ou llithfe , qui a décidé de sacrifier à toute la vengeance de Junon une innocente rivale ; mais la physionomie, qui n’annonce pas une Déesse, et sa compagne, qui paraît plutôt animée par le dépit que par la joie , me font donner la préférence a cette tradition accréditée à Thèbes, et attestée par les monumens , que Junon avait, au lieu de Lucine, employé pour cet odieux ministère de sa haîne , des sorcières , ou comme on les appella , les Pharmacides (2). Le stratagème qu’on employa pour les tromper, est le même que celui qu’Ovide

(1) Pline, xxxiii, § 17: Adsidere gravidis digitis pec tino, dm inter se implexis veneficiam est. C’est pour cela que Lucine , comme nous l’avons fait observer ailleurs, (pi. XIX), se représentait ordinairement la main ouverte.

(2) Pausanias , Boeotica , ch. xi : yE,VTavS(Xt eiat siti ehtoveç âgiv^pÔTepoij rfîr? rà à^aJkpbma,' ravzaç

KoJkoxxnv dì % rigolai (pappiObKLÔ'aç , iïg

vivo t tfç H pad; (pa,oïv igtitódia, eïmi tcuç êiïïtrip i « Là ( dehors , des portes Electrides, c’està-dire , ou étaient les ruines de la maison d’Àmphitrion et d'Alcmène) se voyent des figures en bas-relief, à moitié effacées; les Thébains les appellent les Pharmacides ou les enchanteresses , et ils disent que Junon les avait envoyées pour empêcher Alcmène d’aCcoueher. >>

raconté avec tant de grâces (i) , l’attribuant à la jeune Galanthis qui se moqua de Lucine 5

(i) Je me flatte que le lecteur trouvera bon que j'insère ici tout le passage d’Ovide, quoiqu’il soit long > parce qu’il répand beaucoup de clarté sur le sujet, et parce que celte narration est pleine de charmes. C’est Alcmène elle-même qui raconte à joie les événement qui ont accompagné sôn accouchement. Metamor . , IX , V. 29 1 et suiv. :

Fessa malis , tendensque àd caehim brachia magnò Lncinam Nixosque pares clamore vocabam.

Ilia quidem venit , sed praecorhupta , meumqtié Quae damnare caput lunoni velîet iniquae :

Utque meos audit gemitus , subsedit in ilia Ante fores ara , dexlroque a poplité laevum Pressa genu , digitis inter Se pectine lundis Sustinuit par tus ; tacila quoque cârmina voce Dixit et inceptos tenUerunt carmina partùs.

Nitor et ingrato facio cOnvicia demens Vana lovi , cupioque mori , moturaque duras V erba queror silices ; mat res Cadmeides adsunt Votaque suscipiunt , exhortanturque dolentem.

Una ministrarum media de plebe Galanthis Flava comas aderat , faciendis strenua iussis t Officiis dilecta suis ea sensit iniqua JYescio quid Iunone geri , dumque exit et intràt Saepe fores , Divam residenlem vidit in ara , Brachiaque in genibus digitis connexa tencnlem i Et, quaecumque es , ait, dominée laetarè , levata est Argolis Aicmeiïe , politurque puerpera volo, Exsiluit , iunctasqûe manus patefàcta remisit Elva potens uteri: vinclis lev or ipsa remissis .

Musée Pie- Clé nu Toi IV, iS

quoique dans la fable des Pharmacides on fasse jouer ce rôle à Historis fille de Tyrésias (i). Peut-être que c’est Mercure , placé au chevet du lit 9 qui a , selon l'intention de l’artiste , suspendu par la puissance merveilleuse de sa baguette , F effet des enchantemens y et le sculpteur peut avoir en cela suivi un récit , ou quelque fragment d'ouvrage , qui ne nous seront pas parvenus. Il se pourrait aussi que ce messager des Dieux Aiàxropoç (2) , fût seulement ici tout prêt h transporter l’enfant où sa bellemère , trompée, devait lui donner le lait de son propre sein.

Nous voyons en effet dans Fautre histoire, que Mercure a enlevé F enfant, et paraît le porter au lieu que lui a indiqué- Jupiter ; et il le tient avec cette attention affectueuse qu’il lui convient de montrer envers son frère , d'autant plus que le destin a réservé celui-ci pour reo-

(0 Paüsànîas, Boeotîca? xi: Ai ptv §è êftéîfiov pipriv jify texèip, T eipecrfa iïè Svyarpì ^Icrtoplòì ~aó(piapa ëftèwiv êç rdç &ap(iaHidaç , lÊ-rptoop dvrôjr êûo/lv£ai' TSTOxtfvcu y dp âp 9 AÀkpriPvp , ovtm %dç ph itÆaTr^elonç djteX^eh , rip dè ‘A 'TEMElf <p(Xr(TtP : «Celles-ci (les Pharmacides ) empêchaient « Faccouchement d’Alcmène , quand il vint à l’esprit d’Historis, hile de Tyrésias, un stratagème pour les troni- -per : elle se mît h crier qu’Àlcmène venait d’accoucher, de sorte que s’en étant fait entendre , sa ruse réussit à Ses faire retirer, et Alcmène mît en effet son enfant au jour. »

(2) Homère, //•. B., v. jp5.

dre communs entr eux les travaux , le culte et les honneurs (i). Eratosthènes nous apprend pourquoi Mercure se charge d’enlever et de transporter Hercule nouveau-né (2) : « II était , « dit-il , prescrit par le destin que les fils de « Jupiter ne pourraient pas jouir des honneurs « célestes s’ils n’avaient pas succé le lait des « mamelles de Junon ; c’est pourquoi Merî< cure prit Hercule au moment de sa naissance* « et l’appliqua lui-même au sein de la Déesse. » Ce fut une ruse imaginée d’abord par Jupiter, dit Pausanias (5); et Eratosthènes ajoute, « que Junon s’en étant aperçu , repoussa loin << d’elle l’enfant , et que son lait jaillissant, force ma, en se répandant dans le ciel, la voie lactée. »

(t) Sur cette communauté de culte entre Mercure et Hercule on peut consulter Fabri, Agonisticon 7 liv. I., ch. XVt , et au même lieu ses Para lipomhia.

(é) Eratosthènes f Càtàsterismorum , ch» dernier : Oé flàp et;rcv roïç A iôç vïoîç rtfç ovpavh Tifitfç ybeiaG^slv , h {irfriç âvrov ròv rtfç H pa,ç pbaa’tôv iïiô-

tâep paoï ròv ;E ppbtfpvxò ttyv yévsaiv âvcmojjb'iGcki rov ^JìpaM/léa, nodi tfpoffyeiv âvrov ro ttfç H paç fragro , ròv âè sÆivotfo'ao'av Sè Wpav , droaslcra-

oiïai âvrov , Haï ovtoç ht^v^évroç rov ‘rpiocrevparoç aTCorsùsffStfvaù ròv yaùafyav kvmÀqv.

(5) Pausanias, Boeoticay XXV, dit que fou montrait à peu de distance deThèbes, hors des portes Néitides j le lieu de l’événement ; d’ou il paraît que, selon Pausanias, la voie lacte'e ©u la Galaxie céleste eut une 'autre origine. -

Il serait plus difficile d’expliquer , sans cou» jectures douteuses, le reste des figures, si quelques notions que m’a fourni Pausauias , ne prêtaient pas beaucoup de vraisemblance à l’interprétation que je me propose de donner. Je crois que la figure couchée, au pied de laquelle coule un ruisseau, est le fleuve Isménus. On trouve très-frequemment dans l’antique les images des fleuves représentées avec ce caractère symbolique : et Isménus était le fleuve le plus distingué qui coulait près de Tlièbes. En outre , il passait assez près de la maison d’Amphitrion et de Tappartement nuptial d’Alcmène. Agamède et Trophonius avaient construit ce palais pour Ampbitrioo , hors des portes Electrides , et auprès de l’isménus. On en voyait encore des restes assez considérables du temps de Pausanias (i). Cette monticule avec un arbre indiqué à sa cime, sera donc la colline voisine ( ?jô(poç ) appelée Isménus et consacrée à Apollon (2); et

(1) Pausanias 7 Boeotlca , XT.

(2) Pausanias ? Boeotica , ch. xi : ’E (TTl / iotpoç £V dsï;icL tqt> itvküv lepoç ’ A.tcôXÙqvoç , Maùehai ors Tiôcpoç Mai ô Seôç ’l<r(ivznoç TtapâppeovToç rov tforajuiov ravvia TOV ’ï(rpi'v?viy: « A la droite des portes ( Elec- « trides ) est une colline consacrée à Apollon : la col- « line et le Dieu portent également le nom d’ïsménius, .« parce que près de-là coule le fleuve Isménus. » Amaseus dans la traduction a fort mal à propos substitué aux portes le nom d’Homoloïdes à la place d’Electrides ? comme on peut le voir à 3a fin du chapitre VIH ,

la porte , h peine dessinée an bord du bas-relief, représentera les portes Electrides de 3a ville de ïlièbes , près et hors desquelles se voyaient tous les lieux célèbres dans la Béotie, tant par l’antiquité des événemens , que par la sainteté des religions naturelles de ces cou-» liées.

La figure du héros , avec sa eblamyde et sa tunique relevée , que l’on voit devant la porte, est probablement Amphytrion (i), le mari d’Àlc» mène, qui donna son nom aux drames dont le sujet était la naissance d’Alcide.

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