PLANCHE X I
Le morceau carré dont nous offrons le dessin dans cette planche, est un fragment d’un plus grand bas-relief. La beauté du style dans le travail , lui donne autant de prix que la singularité du sujet. Cette sculpture , quoique exécutée d’un relief très-bas, nous montre cependant une savante dégradation dans les parties qui doivent avoir une moindre saillie , des formes bien étudiées dans le nu , de la grâce
* Hauteur deux palmes f sept onces; largeur e'gale. Il fut trouve' à Ostie , et on le restaura. La tête de Vulcain est moderne, ainsi que les trois premiers doigts de la main droite, et de même la tête de Ccrès depuis le menton et au dessous , avec le reste du bas-relief jusqu’à la même ligné.
et de la légèreté dans les draperies , ee qui peut nous donner une idée des autres beautés que nous a fait perdre la dégradation que la plus grande partie a éprouvée par le temps.
La principale figure est un Vulcain y facile à reconnaître à ses tenailles , quoique la tête et la poitrine soient une restauration moderne (i). Il est représenté au moment oii il ha»
(i) Les tenailles et le marteau sont les simboles qui appartiennent, et que Ton voit ordinairement à Vulcain ( Albricus, Imag. Deor. , ch. i5 ). Sur le tombeau de Gipsèle il avait pour attribut <jT,vpajypa>V , les tenailles (Pausan., EL I, 19): et de même sur les médailles d’Esernie où on lit VOLKANOS. C’est la plus ancienne orthographe de son nom, qui n’ayant pas le V , se réduit à HOLRANVS, HOLKANOS, presque OAKAIOSf ainsi de TA AI OS on a fait Sjrlÿanus . M. l’abbé Lanzi , qui adopte ce dérivé, le déduit ensuite de , vis, le
rapportant avec Marron {de E. L. , lib. iv ) a la force du feu. Je le crois uue épithète relative à son art de forgeron, qui fut dans la théologie payenne le principal caractère de Vulcain. Quelle que soit la signification de okxvi , ce mot n’est toujours qu’un dérivé de e^MG) ou èÀ XV 6) , trabo, mais qui quelquefois est synonîme à'sXâte primitif d’ VkfWVQ , dans la signification de ce mot opus ductile facio . C’est ainsi que l’a dit Hérodote, I, 72, XV(T(U ftùitâvç, de même èÀHV(TTÔç dans Hésichius signifie pòli. V ulcairi sera donc le même que malleator , celui qui travaille les métaux en les battant , art proprement attribué à ce dieu qui l’inventa dans l’isle de Lemnos, contrée dont les feux souterrains, dont les éruptions fréquentes familiarisèrent les hommes avec cet élément, et qui peut-être leur avait offert des métaux rendus faciles à travailler par le feu souterrain, ce qui put avoir
rangue , et sa main droite , disposée pour un geste de déclamation, a les deux derniers doigts, qui sont antiques, baissés, et trois autres devaient être étendus, comme pour se mouvoir (i).
donne lieu à inventer facilement l’art du forgeron.
( Yoyez Eustase , 11. A, v. 5go. ; Cic. , De nat. Deor. , ni , 22 ). Comme de eXxo je tire Volkanus , ainsi de le nom ,2HA'4©3i Sethlans , donne k ce Dieu sur la fameuse patère Cospienne (Fabretti, In script. , p. 558), lequel prive de l’aspiration initiale changée en S , et de l’autre que l’on joignait ordinairement avant L , comme nous trouvons Silites pour Vies, Sitata pour lata , Silocus pour locus ( Festus, v. Stlata ) nous donne H élans , la meme chose que Helas , eÀdç, opus ductile faciens , de e%d(J conjugue' en pu, L’étimologie de Mulciber , que Festus fait dériver de mulcendo ferro , est analogue k la même source. L’art de malleare les métaux est considérée encore par Oppien comme la principale invention de ce Dieu, Hai. j il, v. 28, et le. scoliaste au même lieu. Les étymologies , rapportées par Vossius et par le Clerc, du mot V ulcain , le premier le faisant venir de Tubai caia ( Etym . ling. Lut., v. Muriatica), le second de l’hébreu pjï , balak , desolare ( not. ad Corn . Sever. Aetnam , v. 5i ), en outre qu’elles sont forcées, sont trop éloignées des véritables origines de la langue latine, ou dépendent d’hypothèses qu’on ne peut pas admettre facilement. Celle de H ulcanus , c’est-k-dire volans candor , que l’on trouve dans Isidore ( liv. "Vili, a), et l’autre dans Fulgence ( Myth ., II, i/j), comme fiyûigea- JtfOÇ , sont trop absurdes pour mériter quelque attention.
(1) De ce qui reste de l’antique, on voit que le doigt du milieu n’était pas joint avec les deux autres qui sont restés. Les trois premiers doigts étaient donc élevés dans ce geste , qui précisément est appelé oratoire par Àpu-
La figure qui est auprès l’écoute avec attention ; mais son action de se couvrir une partie du visage avec sa main droite qui est enveloppée de son manteau, indique la mélancolie ou une sorte de douleur dont elle est occupée (i) On aperçoit plus Las la tête de la Déesse Gérés , encore ornée des attributs d’Isis, dont les Grecs ont fait une seule et même divinité (2). D’un
3ée , lorsqu’il parle de Téléphron , qui : Instar oratorum conformât arliculos : duobusque ir f mis conclusis , caeteros eminentes porrigit ( Wletam. , liv. fl, p.54, édit. Ericaei ). Ce geste , par l’acception qu’on a faite d’une signification religieuse, est maintenant banni de la déclamation et des arts profanes : il reste néanmoins beaucoup de nionumens de son usage ancien, tant dans les médailles de Constance et de ses successeurs , que dans quelques miniatures du Virgile du Vatican , de meme que dans des bas-reliefs anciens.
(t) Sur l'autel du Capitole, dont j’ai parlé plusieurs fois, on voit Cybèle qui assiste à l’éducation de Jupiter, à-peu-près de la même manière , appuyant sa tête sur sa main enveloppée de son manteau. M. le chanoine Foggini croit avec raison que cette attitude exprime la crainte et le trouble de la Déesse , Musée Capitolin , tom. IV , pl. 6.
(2) Diodore , liv. I ; Apulée , liv. IX , Metam. Dans les planches jointes au Catalogue Numorum urbium et populorum musei Guil . Hunter per C. Combe , on voit deux types inédits parmi les médailles de Catania > pi. XVI , num. 2 et 5, lesquels représentent Cérès couronnée d’épis , ayant sur le front le lotos et un autre Ornement égyptien : elle a à ses pieds Harpocrate qui tient son doigt sur sa bouche , et qui a une corne d’abondance.
côté, près de Junon on voit un fragment, à moitié dégradé, du trident de Neptune.
Je ne balancerais pas à reconnaître , parmi toutes les aventures du Dieu de Lemnos, celle que représente ce bas-relief. Je la crois tirée du I livre de l’Iliade d’Homère (i), et il me paraît que Vulcain s’est levé, comme nous le dépeint le poète, pour haranguer les Dieux, et pour persuader, par des plaisanteries, Junon courroucée à céder aux désirs de Jupiter^ Le caractère comique de l’orateur rendit plus efficaces ses discours, et la colère céleste ne put se soutenir contre les ris qui s’échappèrent en voyant Vulcain aller, en boitant, présenter à tous les Dieux le nectar. Le geste qu’il a dans ce bas-relief est justement celui d’un homme qui parle.
La Déesse qui l’écoute et paraît triste , est Junon : et il n’est resté que Gérés seule du conseil des Dieux rassemblés. Elle paraît placée plus bas, parce que Vulcain s’est levé pour parler - et Junon, étant celle qui joue le rôle principal dans cette dispute, a été placée par l’artiste dans le lieu le plus élevé et le plus remarquable de cette composition.
Ce sujet tiré d’Homère doit être,, à mon avis , celui que l’on doit préférer à tout autre qui appartiendra à Vulcain (2), parce que rien
(1) Homère, //. A, v. 571 et suiv.
(2) On ne peut pas dire que ee* soit Vulcain qui ras-
Musée Pie-Clém. Vol IV.
n’y est contraire aux diverses parties de ce bas-relief, parce qu’il s’accorde avec l’expies-
semble Les Dieux pour les rendre témoins de la honte que vient d’éprouver sa couche. Les Déesses, dit Homère, Odyssée 0, v. 324, restèrent dans leurs chambres. Ce n’est pas non plus la naissance de Minerve, pour laquelle il fit les fonctions d’accoucheur, parce quV.ors il ne tiendrait pas des tenailles , mais une hache (Lucien, Deoi\ Dial. ; Àpolüod., I, 3). Ce ne peut cire quand il fut précipité du ciel par Jupiter ou par Junon ; ni quand il sollicite les noces de Minerve $ de même lorsqu’il combat les Créants ; ou lorsqu’il dispute avec Cérès sur la possession de la Sicile , parce que dans toutes ces circonstances l’action de la figure serait moins tranquille. Par la même raison, je ne crois pas qu’il nous soit représenté au moment où il vient d’attacher Junon sur un siège d’or, avec des liens invisibles $ ce que les autres Dieux ne voulant pas souffrir, ils le contraignirent à la détacher. Cette fable singulière, que rapporte Pausanias ( Attica , ch. 20), et dont peut-être parle aussi Platon, me semble peinte sur un vase de terre curieux, que fait connaître Mazoccbi, dans son excellent ouvrage sur les tables d’Héraclée , p. 137, dont il désespère de donner l’explication sur certaines parties. Il me semble que toute l’obscurité provient ici de l’épigraphe écrite au-dessus de Vulcain, laquelle , au lieu de son nom , ne cite qu’un de ses attributs. Nous avons de cela des exemples innombrables parmi les anciens Grecs et les Latins, qui disaient AècTCOiva, pour Cérès , K opri Four Froserpine , Zóreipa pour Diane et pour Minerve, Tla^Xàç pour Minerve, A vanreç pour les Castors , Cybele pour Bhée , Phoebus pour Apollon , Gradivus pour Mars, etc. Sur le vase dont je viens de parler, au lieu de H<I>AIXT02 , Vulconus , AAIAAA02, pÇLçd&his , ç’est-à-dire Y industrieux. Les gramniatiçiens
Sion qui y est conservée , et que tout convient avec ce que nous raconte Albricus, savoir que
anciens et modernes , conviennent qu e Daedalus n’est pas tin nom propre , mais une épithète qui est convenable à ce fameux artiste athénien, laquelle dérive de §'aw y scio. C’est ainsi que dit Pausan., Boeot, , 1 II ; Festus, v. Daedalus ? et d’autres. Si donc Minerve et la Terre ont eu le mot Daedala comme épithète (Festus, 1. c. ; Lucrèce, I, 7 j IV, 4$ 1, verborum daedala lingua) y cc nom devait d’autant mieux convenir à Vulcain qui fut l’inventeur des arts, dans lesquels Dédale se distingua, et même puisque, selon Platon ( Alcib. , ï , pag. 1 5 1 , et Serv. ), il fut le père de Dédale. Encore le nom d ’Eupalamus , père de Dédale, lequel signifie Bonne-main, et celui de Metion t son ayeul , qui peut s’interpréter par Y homme qui rêve, inventeur , celui de Chyrisophus , son élève, signifiant mains habiles, sont tous plutôt des noms allégoriques qu’historiques, c’est-à-dire bien plutôt des épitèthes que des noms propres, comme justement le nom Aaî&aÀoç appliqué à Partiste par ;le même motif qui sur ce vase en fait un titre , ou bien plus exactement une antonomasie de Vulcain , qu’Homère appelle aussi geXvTOTSflVfiç, Junon qui est assise a pour nom HPA: le Dieu qui est dans l’attitude qui convient pour forcer Vulcain à détacher sa mère , est Mars, qui est dénommé aussi, non par son nom propre Âp^ç , mais par son adjectif ENETAAIOS ou ‘Epvàjfaoç, Enyalius. Vulcain et Mars combattant ensemble devant Junon, la lance de Mars est peinte devant le sein de la Déesse., ce qui a occasionné une explication équivoque de Mazocchi , lequel a pensé que la peinture représentait Junon blessée au sein par Enyalius , qu’il entend ensuite interpréter comme désignant Hercule. Mais nous ne trouvons l’épithète à’ Enyalius qu’à Mars et à Bacchila. Si quelqu’un croit que le Dieu qui combat Vulcain est plutôt Bacchus que Mars, parce que le premier de ces Dieux se voit quel-
les images de Vulcani le présentaient souvent comme un objet ridicule , qui excitait le rire des autres Dieux,
Parmi les figures, antiques, de Vulcain, une des plus fameuses était celle sculptée par Alcamène, que l’on voyait à Athènes dans YjEphestée , laquelle fut admirée par Cicéron (i) et par Valere Maxime (2), parce qu’elle mon-» trait le défaut de Vulcain sans le déformer. Cette statue qui était à Athènes du temps de Cicéron , n’y était plus du temps de Pausanias, qui en donnant la description de plusieurs autres statues du même endroit, n’aurait pas sûrement gardé le silence sur la plus renommée et la principale (3).
quefois armé comme l’autre , cela ne détruirait pas encore l’explication que je donne , puisque c’est précisément à Bacchus que Pausanias donne la plus grande part à la délivrance de la reine des Dieux. Cependant le caractère de la figure convient plus à Mars qu’à Bacchus. Sur le tombeau deCipsèle, Mars était distingué par l’inscription EJNYAAIOS (Pausan., I, 18). On voit sur la tête de Vulcain le bonnet qui se trouve dans presque toutes les figures antiques qui le représentent. Le même sujet a été formé en bronze par Giziade de Lacédémone sur l’autel de Lucine à Sparte ( Pausan 7 La. ~ çon. y cap. 18 ),
(1) Çicer.j De nat , Deor. I, 3a.
(2) Valer. Maxim* , Yni , tt.
(5) Pausan,, Attica , chap. Xiv. On peut croire d’après Juvénal , sat. x, v. i52, que les forgerons avaient dans leurs atéliers des figures en terre cuite de Vulcain 5 c’est