‹ Musée Pie-Clémentin (volume 4)Chapitre 30 sur 41 · PLANCHE XXXIX · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXIX

Aventures iy Hercule *.

La disposition et la division de ce bas-re« lief étant parfaitement semblables à ce que nous avons vu dans le précédent , toute notre attention doit se porter en premier lieu sur les seules figures qui y sont sculptées. Les simulacres des divinités, placées sous les apsides , ont également rapport aux aventures d’Alcide, comme celles que nous avons vues dans l’autre morceau. Minerve, qui protège Hercule, occupe le milieu p Mars et Amphytrion sont aux extrémités. De même que dans le premier tableau Junon se présentait comme ennemie d’Hercule, Mars figure sous le même aspect dans celui-ci, comme l’ennemi d’Hercule, qui l’exposa souvent à de rudes épreuves. Il favorisa, quoiqu’inutilement, les Amazones qui étaient de sa race, quand Alcide s’obligea d’apporter la ceinture d’Hyppolite, l’une d’elles, à la fille d’Euristée. Le Diomède Thrace que notre héros vainquit et tua, était fils de Mars, de même que Cycnus qui périt de la main d’Hercule dans un combat singulier j enfin Acheloüs, qui lui disputa Déjanire , passait aussi pour fils de Mars. Ce

* Hauteur deux palmes ? un tiers ; longueur six palmes comme le précédent.

Dieu lui-même livra le combat à Hercule à cause de la mort de Cycuus * mais Jupiter avec son foudre les sépara et termina cette dispute entre deux frères (i). On voyait aussi Mais dans les ouvrages du spartiate Dontas , parmi les divinités anciennes d’Hercule , et au nombre de ces petites figures qui représentaient son combat avec Acheloüs (2). La cuirasse et le bouclier sont les attributs ordinaires qui conviennent au Dieu de la guerre ; les autres armes et tout le reste de la figureront été restaurés dans des temps modernes.

Nous avons vu dans le bas-relief précédent, l’image de Jupiter, père d’Alcide, remplir le dernier entre -colonnement ; de même ici on voit dans le dernier à droite, la statue d’Amphyti ion , qui fut son père putatif, son maître, son instituteur (5), La figure qui dans l’antique manquait de tête , a paru si ressemblante à l’effigie d’Amphytrion sculptée sur l’autre basrelief, quon a restauré la tête en conservant

(1) Apollodore , liv. Iï ; Hésiode , Bouclier d’ Hercule 7 v. 459 et suiv. , dit que 'ce héros blessa Marsala cuisse»

(2) Pausanias , EL II, chap. XXIX. Le passage a été ^apporté en partie dan? les notes de la planche pièce'-*dente,

(5) Amphytrion se vante , dans Euripide ( Hercul. fiirens , prol. v, I) d’être Alôç (rvùXexrpoç, °u que Jupiter a partagé sa couche nuptiale , Ce fut lui , qui 7 selon Theocrita, montra à Hercule l’art de conduire des chars et de dompter les chevaux, IdjlL XXIV , v. U 7.

au visage la même physionomie qu?on avait donnée à Àmphytrion dans la première histoire, toutes deux copiées d’après la figure de ce héros, qui est représenté, à ce qu’il me semble, dans le tableau d’Herculanum que j’ai cité ailleurs (i). La grande épée dont parle Théocrite est suspendue à son côté, et dans toutes ces trois images il lient la main dessus comme pour la tirer du fourreau.

Mais venant à considérer les histoires qui sont intermédiaires, la première à droite était si endommagée , que c’est en la devinant qu’on a dû la rétablir. La figure d’Hercule avait disparu en entier, hors l’extrémité des pieds ; les deux figures latérales n’avaient plus au contraire leurs extrémités. L’habillement barbaresque, trèsremarquable dans l’antique , et les deux carquois qui s’appuyaient sur le fond, me firent conjecturer que ces deux personnages étaient des Scythes, qui instruisaient Hercule à lancer des flèches j et le sculpteur qui les a restaurés a suivi mon opinion. L’heureux résultat pour cette composition a justifié , selon moi , mes conjectures. Les vêtemens des Scythes supposés ont été employés par les anciens lorsqu’ils ont voulu indiquer l’habillement des barbares, de quelque nation que ce fut. C’est ainsi

(i) Voyez ce qui a été dit dans les discours précédons sur l’image d’Amphytrion»

que nous voyons les Scythes exécuteurs (1) du supplice deMarsias; de même Thoas roi de la Chersonese Taurique (2) qu’habitèrent Teutare et les autres Scythes, qui montrèrent à tirer de l’arc à Hercule , selon Lycophron et Théocrite (5).

Le combat représenté par des figures à pied , à cheval, avec de beaux mouvemens, assez bien conservé et entier , différent en cela de F histoire dont nous venons de parlçr , semble par cette raison plus facile à reconnaître. L’âge qu’a Hercule, qui paraît dans la première adolescence, la lance qu’il brandit, au lieu de se servir de la massue ou de l’arc , l’apparence d’un combat on bon ordre , ainsi que le fait présumer le trompette placé du côté d’Alcide , tout cela me fait croire que ce soit la bataille des Thébains contre Erginus roi d’Orchomène et de Minie , laquelle fut provoquée par Hercule encore jeune (4), et dans laquelle

(1) Winckelmann , Mon. inèd. , n. 41 2 * 4*

(2) Le même , Mommi, inèd. , n. 1 4o*

(5) MaiìpTiO'TÌ Àaftov èv)id^7tèa> tÔ^o, , dit Théocrite Idylle Xïlf , v. 56 , où le scoliaste fait enseigner à Hercule à lancer des flèches par le Scythe Te u tarés. Lycophron aussi fait de ce même Teutarès un des maîtres «L’Hercule , v. 5(3 de Y Alessandria.

(4) Il avait coupe le nez aux envoyés d’Erginus , qui étaient venus à Tlièbes pour exiger le tribut. Ainsi vint Fepithète de y Rhinocolustès , sous laquelle

Hercule fut adoré dans un temple de la Bé-otie. Pausa* MÌqs ? Boeotiça7 çh. XXV,

ayant combattu avec la lance et avec une valeur incroyable (i), il délivra sa patrie du tribut onéreux, que la fortune ennemie dans les combats avait imposée à la suite des victoires obtenues par le fils de Glyménus. La figure de ce trompette a, peut-être, été ajoutée près de celle d’ Hercule , pour démontrer qu'il ne fut pas le seul à combattre. On l’a représenté néanmoins se défendant seul contre beaucoup d’ennemis, pour indiquer que ce fut à lui seul qu’on dut la victoire. Les Miniens sont tous à cheval, ce qui rappelle l’épithète de fertile en beaux chevaux , que Pindare donne, dans une de ses odes, à leur pays (à).

Comme ce fut là un des premiers hauts faits du jeune Alcide, ce n’est pas de la peau du lion de Nemée-, appelée mp&noç , invulnérable, dont il est revêtu, mais de celle du

(i) Euripide, dans le prologue à’Hercule furieux , v. 49? fait expressément mention de la lance victorieuse d’Hercule, avec laquelle il fit la conquête des Miniens, xaÀùmxv ôopôç. Ce fut peut-être, selon ce tragique^ la seule fois que ce héros fit usage de la lance ; car dans la même tragédie Lycus fait des reproches à Amphytrion de ce que son Hercule ne combattait jamais avec la lance, et se contentait de tirer des ficelles. Suivant iVpollodore , liv. II, ce fut Minerve qui lui fournisses armes dans cette occasion, mais d'après le récit de Diodore de Sicile , Hercule fut contraient de se servir de celles qui avaient été consacrées aux Dieux dans les temples , parce que les Miniens avaient entièrement désarmé les Thébains.

, (a) Olymp. , Od. XIV, v. 2.

iion qui infestait le Cythéron , et qui fut le premier trophée de son adolescence (i).

L’exécution du bas-relief est pleine de facilité et de grâce, mais on n’y a pas observé avec assez de rigueur la proportion entre les hommes et les chevaux. Ce défaut, qu’on remarque dans d’autres bas-reliefs , est, peut-être, un motif pour les croire copiés d’après des tableaux peints, ou la perspective pouvait plus aisément rendre compte de la diminution dans les proportions , qui dans la sculpture semble n’avoir aucun objet raisonnable.

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