‹ Musée Pie-Clémentin (volume 4)Chapitre 33 sur 41 · IX , § V , II · texte numérisé non relu

IX , § V , II

nés par Tentare , ou plutôt par Apollon ; de Fautre côté est la coupe ou le cratère à anse et couronné, qui fut la récompense de ses travaux ; et maintenant devenu l’instrument destiné à ses libations (i).

L'extrémité du marbre, ou les lignes du contour sont plus convergentes, est rempli par Fimage de la victime, déjà ornée jusqu’au milieu du corps par les bandelettes sacrées ; et telle qu’on peut la remarquer sur d’autres monumens, préparée pour les sacrifices qu’on offrait ordinairement à Hercule, selon le rit du paganisme (2).

(1) Cette coupe qui eût le nom particulier de scyphus lier culi s , lui fut donnée par le Soleil, et les mythographes en racontent des merveilles. Sur l’autel Capitolin dédié HERCVLI VICTOR!, POLLENTI , POTENTI , INVICTO , on la voit représentée comme sur notre marbre ( Musée Capit. , tom. IV, pi. XLl ). Elle fait aussi allusion aux cratères qui servaient dans les banquets sacrés, et principalement dans les solemnilés de ce Dieu bibax.

(2) Sur l’autel Capitolin, déjà cité , consacré à Hercule, on voit un porc entouré de bandelettes jusqu’à la moitié du corps , et c’est mai-à-propos que celui qui a donné l'explication de ces monumens le prend pour le sanglier d’Erymanlhe. Ces bandelettes dont il est orné le caractérisent , comme d’autres l’ont déjà fait remarquer, pour une victime, et on en voit beaucoup d’exemples, surtout dans la colonne Trajane (Fabretti, p. 1 57 ), et dans les bas-reliefs de l’arc de Constantin. Les monumens nous apprennent donc que le porc était la victime qu’on offrait particulièrement à Hercule, ce qui indique que son culte remonte àia plus haute antiquité^

PLANCHE L X ï Y.

Les Leucippides *.

Le sujet de cet élégant bas-relief, en marbre grec, qui orne la face d’un sarcophage, se trouve répété sur d’autres monumens, avec de légères différences. Winckelmann en a reconnu la fable , qui a été mal-adroitement convertie par d’autres^ antiquaires dans un enlevement des Sabine s ( i). ïl nous a fait connaître que ce sont

car ce fut un usage des temps les plus recules que d’offrir cet animal en sacrifice. Cette offrande ajoutée près de l’image d’flercule , et le lieu champêtre où e'tait construit le petit temple, sur le frontispice duquel fut place' ce bas-relief, nous rappellent l 'Hercules rusticus , dont parle Lampridius in Commodo , § io , au même lieu Salmasius ; ou Y Hercules Agrestis , dont parle Stace f Sylv. II , n. i , que l’on voit souvent sur les monumens re'uni avec Sylvain, auquel on avait coutume d’immoler un porc, comme il paraît par la sat. VI, v. 446, de Juve'nal, et par un autel de'crit par Grutier, p. LXIV, n. 5. Plusieurs auteurs soutiennent d’après l’autorité de Victor , qu’Hercule eût le surnom de Sylvain , et qu’il fut même confondu avec Sylvain pet Winckelmann ( Monum . inéd. , n. 67 ) le regarde comme certain. Malgré tout cela on n’est pas suffisamment d’accord parmi les érudits si l’on doit lire Syllanus ou Sylv anus , dans cet adjectif que Victor donne à Hercule dans sa description.

* Hauteur deux palmes et un quart j longueur huit palmes, un quart j largueur deux palmes justes.

(1) Winckelmann , Mon. inéd. , n. 61. Le monument

les Dioscorides qui enlèvent les deux Leucippides, lesquelles étaient promises pour épouses à leurs cousins, fils d’Apharée, Idas et Lyncée, au moment de la cérémonie de leur hymen , au milieu des fêtes nuptiales. C’est ainsi que Théocrite raconte cette fable (i) , de même que le scoliaste de Pindare , quoique d’autres la rapportent différemment. Le savant antiquaire s’étant contenté d’indiquer le sujet de cette sculpture, ne s’est pas occupé à l’examiner dans toutes ses parties, et de rendre compte de chaque figure, des actions et des expressions diverses du bas-relief. Rien de plus facile cependant en suivant les traditions mythologiques , et en examinant les groupes de ce morceau qui en représentent l’histoire avec une telle évidence et une expression si propres à en faire connaître aussitôt les accidens et les circonstances.

Il est facile d’appercevoir Castor et Pollux au caractère de leur physionomie et au bonnet qui les coiffe. Les deux filles de Leucippe, Phébé et Hilaire, que l’on voit dans les bras de

dont il donne l’explication était dans la ville Médicis \ il y en a un autre publié dans la Galleria Giustiniani , toni. II, pi. CXXXVIII.

(i) Théo cri le, Idyl. XXII, v. 167 et suiv.j Scoi. Pind . ad Nem. , od. X , v. 1125 Lycophron , Alexandra , v. 586 et suiv. Cependant Pindare lui-même , lieu cité j Àpollodore , III, ch. XI, et Pausanias racontent le fait différemment, et disent que la dispute eut lieu pour quelques troupeaux de bêles.

leurs ravisseurs, sont peu variées dans leurs attitudes gracieuses et expressives , quoiqu’on aperçoive une uniformité sans doute trop exacte dans les deux groupes. La jeune fille enlevée , qui està la droite du spectateur, étend une de ses mains , pour s’attacher aux vêtemens d’une autre femme qui est présente, et que l’on peut dans cette circonstance reconnaître pour Phylodice, mère des deux épouses (i). Elle ne partage pas la crainte qu’éprouve sa fille , et elle semble plutôt secrètement satisfaite du changement, malgré qu’il soit fait d’une manière aussi peu délicate. Son époux Leucippus est près d’elle ÿ et bien qu’il soit armé , à ceque l’on peut croire, pour venger cette insulte et soutenir sa parole, il regarde les jeunes ravisseurs avec tant de tranquillité , qu’on peut bien le soupçonner d’intelligence dans cet at~ tentât, et croire qu^il s’est laissé corrompre par les promesses et les présens de ces nouveaux gendres. Les jeunes filles qui avaient apporté dans un calatus , pour la cérémonie du mariage, des fleurs que .l’on voit renversées sur le pavé, paraissent toutes en confusion et en désordre * et celle qui est la plus agitée , au milieu des

(i) Nous apprêtions le nom de l’épouse de Leucippus par le scoliaste de Lycophron (y. 5 1 1 )? qui dit qu’elle était fille d’Inachus : de-là; comme le remarque M. Heyne? il a été inséré dans le texte d’Apollodore , Xïf, par Benoît Egius Spole, timi s.

autres, pourrait être Arsinoé, la jeune sœur des' épouses enlevées (i).

On voit de l’autre coté les fils d’Apharée déjà couverts de leurs armes, prêts à combattre pour venger leur injure. Idas, l’aîné, menace de son épée, et va se lancer sur les ravisseurs; mais Ly ncée son frère le retient de toutes ses forces , et veut que tout se termine par un combat singulier entre les deux plus jeunes cousins. On dirait qu’il persuade son frère par ces expressions pathétiques , qu’employe Théoerite, terminant le discours plein de tendresse et de générosité qu’il lui suppose dans sou poème (i);

. . . . yovsvoï iïè pty 7vo?>v çtèv^oç

Afierépoiç ?ieiüTQpeç, A liç véxvç et, èvôç oixv

Eïç.

« .... ne soyons pas la cause qui plonge nos « parens dans une si grande douleur , et qu’il « suffise que chaque famille n’ait a pleurer que « la perte d’un seul de ses enfans. »

Les côtés du tombeau représentent lesr noces des vainqueurs. Les mariées selon les rits y paraissent voilées (3). Sur la partie à droite

(c) On croyait qu’Esculape était plutôt fils de cette Àrsinoé et d’Apollon, que de Coronis. Pausanias, Laconica7 ch. XXV et ailleurs.

(2) Théocrite , Idyl. XXîl , v. 176.

(3) Les tableaux sculptés sur les côtés du sarcophage qui ont été omis dans la pi. XLIV , se trouveront des* sfnés dans la pi. B I, 11. 4? B II ? u. 5.

on voit Castor ayant encore le casque sur la tête, le bouclier sur les épaules, présenter la main à Phoebé , tandis qu’un petit Amour semble la pousser vers l’autel avec son époux. Sur le côté a gauche , Pollux parait conduire chez lui, sous l’escorte de l’Amour, l’épouse qu’il vient de conquérir au combat ,, et il est encore a la place ou ont péri ses rivaux. Le site est caractérisé par le tombeau d’Apharée, exprimé, suivant l’usage, par un vase cinéraire, placé sur une colonne. La fable raconte qu’Idas voyant son Frère blessé , mit de côté le respect religieux qui l’obligeait à ne pas violer le tombeau de son père , chercha à l’enlever et a le lancer contre Castor, mais que Jupiter le prévint, et 3e tua d’un coup de foudre (i).

Un sujet qui offre tant d’expression ne fut pas négligé par les artistes grecs , et Baticlès Magnésien et Geziade de Sparte, l’avaient ciselé à l’envi, sur le trône d’Amyclée et dans les ornemens du Chalcicecus (2). Notre bas-relief ne s’éloigne pas de si beaux modèles. L’expression qu’on y voit est trop gracieuse , l’invention des figures trop noble , et le mouvement, qu’ont les groupes est trop élégant. Cependant comme la répétition des mêmes figures sur

(1) De même Thêocrûe , 1. c. , v. 207; cependant,

selon Pindare , Castor fut tue' par Lyncée, od. X,

v. 110 j et son scoliaste et Appllodore disent la mêm« chose.

(2) PausaniaSj Laconica 7 eli, XYIÏ et XVÎIJ-

plusieurs monumens , et la supériorité qu’a F invention dans notre marbre sur son exécution , qui n’est pas néanmoins sans mérite, ne nous laissent pas le moindre doute que c’est une copie d’excellens ouvrages, je ne suis pas éloigné de croire que l’invention , la disposition des groupes et des figures ne soient une imitation du tableau que Polygnote avait peint dans le temple de Castor , et dont le sujet était cette même aventure (i). Ce fut le premier artiste qui sut donner de l'expression et de la grâce aux physionomies, qui mit de l’élégance dans les draperies, qui introduisit la variété et la richesse dans les habillemens de femmes (2). On peut donc lui attribuer une histoire dans laquelle on admire l’expression des airs de tête, la variété riche et agréable des draperies comme dans tout le reste de l’invention.

Les deux Victoires placées aux angles du sarcophage , sont aussi des figures souvent répétées, et toujours dans cette situation, pour servir d’ornement à cette partie des tombeaux, quand le sujet du bas-relief principal , représentant des batailles ou des triomphes, ne s’y opposait pas.

(1) Pausanias , Allia i, ch. XVIÏL-

(2) Piine, XXXY , Polygnotus Thasius prinius

mulieres lucida veste pinxit , capita earum mûris versi* coloribus opérait , plurimumque picturae primus contali t* Siquidem ins Lit ait os adaperire , dentés estendere 7 vtiltum ab antiquo rigore variare .

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