PLANCHE X
Hercule appelé le Torse *.
Vouloir décrire les chefs-d'œuvres de la sculpture qui ont formé les délices du bon
* Haut, six palmes, sept onces et demie. Il fut trouvé dans le champ de Flore, du temps de Jules II, suivant Pietro Assalti dàrìs les notes sur la Metalloteca dì Mercati, p. 3675 si cela est, cette statué appartînt, peut être^ au théâtre de Pompe'e. À propos du Torse du Belvédère,
gout dans la Grèce , qui sont dé venus 1 école des arts renaissans , l'objet des observations , des études qui occupèrent les plus célèbres artistes , et de tant d'écrits des savans amateurs des antiquités , c'est une entreprise si vaste et si difficile, qu'il faudrait désirer, pour son exécution parfaite, de voir revivre non-seulement un Philostrate, ou un Pline, ou un Pausanias, mais encore un Paxitèle, ou un Socrate, qui également habile à penser, à parler et à dessiner, pourrait faire remarquer avec sagesse toutes les finesses du génie du statuaire , approfondir en philosophe tous les sentimens qu'elles excitent, et faire pénétrer toutes ses pensées avec les grâces de l'éloquence , dans les esprits de ceux même qui ne sont pas encore assez habitués à la contemplation du beau et du sublime. Si de tels écrivains furent rares dans les beaux siècles de la Grèce , qu'avons nous à espérer dans ceux-ci, où la nature, qui semble dégradée , s'éloigne tant de la beauté idéale ? Lorsque la routine des manières a éloigné le bon
il est bon de rapporter ici les vers de Favoriti dans son petit poème intitule' Clêopatre , et insére par Assalti dans l'armoire X de son édition de la Metallotheca de Mercati ; dans ces vers le poète décrit ainsi notre Hercule mutilé :
Ast illuni informent licei } et sine nomine truncum Miratum hue Ararim veniunt , Rhenumque hibentes ; Et vivos illinc discunt effingere vultus.
goût? Quand de fausses idées ont ' accoutûmé le plus grand nombre à être satisfait de la médiocrité , pour ne pas dire à admirer de mauvaises productions ? Enfin, lorsqu'un amas d'opinions sans jugement , nous à placés dans une telle situation , que nous ne pouvons plus être sensibles aux rapports moraux qui donnaient de la vie à la beauté, et qui augmentaient la sublimité de ces anciens chefs-d'œuvres ? Le plus célèbre antiquaire qui ait existé , et le meilleur peintre de notre siècle, ont tous deux donné une description de ce fragment précieux. Le premier cependant, écoutant plutôt son imagination , qu'il ne consulta son discernement judicieux, nous a laissé un morceau de poësie à la place d'une description (i). Le second , se contentant de nous montrer le Torse du Belvédère comme le modèle du style le plus noble , comme un ouvrage de sculpture du premier ordre , auquel rien n'est comparable que le Laocoon , mais qui surpasse , peut-être , encore celui-ci par une touche facile , autant que par la vérité dans l'imitation de la plus belle nature ; cet artiste , disons nous , a laissé de côté toute discussion relative aux antiquités (2). On trouvera dans une note les passages du discours de ces deux grands hommes , et ils serviront , sans doute >
(1) "Winckelmann, Storia delle arti, liv. X; ch. 5.
(2) Mengs; OEuvres, t. I; p. 204.
autant à instruire les lecteurs , qu'a flatter leur goût (i). 11 me suffira de faire remarquer que
(i) Winckelmann ; 1. cv § i4* Dans cette statue si mutilée, à laquelle manquent la téte , les mains , et les jambes 7 tous ceux qui sont capables d'apprécier le mérite de ïart, découvrent dans ses restes Vêclat brillant des beautés antiques. Vaniste nous a donné dans cette figure d'Hercule Vidée d'un corps supérieur à la nature humaine , celle d'un homme dans le plus bel âge, arrivé à sa perfection , qui est parvenu à un dégré quii n éprouve plus de besoins, qualité qui n appartient qu'aux Dieux. Ici Hercule est représenté y comme il devait être, lorsqu après avoir été purifié par le feu de tout ce quii avait de la faiblesse humaine, devenu immortel, il obtient le droit de s'asseoir parmi les Dieux: il est tel que V avait dépeint A r temóne. Dans toute son expression on découvre quii n'a plus besoin de nourriture pour exister y ni d'employer ses forces; car on n'aperçoit sur son corps aucune veine, et son ventre paraît comme soutenu par la nourriture, sans avoir mangé. Par ce que nous voyons sur ces restes, on peut croire qu il avait la main droite placée sur sa téte , comme pour indiquer le repos après tant de travaux, et c'est dans cette position quoti le voit sur une grande coupe de marbre, et sur le fameux bas- relief de son expiation , ou de son apothéose, sur lequel on lit cette épigraphe : HPAKAHS ANAIIAYO- MENOS ( Hercule en repos ). Sa téle devait être tournée vers le ciel, comme il convenait à ûn héros qui méditait avec complaisance sur ses glorieuses entreprises passées, et ce dos courbé offre précisemens l'attitude d'un homme méditant. Cette poitrine noble et élevée nous retrace Vidée de celui qui étouffa dans ses bras le géant Gérion. Ces cuisses longues et robustes annoncent le héros infatigable, qui aussi léger et aussi prompt que le cerf, le poursuit et l'atteint -, qui après avoir parcouru des contrées immenses , s'est arrêté aux limites du monde. L'artiste doit voir avec admi-
l'opinion accréditée, non sans fondement, dans les écoles des arts jj que Raphael et Michel-
ration dans ce morceau la grâce moelleuse du contour dans les formes , dont le passage de Fune à l'autre se fait avec une douceur enchanteresse ; et ces sinuosités ondoyantes qui semblent avoir du mouvement , qui s'élèvent agréablement, se replient, se courbent et qui vont insensiblement se confondre* Le dessinateur adroit verra, en voulant le copier } quii n arrivera jamais à s'assurer de l'équilibre et de la correspondance des parties ; car le mouvement par lequel il croira les avoir saisies, s'en éloigne insensiblement , prend ûne autre disposition , et trompe en même temps l'oeil et la main. Les os semblent recouverts par une peau légère et grasse , les muscles sont charnus , mais n'ont rien d'outré, les chairs en général sont si bien traitées, quelles nont pas leurs pareilles dans aucune autre statue. Enfin on pourrait dire que cet Hercule s'approche plus encore que l'Apollon des temps florissans7 où Fart avait atteint le sublime.
Voici comment Mengs le de'crit : Le Torse du Belvedere est un morceau purement idéal. On y voit réunies toutes les beautés qu'on admire dans les autres statues ; car il y existe une variété si parfaite 7 quelle est presque imperceptible. Les plans ne peuvent ijr distinguer qu'en les comparant aux parties arrondies , et celles-ci rècipro* quement. Les angles y sont plus petits que les plans et les courbes, et on ne les apercevrait pas sans les petites surfaces dont ils se composent. Cet habile artiste athénien était, à mon avis, inspiré par le goût le plus excellent auquel put atteindre l'imagination , s'il porta la perfection dans les autres parties qui manquent a cette figure, comme dans celles qui nous restent . . . . On ne trouve pas chez les anciens historiens le nom de cet Apollonius -, à moins que ce ne fût, peut-être, celui qui n'étant jamais con* tent de ses ouvrages, les brisait aussitôt qu'il les avait ter'
Ange ont atteint la perfection qui les distingue par l'étude de ce modèle, est le plus magnifique éloge , réduit en peu de mots , que l'on puisse faire de cette admirable statue.
Les outrages faits par le temps n'ont pas anéanti le caractère distinctif du sujet ; ni la peau de lion 5 sur laquelle était assise la figure , qui ont fait assurer que c'était un Hercule ; cette expression de force du corps en fournit la preuve. C'est une pensée bien hardie, que celle de vouloir déterminer quelle était son action. Winckelmann qui croit qu'elle représentait Hercule déifié , établit son opinion sur ce qu'on n'aperçoit pas les veines soulever la peau de ces membres admirables. Le savant prétend que l'action du bras gauche (i) était
minés. Avec tout cela les anciens Romains, à ce que je crois? firent un grand cas de cette statue ; car on voit par les fers qui sont, restés dans les fesses y qu'ils la restaurèrent. Il jr a lieu de croire quelle représente Hercule, ce quindi» que la queue du lion ; et d'après le caractère qu'on re~ marq ne sur ce beau corps 7 elle devait représenter ce héros déifié) car on nj découvre pas une des veines, que les anciens statuaires exprimaient dans les figures humaines 9 surtout celles de l'intérieur de la cuisse 7 celle du bas-ventre , et quelques-unes de celles qui traversent la poitrine. Par cette raison , je pense que le héros-dieu s'appuyait sur sa massue, et ne s'occupait pas à filer 7 comme Vont prétendu quelques-uns. Et page 2o5 : Le Torse du Belvédère est un modèle du sublime ; car on j- voit reunis l'idéal avec la beauté et la vérité.
(i) Dans YHist. de l'art on lit le droit au Heu du gauche par erreur 9 h c.
de s'appuyer sur la tête ; attitude par laquelle, les anciens artistes avaient coutume d'exprimer le repos ; attitude exactement la même employée par le sculpteur grec pour un sujet semblable au nôtre , dans son bas-relief de Farnèse i aujourd'hui Albani , et qui représente le repos , ou l'apothéose d'Hercule. On dirait que s'il ne s'est pas trouvé de sculpteurs assez hardis pour terminer ce qui manque à ce superbe fragment (i), de même aucun homme de goût éclairé n'a osé entreprendre de le décrire comme s'il le voyait entier. Je me hazarde néanmoins à proposer quelques conjectures, sans prétendre davantage, en expliquant un marbre , tout aussi difficile à bien décrire, qu'il l'est à imiter.
Il me paraît donc que la position du bras gauche , supposé par Winckelmann appuyé sur la tête , n'a jamais été l'attitude de cette figure. On peut donner un autre motif à l'élévation des bras , indiquée par ce qui en reste. Oîi a-t-on trouvé une figure isolée qui se soutienne toute sur elle-même , et que les anciens nous ayent représentée ayant ainsi son bras reposant sur sa tête ? Une quantité de Bac-
(i) M.r Mariette, dans les notes sur "la Vie de Michel- Ange , e'crite par Condivi, note 47; dit qu'il a vu dans la galerie de Florence un modèle en cire, fait par Michel-An ge; qui représente le Torse du Belvédère terminé. Hercule y est dans une attitude de repos en s'appuyanî sur sa massue.
chus , et quelques Apollons , qui sont dans une pareille position , appuyent leur corps, ou l'autre bras qui soutient le corps , sur quelque support. Autrement cette attitude , au lieu d'être naturelle , serait au contraire forcée \ et bien loin d'exprimer un repos tranquille, elle ne donnerait qu'une idée de la disposition la plus incommode pour le corps, elle ne montrerait qu'un geste outré, qu'un mouvement mal ordonné, et trop éloigné de la justesse , de la simplicité , et du bon goût des inventions grecques. Il me paraît aussi peu probable que la tête , comme le pense Winckelmann , fût tournée vers le haut , et que le héros regardât le ciel. En examinant la gravure ci-jointe, quiconque a quelque connaissance, même très-légère, du jeu des muscles dans le corps humain , peut facilement s'apercevoir aux formes du col , à la courbure du dos, que la tête était inclinée et dirigée vers la terre , ou sur quelque objet qui lui était inférieur, plutôt que de se porter vers le ciel.
Il est, sans doute, beaucoup plus difficile de déterminer quelle était l'attitude qu'avait ce fragment admirable , qu'il ne l'est de réfuter une opinion , plus soutenue par la juste réputation de son auteur , que fondée sur l'examen du monument, et je n'ai pas la prétention d'avoir rencontré plus juste son attitude. Je laisse à ceux qui connaissent bien la nature et l'art , et qui ont réfléchi avec une grande
intelligence sur la simplicité étonnante qui s'admire dans les compositions antiques , à completter le dessin de cette figure. Je me contenterai d'établir un raprochement par une idée que me fournissent les monumens antiques même , et je soumets à des esprits inlelligens à prononcer sur l'analogie que cette idée peut avoir avec notre figure. La superbe sculpture de Teucer dans le Musée des pierres gravées de Médicis , qui est connue de toute l'Europe par les gravures et par les soufres répandus partout , me paraît devoir indiquer à notre imagination ce qu'était autrefois le Torse du Belvédère. Je dis seulement indiquer, parce que nous ne pouvons y entrevoir que des traces de l'action , et non toute la composition (i). Hercule y est groupé avec une femme nue , qui sera Joie , ou Omphale , ou même Hébé , d'une stature bien plus petite que lui , mais qui étant debout , est embrassée par le héros assis. Dans notre marbre le bras gauche était, peut-être, de même passé autour du corps de la petite figure ; l'extension des muscles de
(i) Museo Fiorentino, Gemine, t. II ; pl. 5. Les membres d'Hercule ont dans la pierre une disposition toute différente de celle du marbre. Cette gravure ne laisse pas cependant d'aider l'imagination qui voudrait se représenter le Torse comme les restes d'un groupe du même sujet. En outre on trouve une médaille du Musée de Camps ; p. rJt5; qui sert de preuve qu'anciennement il y avait des groupes d'Hercule dans cette attitude*
ce bras et le mouvement qui porte tout le corps vers le même côté semblent le confirmer. Alors le visage devait se tourner vers la déesse de la jeunesse , et la main droite s'appuyait sur sa massue , ou bien elle tenait la coupe de l'immortalité que venait de lui présenter cette céleste épouse , ou elle s'avançait vers elle pour la caresser ; cette action paraît indiquée par réloignement de l'angle inférieur de l'omoplate sur l'épine du dos. Quelques traces assez distinctes d'attachemens que l'on voit dans cette partie près du flanc et du genou , paraissent annoncer l'existence d'une seconde figure dans l'antique. Le travail moins fini de ce côte, dénote même qu'une autre figure, qui s'appuyait dessus , le laissait moins exposé à la vue , ou avait rendu le travail du ciseau difficile. Il serait possible que l'artiste qtri a gravé la pierre du Musée Médicis eut dans Fidée un groupe semblable en composant son sujet, qu'il a cependant changé en quelques parties, pour l'adapter à sa figure principale et à l'usage qu'on devait faire de cette pierre ; il a toujours malgré cela , conservé toiu-a-fait le sentiment fondamental de son modèle. De pareilles imitations altérées dans quelques parties , ne sont pas rares dans les ouvrages de l'art antique (i). On lit sur la
(i) Pour preuve il suffit de voir les copies multipliées «le l'Hercule Farnese, différentes de l'original d'une ma-
Musée Pìe^Clém. Yol. IL 6
pierre où Hercule est ^.ssis le nom du célèbre statuaire Apollonius , avec l'épigraphe suivante:
ÀIItfAAONIOS NE2TOPOS A0HNAIOS EnOIEI
Apollonius filius Nestori atheniensis faciebat f ou plutôt fecit. Ceux qui savent que les Grecs faisaient indifféremment usage des temps de leurs verbes , ne s'amuseront pas à disputer sur Y emploi de F imparfait au lieu du passé , ce qui a mérité cependant l'attention des anciens et des modernes écrivains. Winckelmann a fixé une époque à ce morceau de sculpture bien postérieure à Alexandre, à cause de la forme de Y & , laquelle pourtant , représentant les deux OO réunis au lieu de Yù , ou de Y O long , indique une origine beaucoup plus ancienne. Les caractères gravés par les sculpteurs eux-mêmes, ressemblaient, peut-être, davantage à l'écriture courante , qu'à ceux des pierres chargées d'inscriptions. Cet Apollonius n'est pas le même que celui qui sculpta avec Tauriscus le groupe du Taureau Farnésien ; celui de notre Hercule se dit Athénien , et l'autre , au rapport de Pline , était de Rhodes. Si les siècles n'avaient pas respecté encore ce
nière evidente , particulièrement dans la disposition des articulations inférieures. Le Discobole aussi 7 que nous avons rapporte dans le t. I, pl. À. 7, grave' sur une ancienne cornaline; est différent dans beaucoup de parties de la statue qui a dû lui servir d'original.
fragment , nous eussions perdu la mémoire du plus grand statuaire qui soit connu. Quel dommage qu'Apollonius , Agasias et Glicon , auteurs des plus rares chefs-d'œuvres de la sculpture, nous restent inconnus dans les ouvrages qui traitent de Fart chez les anciens. Quels devaient être les Praxitèles , les Scopas , les Lisippef A dont les éloges sont répétés par tous les auteurs classiques ?
Observations de V auteur ^ inséné es dans le tome VII de V édition de Rome.
La restauration de ce rare fragment telle que je l'avais proposée page 80, en indiquant comme idée générale de la disposition de la figure la pierre gravée de Teucre représentant Hercule avec une héroïne , a été exécutée eu marbre par l'habile sculpteur anglais M. Jean Flaxmann , que la mort a enlevé depuis peu aux arts et à sa patrie. Il avait lui-même an peu modifié la composition de cette pierre , en mettant un vêtement à Hebé, et donnant aux deux figures Y action que j'avais proposée. J'ignore si ce travail en marbre, dans les mêmes dimensions que l'original , a été gravé , et ou il a été placé.
En terminant l'article de cette planche, j'ai exprimé mon admiration sur le haut degré d'éxcellence auquel avaient dû s'élever les ouvrages, malheureusement perdus, de Praxitèle et de Lisippe ; si ceux d'Apollonius et de Glicon,
dont les noms ne sont pas édrits dans l'histoiré des arts de la Grèce, étaient portés à ce point de perfection. Je m'aperçois à présent que ce raisonnement manque de justesse en quelque sorte. Les Praxitèles , les Scopas , les Alcamênes purent acquérir une si grande réputation, non-seulement par l'excellence de leurs ouvrages, mais aussi à la faveur des temps et des circonstances dans lesquelles ils vécurent , et même par les lieux oh étaient exposés leurs chefs-d'œuvres. Il arriva de là qu'ils purent , qu'ils durent bien plutôt, être cités avec des éloges par une infinité d'écrivains grecs et de leurs commentateurs, et que ce fut dans ces écrits et dans leurs mémoires que Pline, et d'autres auteurs grecs et latins, ont puisé leurs notices et les allusions qu'ils ont avancées. Apollonius, Agasias, Glicon et d'autres artistes, ont exercé leurs talens à Rome -P ils y furent très-estimés , il est vrai, ils purent y être magnifiquement récompensés ; mais on ne parlait pas d'eux autant qu'en Grèce, leurs noms n'y étaient pas comme là répétés dans tant d'écrits soit en prose soit en vers. Probablement Apollonius a travaillé à Rome du temps de Pompée , et ce fut près des ruines du théâtre de ce général que l'on découvrît ce beau fragment. Malgré qu'en accumulant les conjectures , on puisse reporter en arrière de plusieurs années l'époque de l'introduction de certains caractères de lettres , comme Yq de cette forme, il est certain toutefois
que le plus ancien monument sur lequel cette lettre se trouve, est un cistophore de Pergamo avec le nom du proconsul Pulcher qui gouverna l'Asie vers Fan 700 de Rome. Il ne manquait donc rien au talent d'Apollonius pour obtenir une réputation égale à celle d'Eupbranor , ou de Phidias ; les temps seuls étaient changés, et Rome , toute occupée de la conquête du monde entier , était plus avare des tributs de gloire pour les artistes , que ne le furent jamais Athènes et Corinthe. Nous pouvons nous flatter que les chefs-d'œuvres de V art chez les Grecs, qui nous étonnent aujourd'hui^ ne sont en rien inférieurs à ceux qui furent l'objet de l'admiration des Grecs eux-mêmes.